right|thumb|Contrôle d'un boutre indien par la marine américaine dans le cadre de la lutte contre la piraterie.

La piraterie moderne est l'ensemble des activités maritimes illégales en regard des lois internationales. Ces activités, fondées sur la violence et la contrainte, comprennent l'enlèvement de personnes avec demande de rançon, le vol, le meurtre et le sabotage. Version moderne de la célèbre piraterie du , la piraterie moderne touche particulièrement la corne de l'Afrique, obligeant les flottes militaires à s'allier dans des missions de surveillance. Pour lutter contre ce phénomène, les armateurs équipent de plus en plus leur navire : avec des alarmes silencieuses dès les années 1990 et à présent le recours à des sociétés de sécurité présentes directement à bord des bateaux. Sur le plan juridique, les lois nationales et internationales évoluent depuis les années 2000 afin d'enrayer cette forme de banditisme nuisible aux échanges commerciaux internationaux..

Régions sensibles

vignette|450px|Extension de la zone d'opération des pirates somaliens entre 2005 et 2010. En 2015, aucune attaque n'a été attribuée à des pirates somaliens pour la première fois depuis 1991. - les cercles rouges indiquent la localisation des messages d'alertes ; - les traits bleu clair indiquent les principales lignes maritimes ; - les cercles bleus indiquent les principaux ports.

Les pirates d'aujourd'hui sévissent essentiellement dans les régions d'Asie du Sud et Asie du Sud-Est (en particulier dans la mer de Chine méridionale), le long des côtes de l'Amérique du Sud, du golfe d'Aden, de la mer Rouge, mais aussi celles de la Somalie, dans le golfe de Guinée et dans la mer des Caraïbes. Selon le Bureau maritime international, plus de de piraterie ont été enregistrés durant les vingt dernières années, un rapport de la RAND Corporation estime le nombre d'attaques et de tentatives d'attaques à 209 durant la période 1994-1999 et à entre 2000 et fin 2006, soit une augmentation exponentielle de ces pratiques depuis le début du The Maritime Dimension of International Security, RAND Corporation, 2008.

Ils utilisent des embarcations plutôt petites et rapides, et profitent du nombre restreint de membres d'équipage sur les navires cargos. Ils savent également maquiller leurs embarcations en bateaux de pêche ou de transport, afin d'éviter et de déjouer les inspections.

Dans la plupart des cas, les pirates ne s'intéressent pas à la marchandise transportée, mais plutôt aux affaires personnelles de l'équipage et au contenu du coffre-fort, qui peut contenir d'importantes quantités de monnaie destinée à payer le personnel et les taxes portuaires. Il arrive également que les pirates se débarrassent de l'équipage et conduisent le navire dans un port afin de vendre la cargaison et dans de très rares cas de transformer son identité et de le revendre.

La piraterie moderne se développe pour plusieurs raisons : la pauvreté importante de certaines régions, qui pousse une partie de leurs habitants dans la piraterie ; une incapacité de certains pays à gérer la sûreté de leurs eaux territoriales ; les équipages des navires de charge sont peu nombreux et non armés (une vingtaine d'hommes sur un navire de ) ; les navires marchands se déplacent à des vitesses faibles (entre 10 et 20 nœuds en moyenne), sont peu manœuvrant et, chargés, ils peuvent être assez bas sur l'eau permettant ainsi un abordage aisé ; les équipages, embarquant pour une durée de neuf mois en moyenne, proviennent en grande partie des pays en voie de développement (Asie - Afrique) et reçoivent la majeure partie de leur salaire en espèces à bord.

Par extension, on parle également de piraterie lorsqu'il y a acte de braconnage, par exemple lors de pêches interdites d'espèces protégées (dans les zones d'exclusivité économique). Ceci concerne entre autres la légine, poisson très recherché localisé dans les ZEE des Terres australes et antarctiques françaises.

Les attaques vignette|Actes de piraterie par pays en 1998. Avant l'explosion de la piraterie autour de la Corne de l'Afrique, les pays de l'Asie du Sud-Est sont en tête. thumb|L'équipage du cargo Faina pris en otage au large de la Somalie en 2008. Les attaques se produisent généralement de nuit, entre 01h00 et 03h00, dans des zones dites « à risque » (Asie du Sud-Est, détroit de Malacca, mers de Célèbes et de Sulu., sud de la mer Rouge, golfe d'Aden, côtes de Somalie, golfe de Guinée…) en haute mer ou dans des zones de mouillage.

Seule une veille attentive ainsi qu'une réaction rapide de l'officier de quart par une manœuvre ou par le déclenchement de l'alarme générale peuvent éventuellement dissuader les pirates de poursuivre leur action.

Depuis 2006, les navires de charge possèdent tous un système « d'alarme silencieuse » par satellite en réponse au développement de la piraterie. Ce système d'alarme, activé manuellement à bord depuis deux endroits gardés secrets, n'a aucune manifestation physique sur le navire mais envoie des données par communication satellitaire.

Il existe une hiérarchie des actes de piraterie : Les petits malfrats de la mer agissent en groupes peu nombreux et leurs actions sont souvent improvisées s'apparentant plus à de la rapine. Un groupe d'entre eux est responsable de l'assassinat de Peter Blake dans l'estuaire de l'Amazone en 2001. En haut de la hiérarchie on trouve quelques gangs internationaux dépendant de puissantes mafias et triades asiatiques dirigées par de puissants hommes d'affaires. Un autre type de pirates est constitué par des groupes terroristes, comme celui qui en a attaqué le bâtiment USS Cole de la marine américaine au mouillage dans le port yéménite d'Aden en faisant sauter une embarcation bourrée d'explosifs, faisant 17 morts et 42 blessés.

Modes opératoires Les attaques peuvent être classées selon l’étendue spatiale des zones d’actions ainsi que les compétences nautiques exigées. On peut en dénombrer cinq : Le premier type d’attaque demande peu de compétences maritimes puisqu’elle a lieu alors même que le navire est à quai ou au mouillage. Il s’agit alors pour les pirates d’aborder discrètement afin de piller le navire. Le deuxième type d’attaque se déroule dans les eaux resserrées (comme les détroits par exemple) où les navires sont obligés de réduire leur vitesse. Les pirates, qui doivent dans ce cas maîtriser la navigation côtière, en profitent alors pour aborder les navires. Le troisième type d’attaque consiste en une prise d’otage du navire ou de l’équipage afin de réclamer une rançon. Cet acte demande de bonnes compétences nautiques. Le quatrième type d’attaque est beaucoup plus complexe puisqu’il consiste en la prise de contrôle momentanée du navire afin de transférer sa cargaison dans un autre navire. Les pirates doivent alors posséder d’excellentes compétences nautiques. Finalement, le dernier type d’attaque est celui de la prise définitive du navire. Cette dernière catégorie exige des pirates qu’ils soient en mesure de remplacer entièrement l’équipage du navire volé Hugues Eudeline, « Contenir la piraterie : des réponses complexes face à une menace persistante », Focus stratégique, , novembre 2012..

Statistiques Nombres d'attaques rapportées par an (source Bureau maritime international de l'International Chamber of Commerce)Rapport pour l'année 2025 : + Données annuelles Années Nombre d'attaques Remarques 2001 252 2002 341 2003 445 2004 329 2005 276 2006 239 Chiffre le plus bas depuis 1998. 2007 263 2008 293 2009 406 2010 445 49 détournements réussis. 2011 439 28 détournements réussis. 2012 233 attaques sur les 9 premiers mois . 2013 264 2014 245 442 marins pris en otage. 2015 246 271 marins pris en otage, 19 enlevés contre rançon, 14 blessés, 1 mort.. 2016 191 2017 180 2018 201 2019 162 2020 n/a 2021 132 2022 115 2023 120 63 navires au mouillage - 46 faisaient route - 11 à quai. 2024 116 60 navires au mouillage - 49 faisaient route - 7 à quai. 2025 137 30 navires au mouillage - 101 faisaient route - 6 à quai.

La piraterie a toujours utilisé les moyens technologiques les plus avancés disponibles : les pirates modernes ont recours aux armes à feu tels que les AK-47, à la téléphonie mobile, aux hors-bords, etc. On suppose même que certains pirates écoutent clandestinement les communications des satellites, afin d'obtenir des informations sur le mouvement des navires et de déterminer le risque qu'ils présentent en cas d'attaque.

1993 - 2003 Le nombre d'attaques pirates a triplé entre 1993 et 2003. Le premier semestre 2003 a été le pire semestre jamais enregistré, avec 234 attaques pirates, 16 morts, 52 blessés et 193 membres d'équipage pris en otage dans le monde. Le Centre de surveillance de la piraterie du Bureau maritime international (IMB - International Maritime Bureau) a recensé 182 cas de piraterie pour le premier semestre 2004, dont 50 à proximité de l'Indonésie, la majorité dans le détroit de Malacca.

L'IMB note également qu'en 2004, les tankers (transport de pétrole et de gaz) et les cargos transportant des matières premières sont les cibles privilégiées avec 67 attaques sur des tankers et 52 sur les cargos.

2000 - 2018 À partir de l’an 2000, à la suite de la crise économique asiatique de 1997, on assiste à un renouveau de la piraterie en Asie du Sud-Est, essentiellement des attaques de navires au mouillage ou dans le détroit de Malacca et le détroit de Singapour, tandis que le risque de terrorisme islamiste s'est amplifié dans la moitié sud de la mer de Chine méridionale.. Elle a décliné vers 2004-2005 en raison entre autres des mesures de sécurité prises dans le cadre d’une coopération régionale mais il y a entre une cinquantaine et une centaine d'incidents par an entre 2008 et 2013..

Une étude conduite par le Bureau international maritime montre que le nombre d'attaques de piraterie dans le monde est en augmentation en 2007 (263 cas) en comparaison de l'année 2006 (239 cas). Il est également rapporté que le nombre d'attaques à main armée est en augmentation, avec pour première conséquence une augmentation du nombre de blessés dans les équipages de navire (64 blessés en 2007 pour 17 en 2006). Cette évolution en 2007 est directement liée à des actes ayant eu lieu au large de la Somalie et du Nigéria.

Certaines attaques ont conduit à l'intervention des marines militaires luttant contre ce phénomène comme ce combat au large de la Somalie en 2006 et l'acte de piraterie contre le Ponant en 2008 (voir Piraterie autour de la corne de l'Afrique). Lors de cette affaire, Jean-David Levitte, un diplomate français, a déclaré que dans les dix dernières années, avaient été enlevés par des pirates, 500 blessés et 160 tués.

Le détroit de Malacca n'était plus classé route maritime dangereuse par le Lloyd's Register depuis fin 2006 mais la situation a évolué dans les années 2010.

En , à la suite de la prise en otage contre rançon de deux Français par des pirates somaliens, le président de la République Nicolas Sarkozy adopte une posture offensive. Le navire et les otages ont été libérés par les forces spéciales.. Le chef des armées a décidé de faire une démonstration de force afin de dissuader d'éventuels futurs pirates.

Lorsqu'il a été détourné par des pirates somaliens le , le Sirius Star est devenu le plus grand navire de l'histoire moderne capturé par des pirates

Le , l'Union européenne lance une opération militaire de lutte contre les pirates au large de la Somalie dans le golfe d'Aden. Dénommée mission Atalanta (ou Eunavfor), cette opération sous mandat de l'ONU, regroupe entre 6 et 8 navires européens et des avions de patrouille maritime, chargés de protéger les bateaux du Programme alimentaire mondial (PAM), certains navires marchands les plus sensibles et de dissuader les pirates d'attaquer Bruxelles2 21/12/2008..