Le HMS Ark Royal (91) est un porte-avions de la Royal Navy qui participe à la Seconde Guerre mondiale.

Conçu en 1934 selon les restrictions du traité naval de Washington, lArk Royal est construit par Cammell Laird à Birkenhead, en Angleterre, lancé en 1937 et armé en . Sa conception diffère de ses prédécesseurs : il est le premier porte-avions sur lequel les hangars et le pont d'envol sont parties intégrantes de la coque au lieu d'être des rajouts sur la superstructure ; il peut emporter de et possède des hangars sur deux niveaux. C'est ainsi qu'il est mis en service dans une période cruciale de l'histoire de l'aéronavale, et participe au développement et à l'amélioration de nombreuses tactiques impliquant les porte-avions.

LArk Royal sert sur les théâtres navals parmi les plus actifs de la Seconde Guerre mondiale : il est impliqué dans la destruction de plusieurs U-Boote, participe à la campagne de Norvège, à la poursuite du , au convoyage d'avions (Club Runs) et à la protection de convois de ravitaillement pour Malte. Survivant de peu à plusieurs attaques, il est surnommé le . ; les Allemands, de nombreuses fois, annoncent à tort son naufrage. Il est finalement torpillé le par le sous-marin allemand U-81, et coule le jour suivant. Son naufrage est l'objet de plusieurs enquêtes, afin de savoir comment le bâtiment a pu sombrer malgré la tentative de remorquage vers Gibraltar ; de nombreuses failles structurelles ayant contribué à la perte du navire sont mises à jour, erreurs rectifiées dans les porte-avions britanniques construits ultérieurement.

En , l'épave du HMS Ark Royal est découverte à environ au large de Gibraltar, à une profondeur de , par une société américaine utilisant un sonar monté sur un véhicule amphibie autonome. Elle participait à la réalisation, sous contrat avec la BBC, d'un documentaire sur le porte-avions.

Conception vignette|gauche|alt=Photo en noir et blanc d'un porte-avions depuis tribord arrière.|On peut voir sur cette photo que le pont d'envol de lArk Royal dépasse grandement la poupe.

En 1923, l'amirauté britannique conçoit un plan décennal d'armement visant notamment à la construction d'un porte-avions et l’acquisition de pour la Fleet Air Arm. La situation économique suivant la Première Guerre mondiale induit un report dans la construction. En 1930, le directeur de la construction navale, Sir Arthur Johns, commence à mettre au point les plans d'un tel navire en y intégrant de nouvelles technologies. Son souhait est d'augmenter le nombre d'avions embarqués en réduisant les distances de décollage et d'atterrissage de ceux-ci. Pour cela, il combine l'utilisation de la catapulte et du brin d'arrêt, parvenant ainsi à gagner de l'espace pour le stockage et la préparation des avions, avec la présence de deux ponts-hangar permettant à lArk Royal de transporter . Cependant, le développement d'avions plus gros et plus lourds pendant la construction du porte-avions entraîne une réduction de leur nombre à . Les hangars des avions sont placés à l'intérieur de la coque et bénéficient ainsi de son blindage de ceinture : . Trois ascenseurs permettent le déplacement des avions entre les hangars et le pont d'envol. Une autre particularité de ce porte-avions tient dans la longueur et la hauteur du pont d'envol. Ainsi, avec de long, il est plus long que la quille, les dimensions de celle-ci étant dictées par la taille des formes de radoub de Gibraltar et de Malte. Les hangars étant intégrés à la coque, le pont se situe très haut, à au-dessus de la ligne de flottaison.

Après la Première Guerre mondiale, le tonnage maximal des navires de guerre de chaque nation est restreint par le traité naval de Washington puis par le traité naval de Londres, cette restriction devant expirer à la fin de l'année 1936. Une potentielle course aux armements navals opposant le Royaume-Uni, le Japon et l'Italie se dessinant, le gouvernement du Royaume-Uni cherche à faire signer le second traité naval de Londres, limitant le déplacement des porte-avions à . LArk Royal aurait respecté cette limite, anticipée. Ainsi, afin de réduire le poids, le blindage est limité à la ceinture, aux salles des machines et aux soutes à munitions ; l'utilisation du soudage en lieu et place du rivetage sur 65 % de la coque permet d'économiser . L'installation d'un pont d'envol blindé n'est pas possible : son poids trop important aurait dépassé les limites et réduit l'endurance et la stabilité du navire. Le porte-avions possède une ceinture anti-torpilles triple basée sur une structure vide-liquide-vide très semblable à celle utilisée sur les cuirassés de la ; elle est conçue pour le protéger des torpilles ayant une ogive de moins de .

Le navire est équipé de six chaudières, qui fournissent de l'énergie à trois turbines à engrenages Parsons. Celles-ci sont connectées via trois arbres de transmission aux trois hélices de de diamètre qui peuvent théoriquement propulser lArk Royal à une vitesse de « HMS Ark Royal, British aircraft carrier, WW2 ».. Cette vitesse est vitale pour le navire, lui permettant de se mettre au plus vite face au vent afin de lancer ou de récupérer ses avions. Pour ne pas mettre en danger son escorte par ces fréquents changements de cap, le porte-avions doit s'en éloigner avant de revenir lorsque les opérations de décollage ou d'atterrissage sont terminées. De plus, comme lArk Royal n'est pas équipé pour le combat navire contre navire, sa vitesse reste son atout le plus sûr.

Construction vignette|gauche|alt=Photo en noir et blanc d'un porte-avions vu du dessus par trois-quarts avant bâbord|LArk Royal juste après son lancement : les ascenseurs sur le pont d'envol et les emplacements des canons antiaériens sur la coque sont bien visibles. En 1933, la détérioration de la situation internationale, symbolisée par le réarmement de l'Allemagne et les velléités d'expansion de l'empire du Japon et de l'Italie fasciste, conduit les Britanniques à avancer des fonds pour la construction du porte-avions dans les propositions de budget de 1934. Finis en , les plans sont soumis en à Cammell Laird, qui évalue le coût de la construction de la coque à () et celle des machines à environ (). Le coût total est estimé à plus de trois millions de livres sterling, faisant de lArk Royal le navire le plus onéreux jamais commandé par la Royal Navy. La construction commence le sous l'intitulé « ».

LArk Royal passe presque deux ans en cale avant d'être lancé le et baptisé par , l'épouse de Samuel Hoare, alors Premier Lord de l'Amirauté ; la bouteille de champagne ne se brise qu'à la quatrième tentative. Le porte-avions est ensuite armé durant un an avant que le commandant Arthur Power n'en prenne les commandes le . Il est mis en service le . À l'origine prévu pour servir en Extrême-Orient, des événements plus proches comme la seconde guerre italo-éthiopienne en 1935 et la guerre d'Espagne en 1936 incitent l'Amirauté à le déployer dans la Home Fleet ou dans la Mediterranean Fleet. Après que son équipage l'a rejoint à la fin de l'année 1938, lArk Royal subit des essais en mer, durant lesquels il est capable d'aller au-dessus de sa vitesse maximale théorique, atteignant les ; en , il atteint exactement les , développant une puissance de pour un déplacement de .

Armement et avions

La principale préoccupation lors de la conception de l'armement de lArk Royal est la lutte antiaérienne, les avions étant perçus comme une menace majeure ; la fuite ou la présence de l'escorte constituent de meilleurs remparts contre les navires et les sous-marins. Son armement principal est constitué de seize canons de QF Mark I à double usage (antinavire et antiaérien) disposés en huit tourelles doubles, quatre de chaque côté de la coque guidés par le système de conduite de tir . À l'origine, les tourelles devaient être placées plus bas sur la coque, mais cela fut modifié pour qu'elles soient situées juste en dessous du pont d'envol, accroissant ainsi leur champ de tir. Six affûts octuples de canons de QF « pom-pom » sont installés sur le pont d'envol, devant et derrière la superstructure, alors que huit affûts quadruples de mitrailleuses de Vickers sont installés sur de petites plateformes à l'avant et à l'arrière du pont d'envol.

Seize escadrons de la Fleet Air Arm sont basés sur le porte-avions durant sa carrière, une moyenne de cinq étant présents simultanément. À son entrée en service, la plupart de ceux-ci sont équipés de Blackburn Skua, utilisés comme chasseurs et bombardiers en piqué, ou de Fairey Swordfish, pour la reconnaissance et le torpillage. À de rares occasions, le porte-avions a été l'hôte d'autres avions, tels des Blackburn Roc d' à ou des Fairey Albacore durant le mois d' ; ce sont des avions de remplacement, utilisés en complément des escadrons déjà présents sur le navire. En , lArk Royal accueille le , une escadrille d'entraînement qui utilise des Supermarine Walrus, un avion amphibie de reconnaissance.

Histoire Début de la guerre

vignette|droite|alt=Photo d'un télégramme officiel de la Royal Navy.|Le message envoyé au porte-avions l'informant de la déclaration de guerre allemande le . vignette|gauche|alt=Photo en noir et blanc d'un porte-avions en mer, survolé par plusieurs biplans.|Le HMS Ark Royal en 1939, survolé par une partie de ses Fairey Swordfish.

Le début de la Seconde Guerre mondiale le était pressenti depuis que l'Allemagne avait positionné sa flotte de U-boote au large des côtes britanniques. Quelques heures après la déclaration, le paquebot est torpillé par l' ; ce sont ainsi plus de de navires qui seront coulés par les U-Boote durant la première semaine de la guerre. LArk Royal est déployé avec la Home Fleet vers les atterrages occidentaux avec les autres membres de son . Celui-ci consiste en une flottille de destroyers et de navires anti-sous-marins regroupés autour d'un porte-avions ; ainsi, les , et Ark Royal sont concernés. Les avions embarqués à leur bord permettent d'augmenter la zone de recherche des U-Boote, mais font de ces navires des proies de choix.

Le , lArk Royal reçoit un appel de détresse du , poursuivi par le U-30 à du porte-avions. Celui-ci fait décoller ses avions afin d'aider le navire marchand, mais il est repéré par le U-39 qui tire deux torpilles. Les guetteurs repèrent leur sillage et le navire se détourne pour les éviter, elles explosent au loin sans causer de dommages. Trois destroyers de classe F appartenant à l'escorte commencent à lancer des grenades anti-sous-marines sur le sous-marin allemand, le forçant à faire surface ; l'équipage abandonne celui-ci avant qu'il ne coule. C'est le premier U-Boot coulé durant la guerre. Pendant ce temps, les avions de lArk Royal rejoignent le Fanad Head, abordé par des marins allemands. Les Skua attaquent le U-30, sans succès ; deux avions s'écrasent, soufflés par les explosions de leurs propres bombes. L'U-Boot s'échappe alors, après avoir récupéré les sous-mariniers présents à bord du navire britannique et les deux pilotes abattus (les observateurs s'étant noyés), puis torpillé le Fanad Head.

LArk Royal retourne à sa base à Loch Ewe, où il est inspecté par Winston Churchill. La destruction de lU-39 remonte le moral des troupes, mais l'attaque manquée sur le porte-avions et le torpillage du Courageous le convainquent l'Amirauté qu'il est trop dangereux de risquer des porte-avions de cette manière : le concept de formé autour d'un porte-avions est alors abandonné.

Le , lArk Royal participe au sauvetage du sous-marin , endommagé par des navires allemands au large de Horns Rev. Le lendemain, alors qu'il rentre en Angleterre avec le Spearfish, accompagné des cuirassés et , il est repéré par trois hydravions Dornier Do 18 de la Luftwaffe. Le porte-avions fait décoller trois Blackburn B-24 Skua afin de les éloigner : un des Dornier est abattu. Il s'agit là de la première victoire aérienne britannique de la guerre.