vignette|upright=1.7|Le goût, l'une des tapisseries de la tenture de La Dame à la Licorne, fin du . Musée de Cluny à Paris. La tapisserie est un tissu fabriqué sur un métier à tisser ou bien à la main, dont le tissage représente des motifs ornementaux. Le tissage se compose de deux ensembles de fils entrelacés, ceux à la verticale, les fils de chaîne, et ceux à l'horizontale, les fils de trame. Les fils de chaîne sont mis en place sous tension sur un métier, et le fil de trame est transmis par un mouvement mécanique de va-et-vient sur tout ou partie de l'ouvrage. Souvent la tapisserie est une réalisation textile décorative d'ameublement, se classant dans les arts décoratifs. La tenture murale d'une pièce peut être constituée d'une seule ou d'un ensemble de tapisseries.
L'art de la tapisserie existe depuis l'Antiquité, et beaucoup de peuples l'ont pratiqué : Grèce antique, Chine impériale, Égypte antique, civilisations précolombiennes. La tapisserie occidentale connaît un essor formidable pendant le , illustré par la tenture de l'Apocalypse commandée par le duc Louis d'Anjou.
Beaucoup de tapisseries sont parvenues jusqu'à nous directement. Elles sont parfois grandioses (tenture de La Dame à la licorne conservée au musée de Cluny, tenture de David et BethsabéeSur le site du musée de la Renaissance. conservée à Écouen, tenture Les Chasses de Maximilien conservée au musée du Louvre), souvent plus modestes. Certaines tentures sont disponibles en plusieurs séries (tenture de l'Histoire du Roy dont une série complète se trouve au château de Versailles).
Techniques vignette|redresse|alt=Texte alternatif pour l'image|Honoré Ledoux mettant la touche finale à une tapisserie représentant un chevalier en armure sur son destrier. Photographie de Conrad Poirier.
La tapisserie (ou lice ou lisse.) est une œuvre tissée sur un métier à tisser à haute lice (tapisserie utilisant un métier où la chaîne est disposée verticalement) ou basse lice (tapisserie utilisant un métier où la chaîne est disposée dans un plan proche de l'horizontale)Exemple célèbre de tapisserie de lice : L'Apocalypse à Angers.. Les trois personnes se succédant de la conception à l’élaboration d’une tapisserie sont le maquettiste, peintre qui crée la composition, le cartonnier qui agrandit la maquette à grandeur d’exécution sur le métier, le licier ou lissierLes deux orthographes sont admises. qui réalise la tapisserie.
Quand plusieurs tapisseries sont créées sur le même thème, on appelle l'ensemble une tenture, et chacune des tapisseries une pièce (par exemple la tenture des Indes est une tenture de huit pièces). À ne pas confondre avec une suite de tapisseries, c'est-à-dire plusieurs tapisseries identiques tissées d'après le même carton (ainsi, huit séries de la tenture des Indes ont été tissées).
Matériaux La laine est le matériau principal utilisé pour réaliser une tapisserie. La laine a été utilisée de préférence grâce à deux qualités, elle est facile à teindre et elle conserve bien la chaleur.
On utilise aussi la soie produite par le ver à soie et qui donne un aspect lumineux à la tapisserie. Son inconvénient vient de son prix élevé.
Dans les tapisseries les plus riches, on pouvait mélanger les fils de laine à des fils de soie, voire à des fils d'or ou d'argent.
Teinture Les tapisseries étant destinées à décorer les murs, elles sont appréciées pour la richesse de leurs coloris.
Au Moyen Âge, il n'y avait que très peu de couleurs, toutes d'origine naturelle, souvent à base de plantes tinctoriales : la garance, la cochenille et le kermès donnent des rouges de différentes intensités ; le pastel, aussi appelé guède, donne du bleu clair, ou, plus précieux, l'indigo, venu d'Inde (d'où son nom) ; la gaude permet de teindre en jaune.
Avec les progrès de la chimie à partir du , le nombre de couleurs s'est accru sensiblement et l'on a pu utiliser des tons de plus en plus fins. Alors que la tapisserie présentait une forme d'irréalisme en raison du nombre restreint de couleurs, au , elle parvient à reproduire fidèlement des peintures. Malheureusement, ces premières teintures chimiques étaient très sensibles à la lumière et les tentures datant de Louis XIV et Louis XV ont des couleurs plus ternes que celles du Moyen Âge.
Le nombre de couleurs disponibles est passé d'une vingtaine au Moyen Âge, à une centaine au , 600 un siècle plus tard et aujourd'hui, plusieurs milliers.
Modèles et cartons Au départ est créé un carton, qui est l'ébauche en dimensions réelles de la tapisserie. Le carton est une sorte de maquette peinte, qui indique la composition, les motifs et les couleurs. Au départ exécutée par les tapissiers, elle devient une activité à part entière, celle des peintres-cartonniers.
Le carton peut être fait à partir d'une peinture, comme on le voit à partir du avec la reproduction en tapisseries de tableaux de Raphaël.
Lorsque de la peinture est ajoutée à une tapisserie finie, pour modification ou restauration des couleurs, on parle de potomage.
Tissage vignette|redresse|Broches pendant le tissage, manufacture des Gobelins (2018). La technique de basse lice est horizontale et le métier se présente comme une table tandis que la technique de haute lice est exécutée sur un métier vertical. Le licier écarte les fils pour voir le carton placé sous les fils en basse lice ; en haute lice, il use d'un miroir car le carton est placé derrière lui. Au départ, des fils de chaîne de laine écrue, qui constituent la matrice, sont tendus sur des rouleaux appelés ensouples. Ils sont recouverts au fur et à mesure du tissage par des fils de trame, qui apportent le dessin et les couleurs. L'exécution peut se faire à plusieurs mains. Elle est longue et minutieuse. Pour exécuter la trame, le licier actionne des pédales, qui séparent la nappe de fils de chaîne en fils pairs et impairs, permettant le passage d'une navette avec son fil. Ce passage s'appelle une passée. Il y a autant de navettes qu'il y a de couleurs. Le licier peut procéder à des effets : le battage, sorte de hachure qui permet de faire des dégradés de couleur ; le relais, sorte de coupure entre deux zones de couleur. Le travail effectué s'enroule au fur et à mesure sur l'ensouple. Une fois achevé, on déroule l'ouvrage. Dans la tapisserie contemporaine, on peut multiplier les épaisseurs, effectuer des crevés (trous) ou laisser les fils pendre pour donner expressivité et matière. À noter l'invention, à la fin du , du métier Jacquard, qui a permis la mécanisation et l'industrialisation du textile en général, et, dans une moindre mesure, de la tapisserie.
Les deux techniques d'exécution de la tapisserie de lices sont utilisées par plusieurs centres de productions : en France, manufacture des Gobelins à Paris, tapisseries de Beauvais, ainsi que les tapisserie d'Aubusson. En Belgique, la manufacture royale de tapisserie De Wit., à Malines (Mechelen), et Chaudoir, à Bruxelles. AudenardeSur le site web de la ville est fournie une présentation des techniques de restauration. Cette activité joua un grand rôle dans l'histoire de la ville. (Oudenaarde) ainsi que Grammont (Geraardsbergen) et Enghien, sont mondialement connues pour les « verdures », spécialité au départ également des ateliers d'Aubusson. Tournai possède encore un musée de sa tapisserie mais également une école dans laquelle sont rénovées de nombreuses tapisseries de toutes provenances.
La technique s'est internationalisée à partir du et les métiers sont devenus plus individuels au , particulièrement après la Seconde Guerre mondiale, permettant une diffusion et une pratique plus importante et plus personnelle de la tapisserie.
Rentraiture La dimension d'une tapisserie, ou l'existence de parties comportant des difficultés particulières, conduisent fréquemment à réaliser la création sur plusieurs métiers distincts. L'assemblage des différentes parties, le rentrayage, exécuté par des rentrayeurs, consiste à les réunir par des coutures grâce à des points rentraiture..
Le rentrayeur peut également intervenir pour la restauration d'anciennes tapisseries ou encore les transformer, par exemple pour les redimensionner à la place qu'elles doivent occuper.
Distinction entre tapisserie et broderie
La plus ancienne des tentures est la tapisserie de Bayeux, grandiose pièce historique de 70 mètres de long qui narre l'invasion de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant au . Cependant cette œuvre est injustement appelée tapisserie car c'est en réalité une broderie, exécutée « aux points d'aiguille » : alors qu'une tapisserie est tissée sur un métier manuel ou mécanique, la broderie est cousue sur une toile à l'aide de fils de couleur et d'aiguilles. Les fils de couleur ne couvrent pas la totalité de la surface, contrairement à la tapisserie. Jadis appelée « tapisserie aux points d'aiguille » cette technique use au départ d'une toile assez grossière qui est aujourd'hui un « canevas », d'où le nom actuel donné à la technique. La broderie est connue depuis des temps immémoriaux, contrairement à la tapisserie, plus complexe à mettre en œuvre, et dont le démarrage se situe à la fin du Moyen Âge. Ses points communs avec la tapisserie sont non seulement l'appartenance à la famille textile mais la représentation d'un sujet ou d'une scène. En cela, elle peut être considérée comme l'ancêtre de la tapisserie. Sous l'Ancien régime, on comptait des façonniers en tapisseries aux points d'aiguille. Les réalisations sont de taille modeste, ayant quelques applications. Ainsi les dessus de sièges réalisés au petit ou gros point constituent son usage le plus courant, voire des pièces de plus grande envergure comme des tentures de lits princiers ou murales, que l'on voit dans certains châteaux et musées. En raison de sa facilité d'utilisation, la technique du point d'aiguille est devenue un « ouvrage de dame », pratiqué par l'aristocratie et la bourgeoisie, avant de se populariser.
Histoire La tapisserie dans l'Antiquité L'art de la tapisserie existe depuis l'Antiquité, en particulier la tapisserie sur métier. Le rôle décoratif de la tapisserie s'affirme, tant chez les peuples nomades pour décorer leurs tentes, que dans les nations sédentaires pour aménager et rehausser l'éclat de leurs temples et de leurs palais.
Dans l'Égypte ancienne, les peintures d'un hypogée de Béni-Hassan, datées de avant notre ère, renferment la représentation d'un métier à tisser de haute lisse.
Les écrivains de l'antiquité sont unanimes à proclamer la magnificence déployée par Babylone et Ninive dans l'art textile.
L'auteur latin Pline l'ancien dans son Histoire naturelle (livre VIII, §74) rapporte que "Homère parle déjà des étoffes brodées d'où viennent les étoffes triomphales. Les phrygiens ont trouvé l'art de broder à l'aiguille; c'est pour cela que ces ouvrages sont appelés phrygioniens. C'est encore dans l'Asie que le roi Attale a trouvé le moyen de joindre des fils d'or aux broderies, d'où ces étoffes ont été appelées attaliques. Babylone est très célèbre pour la fabrication des broderies de diverses couleurs, d'où le nom de broderies babyloniennes. Alexandrie a inventé l'art de tisser à plusieurs lisses les étoffes qu'on appelle brocarts; la Gaule, les étoffes à carreaux."
L'auteur du Livre d'Esther (ch.I, v.6), décrivant le festin donné par Assuérus, nous décrit "des tentures suspendues de tous côtés, de bleu céleste, de blanc et d'hyacinthe, lesquelles étaient soutenues par des cordons de fil de lin, teints en pourpre et rattachés par des anneaux d'ivoire aux colonnes de marbres". Quelques siècles plus tard, Apollonius de Tyane, visitant Babylone, trouva le palais des rois tendu de tapisseries où étaient figurés des sujets historiques ou mythologiques.