César Borgia (en valencien et en Catalan, César de Borja), dit « le Valentinois » (Il Valentino), est un prince italien de la Renaissance, né le à Rome et mort le à Viana, en Navarre. Fils et protégé du pape valencien Alexandre VI, il succède à son frère Giovanni Borgia (Juan Borgia) en tant que duc de Gandie.
Allié de la France dans les guerres d'Italie, il est nommé pair de France, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, prince de Romagne, d'Andria et de Venafro, duc de Gandie et de Valentinois, comte de Diois, seigneur d'Issoudun, de Piombino, Camerino et Urbino, gonfalonier et capitaine général de l'Église, condottière et cardinal.
Il doit sa notoriété en grande partie à Machiavel qui le cite fréquemment dans Le Prince. Cependant, seul l'appui de la papauté et de la royauté lui permit d'avoir une carrière aussi fulgurante et il n'édifia aucune puissance durable.
Biographie Origines familiales et naissance César est le fils aîné de Roderic Llançol i de Borja, issu d'une famille valencienne et futur cardinal Rodrigo Borgia, pape sous le nom d', et de sa maîtresse Vannozza Cattanei. Il est aussi le frère de Giovanni Borgia (1474-1497), duc de Gandia, de Lucrèce Borgia, de Gioffre (Jofré), prince de Squillace, et le demi-frère de Pedro Luis de Borja (Pere Lluis de Borja) et de Girolama de Borja, nés de mères inconnues.
La famille Borgia (Borja en Catalan) est originaire du royaume de Valence et voit son influence augmenter au quand le grand-oncle paternel de Cesare devient pape sous le nom de en 1455, puis son père Roderic (Rodrigo en espagnol) sous le nom d' en 1492.
Bien que les précédents papes aient eu parfois des maîtresses, son père est le premier à reconnaître publiquement ses enfants, ce qui vaudra à César d'être souvent appelé « le neveu du pape », par pudeur, tout comme ses frères et sœurs.
Comme pratiquement tous les aspects de sa vie, la date de naissance de César Borgia demeure sujette à débat. En général on admet qu'il est né à Rome en 1475On citera par exemple les travaux de Léonce Celier, « et ses enfants en 1493 », in Mélanges d'archéologie et d'histoire, tome 26, 1906, pp. 319-334..
Jeunesse Décrit comme un enfant gracieux, il grandit vite et devient un homme beau et ambitieux comme son père. Ce dernier, dans sa volonté de développer l'influence de sa famille en Italie, nourrit de grands projets pour ses fils. Alors que les affaires temporelles reviennent à son frère Giovannic. 1474 ou 1476-1497 : il y a une controverse sur sa date de naissance, mais il semble qu'on s'accorde désormais à dire qu'il était plus jeune que César., nommé capitaine général de l'Église et fait duc de Gandie, César suit une carrière dans l'Église afin de succéder à son père.
Sacré protonotaire de la papauté et chanoine de la cathédrale de Valence à 7 ans, César est fait évêque de Pampelune à 15 ans, et à 17 ans il est nommé archevêque puis cardinal de Valence en Espagne par son père, élu pape en 1492. En 1493, il obtient également les évêchés de Castres et d'Elne et devient abbé de l'abbaye Saint-Michel de Cuxa l'année suivante. Il vit comme un aristocrate, passionné de conquêtes amoureuses et guerrières, et jalouse son frère ainé, Giovanni, que son père a nommé gonfalonnier de l'Église en 1497.
Cette même année 1497, on retrouve le corps poignardé de son frère Giovanni dans le Tibre. César est soupçonné du crime, qu'il aurait commis pour des raisons politiques ou par jalousie : Sancha d'Aragon, fille du roi de Naples et épouse de Gioffre, aurait été la maîtresse de César comme de Giovanni. Rien n'est alors prouvé, mais César a désormais la voie libre. Il quitte Rome le pour assister comme légat du pape au couronnement du roi de Naples Frédéric d'Aragon. Dès son retour, le , il demande à revenir à l'état laïc. Le , à la suite d'un consistoire lors duquel propose la laïcisation de son fils, il est le premier cardinal de l'histoire à abandonner sa fonction. Il expose en des phrases éloquentes à ses collègues qu'il n'a jamais eu la fibre religieuse. Sans illusion, les cardinaux ne peuvent que donner leur accord. César dépose sa cape de cardinal devant le consistoire et part aussitôt rencontrer Louis de Villeneuve, chambellan de . L'ambassadeur lui propose une alliance avec la France contre le duc de Milan, Ludovic Sforza le More.
À cette époque, , roi de France, cherche à faire annuler son mariage afin d'épouser Anne de Bretagne et ainsi annexer son duché au royaume de France. consent à lui rendre ce service, en échange de quoi César devient duc de Valentinois, ce qui lui vaudra son surnom (). Il se voit aussi accorder la main de Charlotte d'Albret, dame de Châlus et sœur de , roi de Navarre.
Ascension
s'allie avec qui poursuit les guerres d'Italie, espérant en tirer profit, et notamment obtenir le trône de Naples. En 1498, César Borgia est honoré par du titre de gouverneur du Lyonnais, charge qu'il n'assumera que peu (on n'en trouve pas de trace dans les actes consulaires) et qu'il gardera jusqu'à sa mort. Il ne fit jamais que traverser la ville. Le , il quitte Rome accompagné d'un cortège fastueux pour prendre possession de son fief français. Le , après un court séjour à Valence, il rejoint la cour de France à Chinon où il épouse Charlotte d'Albret le . Le roi de France entre ensuite en Italie, et après que Gian Giacomo Trivulzio a chassé le duc de Milan Ludovico Sforza, César chevauche à ses côtés lors de son entrée dans la ville.
César veut devenir l'un des princes de la péninsule et pour cela envisage de se tailler un État en Romagne en chassant de leurs terres les petits seigneurs condottieres les uns après les autres. Il bénéficie du soutien de la papauté et de . Il emprunte 45 000 ducats à la commune de Milan et recrute des mercenaires. Avec l'importante troupe fournie par le roi de France, il est à la tête de 16 000 hommes. Les Borgia père et fils passent alors à l'action : ils doivent débarrasser les États pontificaux de leurs dirigeants qui, tous vicaires pontificaux, sont censés être sous l'autorité du pape, et qui se considèrent en réalité comme indépendants depuis plusieurs générations. déclare caducs les pouvoirs détenus par les seigneurs de Pesaro, Imola, Forli, Camerino, Faenza, Urbino et Rimini. César s'attaque d'abord aux villes de Forli et d'Imola, dirigées par Caterina Sforza, veuve d'Alexandre Sforza, qui lui tient tête avant d'être vaincue le , ce qui lui permet d'ajouter les deux cités à ses possessions.
Il s'apprête à conquérir Pesaro quand réclame ses soldats dont il a besoin pour combattre contre Ludovic Le More. Il doit abandonner temporairement sa conquête de la Romagne et rentre à Rome le . Le lendemain, son père lui offre un véritable triomphe à l'antique en disposant tout au long de son parcours, de la place Navone au Vatican, onze chars romains. Le , il lui remet la récompense de la Rose d'or, accordée aux princes et aux capitaines qui ont pris la défense de la chrétienté, et le nomme capitaine général et gonfalonier de l'armée papale (dite « armée des clefs », du nom de l'emblème héraldique de la papauté) qui comprend des mercenaires italiens et des régiments suisses envoyés par le roi de France, soit environ et 300 cavaliers. César Borgia se présente alors comme le nouveau Jules César. Il fait graver sur son épée de parade des scènes du triomphe de César. La devise figurant sur les drapeaux portés par ses soldats exprime son ambition démesurée : aut caesar aut nihil (ou César ou rien).
nomme douze nouveaux cardinaux, ce qui lui donne assez d'argent pour permettre à César d'engager les condottieri Vitellozzo Vitelli, Gian Paolo Baglioni, les frères Orsini Giulio et Paolo et Oliverotto da Fermo qui poursuivent sa campagne en Romagne. Il quitte Rome le , entouré de toute une cour. Giovanni Sforza, premier mari de sa sœur Lucrèce, perd Pesaro le et Pandolfaccio Malatesta, Rimini le 30. Seul le siège de Faenza s'éternise. Borgia quitte ses capitaines pour aller s'installer dans la capitale qu'il s'est choisie, Cesena, au début du mois de décembre.
En , Faenza se rend et son jeune seigneur est envoyé au château Saint-Ange, à Rome. On retrouve son corps dans le Tibre, peu de temps après. César est fait duc de Romagne par le pape et ajoute Castel Bolognese à son domaine. Alors que ses condottieri assiègent Piombino, qui tombe en 1502, César se bat à Naples et à Capoue avec les Français auxquels il est resté fidèle. Le , la ville, défendue par Prospero et Fabrizio Colonna, tombe, entraînant le début du conflit du roi de France contre pour le contrôle de Naples. Les habitants de Capoue sont massacrés. Plus de quatre mille d'entre eux meurent, les prisonniers de camp adverse sont exécutés.
En , César retourne dans les Marches et conquiert Urbino et Camerino. Florence, craignant sa puissance, lui envoie deux émissaires, Machiavel et le cardinal Soderini, évêque de Volterra, pour connaître ses intentions, mais c'est surtout qui va s’opposer à ses velléités d’attaquer la ville. Son ambition se porte alors sur Bologne dont il souhaite faire une capitale plus digne que Cesena. Ses condottieri complotent alors contre lui (Congiura di Magione) : avec leur aide, Guidobaldo da Montefeltro et Giovanni Maria da Varano poussent Camerino et Fossombrone à la révolte. César l'apprend et organise une réconciliation au château de Sinigaglia le . Vitellozzo Vitelli, les frères Orsini et Oliverotto da Fermo viennent sans leurs troupes. Au milieu du banquet, César les fait arrêter puis étrangler. Paolo Giovio qualifie cet acte de . Après ce coup d'éclat, le prince César Borgia atteint le sommet de sa puissance :
César Borgia est mécène de Léonard de Vinci durant dix mois. Durant cette période, celui-ci réalise des travaux de cartographie, en particulier de la ville d'Imola.
Chute César envisage maintenant la conquête de la Toscane. Bien qu'il soit général et homme d'État de talent, son empire s'effondre très rapidement avec la perte de son principal appui, son père. Le , ils assistent ensemble à un banquet chez Adriano di Castello, cardinal tout juste nommé. De nombreux invités ressentent de violentes douleurs, meurt huit jours plus tard. Avant que sa mort ne soit révélée publiquement, César, malade lui aussi, envoie Don Michelotto piller les caisses pontificales afin d'être en mesure de vaincre la Toscane, mais sa mauvaise condition l'empêche de faire pression sur le conclave pour désigner un pape à sa solde. Dès l'annonce de la mort d', la Romagne se révolte.
Le nouveau pape est , considéré comme neutre entre le parti des Borgia (César étant resté à Rome pour influer sur l'élection) et celui du cardinal Giuliano della Rovere, ennemi farouche de ces derniers. Mais meurt à peine un mois après son élection. Cette fois, della Rovere est élu sous le nom de et fait tout pour affaiblir César. Alors que celui-ci se rend en Romagne pour mater une révolte, il est capturé près de Pérouse par Gian Paolo Baglioni et emprisonné. va alors démembrer son domaine, soit en le rattachant aux États pontificaux (Imola), soit en rétablissant dans leurs droits ceux que César a chassés du pouvoir (Rimini et Faenza).
En , le pape accepte de le libérer à condition qu'il abandonne toutes ses terres. César s'embarque pour Naples, mais le gouverneur espagnol Gonzalve de Cordoue le fait arrêter en , le considérant comme l'allié du roi de France. Il est livré à Ferdinand II d'Aragon, roi de Castille, d'Aragon et de Naples contre qui il a lutté avec , et emprisonné à Chinchilla, puis à la forteresse de Medina del Campo.
César Borgia parvient à s'évader le et rejoint à Pampelune, capitale du roi de Navarre, son beau-frère . Le roi le nomme capitaine général de ses armées et l'envoie combattre le comte de Beaumont à Viana. Tombé dans une embuscade, il meurt au cours du siège de Viana le , à l'âge de . Il est enterré dans l'église Santa Maria de Viana.
Devise Sa devise est : « Aut Caesar aut nihil » (« Ou César, ou rien »),