thumb|350 px|Le verset du Chema Israël, ponctué, cantillé et magnifié selon les règles de la Massorah. Les lettres Ayin et Dalet, plus grandes que les autres caractères, forment le mot 'Ed (« témoin »). Chemaʿ Yisrā'ël (hébreu : שמע ישראל, « Écoute, Israël ») est l'incipit du verset 6:4 du Deutéronome, Chemaʿ Yisrā'ēl YHWH elohāynu YHWH eḥāḏ (« Écoute Israël, l’Éternel [est] notre Dieu, l’Éternel [est] un »), duquel découlent les conceptions théoriques et applications pratiques fondamentales des religions israélites telles que celles des samaritains, des juifs karaïtes et des juifs rabbiniques.
Chema Israël dans les sources juives
Dans la Bible hébraïque gauche|vignette|Sceau (reproduction) avec l'inscription indiquant en haut « Shema » et en bas « Servant de Jéroboam », en référence au roi Jéroboam II (régnant v. 787 av. J.-C. à v. 747 av. J.-C.).
Le sceau figure sur les billets de 5 lires israéliennes émis en 1958 ; le lion ici représenté figure seul (sans l'inscription) depuis 1952 l'emblème officiel du Conseil régional de la vallée de Megiddo en Israël et sur les pièces 1/2 shekels. Le Chema Israël s'insère dans un long sermon prononcé par Moïse aux enfants d'Israël peu avant sa mort et rapporté dans le livre du Deutéronome au chapitre 6. Énoncé après la seconde version du Décalogue, il constitue le fondement du message mosaïque : le Dieu d'Israël est Un.
Le premier mot du verset 4, Chema, « Écoute », est un verbe conjugué à l'impératif. Il se termine par la lettre ayin (ע) qui, dans les éditions traditionnelles de ce verset, est plus grande que les autres lettres du texte. Il en est de même pour la dernière lettre du dernier mot de ce même verset, eḥāD, « un ou unique », le daleth (ד). Lorsqu’on joint ces deux lettres, le ayin et le daleth, on obtient le mot ’Èd, « témoin ». Israël est ainsi le témoin dans ce monde de l’unicité de son Seigneur, YHWH, mot non prononcé par les juifs par déférence et profond respect de Dieu, et transcrit en français par « Yahvé ».
La section Deutéronome 6:5-9 qui fait immédiatement suite au Chema et constitue avec lui la parasha chema mais est aussi appelée isolément parasha vèahavta en est aussi le premier commentaireCf. Sifre al Devarim, Va'et'hanan 33.. Elle expose en effet ses modalités théoriques et pratiques, prescrivant de le réaliser dans l'amour de Dieu, de le méditer en tout lieu et à toute heure, de le transmettre à ses enfants et de s'en faire un signe sur la main, entre les yeux et aux linteaux des portes et portails.
La section Deutéronome 11:13-21 ou parasha vehaya reprend le message de la parasha chema en la paraphrasant et en l'amplifiant. Le Livre de Josué 1:8 le rappelle plus succinctement.
Les prophètes d'Israël travaillant et méditant sur le verset du Chema prophétisent un temps où le Dieu d'Israël sera aussi celui des nationsSophonie 3:9, Zacharie 14:9, cf. Rachi sur Deutéronome 6:4., comprenant donc le Chema comme une affirmation univoque du monothéisme rejetant d'autres cultes.
La section Nombres 15:37-41 ou parasha tsitsit, également appelée parasha yetziat mitzrayim (« section de la sortie d'Égypte ») qui reprend un certain nombre de prescription spirituelles, morales, pratiques des rappels historiques et des avertissements clôt cette prière.
Dans la littérature rabbinique vignette|Le Chema Israël sur la Menorah de la Knesset. Prononcés de diverses façons, Chémâ Israël, Shmâ ou Sh'ma Yisroel selon la prononciation ashkénaze (hébreu : שמע ישראל ; « Écoute, [Ô] Israël ») sont les deux premiers mots d'une section de la Bible, devenue la prière centrale des offices matinaux et vespéraux dans le judaïsme, car elle comporte l'une des affirmations les plus pures et les plus univoques du monothéisme sur lequel s'articule le judaïsme.
La deuxième phrase de cette prière Baroukh shem kevod malkhouto (Béni soit à jamais le nom de son règne glorieux) n'est pas directement issue de la Bible, c'est un répons liturgique et se dit à voix basse, sauf le Jour du Grand Pardon.
À ce verset de Deutéronome 6:4 qui est le « Chema » à proprement dit, est rapidement associée de façon logique sa suite immédiate la section de Deutéronome 6:5-9 ainsi que la section de Deutéronome 11:13-21 et de Nombres 15:37-41 lors de divers ritescf. Mishna Sota 7:8..
À cet enchaînement de textes bibliques proprement dits, les Sages de la Mishna ajoutent dans cette prière des bénédictions satellites, dont ils fixent le nombre et la formule. Au nombre de sept (trois le matin et quatre le soirMishna Berakhot 1:4), elles ont pour fonction de mettre en exergue la particularité du message monothéiste et d'éloigner l'orant de conceptions autresCf. T.B. Berakhot 11b.
Dans la littérature rabbinique, la question de la récitation du Chema est notamment développée dans la Mishna, plus précisément dans le traité de Berakhot. L'instauration de cette lecture ou récitation dans la piété et la liturgie israélite se développe au long de l'élaboration de la Mishna. L'« acceptation du joug de la royauté des cieux » véhiculée par le Chema IsraëlMishna Berakhot 2:5. est considérée comme une prescription et non comme une simple affirmation. Le verset du Chema est abondamment investigué par les Sages. Ils enseignent d'une part que le verset ne vise pas seulement à rejeter le polythéismeCf. T.B. Guittin 57b. mais aussi le dualismeMekhilta, parashat Yitro, passouk bahodesh, , cité dans le commentaire de Nahmanide sur Deutéronome 6:4.. Les juifs considèrent rapidement, depuis au moins l'époque des Macchabéescf. II Macchabées 7:23., l'affirmation du monothéisme exclusif comme une prescription à part entière ; son importance est telle qu'il vaut mieux mourir que la transgresser en sacrifiant à des idolesTossefta Chabbat 16:14 & T.B. Sanhédrin 74a.. Mais à la clôture de la Mishna qui traite des diverses lois de la lecture du Chema, nombre d'elles ne font pas encore consensuscf. T.B. Baba Batra 122b. Elles seront codifiées par les Sages babyloniens et galiléens dans le Talmud, puis ultérieurement, dans de rares cas, modifiées par les décisionnaires médiévaux.
Plusieurs traditions orales attestent de l'application de cette prescription dès l'époque du premier templeT.B. Pessa'him 56a. : les prêtres du Temple proclament deux fois par jour le Chema Israël (c'est-à-dire le verset Deutéronome 6:4) et l'assemblée répond en chœur baroukh shem kevod malkhouto lèolam vaèd (« Béni soit le nom dont la gloire du royaume est à jamais ! » ou « Béni soit à jamais le nom de son règne glorieux ! »). Il convient donc : d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force d'enseigner cette doctrine à ses enfants (judaïsme) d'en parler en toutes circonstances, chez soi ou en voyage, au lever ou au coucher (étude de la Torah) de faire de ce Chema un signe sur son bras, entre les yeux (téphilines) et de l'écrire sur les linteaux des portes (mezouzah).
Le Chema est considéré comme la profession de foi et l'une des plus importantes prières du judaïsme, à réciter en se levant, en se couchant (sur son lit, mais aussi son lit de mort), en voyage, dans son foyer, et à enseigner à ses enfants. Il enjoint d'aimer Dieu, le Dieu Un, de tout son cœur, de tout son esprit et de toute sa force (c'est-à-dire de se surpasser à chaque instant dans cet amour). Mais il est diversement reçu dans les diverses traditions juivesLecture du Shema#cite ref-22.
Cette prière a fortement frappé la culture populaire, qui l'associe au judaïsme, un peu comme le Pater Noster l'est au christianisme ou la Fatiha et la Chahada à l'islam.
Selon Shneur Zalman de Liadi, auteur du Tanya, la hassidout ou piété, est le Chema Israël : le mot chema est composé de lettres qui sont, dans l'ordre, les initiales en hébreu des mots signifiant : « Levez vos yeux vers le haut. » À ne pas confondre avec « Lever les yeux vers les cieux », car « vers le haut » signifie « toujours plus haut, jusqu'à un niveau qui transcende l'esprit mais est intellectuellement compris par lui ».
Dans la philosophie juive vignette|Inscription Shema (Écoute) suivant la calligraphie hébraïque ashkénaze, développée par Arie Leib, fils d’Elhanana de Jérusalem (1705/7), à la Nouvelle synagogue de Zadni à Třebíč (République tchèque) Le verset du Chema Israël, au-delà de sa lecture littérale proclamant l'unicité de Dieu, comporte une profonde dimension métaphysique qui est explorée par de nombreux philosophes juifs à travers les siècles. Cette dimension concerne la nature même de Dieu et sa relation à l'existence.
Selon le philosophe israélien Meir Buzaglo dans son ouvrage "שמע" [Shema : Écoute], l'affirmation « Yhwh est Un » dépasse la simple déclaration monothéiste pour exprimer une conception métaphysique de la transcendance divine. Dans son analyse, Buzaglo identifie trois significations principales du Shema : cosmologique (Dieu est le seul dans son monde), universelle (Dieu sera reconnu par tous), et métaphysique (Dieu n'est pas un être parmi les êtres, mais transcendant).
La dimension métaphysique se manifeste déjà dans certains midrashim qui suggèrent que Dieu n'est pas simplement unique mais qu'il transcende les catégories ordinaires de l'existence. Cette idée a été développée par des penseurs médiévaux comme Bahya ibn Paquda et Maïmonide, qui ont introduit des notions néoplatoniciennes dans l'interprétation du verset.
Buzaglo propose une lecture originale qui interprète « Yhwh est Un » comme signifiant que Dieu est « parfait » (תמים, tamim). Cette interprétation s'appuie à la fois sur les significations bibliques du terme « un » (אחד, ehad) et sur des commentaires traditionnels, notamment ceux d'Abraham ibn Ezra et d'Isaac Arama. En comprenant l'unicité divine comme perfection, Buzaglo évite certains problèmes logiques des conceptions néoplatoniciennes tout en restant fidèle aux sources juives.
Traduction et analyse de la prière
: Deutéronome () VI 4-9
Traduction française Transcription Texte original 4 Écoute, Israëla, l'Éternel, notre Dieu, l'Éternel est UN. Chémâ, Israël, Ado-naï Elo-henou, Ado-naï Ehad' שְׁמַע, יִשְׂרָאֵל: יְהוָה אֱלֹהֵינוּ, יְהוָה אֶחָד. Béni soit à jamais le nom de son règne glorieux. Baroukh chem kevod malkhouto le'olam vaed5 Tu aimerasb l'Éternel ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tous tes moyens. Veahavta ett Ado-naï Elo-hekha, bekhol levavekha, ouvkhol nafchekha, ouvkhol meodekha וְאָהַבְתָּ, אֵת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, בְּכָל-לְבָבְךָ וּבְכָל-נַפְשְׁךָ, וּבְכָל-מְאֹדֶךָ.ּ6 Que les commandements que je te prescris aujourd'hui soient gravés dans ton cœur.c Vehayou hadevarim ha'èlè acher Anokhi metsavekha hayom al levavekha וְהָיוּ הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה, אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם--עַל-לְבָבֶךָ ּ 7 Tu les inculqueras à tes enfants, tu en parleras (constamment),dans ta maison ou en voyage, en te couchant et en te levant. Vechinantam levaneykha, vedibarta bam, bechivtekha bevethekha ouvlekhtekha baderekh, ouvchokhbekha ouvkoumekha וְשִׁנַּנְתָּם לְבָנֶיךָ, וְדִבַּרְתָּ בָּם, בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתֶךָ וּבְלֶכְתְּךָ בַדֶּרֶךְ, וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ8 Attache-les en signe sur ta main, et porte-les comme un fronteau entre tes yeux. Oukchartam le'ot al yadekha, vehayou le totafot beyn 'éyneykha וּקְשַׁרְתָּם לְאוֹת, עַל-יָדֶךָ; וְהָיוּ לְטֹטָפֹת, בֵּין עֵינֶיך9 Écris-les sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. Oukhtavtam al mezouzot béytekha ouviche'areykha וּכְתַבְתָּם עַל-מְזֻזוֹת בֵּיתֶךָ, וּבִשְׁעָרֶיך
« Écoute, Israël, l’Éternel notre Dieu est Un » vignette|Œuvre d'orfèvrerie reprenant le Chema Israel, Académie Bezalel des arts et du design (Jérusalem).
Qui est Israël ?