vignette|« Quelques enfants à la salle Récamier » (Ufocel informations, n°17, novembre 1948).|upright=1Le ciné-club (de l'élément ciné- (de cinéma), et du mot club) est un club d'amateurs de cinéma. On peut y étudier la technique et l'histoire du cinéma dans le cadre de la projection d'un filmLe Petit Robert, Ciné-club. Sa spécificité est de réunir des membres ayant des intérêts communs, desquels dépendront la programmation du ciné-club et les sujets de discussion qui y auront lieu. L'organisation d'une séance de projection suit généralement le modèle « présentation-projection-discussion »..
Histoire Avant la Première Guerre mondiale Le cinéma comme outil d'enseignement Dès la création du cinéma, celui-ci est pensé comme un potentiel outil d'enseignement à l'instar du kinétoscope et de la lanterne magique déjà utilisés à ces fins. Mouvements catholiques et laïques, qui y voient « un formidable moyen d'éducation, d'influence et de propagande »., s'en emparent.
Les catholiques « sont sans doute les tout premiers à comprendre l’utilisation possible du cinéma à des fins de propaganda fide ». qu'ils mettent en œuvre grâce à la revue Le Fascinateur (créée en 1903). Dans cette logique, des projections ont lieu dans les églises avant que la Sacrée congrégation ne les interdise en 1912.. Ainsi, l’adoption du cinéma comme moyen éducatif et d’évangélisation ne fait pas l’unanimité.
Pour Christian-Marc Bosséno, le retard des laïques sur l’adoption du cinéma comme moyen d'éducation est bien visible.
Les premiers ciné-clubs Selon Laurent Mannoni, le mot ciné-club apparaît pour la première fois avec la création du « Ciné-Club » d’Edmond Benoît-Lévy au cinéma Omnia Pathé (Paris) en .. Situé au 5 boulevard Montmartre à Paris, il a pour but de conserver et mettre à la disposition de ses membres tous les documents et productions cinématographiques existants. Il est également pourvu d'une salle de projection..
Il faut pourtant attendre la création en du Ciné-Club parisien du boulevard Pereire par Louis Delluc. pour que les premiers Ciné-clubs se développent.
Dans l'entre-deux-guerres On observe une accélération de l'usage du cinéma comme outil d'enseignement dans la période de l'entre-deux-guerres.
Une concurrence entre réseaux laïques et catholiques
L'offensive des milieux catholiques C’est la fin des années 1920 qui voit « s’accomplir une véritable révolution des mentalités catholiques face au cinéma, qui devient un moyen pour l’Église de France, bien décidée à se saisir des moyens de communication modernes pour reconquérir le terrain perdu par la déchristianisation ».. C'est dans ce contexte qu'est créée la Centrale catholique du cinéma (et son organe de diffusion : Dossiers du cinéma) par le chanoine Joseph Reymond en 1927 qui se dote de trois missions principales :
aider moralement à la production de bons films sans participation matérielle ; éclairer la clientèle catholique sur la question du cinéma ; être capable de fournir une cotation des films..
Ces actions répondent à trois constats :
l’immoralité d’un grand nombre de films ; l’utilisation du cinéma à des fins de propagande anticléricale notamment par la Ligue de l’enseignement ; le développement de la propagande politique par des films bolchevisants.
Parallèlement, cinq réseaux de salles de projection catholiques sont mis en place sur le territoire français. Ces cinémas ont une programmation assez éclectique afin de fidéliser le public, mais toujours dans un enjeu apostolique et avec un cadre moral et religieux précis dans lequel la censure jouent un rôle considérable. Le nombre de ces salles est estimé à environ 3000 au sortir de la Seconde Guerre mondiale.
Cette volonté des catholiques de faire du cinéma un « instrument de reconquête apostolique » pousse à la création de nombreux organismes de contrôle dont l'Office catholique international du cinéma (Ocic) créé en . Pour ses fondateurs cette organisation devait déployer une stratégie politique internationale de lutte contre la sécularisation de la société et contrarier au moyen du cinéma les idéologies franc-maçonne, socialiste, communiste, bolchevique, etc...
Ces différentes actions légitiment l'usage du cinéma débouchant en 1935 à la publication de l'encyclique du pape Pie XI qui positionne pour de bon l’Église romaine en faveur de son utilisation.
La réaction des laïques Après la guerre, les laïques développent leurs réseaux de projections cinématographiques. Dès lors, instituteurs et prêtres constituent les véritables « chevilles ouvrières de ce phénomène socioculturel d’éducation par l’image ».. Les réseaux laïques se développent à partir des réseaux scolaires avec le cinéma scolaire. Sont ainsi diffusés des films servant des objectifs pédagogiques bien précis dans l’instruction donnée en classe : géographie, l’histoire, sciences, etc. Des structures se mettent en place via la création d'office régionaux grandement aidés par les politiques publiques entre 1924 et 1933. Faisant face à l'implantation catholique dans certaines régions - notamment dans l'Ouest - et en pleine bataille scolaire, ces offices se répartissent inéquitablement sur le territoire métropolitain..
Cependant, face à l'appropriation du médium par les organisations catholiques qui participe à la « véritable fièvre obsidionale qui s’empare parfois des laïques ». (et face à l’inaction de l’État.) centraliser l'action paraît inévitable. Ainsi est créée le la Fédération nationale des offices du cinéma éducateur (FNOCE) puis, en , son organe de diffusion géré en collaboration avec la cinémathèque de la ville de Paris : Cinédocument. En 1933, la FNOCE adhère à la Ligue de l'enseignement et devient l'Union française des offices du cinéma éducateur laïque (Ufocel).
Divers terrains de lutte Un des objectifs fixés par les réseaux laïques est justement de contrer l’influence de l’Église — et en particulier « de concurrencer le réseau des salles paroissiales de la Centrale catholique ».. Dans la période de l’entre-deux-guerres, « un des objectifs majeurs du monde de l’éducation populaire laïque consiste à promouvoir l’école publique au moyen des activités postscolaires et populaires programmées le jeudi après-midi, le dimanche et les jours fériés afin de concurrencer la catéchèse et les loisirs dirigés par l’éducation populaire catholique ».. L'enjeu est d'éduquer à la citoyenneté et à l’hygiène sociale à travers le cinéma éducateur c'est-à-dire des films comme Âmes d'enfants (Jean Benoit-Lévy, 1928). ou Le Voile sacrée (Jean Benoit-Lévy, 1930).. Ces œuvres — en plus de faire une « propagande par omission » qui dénient le rôle social de l’Église — peuvent être qualifiés d’anticléricales, dans le sens où elles « promeuvent la culture scientifique et combattent les idées reçues, sur lesquelles plane le fantôme de l’obscurantisme clérical ».
Une autre bataille concerne la reconnaissance des formats de pellicules. Après le passage au parlant, un rééquipement en coûterait trop chère. Les laïques proposent comme format intermédiaire le tandis que les catholiques favorisent le produit par Pathé (format très utilisé dans les réseaux de salles catholiques équipées en Pathé-baby et Pathé-rural).
La rivalité entre les deux mouvements s'observe également directement sur le terrain où les coups bas entre instituteurs et prêtres sont parfois rapportés dans les revues : « Nous donnons les séances le dimanche, en offrant la gratuité aux parents qui accompagnent leurs enfants. Mais dans la semaine qui précède, les enfants sont détournés par le prêtre et le dimanche, il garde les catéchisants jusqu’à une heure qui les empêche de venir à nous. Il fait promettre aux enfants et surtout à leurs parents de ne pas fréquenter notre Cinéma, dirigé par de sales gens, sous menace de ne pas faire la communion. ».
L'approche cinéphile Si l'on en croit Valérie Vignaux, la première occurrence de l’expression « ciné-club » est issue du Journal du Ciné-club créé par Louis Delluc et Georges Denola en .. Par la suite, le terme gagne en notoriété avec le ciné-club lancé le au cinéma La Pépinière par Louis Delluc puis avec Le Club des amis du septième art (Casa) fondé par Riccioto Canudo le .
Ces rassemblements prennent dans un premier temps la forme de réunions d’intellectuels européens, d’artistes d’avant-garde et de corporatistes qui s’ancrent avant tout dans un projet de reconnaissance du cinéma face notamment aux nombreux discours cinéphobes d’intellectuels ; à l’instar de Georges Duhamel le qualifiant de « divertissement d’ilote » en 1937.. Puis, peu à peu, le modèle ciné-club émerge avec l’organisation de discussions avec le public et se dirige timidement vers des projets plus orientés vers l'éducation artistique., comme le proposent le Club du faubourg ou la section cinéma de la Fédération française des artistes. Cependant, c'est très probablement le Ciné-club Spartacus, créé par Léon Moussinac et très proche du PCF, qui est probablement la première tentative réussie de faire du cinéma un outil d'éducation populaire orienté vers les questions esthétiques.
À la fin des années 1920, de nombreux ciné-clubs émergent parmi lesquels le Film-club, le Club de l'écran, le Groupement des spectateurs d'avant-garde ou la Ligue noir et blanc. Ainsi est créé en la Fédération des ciné-clubs de langue française présidée par Germaine Dulac et regroupant aussi bien des ciné-clubs parisiens que de province (Montpellier, Nice, Marseille, Lyon, Reims, etc.).
Pendant l'Occupation Avec la Seconde Guerre mondiale et le régime de Vichy, les initiatives concernant le cinéma, mises sous la tutelle des Allemands, connaissent une période difficile. La Ligue de l’enseignement et ses offices du cinéma éducateur – dont la tendance politique de gauche est affirmée et dont de nombreux membres sont issus de la franc-maçonnerie — ferment leurs portes le . Malgré une plus grande bienveillance de l'État français envers les œuvres catholiques, l’Église est peu à peu exclue des réseaux de cinéma.
Concernant le mouvement cinéphile, il existe des ciné-clubs clandestins, en particulier celui animé par André Bazin..
À la Libération
Renaissance des mouvements d'éducation populaire Au sortir de la guerre, les mouvements d’éducation populaire sont à terre mais, marqué par les désastres de l'autoritarisme et par la résiliation des populations face aux politiques discriminatoire, un véritable engouement participent à leur renaissance. Cet enthousiasme s'observe avec la renaissant de la Ligue de l'enseignement dans les territoires libérés d'Algérie puis en France métropolitaine, mais aussi, et surtout, par les créations de Peuple et culture et de Travail et culture. De plus, le gouvernement triparti mis en place - marquant l’entrée massive et résolue dans la vie politique des catholiques et des communistes - favorise cette nouvelle vague d'éducation populaire en instaurant une Direction de la culture populaire et des mouvements de jeunesse au sein du ministère de l'Éducation nationale. Dirigée par Jean Guéhenno, elle devient en 1946 le sous-secrétariat d'État à la Jeunesse et aux sports.
Engouement pour le cinéma Au même moment, le cinéma connaît un important regain d'intérêt. Le contrôle de la production par l’occupant, la censure mise en place, l’interdiction des films américains mais aussi, plus globalement, la « pénurie de distractions dans l’immédiate après-guerre (et surtout les distractions gratuites) », provoquent un enthousiasme pour le septième art et sa diffusion associative.