Mineuse ou insecte mineur est un nom vernaculaire ambigu désignant des insectes parasites (principalement des larves de mouches ou de papillons) qui creusent dans les feuilles des galeries, entre les deux épidermes du limbe, formant ce que l'on appelle une mine en consommant le parenchyme chlorophyllien. Certaines espèces minent également les bourgeons, les fruits, ou les jeunes écorces des tiges à l'intérieur desquels elles accomplissent généralement leur mue larvaire et leur nymphose.
Par ce travail de minage, l'insecte provoque sur la feuille l'apparition de dessins ou de taches, d'ordinaire caractéristiques pour chaque espèce. La géométrie de la mine (linéaire, ramifiée, serpentine ou sinueuse, circulaire, en spirale, etc.) et la disposition du « frass » (excréments et vermoulure) permettent en général une détermination précise du ravageur.
Physiologie, comportement et écologie Une mine d'insecte est une galerie forée dans l'épaisseur d'une feuille, entre l'épiderme supérieur et l'épiderme inférieur par des larves de petites tailles pour s'alimenter et accumuler un maximum de ressources. Les mères sont assez exigeantes quant au niveau de qualité des feuilles-hôtes acceptables pour ponte. Si cette qualité est insuffisante, elles sélectionnent d'autres parties de la plante : racine, bourgeon, fleur ou fruit..
Il existe des mines de différentes formes : certaines sont spiralées, d'autres très allongées, d'autres en plaque ou en tache et leur aspect permet souvent d'identifier l'espèce de l'insecte.
Alors que de nombreuses espèces passent tout leur stade larvaire à creuser des galeries et à vivre dans ces mines, les larves d'autres espèces minent exclusivement dans leurs stades jeunes et poursuivent ensuite leur développement dissimulées à l'extérieur dans des fourreaux, des constructions foliaires ou librement sur la surface des feuilles. Ces larves sont en général monophages, les oligophages sont moins fréquentes et les polyphages exceptionnelles. Compte tenu de leur milieu de vie très contraint, elles présentent .
Une fois que les nymphes ont quitté la mine, plusieurs cortèges d'insectes non mineurs peuvent venir s'installer dans ces abris, ce qui fait qualifier ces mineuses d'espèces ingénieures.
Impact sur la végétation
La conséquence du minage pour la plante est une réduction de sa capacité photosynthétique, ce qui entraîne des retards de croissance et de développement variables selon la fraction des surfaces foliaires atteintes. En cas de forte infestation, il peut y avoir un dessèchement total du feuillage, des nécroses sur les feuilles, les fruits ou les bourgeons qui sont alors sensibles aux attaques d'autres pathogènes (champignons, bactéries). vignette|gauche|Dégâts causés par la Mineuse du marronnier. Organismes nuisibles à l'agriculture, à l'horticulture et aux arbres forestiers, un certain nombre d'entre eux sont devenus des espèces invasives importantes dont la pullulation peut avoir une incidence économique ou écologique (mineuse du marronnier, ravageurs des agrumes, mouche mineuse de la pomme de terre…). Les dégâts foliaires augmentent avec le réchauffement climatique qui favorise les éclosions avancées, augmente les abondances et les taux d'infestations. La lutte contre ces ravageurs passe par des mesures de prophylaxie et des méthodes de lutte biologique (emplois de pièges à phéromones, d'auxiliaires parasitoïdes, des œufs et des larves) préférables à l'utilisation d'insecticides chimiques qui induisent l'acquisition de résistance chez les nuisibles et ont des effets sur l'environnement et la santé humaine..
L'impact des mineuses, tel qu'il peut s'apprécier par la densité des mines foliaires, est variable selon les espèces mais également d'une station à l'autre et d'un arbre à un autre pour une même espèce mineuse. En dehors des périodes de pullulation, l'incidence du minage sur les feuilles est le plus souvent faible, tout au moins en milieu naturel. Les parasitoïdes d'œufs ou de larves jouent en effet un rôle important dans la régulation des populations de mineuses..
Histoire évolutive
vignette|Chronologie de l'évolution des plantes et des types d'herbivorie (leaf mining=minage). vignette|La larve mineuse de creuse des galeries en contournant les nervures plus coriaces à manger. Les changements de direction sont stéréotypés. vignette|Galeries de larves de Phytomyza ilicis dans une feuille de Houx. La larve a induit une hyperplasie et une hypertrophie cellulaireL'épiderme déchiré marque certainement le trou de bec de la mésange bleue, principale espèce prédatrice de la larve qui entend le bruit qu'elle fait lorsqu'elle s'agite dans sa loge.. vignette|La produit des éliciteurs de réactions de défense : la plante synthétise des tanins toxiques rouges qui ont peu d'effet sur l'insecteLe système digestif de l'insecte est capable d'inhiber ces tanins (présence de surfactants, d'entérobactéries qui produisent des tannases…). Cf . vignette|La larve de crée un lambeau triangulaire ouvert sur l'extérieur qui permet de rejeter les excréments.. vignette|Mine-tente de Acrocercops brongniardella : la plaque est tapissée de soie tissée, ce qui la fait sécher et soulever l'épiderme en cloque. vignette|La chenille du se nourrit comme une mineuse mais se cache dans une case puis un fourreau en forme de cigare à partir duquel elle creuse de petites taches ou mines taches. vignette|Mine-corridor de Phyllocnistis hyperpersea sur une feuille de laurier. vignette|Les grandes plages où se développent des asticots de Pegomya sont des mines collectives. vignette|La chenille de creuse des mines taches mais vit dans un fourreau fabriqué à l'aide de morceaux de feuilles et de fils de soie. Quatre grandes lignées indépendantes d'insectes endo-phytophagess ont évolué vers ce mode de vie très spécialisé. Il permet de se protéger de l'environnement physique (risques de dessiccation, UV), d'échapper aux ennemis naturels (prédateurs, parasitoïdes, parasites, agents pathogènes), constituant un véritable succès évolutif. Ces lignées comprennent environ réparties dans 51 familles qui appartiennent dans leur grande majorité aux quatre principaux ordres d'insectes holométaboles : des diptères (asticots des mouches de la famille des Agromyzidés, avec plus de ), des lépidoptères (chenilles de 34 familles différentes de microlépidoptères), de manière plus anecdotique des hymenoptères (tenthrèdes) et des coleoptères...
La coévolution plantes hôtes et insectes parasites a émergé très tôt, certaines mineuses devant se nourrir de tissus durs de Gymnospermes ou de Lycophytes arborescentes. La plupart des ordres majeurs des insectes existaient déjà au Trias moyen, il y a 240 Ma, avant l'apparition des Angiospermes, telle la lignée des Nepticulidés dont les chenilles se sont probablement adaptées à la nouvelle source alimentaire offerte par les tissus végétaux plus tendres des plantes à fleurs..
Les feuilles étant la source alimentaire majeure des insectes phytophages, ces derniers ont élaboré trois principales stratégies d'exploitation : creuser des feuilles pour consommer des tissus à haute valeur nutritionnelle ou induire des galles en manipulant la physiologie de la plante pour provoquer l'hyperplasie et l'hypertrophie cellulaire. Comme les animaux gallicoles, quelques espèces de mineuses peuvent induire une masse calleuse par des agents inducteurs (hormones végétales, en particulier l'auxine, peptides, cytokines) présents dans les déjections larvaires.. Les insectes foreurs de tige (dont les xylophages) forment la troisième forme majeure d'endo-phytophagie.
Noms français et noms scientifiques correspondants
Parmi les mineurs de feuilles qui peuvent aussi être, bien que plus rarement, des larves de Coléoptères ou d'Hyménoptères, les espèces listées ici ont les caractéristiques générales des Diptères ou des Lépidoptères, avec des nuances pour chaque espèce : voir les articles détaillés pour plus d'informations sur leur description ou leur mode de vie.
Liste alphabétique de noms vulgaires ou de noms vernaculaires attestésAttention aux appellations et traductions fantaisistes circulant sur l'Internet en français. Note : certaines espèces ont plusieurs noms et figurent donc plusieurs fois dans cette liste. Les classifications évoluant encore, certains noms scientifiques ont peut-être un autre synonyme valide.
Mineuse - tout insecte mineur foliaire ou mineur d'autres organes, et plus spécifiquement la Mineuse du marronnier (Cameraria ohridellaNom en français d'après l'Inventaire National du Patrimoine Naturel, sur le site Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN)). Mineuses - Agromyzidae et Lithocolletis (syn. Phyllonorycter) Mineuse américaine de la tomate - Tuta absolutaLutter contre les mineuses sur le site Ooreka, consulté le 4 avril 2019. Mineuse cerclée - Cémiostome du pommier, Mineuse cerclée sur le site de l'Encyclopédie des ravageurs européens de l'INRA, consulté le 4 avril 2019. Mineuse de l'épinard - Nom en français d'après Dictionary of Common (Vernacular) Names sur Nomen. Mineuse de la tomate - Keiferia lycopersicella La mineuse de la tomate - cycle évolutif et stratégies de protection des tomates de serre, sur le site du Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario. Consulté le 4 avril 2019. et Tuta absolutaTuta absoluta (Mineuse de la tomate) - Fiche de renseignements sur le site de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, consulté le 4 avril 2019. Mineuse des agrumes - Phyllocnistis citrellaMineuse des agrumes (Phyllocnistis citrella ), sur le site Carib Fruits, consulté le 4 avril 2019. Mineuse des céréales - Agromyza nigrellaMineuse des céréales sur le site Agrobase France, consulté le 4 avril 2019. Mineuse des feuilles d'arbres fruitiers - Mineuse des feuilles d'arbres fruitiers sur le site de l'Encyclopédie des ravageurs européens de l'INRA, consulté le 4 avril 2019. Mineuse des feuilles du pommier - Mineuse des feuilles du pommier sur le site de l'Encyclopédie des ravageurs européens de l'INRA, consulté le 4 avril 2019. Mineuse des ronces - Stigmella aurellaMineuse des ronces sur le site Agrobase, consulté le 4 avril 2019. Mineuse du marronnier - Cameraria ohridellaMeyer C., ed. sc., 2015, Dictionnaire des Sciences Animales. . Montpellier, France, Cirad. Mineuse du poireau - Napomyza gymnostomaMineuse du poireau : le bio marche-t-il ?, Par Société Nationale d'Horticulture de France. Publié le 08/02/2015 sur le site du Figaro Jardin, consulté le 4 avril 2019. Mineuse marbrée - Phyllonorycter blancardellaPhyllonorycter, Mineuse marbrée sur le site de l'Encyclopédie des ravageurs européens de l'INRA, consulté le 4 avril 2019.Mineuse marbrée sur le site Agrobase, consulté le 4 avril 2019. Mineuse sinueuse - Mineuse sinueuse sur le site Agrobase France, consulté le 4 avril 2019. Mineuse sud-américaine de la tomate - Tuta absolutaMineuse sud-américaine de la tomate sur le site Agrobase, consulté le 4 avril 2019. Mouches mineuses - LiriomyzaMouches mineuses sur le site ephytia de l'INRA, consulté le 4 avril 2019. Petite mineuse ou Petite mineuse du pêcher - Anarsia lineatellaPetite mineuse du pêcher sur le site Agrobase, consulté le 4 avril 2019.Petite mineuse sur le site Agrobase France, consulté le 4 avril 2019.
Galerie
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Articles connexes Agent phytopathogène Anatomie des insectes
Liens externes Liste de noms vernaculaires de lépidoptères sur un site spécialisé sur les phéromones Mineuse sur le site de l'INRA Base de données sur les parasites des plantes en Europe : mineuses, galles et champignons
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