thumb|Statue de Norman Bethune à Montréal. Bethune, chirurgien et militant communiste basé dans cette ville, est l'une des figures importantes du mouvement au Québec. Le communisme au Québec est un mouvement basé sur l'idée socio-politique du rejet de l'ordre social, politique et économique capitaliste libéral établi pour la notion du commun; ultimement la mise en commun des moyens de production et d'échange et la suppression des classes sociales, de l'État et de la propriété privée sur le territoire québécois et ailleurs.

Né d'un schisme du mouvement travailliste, le mouvement communiste au Québec est dans son histoire, pour son caractère et sa nature subversive et séditieuse, fortement réprimé et marginalisé par les gouvernements du Québec et du Canada (voir Article 98 du Code criminel du Canada, Loi du Cadenas et Loi des mesures de guerre), les médias de masse, l’Église et les syndicats catholiques. Le communisme est illégal au Canada de 1931 à 1936, de 1940 à 1942 et, au Québec, de 1937 à 1957. Un seul représentant communiste, Fred Rose, fut élu au Parlement du Canada dans la province.

Parmi les regroupements et organisations se réclamant du communisme au Québec, les principaux toujours actifs sont :

Histoire du communisme au Québec

Naissance des mouvements ouvriers, socialistes et révolutionnaires au Québec

thumb|Barricade sur la rue Champlain à Québec en août 1879 Le Québec de la fin du et du début du est marqué par un exode rural important et une urbanisation accélérée. Uniquement de 1871 à 1921, la proportion de Québécois habitant les villes passe de 20 % à 56 % McCord Museum - Excerpts from history textbooks - urbanization8. L'arrivée de l'industrie manufacturière dans les villes du Québec lors de la seconde révolution industrielle entraine une demande pour des travailleurs salariés et mène à la création d'une classe ouvrière prolétarisée, composée principalement de Canadiens-français et d'Irlandais McCord Museum - Simply Montréal: Glimpses of a Unique City.

Les conditions de travail difficiles et dangereuses entrainent, entre 1830 et 1870, la fondation d'une douzaine d’organismes et de clubs de protection des ouvriers à Montréal et à Québec. Dans un contexte où les syndicats sont illégaux, il faut attendre 1872 avant que le droit de grève soit reconnu au Canada et 1898 pour que la Cour suprême du Canada impose aux tribunaux du Québec de le reconnaitre5.

Vers la fin du , les petites cellules syndicales locales s'associent à de plus grandes fédérations nord-américaines, qui servent aussi de tremplins à l'implantation du Parti ouvrier socialiste d'Amérique (SLP) à Montréal en 1894. Cette organisation milite pour la prise du pouvoir par le prolétariat, la nationalisation des communications et transports et l'amélioration des conditions ouvrières7. Éventuellement, dans la même foulée, le Parti ouvrier du Québec sera fondé en 1899.

La Grève générale de Winnipeg du au , aide la One Big Union (OBU), un syndicat révolutionnaire implanté dans l'Ouest canadien, à gagner quelques appuis au Québec. Le , la Amalgamated Society of Engineers et la International Association of Machinists rassemblent au Marché Maisonneuve pour envisager un grève générale à Montréal(). Le représentant québécois de l'OBU, Ulric Binette est présent à cette rencontre avec les militants socialistes Albert Saint-Martin et Rebecca Buhay.

En 1920, Bella Gauld, une travailleuse sociale et Annie Buller, une militante syndicale fondent le Montreal Labour College, un centre social ou on donne des cours d'économie marxiste, d'histoire du mouvement ouvrier et de culture générale sur la rue Jeanne-Mance à Montréal. Plusieurs conférenciers marxistes visitent le centre; William Z. Foster, J. Woodsworth, W. Irvine, John Bruce et Florence Custance entre autres16.

Les premiers communistes Après une tentative démantelée par la police en , le Parti communiste du Canada tient son congrès de fondation le à Guelph en Ontario au sein du Workers' Party of Canada15. Les membres, dont fait partie Tim Buck, proviennent principalement des mouvements syndicaux et souhaitent la radicalisation du mouvement ouvrier en opposition au syndicalisme catholique. Dès 1922, des habitués du Montreal Labour College rejoignent le Parti communiste17.

Le premier noyau du parti au Québec, le district communiste No.2 du PCC, est mené par le jeune syndicaliste Sydney Sarkin et compte dans ses rangs Bella Gauld, Annie Buller, Michael Buhay, Rebecca Buhay et Emery Simard2. En 1923, Albert Saint-Martin tente de mettre sur pied un parti communiste canadien-français; l'Internationale communiste refuse sa demande, n'acceptant qu'un seul parti par pays.

Lors des Journées internationales des travailleurs des et 1925 à Montréal, la police de Montréal saisit des drapeaux rouges lors d'une manifestation. À cette époque, des organes du gouvernement canadien estiment qu'il y a une centaine de communistes au Québec, répartis en 8 cellules. Plusieurs membres sont originaires de la communauté juive de Montréal.

Scission avec le Parti ouvrier au Québec En , plusieurs membres du Parti communiste du Canada assistent au congrès de la section provinciale du Parti ouvrier du Canada. Durant cette convention, les dirigeants du Parti ouvrier réclament l'exclusion de toute organisation communiste et procèdent à la nomination du leader syndical anti-bolchévique Gustave Francq37. Les tentatives des communistes pour renverser la décision, malgré des appuis hors du Québec, échoueront l’année suivante.

En 1925, Albert Saint-Martin, un greffier-sténographe et pamphlétaire fortement impliqué dans les mouvements pour l’émancipation ouvrière, fonde l'Université ouvrière dans le centre-ville de Montréal19. On y tient des conférences sur le communisme, la Russie, l'histoire de la France, la littérature, la médecine, la religion, la géographie et l'astronomie.

Contrairement à la situation dans les autres provinces, où le parti communiste possède une alliance électorale avec le Parti ouvrier du Canada; le parti communiste au Québec présente son propre candidat lors de l'élection fédérale canadienne de 1926. Le parti présente le coupeur de vêtements Michael Buhay dans la circonscription de Cartier (aujourd'hui Laurier, Outremont et Saint-Jacques) à Montréal. Ce dernier reçoit 672 votes.

En 1927, Le Parti communiste du Canada fonde le Club éducationnel canadien-français dans le but de former des cadres francophones pour le Parti. Évariste Dubé, président de l'Université ouvrière, demande la dissolution de celle-ci et l'adhésion de ses membres au Parti communiste. Saint-Martin refuse et Dubé fonde la première section communiste canadienne-française au sein du P.C. avec le "vieux" Paquette. Léo Lebrun, Charles Ouimet, E. Simard, M. Galarneau et Bélanger.

Lors de l’élection canadienne du , le Parti communiste présente son premier candidat canadien-français, le forgeron Emery Simard dans la circonscription de Maisonneuve et obtient 315 voix. À cette époque, c’est Georges Dubois, un français immigré illégalement au Canada en 1928, qui gère la section francophone et l’organisation du parti. Dubois sera arrêté et déporté peu avant l’élection; le Parti communiste tiendra une manifestation contre sa déportation le 38.

En , le Parti communiste du Canada, qui compte environ à l'époque, est déclaré « association illégale » par le procureur général de l'Ontario, William Herbert Price, en vertu de l'article 98 du Code criminel canadien; neuf dirigeants canadiens sont arrêtés et incarcérés jusqu’en 193443.

Le , des étudiants de l'Université de Montréal saccagent les locaux de l'Université ouvrière et brûlent les livres sur le Champ-de-Mars23.

Grande Dépression : Grèves et mobilisation des sans-emplois

thumb|upright=0.8|Jeanne Corbin, militante communiste, devient une figure de proue du mouvement de grève dans le Témiscamingue

Le Québec est durement touché par la Grande Dépression; à Montréal seulement, près de , soit 28 % de la population de la ville vit d'allocations de secours22. De 1929 à 1933, le nombre de syndiqués recule du tiers dans la province24. La Ligue d'unité ouvrière, syndicat affilié au Parti communiste du Canada est fondée en 1929 pour rassembler les travailleurs et deviendra le seul syndicat canadien à organiser les sans-emplois en supervisant dès 1930 l'Association nationale des travailleurs sans emploi (ANSTE) qui devient le Conseil canadien des comités de sans-emploi (CCCSE), un organisme indépendant de la ligue, en 193243.

Le , le Parti communiste du Canada tient sa première rencontre à Montréal pour l'organisation des sans-travail et fonde le Conseil des sans-emplois de Montréal (CSEM)41.

Le , Fred Rose, Tom Miller, Don Chalmers sont arrêtés pour sédition et incitation à l'émeute lors d'une réunion du Conseil des Sans-Travail de MontréalAndrée Lévesque, « Le Québec et le monde communiste : Cowansville 1931 » dans Revue d'histoire de l'Amérique française , vol. 34, , 1980, .

Le , 99 employés de la Bruck Silk Mill de Cowansville en Estrie débraient après avoir subi une diminution de salaire de 25 %. Les organisateurs communistes Fred Rose, Tom Miller, Don Chalmers, Jeanne Corbin et Emery Simard sont dépêchés sur place pour aider l'organisation syndicale des travailleurs et noyauter la grève. Les organisateurs tentent de rassembler les employés sous l'Union industrielle des Travailleurs du textile qui est affiliée à la LUO. Après 10 jours de grève et de piquetage, le curé du village convainc les employés de retourner au travail et d'accepter les réductions de salaire.

Après avoir remporté une grève à Kapuskasing dans le nord de l'Ontario, la Ligue d'unité ouvrière, tente de s'implanter en Abitibi-Témiscamingue au début des années 1930423. En , les militants communistes Alexandre Sauders, Albert Huard et Harry Racketti commencent à récolter des appuis parmi les bûcherons du canton Clérion (aujourd'hui la municipalité de Rémigny) à au sud de Rouyn-Noranda424. C'est à partir du que la tension augmente sur les chantiers de la Canadian International Paper. Le , les bûcherons du camp Turpin refusent de travailler; l'arrêt de travail se répand bien vite à l'ensemble des 600 bûcherons du Clérion426. Les autorités craignent que la grève s'étende à Cléricy à au nord-est où plus de 2000 bûcherons commencent à s'agiter à leur tour. 300 bûcherons du Clérion marchent pendant la nuit jusqu'à Rouyn et occupent le Temple ukrainien du travail et la salle finlandaise de Rouyn devant le refus de la Canadian International Paper de les entendre et la réouverture des camps. Un blocus est établi sur les routes au sud-est de la ville pour empêcher l'usage de briseurs de grève; une quinzaine de grévistes y montent la garde en permanence427.