Cratès de Thèbes (en grec ancien : ), né vers à Thèbes et mort vers Tiziano Dorandi, chapitre 2 : Chronologie dans Algra, The Cambridge History of Hellenistic Philosophy, ., est un philosophe cynique de l'Antiquité. Il donna tout son argent pour vivre une vie de misère dans les rues d'Athènes. Il épousa Hipparchia, qui vécut avec lui de la même manière. Cratès est connu pour avoir été l'un des maîtres de Zénon de Kition, le fondateur du stoïcisme. Divers fragments d'enseignements de Cratès nous sont parvenus – y compris sa description (à moitié parodique et bouffonne, à moitié sérieuse) de la cité parfaite selon les Cyniques.

Biographie Cratès est né vers à Thèbes en Grèce. Il est le fils d'un nommé Ascondos et l'héritier d'une grande fortune à laquelle il renonça pour vivre une vie de pauvreté cynique à Athènes. La principale source biographique sur Cratès, le livre VI de Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres de Diogène LaërceVI. 87–88., conserve plusieurs versions différentes de cette histoire. L'une d'elles le décrit donnant son argent aux citoyens de Thèbes, apparemment après avoir vu le roi mendiant Télèphe dans une tragédie, tandis qu'une autre dit qu'il plaça son argent chez un banquier qui devait à sa mort le transmettre à ses fils sauf s'ils devenaient eux aussi philosophes, auquel cas il devait le distribuer aux pauvres. Cratès s'établit à Athènes, où une tradition discutable veut qu'il soit devenu l'élève de Diogène de SinopeVoir Marie-Odile Goulet-Cazé, "Un syllogisme stoïcien sur la loi dans la doxographie de Diogène le Cynique. A propos de Diogène Laërce VI 72", dans Rheinisches Museum, 125 (1982), p. 214-240, spéc. . Le livre VI de Diogène Laërce (ou plutôt sa source) a en effet pour objectif de montrer qu'une chaîne de paternité philosophique unit Socrate, Antisthène, Diogène, Cratès et Zénon de Kition, le but étant ainsi d'attribuer au stoïcisme une ascendance socratique par l'intermédiaire du cynisme.. La relation précise entre Cratès et Diogène est incertaineVoir Isabelle Chouinard, « Les Maîtres de Cratès » in Revue de philosophie ancienne, 33 (2015), , spéc. : « il est possible de douter de l'existence d'une relation directe entre Diogène et Cratès ».. D'après Diogène Laërce, le premier parla élogieusement du second en se disant concitoyen de VI. 93.. Cratès est également décrit comme étant l'élève de BrysonVI. 85. et de Stilpon de MégareSénèque, Lettres à Lucilius, 10,1.. Il mena une vie de simplicité joyeuse, et Plutarque, qui fournit des renseignements assez précis sur le philosophe, le décrit ainsi :

Selon l'empereur Julien, Cratès était difforme avec une jambe boiteuse et les épaules voûtéesJulien, Discours, VI, 201b.. Il fut surnommé (en grec : )Plutarque, Propos de table (Symposiaques), II, 6., parce qu'il entrait dans les maisons sans permission, ce qui ne l'empêchait pas d'y être accueilli avec joie et honneur :

vignette|Les philosophes Cratès et Hipparchia, fresque murale dans le jardin de la Villa Farnesina, à Rome (vers de notre ère). Cratès attira l'attention d'Hipparchia, la sœur d'un de ses élèves, Métroclès. À ses parents consternés, Hipparchia déclara être tombée amoureuse de Cratès, de sa vie et de ses enseignements. Rejetant son riche héritage de la même manière que Cratès, elle l'épousa. Ce mariage fut remarqué des Athéniens de l'époque du fait qu'il se fondait sur le respect mutuel et sur l'égalité au sein du couple. Le comportement d'Hipparchia se montrant partout avec Cratès, et même copulant en public avec luiVI. 97., fit évidemment scandale. Cratès et Hipparchia eurent au moins deux enfants, une fille et un garçon nommé Pasiclès. Le philosophe est censé avoir initié ce dernier au sexe en l'emmenant dans un bordelVI. 8. et avoir permis à sa fille un mariage à l'essai d'un mois pour les prétendants potentiels.

Cratès fut le maître de Zénon de Kition dans les dernières années du IVe siècle et son influence sur le fondateur de la philosophie stoïcienne fut indubitablement très grande. Zénon considéra toujours Cratès avec le plus grand respect et quelques-uns des témoignages dont nous disposons sur le Thébain nous ont probablement été transmis par l'intermédiaire d'écrits de ZénonVI. 91. cf. VII. 4..

Parmi ses autres élèves figurent MétroclèsVI. 94., MonimeVI. 82., MénippeVI. 95., CléantheLa Souda est la seule source de cette affirmation sur Cléanthe.. Cratès était apparemment à Thèbes lorsque Démétrios de Phalère y fut exilé en -307Plutarque, Moralia, Comment distinguer un flatteur d'un ami, 28.. Il mourut à un âge très avancé vers -285 et fut enterré en BéotieVI. 98..

Philosophie Cratès écrivit sur des sujets philosophiques un certain nombre de lettres dont le style est comparé par Diogène Laërce à celui de Platon ; ces lettres se sont perdues. Nous avons conservé 36 épîtres attribuées à Cratès, mais il s'agit d'une correspondance apocryphe et tardive, vraisemblablement élaborée au avant ou après J.-C.Une édition critique avec traduction allemande en a été donnée par Eike Müseler (Paderborn, 1994). Frédéric Junqua prépare, pour la collection "Textes et traditions" des éditions Vrin, une édition nouvelle, avec traduction française et commentaire, de la correspondance apocryphe entre Diogène et Cratès.. Cratès serait également l'auteur de quelques tragédies philosophiques et de quelques poèmes appelés (grec ancien : ).

Plusieurs fragments de sa pensée nous sont parvenus. Cratès professait une ascèse simple, qui semble avoir été plus douce que celles de ses prédécesseursTélès, Fragment 4a, de E. O'Neill, (1977).. Un fragment de ses "Jeux" (Παίγνια) décrit, en sept vers, la cité idéale de Πήρα ("Besace" ; ce nom renvoie plaisamment à l'attribut traditionnel des Cyniques) :

Cratès exhortait les gens à préférer à tout autre aliment les lentilles pour leurs repas, attendu que le luxe et l'extravagance sont les principales causes de sédition et d'insurrection dans une ville, Règles pour la préservation de la santé.. Cette plaisanterie allait plus tard inspirer la satire du livre IV des Deipnosophistes d'Athénée de Naucratis, où l'on voit un groupe de cyniques s'assoir pour un repas et se faire servir, cours après cours, de la soupe aux lentilles, IV, 157..

Notes et références vignette|droite|Cratès, par José de Ribera en 1636. Notes

Références Références extraites de Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres de Diogène Laërce

Autres références

Annexes

Bibliographie

Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Denis Diderot, article sur Cratès de Thèbes, 10 212 Cynics (Ancient Philosophies), William D. Desmond, Presses Universitaires de l'Université de Californie à Berkeley, 24, 25, 26 et 27 Contre-histoire de la philosophie 1 : Les Sagesses antiques, Michel Onfray , Diogène Laërce, II, Livre VI The Cambridge History of Hellenistic Philosophy, Tiziano Dorandi, chapitre 2, 52 Hipparchia mon amour, Hugues Lethierry (dir) -

Liens externes

Biographie

Catégorie:Naissance en 365 av. J.-C. Catégorie:Décès en 285 av. J.-C. Catégorie:Naissance à Thèbes (Grèce) Catégorie:Philosophe de la Grèce antique Catégorie:Philosophe du IVe siècle av. J.-C. Catégorie:Philosophe cynique