thumb|right|Expédition polaire de Scott sur le Terra Nova.
L’expédition Terra Nova, officiellement la , est la troisième expédition britannique en Antarctique au , et une des plus marquantes de l'âge héroïque de l'exploration en Antarctique (1895-1922). Menée entre 1910 et 1913 par Robert Falcon Scott aux fins de recherches scientifiques et d'explorations géographiques, et surtout d'offrir le pôle à la couronne d'Angleterre, elle se termine tragiquement.
Scott a mené auparavant l'expédition Discovery en Antarctique de 1901 à 1904. Cette fois, l'objectif principal, tel que l'exprime initialement Scott, est . Bien qu'il s'agisse d'une initiative privée, elle jouit de la bénédiction officieuse du gouvernement britannique , de l'Amirauté et de la Royal Geographical Society.
L'expédition tire son nom du navire Terra Nova chargé de la transporter. Elle réalise son programme scientifique, explore la terre Victoria et la chaîne Transantarctique, mais échoue dans sa tentative d'exploration de la terre du Roi-Édouard-VII.
Le Norvégien Roald Amundsen menant de son côté une autre expédition d'exploration, celle de Scott prend l'allure d'une course pour atteindre le pôle Sud. L'expédition de 65 hommes permet à une équipe réduite de cinq personnes d'atteindre le pôle le , mais ceux-ci constatent que l'équipe d'Amundsen les a précédés de plusieurs semaines. Tout le reste, y compris la performance d'Amundsen, est ensuite éclipsé par la mort de Scott et de ses compagnons lors de leur retourLa base antarctique Amundsen-Scott qui sera créée en 1956 au pôle Sud porte par exemple le nom conjoint des deux explorateurs, et non du premier homme.. Leurs notes et journaux, retrouvés huit mois plus tard par une équipe de recherche, permettront de comprendre les détails de leur histoire. Différentes hypothèses seront envisagées sur les causes de la tragédie, et des controverses se feront jour sur la personnalité de Scott. thumb|upright=1.5|
Contexte thumb|right|upright=1.2|L'expédition Erebus et Terror posa les bases des explorations britanniques en Antarctique, notamment par la découverte de l'île de Ross.
À Londres en 1895, le Congrès international de géographie fixe comme priorité la conquête de l'Antarctique et du pôle Sud. Cette partie du globe est délaissée depuis l'expédition Erebus et Terror de James Clark Ross entre 1839 et 1843 ; la conquête du pôle Nord attire davantage les explorateurs.
Être la première nation à atteindre des lieux aussi lointains et symboliques, quand le public demande des exploits, motive les États à subventionner ce genre de missions. Cependant, l'imminence d'un conflit contraint les gouvernements et leurs marines à réduire ces subsides au profit du financement de l'armement, et de la construction de navires de guerre. Ce contexte explique qu'une proportion notable des explorateurs polaires soient des militaires, animés d'un fort sentiment patriotique.
Expédition Discovery
La précédente mission de Scott, l'expédition Discovery de 1901 à 1904, a contribué de façon considérable à la connaissance de l'Antarctique. Elle a atteint un « Farthest South » de 82° 17' S, mais Scott en garde un sentiment d'inachevé, ainsi qu'en témoigne sa conviction que le détroit de McMurdo, lieu d'attache du RRS Discovery et accès direct à la base de l'expédition sur l'île de Ross, est son , où a le droit de retournerLettre de Scott à Ernest Shackleton .. Il persévère par conséquent en vue d'un retour en Antarctique avec, pour but ultime, la conquête du pôle Sud.
Expédition Nimrod
thumb|right|Ernest Shackleton
Entre 1907 et 1909, l'expédition Nimrod d'Ernest Shackleton tente d'atteindre le pôle Sud depuis la base de Scott, en passant par le glacier Beardmore mais ne dépasse pas 88° 23' S, approchant quand même ainsi à moins de du but. L'utilisation du camp de base de Scott, reniement d'un engagement à s'en abstenir () avait écrit Shackleton à Scott le . Il avait également précisé les différentes alternatives qu'il se proposait de suivre., entraîne un conflit entre les deux hommes et stimule la volonté de Scott de surpasser l'exploit de Shackleton.
Scott voit en Shackleton un rival pour sa popularité. En effet, Shackleton est reçu en héros à son retour en 1909. Il est encensé par la presse et même anobli par Édouard .
Préparations Course au pôle Sud
thumb|right|Roald Amundsen.
Pendant ses préparatifs, Scott n'a aucune raison d'estimer que son voyage polaire deviendra une « course au pôle ». Douglas Mawson, qui dirige une expédition australasienne, a clairement annoncé qu'il cartographiait la côte de l'Antarctique, quasiment inexplorée, située au sud de l'Australie, entre le cap Adare et le mont Gauss Biographie de Douglas Mawson, south-pole.com. Scott lui propose d'intégrer son expédition où son expérience d'ancien de l'expédition Nimrod serait appréciable, mais Mawson décline l'offre, qui bouleverserait trop ses plans, le programme de l'expédition de Scott étant déjà très chargé.
L'expédition de Roald Amundsen, rival potentiel, est annoncée pour l'Arctique. Amundsen, à la suite des annonces en de la conquête du pôle Nord par Frederick Cook et Robert Peary, et par ailleurs lâché par certains de ses sponsors, a décidé de revoir ses projets. Officiellement, il poursuit une partie du dessein initial en Arctique ; mais il passe par l'Antarctique. Ceci n'étonne pas, à l'époque. Le canal de Panamá n'est pas encore percé et le passage du Nord-Ouest est fort périlleux. La route du cap Horn est la plus raisonnable pour atteindre le détroit de Béring. Pourtant, il est clair qu'Amundsen vise le pôle Sud mais il soutiendra longtemps la version officielle d'une expédition vers la côte Ouest de l'Amérique du Nord. Seul l'équipage, le roi de Norvège et Fridtjof Nansen sont avertis du changement de cap.
Financement, matériel et hommes thumb|Publicité OXO avec pour cadre l'expédition de Scott. Contrairement à l'expédition Discovery, financée conjointement par la Royal Society et la Royal Geographical Society, l'expédition Terra Nova est une initiative privée. Robert Falcon Scott, manquant de fonds pour son expédition, publie ses plans et objectifs dans le Times en lançant une souscription nationale, complétée par des emprunts. Il obtient également des subventions gouvernementales, mais le budget reste faible : le coût total estimé de l'expédition est de .
Scott est également aidé par de nombreuses entreprises qui fournissent gratuitement de l'équipementVoir la note du lieutenant Edgar Evans, Scott's Last Expedition, vol II, .. La collecte de fonds est en grande partie réalisée par Scott. Elle est une ponction considérable sur son temps et son énergie, puisqu'il la poursuit jusqu'en Afrique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande avec le Terra Nova alors même que l'expédition est déjà lancée.
Le Terra Nova
thumb|right|upright|Le dans le pack. La charge réellement la plus onéreuse est l'achat du baleinier , pour , le coût de son réaménagement non compris. Le Terra Nova est déjà allé en Antarctique dans le cadre de la deuxième opération de secours de l'expédition Discovery. Scott désirant un statut de navire de la marine sous le White Ensign, il adhère à la Royal Yacht Squadron ; pour cette raison, le Terra Nova échappe aux contraintes de la réglementation de la Commission du Commerce qui l'aurait jugé inapte à naviguer. Il peut également imposer sur le navire une discipline calquée sur celle de la marine.
Les hommes
Sur les 65 hommes choisis parmi Edgar Evans, Scott's Last Expedition, vol II . The Terra Nova Expedition 1910-13, coolantarctica.com, qui constituent l'expédition à proprement parler et l'équipe de soutien, cinquante sont militaires, six des anciens de l'expédition Discovery et cinq des membres de l'expédition Nimrod d'Ernest Shackleton. Le lieutenant Edward « Teddy » Evans, commandant en second de Scott pour cette mission, a été l'officier de navigation du SY Morning, le navire qui avait porté assistance à Scott durant l'expédition Discovery. Evans abandonne son idée de monter sa propre expédition et fait bénéficier Scott de ses soutiens financiers.
L'Amirauté est généreuse en fournissant à Scott des officiers et des hommes. Parmi les membres du personnel recrutés à la Royal Navy, en plus de Scott et Teddy Evans, il y a le lieutenant Harry Pennell qui va prendre la relève au commandement quand l'équipe d'exploration aura été déposée, et deux lieutenants-chirurgiens, George Murray Levick et Edward Atkinson. Les circonstances vont forcer Atkinson à prendre le commandement de l'équipe d'exploration pendant une grande partie de 1912 pendant une période difficile. L'ancien officier de la Royal Navy, Victor « The Wicked Mate » Campbell, l'un des rares hommes de l'équipe d'exploration ayant des compétences en ski, doit conduire la partie Nord de l'équipe. Les vétérans de l'Antarctique Edgar Evans, Thomas Crean et William Lashly sont également choisis.
left|thumb|Robert Falcon Scott, le chef de l'expédition. Deux autres officiers de marine sont nommés : Henry Robertson « Birdie » Bowers, un lieutenant de la marine indiennele Raj britannique (Inde) est à l'époque une colonie du Royaume-Uni et un certain nombre de ses officiers sont donc britanniques. et Lawrence « Titus » Oates, un capitaine de dragons. Oates, relativement riche, se porte volontaire pour l'expédition et paie de ses propres fonds.
Sur les conseils de Fridtjof Nansen, Scott recrute Tryggve Gran, un jeune Norvégien expert en ski. Dans la poursuite de sa stratégie de transport mixte, il charge Cecil Meares des équipes de chiens, et recrute Bernard Day, l'ancien mécanicien de Shackleton, pour gérer les véhicules à chenilles. Oates est chargé des chevaux, bien que, de façon assez inexplicable, Scott ait confié à Meares, incompétent en matière de chevaux, le soin de les acheter, avec des résultats malheureux sur le plan de la qualité et donc de la performanceDiana Preston suggère que Edward Evans est à blâmer pour avoir laissé Meares faire cette commission..
Pour mener à bien son programme scientifique, Scott sélectionne un personnel plus expérimenté que celui qui a servi l'expédition Discovery, notamment le directeur scientifique et zoologiste Edward Adrian Wilson, l'un des plus proches confidents de Scott dans l'équipe, qui s'est révélé lors de l'expédition Discovery, non seulement excellent scientifique mais aussi brillant illustrateur et explorateur polaire de qualité. Il s'entoure de scientifiques dont certains connaîtront une grande carrière, comme le météorologue George Simpson, le physicien canadien C. S. Wright et les géologues Frank Debenham et Raymond Priestley. Thomas Griffith Taylor, le plus expérimentés des géologues, et le biologiste Edward Nelson complètent l'équipe. Apsley Cherry-Garrard est nommé assistant zoologiste alors qu'il n'a aucune formation scientifique. Protégé de Wilson, il propose une participation au financement à hauteur de , comme Oates. Malgré le refus initial de Scott de l'engager, il confirme son soutien financier. Scott impressionné, mais aussi pressé d'accepter par Wilson, finit par céder. Cherry-Garrard se fera remarquer comme un bon écrivain par son livre sur l'expédition : Le Pire Voyage au monde. Herbert Ponting est le photographe de la mission.
Poneys, chiens et véhicules motorisés right|thumb|Les chiens de traîneau. right|thumb|Les poneys de Sibérie. thumb|right|Lawrence Oates et les poneys. Trente-quatre chiens et dix-neuf poneys sont achetés. Meares se déplace jusqu'en Sibérie dans ce but. Il connaît les chiens, excellemment, mais pas les chevaux, et il les choisit mal. Oates, seul compétent en cette matière, ne s'en aperçoit qu'à l'escale de Nouvelle-Zélande, trop tard pour en changer. Les chiens, les poneys, les tentes, les traîneaux et même les sacs de couchage sont parrainés et nommés par des écoles.