Pierre-André Taguieff est un philosophe, politologue, historien des idées .. et essayiste. Il est directeur de recherche .. à la retraite et chercheur honoraire au CNRS. ..
Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur le racisme, le nationalisme et l'extrême droite ..
Ses prises de position dans le débat public, en particulier sur les sujets liés à Israël, l'antisémitisme et l'islamophobie, ont suscité des polémiques.
Biographie Né d’un père russe et d’une mère d’origine polonaise, Pierre-André Taguieff a très tôt été passionné par la culture juive (notamment musicale), bien que n'étant pas juif lui-même, comme il l'a déclaré publiquement à plusieurs reprises. Si ses parents ne sont pas juifs, .. Il a été marié avec la chanteuse yiddish Talila, avec qui il a eu une fille..
Travaux
Sur la Nouvelle Droite
En 1993, Taguieff a été accusé par Roger-Pol Droit dans Le Monde de « banalisation de l'extrême droite » et de manque de « vigilance » pour avoir participé avec l'une des figures de la Nouvelle Droite, Alain de Benoist, à un recueilAndré Béjin et Julien Freund (dir.), Racismes, antiracismes, Méridiens-Klincksieck, 1986. publié (abrégé) en Italie dans une maison d'édition dirigée par Marco Tarchi, chef de file de la Nouvelle Droite dans ce paysRoger-Pol Droit, « La confusion des idées. Quarante intellectuels appellent à une Europe de la vigilance face à la banalisation de la pensée d'extrême droite », Le Monde, ..
Pour Luc Ferry, Pierre-André Taguieff prend encore dans cet ouvrage « le risque d'irriter les gardiens du temple ». « A l'encontre d'un certain nombre d'autres intellectuels de gauche » et suivant le conseil donné par Raymond Aron, Pierre-André Taguieff s'efforce de combattre les idées d'Alain de Benoist « par des idées, non par des bâtons ou du vitriol ». Selon lui, son livre est sans équivalent sur l'histoire et les idéologies du GRECE, sur les revues de la Nouvelle Droite et sur l'itinéraire d'Alain de BenoistLuc Ferry, « Sur la Nouvelle Droite », L'Express, ..
Populisme, antisémitisme, racisme et antiracisme Ses analyses seront reprises par le parti de Jean-Marie Le PenMichel Wieviorka, « Les bases du national-populisme », Le Débat, 60, , .Annie Collovald, « Le “national-populisme” ou le fascisme disparu. Les historiens du “temps présent” et la question du déloyalisme politique contemporain », dans Michel Dobry (dir.), Le Mythe de l'allergie française au fascisme, Paris, Albin Michel, 2003, ., y compris en anglais (national populism). Ces recherches s'accompagnent également d'une opposition — exprimée publiquement à plusieurs reprises — à l'« ethno-nationalisme » du FN et à ses positions sur l'immigrationJeanne Llabres, « Pierre-André Taguieff : contre Le Pen, revivifier l’État-nation », L'Humanité, ...
En 2019, la publication aux éditions du Cerf de L’Émancipation promise dresse selon certains un violent réquisitoire contre les valeurs républicaines car, estimant qu’érigées , Taguieff pourfend l’écologie et prend la défense du capitalisme, estimant que serait la . Le journaliste Joseph Confavreux (Mediapart) interroge la rupture intellectuelle introduite par ce livre dans la trajectoire de ce chercheur qui fut l'un des premiers à avoir analysé les arguments de la « Nouvelle Droite » et qui désormais endosserait les thèses différentialistes de celle-ci.. Cette interprétation du livre est cependant elle-même très éloignée de la présentation du livre par son auteur. Dans un entretien au magazine La Vie, Taguieff explique son propos. Autant la notion d'« émancipation » appliquée à un objet précis a du sens (émancipation des esclaves, émancipation des juifs), autant le substantif utilisé seul est un concept confus qu'il convient d'interroger dans les différents contextes de son emploi..
Sur les théories du complot Guillaume Weill-Raynal a critiqué ce qu'il considère comme les amalgames de Taguieff prétendant fustiger les amalgamesGuillaume Weill-Raynal, Une haine imaginaire – Contre-enquête sur le nouvel antisémitisme, Armand Colin, coll. « Intervention », 2005, (compte-rendu en ligne), — Voir aussi Henri Maler, Patrick Champagne, La théorie du complot en version France Culture, Acrimed, 1-02-2010..
Prises de position dans le débat public
En 2002, Taguieff est classé parmi les dans un pamphlet de Daniel Lindenberg (Le Rappel à l'ordre). Lindenberg y dénonce un glissement idéologique, sinon un basculement, chez certains intellectuels longtemps proches de la gauche et qui se sont mis à critiquer certaines théories des droits de l'homme ainsi que l'antiracisme et les effets sociétaux de Mai 68.. Taguieff répond que Lindenberg ne prend pas la peine de discuter les thèses de penseurs tels que Pierre Manent, Marcel Gauchet, Alain Finkielkraut, Alain Besançon, Shmuel Trigano, Jean-Claude Milner ou Alain Badiou, il se contente d'épingler des noms sur sa listeLes Contre-réactionnaires : le progressisme entre illusion et imposture, Paris, Denoël, 2007, page 65..
En 2009, un livre d'Ivan SegréLa Réaction philosémite – La trahison des clercs, Paris, Éditions Lignes, 2009, . englobe Pierre-André Taguieff dans , né en France à la fin du et qualifié de « réactionnaire philosémite », incluant Élie Chouraqui, Raphaël Draï, Alain Finkielkraut, Gilles-William Goldnadel, André Kaspi, Robert Misrahi, Shmuel Trigano, Yves-Charles ZarkaFranklin Rausky, Un inquiétant manifeste anti-intellectuel, Actualité Juive, le ; compte-rendu du livre de Segré qui y voit « une nouvelle et inédite version du Protocole des Sages de Sion ».. Selon Segré, le point commun entre ces intellectuels serait une idéologie fondée sur l'existence d'un conflit civilisationnel qui met en opposition un Occident déclinant et un monde islamique triomphant. Dans ce conflit, Israël (rangé dans le camp occidental) serait en première ligne pour la défense de l'Occident contre l'islam, ce qui justifierait en soi un soutien inconditionnel à l'État juif.
Aux élections législatives de 2024, Taguieff signe un appel à faire barrage au second tour au Nouveau Front Populaire..
Polémique sur la « Nouvelle judéophobie » Guillaume Weill-Raynal a critiqué une thèse de TaguieffDans le dernier chapitre de La nouvelle judéophobie intitulé « Silences sur la nouvelle judéophobie : aveuglement, complaisance ou connivence ? ». selon laquelle Guillaume Weill-Raynal, Une haine imaginaire : contre-enquête sur le nouvel antisémitisme, Paris, Armand Colin, 2005, ., car Taguieff ne le justifierait que par .
Nonna Mayer (collègue de Taguieff au CEVIPOF), dans un article publié en 2004 reconnaissait que « depuis l’automne 2000 [et donc jusqu'en 2004], la France connaît une hausse sans précédent des actions antisémites [...] à un niveau nettement supérieur à celui qu’on observait dans les années 1990. Depuis 2000, actions et menaces antisémites sont majoritaires par rapport aux autres formes de racisme recensées ».. Mais, en dépit de cette introduction, elle infirmait les thèses de Taguieff par l'analyse statistique d'un sondage d'opinion « auprès d’un échantillon national de », à qui l'on a demandé s'ils estimaient que « les Juifs ont trop de pouvoir en France » et quelle était leur « sympathie éprouvée pour Sharon, Bush, Arafat et Blair ». Sur la base des réponses données à ce sondage, elle concluait à l'époque « qu’au sein de la population française dans son ensemble, l’antisémitisme au sens classique de préjugé contre les Juifs ne progresse pas, au contraire », et que loin de se parer, « comme le suggère Pierre-André Taguieff, des couleurs de l’antiracisme, en prenant la défense des Arabes et des musulmans [...] il touche les mêmes milieux qu’hier ». « C’est, encore et toujours, à l’extrême droite qu’on trouve le plus de racistes et d’antisémites, chez les proches du FN et les électeurs de Jean-Marie Le Pen ».
Alain de Benoist, critiquant Prêcheurs de haine. Traversée de la judéophobie planétaire, déplore un livre où l'auteur « règle visiblement des comptes » et se laisse aller à « des attaques ad hominem et des procès d’intention » contre des personnalités n'ayant jamais exprimé le moindre propos judéophobe. Ce faisant, Pierre-André Taguieff abandonne, selon de Benoist, la position d’observateur qui était la sienne dans les ouvrages précédents pour devenir un simple partisan, Alain de Benoist, Éléments, 2005..
Régulièrement accusé d'engagement partisan et de confondre antisionisme et antisémitisme quoiqu'il distingue ces deux formes de la judéophobiePierre-André Taguieff, La judéophobie des modernes - Des Lumières au Jihad mondial, ., en 2006 il répond fermement aux critiques du livre de Cécilia Gabizon et Johan Weisz, OPA sur les Juifs de France : enquête sur un Exode programmé : « Le phénomène le plus inquiétant, ce n’est pas cette prétendue « OPA » israélienne, ni la relative droitisation des juifs de France, c’est la réalité des violences antijuives »..
À l'automne 2010, une polémique naît à la suite de propos attribués à Pierre-André Taguieff à l'encontre de l'ancien diplomate Stéphane Hessel. Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) dénonce une phrase laissée peu de temps sur Facebook : « Quand un serpent venimeux est doté de bonne conscience, comme le nommé Hessel, il est compréhensible qu’on ait envie de lui écraser la tête ».. L'hebdomadaire Politis relève d'autres propos outranciers de Pierre-André Taguieff à l'encontre de Stéphane Hessel.. De même, Pierre Haski publie un article sur le sujet dans L'Obs.. Dans une réponse à cet article et aux reproches du MRAP, Taguieff affirme qu'il paraphrasait Voltaire et souligne que la phrase était extraite d'une conversation entre amis vite effacée. Dans cette même réponse, il reproche à Hessel d'avoir choisi d'« appeler à la haine contre Israël »..
« Islamophobie » Taguieff condamne l'usage du mot islamophobie, « qui favorise les usages polémiques. », et il a défendu au printemps 2002 l'ouvrage d'Oriana Fallaci, La Rage et l'Orgueil, dans lequel elle affirme notamment que les musulmans « se multiplient comme des rats », ou encore qu'« au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, [les fils d'Allah] passent leur temps avec le derrière en l'air à prier cinq fois par jour. »Oriana Fallaci, La Rage et l’Orgueil, Plon, 2002.. Ce livre a suscité de vives réactions dénonçant son caractère anti-musulmanCommission nationale consultative des droits de l'homme, 2003, La lute contre le racisme et la xénophobie. Rapport d'activité, Paris, La Documentation française, 2003, ., voire xénophobe. Vincent Geisser y voit un « pamphlet islamophobe » et un « ouvrage haineux »(Vincent Geisser, La nouvelle islamophobie, La Découverte, 2003, et suiv.)., Françoise Giroud qualifie quant à elle l'ouvrage de « pages lourdes de haine et de mépris »(Françoise Giroud, « Voyage au bout de la haine », Le Nouvel Observateur, ).. Ces propos plutôt élogieux envers un ouvrage que certains considèrent comme raciste feront l'objet de nombreuses critiques..