La classe Iowa est une série de cuirassés rapides construits pour l’US Navy durant la Seconde Guerre mondiale comportant quatre unités (six commandées initialement). Ces bâtiments furent engagés dans les campagnes du Pacifique. C'est à bord de l'un d'entre eux, l', que fut signée la capitulation du Japon mettant fin à la Seconde Guerre mondiale. Ils servirent encore durant la guerre de Corée ; et l'un d'entre eux participa (en 1968-1969) à une partie du conflit vietnamien. Mis en réserve, ils furent modernisés et remis en service au début des années 1980 dans le cadre du plan pour une marine de lancé sous la présidence Reagan. Ils seront engagés au cours de la guerre du Liban (1982-1985) et une ultime fois en 1990, pour la guerre du Golfe. En raison de leurs équipages trop nombreux pour un besoin opérationnel moins pertinent, ils ont ensuite été versés dans la flotte de réserve, avant d'être, en , définitivement rayés de la liste des bâtiments de l'US Navy.

Les Iowa ont été construits dans un laps de temps relativement court ; ils sont les derniers représentants de la catégorie des cuirassés, bien que le bâtiment de ligne britannique soit entré en service après eux. Lors de leur mise en service, ces bâtiments venaient de perdre le caractère prééminent de capital ship qui leur était précédemment dévolu. En effet, l'avion avait alors supplanté les gros canons dans les batailles navales désormais menées depuis des porte-avions. Les grosses pièces d'artillerie dont ils étaient dotés furent malgré tout utiles pour appuyer les nombreuses opérations amphibies menées par les États-Unis durant la guerre du Pacifique puis, dans les conflits suivants, pour des tirs contre la terre à longue distance. Vers la fin de leur carrière, les Iowa ont été reconvertis en tant que plateformes de lancement de missiles de croisière contre des cibles terrestres.

Historique Conception et construction

La conception de la classe Iowa démarra début : il s'agissait de construire des vaisseaux rapides capables d'escorter les porte-avions. Les Iowa purent être conçus pratiquement sans limitation de tonnage et d'armement. Les limites fixées à par le traité de Washington et la conférence de Londres étaient, à l'époque, toujours en vigueur sur le papier, mais, en pratique, n'étaient plus respectées. Le tonnage officiel est de mais en réalité il approche les .

La classe Iowa fut conçue à partir de la coque des cuirassés de la classe South Dakota qui l'avait précédée ; une étude avait en effet démontré que cette coque une fois allongée pouvait atteindre les souhaités. Les Iowa devaient initialement recevoir le même armement principal que les South Dakota, c'est-à-dire des pièces de de . Toutefois, pour pouvoir faire jeu égal avec les canons des cuirassés de la classe Yamato, il fut décidé d'installer la nouvelle pièce de , qui pouvait tirer des projectiles de même diamètre mais plus lourds. On ne put par contre renforcer le blindage de manière à égaler l'épaisseur du blindage des cuirassés japonais, car cela aurait réduit la vitesse. Le plan de construction fut figé en 1939 : les trois premiers navires devaient être construits le plus rapidement possible tandis que la livraison des trois suivants était retardée pour leur permettre de recevoir la tourelle Mark VII. La priorité, à l'époque, était donnée à la vitesse sur l'armement. Le financement fut approuvé dans le cadre des budgets 1940 et 1941, il était prévu une enveloppe de de dollars par navire qui fut approuvée par le Congrès américain, mais qui ne fut finalement pas complètement utilisée.

Les navires de la classe Iowa furent construits dans trois chantiers navals : les BB-61 et BB-63 dans le chantier naval de la Navy à Brooklyn, dans l’État de New York, les BB-62, BB-64 et BB-65 dans le chantier naval de la Navy à Philadelphie, Pennsylvanie. La dernière unité, le BB-66, était construite au chantier naval de Norfolk, à Portsmouth en Virginie. Les BB-65 et BB-66 ne furent jamais achevés. Il s'écoula, pour les quatre navires achevés, de deux à trois ans entre la pose de la quille et le lancement, délai auquel il faut ajouter les quatre à cinq mois passés à quai pour achever l'armement des navires.

Comparaison Voici les comparaisons des devis de poids de plusieurs navires de ligne américains et européens construits dans les années 1930/1940 :

Parties constitutives du navire Dunkerque Richelieu. King George V. North Carolina. Iowa. Scharnhorst. Bismarck. Vittorio Veneto. Coque Artillerie Blindage Machines Déplacement « lège » Combustible . . Déplacement « normal »

Les unités

Comme il est de tradition dans l’US Navy, les six unités prévues reçurent toutes le nom d'un État des États-Unis. Les Iowa servirent durant la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée, la guerre du Viêt Nam (une seule unité) et la guerre du Golfe (deux unités). En temps de paix, les unités étaient mises en réserve à cause des coûts élevés du personnel nécessaire pour entretenir le navire et maintenir en état de fonctionnement son artillerie lourde.

USS Iowa (BB-61)

L'USS Iowa fut la première unité à entrer en service. Sa quille fut posée le et il entra en service le . Il servit dans la guerre du Pacifique au cours de laquelle il participa entre autres à la bataille de la mer des Philippines. Après avoir été placé brièvement dans la flotte de réserve, l’Iowa reprit du service dans la guerre de Corée durant laquelle il bombarda les côtes coréennes. En 1958, l’Iowa fut de nouveau mis en réserve jusqu'en 1984. Cette année-là, le navire fut remis en service dans le cadre du plan de Ronald Reagan de la « marine de ». Il fut alors utilisé entre autres au Nicaragua et dans le golfe Persique. Il fut replacé en réserve en 1990 et rayé des cadres de la flotte en 1995 puis réintégré peu de temps après dans la flotte de réserve où il figurait toujours en 2006. Il était mouillé dans la Suisun Bay au nord-est de San Francisco. En 2012, il est transformé en navire musée, remorqué et mouillé de façon permanente dans le port de Los Angeles en Californie où il accueille des visiteurs tous les jours. L’Iowa est resté en service actif et entre 1943 et 1990.

USS New Jersey (BB-62)

L'USS New Jersey fut mis sur cale le et mis en service le . Durant la Seconde Guerre mondiale, il prit part entre autres au bombardement de Saipan, puis plus tard défendit une flottille de porte-avions devant Okinawa. Après avoir été intégré brièvement dans la flotte de réserve surnommée Mothball fleet, le New Jersey bombarda, durant la guerre de Corée, les côtes de Wonsan et d'autres villes de Corée du Nord puis fut retiré du service actif en 1957. Le New Jersey fut le seul navire de la classe Iowa à participer à la guerre du Vietnam : là-bas, il tira près de avec son artillerie principale. De 1969 à 1982, il participa à plusieurs grandes manœuvres avant d'être retiré du service en 1991 et rayé des cadres de la flotte en 1995. Le New Jersey a aussi servi à bombarder les côtes irakiennes et koweïtiennes durant la guerre du Golfe de 1991. Le New Jersey est aujourd'hui mouillé à Camden dans le New Jersey, où il peut être visité. Le New Jersey est resté en service actif durant et .

USS Missouri (BB-63)

L'USS Missouri fut mis sur cale le et mis en service le . Durant la Seconde Guerre mondiale, il prit part, entre autres, à la bataille d'Iwo Jima et bombarda, peu de temps avant la fin de la guerre, les installations industrielles d'Hichiti au Japon. Le , la capitulation sans conditions du Japon fut signée à son bord par Mamoru Shigemitsu en présence de l'amiral Chester Nimitz et du général des armées Douglas MacArthur. En 1950, le Missouri participa au bombardement des côtes de la Corée puis fut retiré du service en 1955. En 1986, il fut réactivé une première fois et participa en 1991 à l'opération Desert Storm durant laquelle il utilisa son artillerie mais lança également des missiles. Le Missouri fut mis en réserve en 1995 puis rayé des cadres de la flotte la même année. Aujourd'hui, il est transformé en bateau musée à Pearl Harbor, Hawaï. Le Missouri est resté en tout et en service actif.

USS Wisconsin (BB-64)

L'USS Wisconsin fut mis sur cale le et entra en service le . Durant la Seconde Guerre mondiale, il participa à la prise d'Iwo Jima et fut également utilisé pour la conquête des principales îles japonaises. La première mise en réserve eut lieu en 1948 mais, en 1951, il fut réactivé pour participer à la guerre de Corée. En 1958, il fut remis en réserve. En 1988, le Wisconsin entra une troisième fois en service et il participa à la guerre du Golfe en 1991. Il tira contre le territoire irakien dont les lanceurs avaient, à l'époque, été installés entre les cheminées. Il fut remis dans la réserve en 1991 puis rayé des registres en 1995. En 1998, il fut néanmoins réintégré dans la flotte et resta dans la réserve jusqu'en 2006. Depuis 2000, il est à quai devant le Nauticus National Maritime Center, un musée maritime à Norfolk, en Virginie où il peut être visité. Le navire passa en tout et en service actif.

USS Illinois (BB-65)

L'USS Illinois fut mis sur cale le mais sa construction fut arrêtée le de la même année. À cette date, la construction de la coque était achevée à 22 %. La coque fut vendue pour la ferraille en 1948.

USS Kentucky (BB-66)

L'USS Kentucky fut mis sur cale le mais sa construction fut arrêtée le . À cette date, la construction de la coque était achevée à 72 %. Le navire resta inachevé en cale sèche puis le long d'un quai à Newport News. En 1958, l’US Navy décida finalement qu'elle n'avait pas d'emploi pour cette coque et celle-ci fut vendue pour la ferraille à la société Boston Metals Company.

Projets de refonte après la Seconde Guerre mondiale

Dès la première mise en réserve des Iowa après la Seconde Guerre mondiale, il existait des plans de refonte, qui concernaient en particulier l'USS Kentucky inachevé mais également les unités en service. Après la guerre du Viêt Nam, il y eut de nouveaux plans de refonte visant à adapter les cuirassés à de nouveaux types d'engagements.

Transformés en plates-formes d'artillerie mobiles 1956

En , deux concepts étaient envisagés : transformer le navire en navire de défense antiaérienne ou en faire un navire lance-missiles.

Dans la première hypothèse, les tourelles de étaient enlevées et remplacées par des pièces antiaériennes à quatre tubes de qui tiraient des munitions propulsées sous-calibrées contre avion avec une fréquence de tir pouvant atteindre sept coups par minute.

Dans la seconde hypothèse, la reconversion était encore plus radicale. Deux options étaient proposées en 1956. La première, au prix de de dollars par navire (un milliard de dollars actuels sur la base d'une inflation de 2,5 %), les tourelles de étaient également débarquées, l'arme principale était constituée de intercontinentaux pour lesquels un massif était construit au milieu du navire, nécessitant le déplacement des cheminées. L'armement défensif était constitué de missiles anti-aériens : doubles de missiles Tartar à moyenne portée situés le long du bateau, avec stockés à bord, et deux lance-missiles doubles Talos à longue portée installés à la poupe et à la proue, avec en stock. Seule la coque devait rester intacte, les superstructures elles-mêmes devant être profondément remaniées pour laisser la place au massif de lancement des missiles intercontinentaux.

La deuxième option, d'un coût de de dollars, consistait à remplacer une partie des machines par Polaris et à confier la défense anti-aérienne à quatre lanceurs Tartar et deux lanceurs Talos. Des pièces de auraient également été installées.

1958