, dit « le Juste », fils d' et de Marie de Médicis, né le au château de Fontainebleau et mort le au château Neuf de Saint-Germain-en-Laye, est roi de France et de Navarre de 1610 à 1643.
Son règne, dominé par la personnalité du cardinal de Richelieu, principal ministre d'État, est marqué par l'affaiblissement des grands et des protestants, la lutte contre la maison d'Autriche et l'affirmation de la domination militaire française en Europe pendant la guerre de Trente Ans. De son mariage avec l'infante Anne d'Autriche, il a tardivement deux fils : le futur , et Philippe, duc d'Anjou fondateur de la maison Orléans. La naissance tardive de son premier fils est considérée par le couple comme , et amène le roi à signer le vœu de (consacrant le royaume de France à la Vierge Marie), avant même la naissance de l'enfant.
Dauphin de France Naissance et famille vignette|gauche|Le roi , son épouse Marie de Médicis et leurs enfants : Louis, Élisabeth, Christine et Monsieur d'Orléans.|235x235px , premier fils du roi et de la reine Marie de Médicis, naît au château de Fontainebleau. L'enfance du dauphin Louis nous est assez bien connue grâce au journal laissé par son médecin, Jean Héroard, qui y a consigné tous les détails de son alimentation, de sa santé et de sa vie intime. Le futur roi est installé dès le mois de au château de Saint-Germain-en-Laye, où il retrouve les enfants illégitimes de son père et est rejoint, plus tard, par ses frères et sœurs. Il est baptisé le à Fontainebleau ; son parrain est, comme il est d'usage, le pape (), représenté par le cardinal de Joyeuse, sa marraine est sa tante, Éléonore de Médicis, duchesse de Mantoue, sœur de la reine Marie.
Enfance gauche|vignette|190x190px|Louis XIII avec ses deux jeunes frères Gaston et Monsieur d'Orléans. Du château de Saint-Germain, le jeune sort peu, sa mère Marie n'appréciant pas que son fils entre en contact avec les habitants. Le dauphin est rapidement attiré par la musique et reçoit souvent des musiciens dans ses appartements. Il joue lui aussi de certains instruments et chante. La danse, la peinture et le dessin constituent aussi des distractions pour le futur souverain ; les armes et le domaine militaire demeurent cependant son domaine de prédilection.
Éducation et passions Très tôt, il se découvre une passion pour les armées et les chevaux, tout en parlant souvent de guerre. Il s'exerce très jeune à l'arc et à l'arquebuse et aime faire appliquer les obligations cérémoniales à ses gardes. Il reçoit sa première leçon à l'âge de sept ans de la part de son précepteur, le poète Nicolas Vauquelin des Yveteaux ; il ne montre pas un grand intérêt pour les lettres, que ce soit en français ou en latin, pour la géométrie, les mathématiques. Seule l'Histoire semble l'intéresser un peu, en dehors des activités artistiques et militaires. Jugé insuffisant, Des Yveteaux est remplacé en 1611 par le philosophe Nicolas Le Fèvre, qui meurt en , rapidement remplacé par M. de Fleurence. Il a pour gouverneur le militaire Gilles de Courtenvaux de Souvré.
Selon Daniel Fabre (Une enfance de roi), le jeune Louis XIII a une passion d'oiseleur (dessins, volière, chasse).
Relation avec ses parents Le futur a une profonde adoration pour son père, bien que ce dernier n'hésite pas à le fouetter dès son plus jeune âge et à l'humilier moralement selon un ancien usage qui veut que le dauphin soit dressé pour servir le roi et la reine. Son père montre toutefois des signes d'affection, demandant à ses enfants de l'appeler papa et non Monsieur comme le veut l'usage. Ses relations avec sa mère sont différentes. Il n'est jamais ravi de la voir et refuse plusieurs fois de la servir, contrairement à son père, avec lequel il n'hésite pas à jouer le rôle de valet de chambre.
Il a huit ans et demi quand son père est assassiné, ce qui le marque durablement.
Roi de France et de Navarre Accession au trône vignette|redresse|Lit de Justice tenu par au lendemain de la mort de son père, Archives nationales. vignette|gauche|redresse|Louis, enfant roi, en 1611, par Frans Pourbus le Jeune, Palais Pitti.
monte alors sur le trône, à et demi. Il est sacré le à Reims par le cardinal François de Joyeuse. Le pouvoir est alors assuré par sa mère, Marie de Médicis, qui gouverne le Royaume comme régente. La majorité du roi est proclamée en 1614, mais Marie déclare que Louis est « trop faible de corps et d'esprit » pour assumer les devoirs de sa charge ; elle l'écarte du Conseil et laisse gouverner ses favoris Concino Concini et Léonora Galigaï, qui accaparent les plus hautes charges de l'État.
Traumatisé par la mort brutale d'un père qu'il chérissait, le jeune roi n'a pas une enfance joyeuse. Il ne trouve aucun substitut à l'amour paternel auprès de sa mère, Marie de Médicis, qui le considère comme quantité négligeable. Louis se renferme assez vite sur lui-même, il a des troubles d'élocution, voire de bégaiementHistoriettes, Tallemant des Réaux, Bibliothèque de la Pléiade, , ., et souffre d'un manque d'affection.
Période de régence de sa mère gauche|vignette|upright|Le roi en 1616, par Frans Pourbus le Jeune, Staatliche Kunsthalle Karlsruhe. Par ailleurs, le mépris des favoris italiens à son égard accroît son mal-être. En grandissant, , devenant taciturne et ombrageux, aspire à être digne de son père, . Il s'indigne de voir Concini, un étranger incapable selon lui, usurper le gouvernement de son État, tandis qu'on le relègue, lui, roi, dans un coin du Louvre.
De plus, la régence de Marie de Médicis est très difficile : la gestion des affaires par son gouvernement est mauvaise, et les forces du Royaume, hostiles à la centralisation du pouvoir qu'avait initiée , profitent de la régence. De graves troubles éclatent dans le Royaume (religieux, nobiliaires, sociaux), entraînant une convocation des états généraux et une instabilité politique. La politique pro-italienne et pro-espagnole de la Reine fait naître chez le roi un très lourd sentiment d'amertume. Alors qu' avait songé à marier son héritier avec la princesse Nicole de Lorraine, héritière des duchés de Lorraine et de Bar (ce qui aurait porté pacifiquement la frontière française jusqu'aux Vosges), Marie de Médicis marie le jeune roi, le à Bordeaux, à Anne d'Autriche, infante d'EspagneSur le chemin retour de Bordeaux à Paris, le cortège royal fait étape à Sadirac, le . Le jeune roi passe la nuit dans le Maine de Labadie.. Pour Louis, c'est une humiliation de plus, car, conformément à la mémoire des choix de son père, il ne voit en Anne qu'une Espagnole et par conséquent une ennemie. , qui n'a que quatorze ans, est obligé, pour éviter toute demande d'annulation par l'Espagne, de consommer le mariage, comme en témoigne son médecin dans ses notes personnelles, prises heure par heure, et qui relatent avec précision la vie du jeune . Le roi est traumatisé par ce rapport obligatoire, au point qu'il attendra quatre ans avant de regagner, poussé par le duc de Luynes, le lit de la reine, son épouse.
Affirmation de son autorité vignette|gauche|redresse|, jeune roi libéré de la tutelle de sa mère, 1622 par Peter Paul Rubens, Norton Simon Museum. vignette|redresse|Marie de Médicis dans les années 1620. Après la régence mouvementée et pro-espagnole de sa mère, rétablit progressivement l'autorité royale en brisant les privilèges des protestants, ceux des « Grands », et l'encerclement des Habsbourg par une politique conflictuelle conduite par son ministre Richelieu.
Sortir de la régence de la reine mère C'est par un coup de force, le , que accède au pouvoir. Il ordonne l'assassinat du favori de sa mère, Concino Concini, et fait exécuter la Galigai, femme de celui-ci, dame de compagnie et confidente de sa mère. Il exile Marie de Médicis à Blois et prend enfin sa place de roi. remplace Concini par son propre favori, Charles d'Albert, duc de Luynes. Très rapidement, Luynes accumule les titres et les fortunes. Son avancement crée des mécontentements, d'autant que le favori du roi est un très mauvais homme d'État.
En 1619, la reine mère s'échappe du château de Blois et lève une armée contre son fils, qui choisit de se réconcilier avec elle. Par le traité d'Angoulême, le , il lui cède les villes d'Angers et de Chinon, mais lui interdit de revenir au Conseil. En 1620, Marie de Médicis déclenche une guerre civile, qui se conclut par sa défaite totale, le , à la bataille des Ponts-de-Cé, où le roi commande personnellement. Par crainte de voir sa mère poursuivre des complots, le roi accepte son retour à la cour de France et se réconcilie avec elle sous l’influence de Richelieu. En 1622, Louis XIII crée la Compagnie des Mousquetaires du Roi..
Contre le parti protestant Le roi se rend à Pau en Béarn, dont il est le souverain, pour y rétablir la religion catholique comme religion officielle. Dès lors, il entend mettre fin aux privilèges politiques et militaires dont bénéficient les protestants depuis l'édit de Nantes et imposer le catholicisme d'État à tous ses sujets. De 1620 à 1628 (siège de La Rochelle mené par Richelieu et, en grande partie, par Antoine Coëffier de Ruzé d'Effiat), il combat les protestants puis détruit les fortifications de leurs places fortes.
vignette|redresse|Le siège de la forteresse protestante de Nègrepelisse, suivi par l'extermination de sa population, fut accompli par l'armée du jeune roi en 1622, qui s'est dit « irrité ».
Il mène une première campagne contre les protestants en 1621 et permet la prise de Saint-Jean-d'Angély, mais il échoue devant Montauban, en grande partie du fait de l'incompétence du duc de Luynes Le duc de Luynes meurt de la scarlatine à Longueville (Lot-et-Garonne), le , durant le siège de Monheurt (Lot-et-Garonne), alors qu'il était déjà tombé en disgrâce..
Malgré la promulgation de l'édit de Nantes en 1598 par son père , le jeune monarque de vingt ans décide le de mettre fin à la fronde montalbanaise. Le , le roi s'installe au château de Piquecos et entame le siège de la ville, défendue par son cousin le duc de Rohan. Le roi catholique tentera en vain de venir à bout de la ville huguenote, et le siège ne cessera que quatre mois plus tard avec la victoire des MontalbanaisLa légende veut que face à l'opiniâtreté des assiégés, les de l'armée de aient été mis en déroute à chaque assaut. Après des batailles où les pertes sont dramatiques pour , celui-ci aurait fait appel aux services d'un alchimiste espagnol très connu. Le sorcier aurait, devant le Tarn, médité un long moment avant de donner la recommandation suivante au Roi : . La chose entendue, le monarque aurait demandé à son artillerie de braquer vers la commune et de tirer simultanément quatre cents coups de canons. Dans un vacarme assourdissant, les quatre cents boulets auraient été projetés sur les murs de la cité. Quand le silence serait retombé, les assaillants, attendant la reddition, ne virent rien venir. Si cette débauche d'armes ne parviendra pas à faire tomber la ville, celle-ci restera néanmoins dans les mémoires pour avoir été la cause d'un grand désordre. Au contraire, leur volonté de résistance n'en fut que renforcée (Janine Garrisson, Paul Duchein, et les 400 coups, Toulouse, Privat, Mémoire Vive, 2002 ; Dénes Harai (éd), Journal d'un officier de sur le siège de Montauban (1621). Dans l'enfer de la « Seconde Rochelle », L'Harmattan, 2013..