Louis Auguste Blanqui, surnommé « l’Enfermé », né le de l'an 13 de la République () à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes) et mort le à Paris, est un révolutionnaire socialiste français, souvent associé aux socialistes utopiques. Il défend pour l'essentiel les mêmes idées que le mouvement socialiste du et fait partie des socialistes non-marxistes.
Après 1830, encore étudiant, Blanqui estime que la révolution ne pourra traduire la volonté du peuple que par la violence David Parker, Revolutions and the Revolutionary Tradition : In the West 1560-1991, New York, Routledge, 2002, , 256Biographie d'Auguste Blanqui sur le site de l'Assemblée Nationale : qui place le peuple sans garantie, sans défense, devant l'Maurice Dommanget, Auguste Blanqui. Des origines à la Révolution de 1848., conduit d'après lui fatalement à la lutte. Il fut, en conséquence de ses tentatives insurrectionnelles, emprisonné une grande partie de son existence, ce qui lui a donné le surnom de « l’Enfermé ». Il est à l'origine du blanquisme.
En 1880, il publie le journal Ni Dieu ni Maître dont le titre est devenu une référence pour le mouvement anarchiste () [consulté le 2017]. [consulté le 2017].. Karl Marx considère quant à lui Blanqui comme .
Biographie L’insurgé permanent
Son père, Jean Dominique Blanqui, est député des Alpes-Maritimes à la Convention nationale. Incarcéré comme girondin entre et frimaire an III (), il rend compte des conditions de sa détention dans L'Agonie de dix mois. Il est réélu député au Conseil des Cinq-Cents, nommé sous-préfet de Puget-Théniers sous le Premier Empire puis sous-préfet de Marmande durant les Cent-Jours.
Son frère aîné, Adolphe Blanqui, théoricien et économiste libéral, favorable au libre-échange et au désengagement de l'État de l'économie. Sa soeur, Zoé Antoine (née Blanqui), soutiendra toute sa vie son engagement révolutionnaire. Les relations familiales sont très conflictuelles. Son père, Jean-Dominique, a épousé sa mère, Sophie, alors que celle-ci était très jeune : elle avait seize ans, lui trente-huit. Il est marqué par une grande jalousie et les relations conjugales se détériorent. De plus, les ressources financières sont très faibles. La chute de Napoléon et la Restauration engendrent des difficultés supplémentaires. Jean-Dominique réussit à obtenir le soutien de son fils aîné, Adolphe, qui hait alors sa mère, disant dans ses souvenirs qu'elle était dépensière et violente, tandis que celle-ci et Auguste conservent une affection mutuelle. Adolphe prétend alors que Sophie instille de la discorde entre ses enfants. Un rude conflit éclate entre Sophie d'un côté et Jean-Dominique et Adolphe : comme Sophie a hérité du domaine d'une tante, du château de Grandmont, elle se considère seule gestionnaire de son bien. Son mari et son fils aîné lui reprochent de mal gérer son argent ; son mari la pense désormais .
Si Auguste se montre parfois réticent à accepter l'autorité que son frère prétend avoir sur lui et s'il n'a pas la même relation avec ses parents, il faut reconnaître que leurs relations n'étaient pas fondamentalement mauvaises dans leur jeunesse. Adolphe voulait qu'Auguste, ainsi que le reste de sa fratrie, puisse disposer d'une éducation suffisante. Devenant enseignant et commençant alors à subvenir à ses besoins, il réclame de payer la moitié des frais d'éducation d'Auguste. Il est même contraint de payer tout de sa poche, sa tante et son père ne voulant pas contribuer aux frais. Il dit même qu'il considérait Auguste comme son enfant, qu'il lui a même .
À l’âge de treize ans, Auguste monte à Paris. Pensionnaire à l'institution Massin où enseignait son frère Adolphe (futur économiste libéral), de sept ans son aîné, il suit les cours du lycée Charlemagne. Il étudie ensuite le droit et la médecine. Mais il se lance très tôt dans la politique, se faisant le champion du républicanisme révolutionnaire sous le règne de Charles X, de Louis-Philippe puis de Napoléon III. Ses opinions de jeunesse sont marquées par l'hostilité à la Restauration, et par conséquent par le bonapartisme, le courant républicain étant alors vraiment minoritaire. Il devient athée. Il fréquente Jean-Baptiste Say, dont il connaît le fils par le lycée et dont Adolphe deviendra le disciple. Tout juste âgé de dix-sept ans, il milite activement contre le procès des quatre sergents de la Rochelle, condamnés à mort pour avoir adhéré à la société secrète de la Charbonnerie et fomenté des troubles dans leur régiment. Decaux explique que .
Contre Charles X et Louis-Philippe vignette|Portrait d'Auguste Blanqui peint par son épouse Amélie-Suzanne Serre, vers 1835. Paris, musée Carnavalet. Carbonaro depuis 1824, au sein de cette organisation secrète en lutte contre la restauration monarchique, Auguste Blanqui est mêlé à toutes les conspirations républicaines de son époque. Dès lors, se succèdent pour lui complots, coups de force manqués et emprisonnements.
En 1825-1826, il participe au journal saint-simonien Le Producteur fondé par Olinde Rodrigues et Prosper EnfantinOlivier Pétré-Grenouilleau, Saint-Simon, L'utopie ou la raison en actes, Payot, p. 394. En 1827, il est blessé par trois fois lors des manifestations d'étudiants au Quartier latin dont une blessure au cou. En 1828, il projette une expédition en Morée pour aller aider la Grèce insurgée. Il part avec son ami et camarade d'études Alexandre Plocque. Le voyage s'achève à Puget-Théniers, faute de passeportJ.-C. Caron, Générations romantiques. Les étudiants de Paris et le Quartier latin (1814-1851)., A. Colin, 1991, 278. .
Il entre au journal d’opposition libérale de Pierre Leroux Le Globe fin 1829. En 1830, on le compte dans les rangs de l'association républicaine la plus séditieuse, connue sous le nom de Conspiration La Fayette, qui joue un grand rôle dans la préparation de la Révolution de 1830, à laquelle il participe activement. Après la révolution, il adhère à la Société des amis du peuple ; il se lie avec d’autres opposants au régime orléaniste : Buonarrotti (1761-1837), Raspail (1794-1878) et Barbès (1809-1870), entre autres.
vignette|gauche|Blanqui ( à partir de la gauche) représenté à la maison d'arrêt de Versailles avec ses compagnons de cellule, dont Raspail entouré de ses enfants. Toile de Balthasar Charles Larpenteur, 1833.
En , au nom du « Comité des Écoles », il rédige une proclamation menaçante. À la suite de manifestations, il est emprisonné à la Grande Force pendant trois semaines. Mais, récidiviste et prêchant toujours la violence, il est de nouveau arrêté et inculpé de complot contre la sûreté de l'État. Fin 1831, a lieu un procès durant lequel lui et quatorze camarades sont accusés de délits de presse. Blanqui témoigne alors de son caractère révolutionnaire, réclamant le suffrage universel, accusant des bourgeois d'être des , se déclarant, lui, prolétaire. Il utilise une formule qui témoigne de son idéal socialiste : . Et il dit alors : . Aggravant alors son cas devant les juges, il est alors condamné à un an de prison.
Après un nouveau séjour en prison, il reprend ses activités révolutionnaires à la « Société des familles », que continue en 1837 la « Société des saisons ».
Le , il est arrêté, fait huit mois de prison, puis est placé en liberté surveillée à Pontoise.
Le , de retour à Paris, avec Armand Barbès et Martin Bernard, il participe à l'insurrection qui s’empare du Palais de justice, échoue à prendre la Préfecture de police, et occupe un instant l'Hôtel de ville. On compte 77 tués et au moins 51 blessés du côté des insurgés, 28 morts et 62 blessés chez les militaires. Après l’échec de l'émeute, il reste caché cinq mois, mais il est arrêté le .
Le , il est condamné à mort. Sa peine étant commuée en prison perpétuelle, il est enfermé au Mont-Saint-Michel. Sa femme, Amélie-Suzanne Serre, meurt alors qu'il est emprisonné en 1841 ; ils s'étaient mariés en 1833. Il avait été le professeur d'Amélie, alors qu'elle avait onze ans. Les parents d'Amélie, M. et Serre, avaient au départ eu beaucoup de sympathie pour Blanqui qui se montrait hostile au légitimisme. Mais ils ont ensuite été fort réticents à accepter le mariage de leur fille avec Auguste. Ce dernier leur paraissait miséreux. De plus, il était emprisonné, s'étant montré à maintes reprises complètement défavorable au régime de Louis-Philippe. Eux avaient plutôt une bonne opinion de la monarchie de Juillet. Pour ces raisons, le mariage d'Amélie avec Auguste leur déplaisait, et ils ne l'acceptèrent que de mauvaise grâce, du fait de l'insistance d'Amélie.
En 1844, son état de santé lui vaut d’être transféré à la prison-hôpital de Tours, où il reste jusqu’en . À la suite d'un appel à la libération de Blanqui par le journal La Réforme (auxquels participaient des républicains et des socialistes tels Louis Blanc, Arago, Cavaignac, Pierre Leroux, etc.), Louis-Philippe gracie Blanqui. Blanqui refuse sa libération : il demande qu'on dise qu'il ; la lettre de son refus est publiée dans La Réforme. Le garçon né de son union avec Amélie, Estève (né en 1834), est éduqué par les parents Serre (les parents d'Amélie) et d'Auguste Jacquemart, le tuteur. Il pressent alors que son fils va être éduqué de façon non conforme à ce qu'il souhaiterait (Blanqui réprouve le fait que son fils soit baptisé par exemple), sans doute même "contre [lui]". Amélie craignait que ses parents fassent qu'Estève honnisse son père.
Deuxième République vignette|Lithographie représentant les accusés du , dont Auguste Blanqui (1er en partant de la droite, deuxième rangée en partant du bas). Une fois libéré, il s'associe à toutes les manifestations parisiennes de mars à mai pendant la Révolution de 1848, qui donne naissance à la Deuxième République. Il a vite une désillusion quant au régime mis en place. Il souhaitait un gouvernement révolutionnaire et, même si certaines mesures telles la reconnaissance du droit au travail lui plaisent, il se rend compte du caractère conservateur des gouvernants. Il réprouve les idées de Lamartine, trouvant absurde de conserver le drapeau tricolore qui représente la République et l'Empire, mais a été discrédité par son utilisation comme symbole de la monarchie de Juillet. Lui plaide pour l'adoption du drapeau rouge, symbole du . Il demande à Raspail et à Caussidière notamment de tout mettre en œuvre pour empêcher que soit conduite une politique réactionnaire. Il demande aussi que la date des élections prévues soit décalée vers plus tard – il interpelle pour cela le gouvernement de Lamartine le . Il veut qu'il y ait une campagne de persuasion du peuple pendant quelques mois, avant les élections, pour que le peuple français soit acquis aux idées révolutionnaires. Mais Lamartine ne veut pas prolonger longtemps l'exercice de son pouvoir détenu sans suffrage populaire, et laisse la date telle quelle. Blanqui cherche à former un groupe de pression avec Louis Blanc et Cabet. Mais ceux-ci, avec les manifestants du , sont trop timorés au goût de Blanqui : les élections prévues au départ le ne sont décalées qu'au . Le recours à la violence de la Société républicaine centrale, qu'il a fondée pour exiger une modification du gouvernement, le met en conflit avec les républicains modérés. Arrêté après le , à la suite de son intervention au Corps législatif avec des manifestants envahissant la salle pour défendre la cause polonaise, il est enfermé à Vincennes.