thumb|upright=1.5|Carte de l'Enfer dans la Divine Comédie de Dante Alighieri, par Sandro Botticelli (vers 1480-1495). Selon Carl Gustav Jung, les enfers représentent dans toutes les cultures l'aspect inquiétant de l'inconscient collectif.

L'inconscient collectif est un concept de la psychologie analytique s'attachant à désigner les fonctionnements humains liés à l'imaginaire, communs ou partagés, quels que soient les époques et les lieux, et qui influencent et conditionnent les représentations individuelles et collectives.

Selon le psychiatre suisse Carl Gustav Jung (1875–1961), créateur du concept, l'inconscient collectif constitue .. Toujours selon lui,

Jung donne en effet l'épithète de « collectif » à cette partie transpersonnelle de la psyché inconsciente, car ces matériaux se distinguent par leur récurrence d'apparition dans l'histoire humaine et parce qu'ils se manifestent au moyen des archétypes, autre concept central de la psychologie analytique.

Si pour Sigmund Freud, fondateur de la psychanalyse, l'inconscient se caractérise avant tout par le fait qu'il naît du refoulement des pulsions, pour Jung, au contraire, l'inconscient est constitué de tout ce qui n'est pas conscient. Selon ce dernier :

L'inconscient collectif et le conscient forment par conséquent, dans cette vision, un Il aurait par ailleurs une fonction vitale pour l'homme, notamment exerçant une activité compensatrice au Moi. Il serait enfin la source du renouveau de l'être, par la compréhension des rêves et le travail de l'individuation.

Pour Jung, reconnaître l'existence et l'influence de l'inconscient collectif, c'est reconnaître que ..

Définition Origine L'expression « inconscient collectif » ( en allemand) n'a de sens, chez Carl Gustav Jung, que dans le domaine de la psychologie analytique. Il n'est en effet pas reconnu au sein de la psychanalyse. De plus, le concept demeure ambigu, en raison de la polysémie des deux mots le formant. Cette ambiguïté est à l'origine de la mauvaise réception des travaux de Jung. Par ailleurs, le concept de « subconscient » est souvent employé de manière synonymique et n'a en aucun cas été inventé par Jung, 88., à tort. Jung lui-même n'est pas toujours rigoureux quant à l'utilisation de concepts décrivant la réalité collective de l'inconscient. Il parle ainsi tour à tour d'inconscient « transpersonnel » de « représentations collectives » (terme créé par l'anthropologue français Lucien Lévy-Bruhl en 1910 dans La Mentalité primitive), voire d'inconscient « suprapersonnel ». Jung parle également parfois de « patrimoine représentatif » afin d'insister sur le fait que le sujet, lors de son ontogénèse, ne le produit pas, ni même n'en hérite. Yves Le Lay rappelle que l'expression d'« inconscient archaïque », utilisée par Jung dans ses premiers écrits, lui est aussi équivalente : .

thumb|Représentation conique de la structure de la psyché selon la psychologie analytique : 1. le Moi ;2. le conscient ;3. l'inconscient personnel ;4. l'inconscient collectif ;5. la partie de l’inconscient collectif qui ne peut être connue, dite « inconscient archaïque »Schéma inspiré de l'illustration 10, in ..

Au sens strictement psychologique, et comme le résume le psychothérapeute jungien Gerhard Adler : 79.. De manière générale, dans l'œuvre de Jung, le concept désigne l'ensemble des représentations de l'imaginaire humain, ainsi que le note Salomon Resnik : l'..

Caractéristiques générales L'inconscient collectif selon Jung possède plusieurs propriétés qui en font un concept unique à la psychologie analytique. Tout d'abord, il n'est pas qu'un inconscient passif ; il possède une expressivité créatrice qui a pour but de dialoguer avec le conscient et qui lui donne des qualités proches de celles constitutives d'une personnalité à part entière. Selon Jung l'inconscient n'est pas C. G. Jung cité in .. L'inconscient collectif possède également une énergie numineuse, ressentie par le conscient comme étant d'origine sacrée car d'origine libidinale (chez Jung, la « libido » désigne toute énergie psychique), in .. Ainsi, les influences de l'inconscient collectif, lorsqu'elles impriment le conscient, sont à la source des courants de croyances, des expériences religieuses, des visions extatiques mais aussi des arts, de la littérature et des rituels.. En ce sens il apparaît comme inconstant pour le sujet alors que, dans sa nature profonde, , ..

Si l'inconscient personnel est souvent représenté par le dieu Mercure (ou Hermès)47 et 103-106 : . dans l'Antiquité ou dans l'alchimie, les processus de l'inconscient collectif, bien que plus rarement représentables, sont souvent imagés par des éléments naturels comme l'océanVoir par exemple le motif de l'immersion dans l'inconscient, 108. ou la forêt, mais aussi par l'archétype de la Grande MèreEntrée « Grande Mère », 43 : . ou de l'âme (ce sont les concepts d'anima ou d'animus, selon le sexe), 173.. De plus, les matériaux collectifs sont projetés sur des objets de la réalité. Alors que l'inconscient freudien est une somme de pulsions refoulées, l'inconscient collectif jungien a naturellement tendance à sortir du psychisme pour s'incarner dans des objets extérieurs. Ces matériaux, par essence non représentables (car fusion d'opposés que les catégories de la raison ne peuvent appréhender) accèdent à la conscience par la médiation du symbole. Il existe ainsi un symbolisme inconscient qui ne suppose, chez Jung, ni refoulement ni censure, et que les études de Jean Piaget ont contribué à préciser selon Charles BaudouinNote 1, 108. Charles Baudouin cite Jean Piaget, La Formation du symbole chez l'enfant, 212-219..

Enfin, ., il possède un « savoir absolu » qui peut contribuer à expliquer la fonction prospective des rêves et certains phénomènes paranormaux comme la télépathie. Ce savoir peut aussi s'exprimer à travers l'art ; les grands écrits de l'humanité sont inspirés par les forces inconscientes qui ont une fonction créatrice137., en plus de délivrer un message compensateur à l'attitude sociale dominante.

Genèse du concept Héritage philosophique thumb|left|Carl Gustav Carus, qui inspira beaucoup Carl Gustav Jung, par le peintre Johann Carl Rössler (1800).

Si le concept d'« inconscient collectif » ainsi formulé par la psychologie analytique est moderne, créé par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung, il n'en a pas moins des usages précurseurs, dans le domaine de la philosophie occidentale. En effet, et Jung le reconnaît maintes fois dans son œuvre, nombre de philosophes ont décrit un plan de réalité dont les caractéristiques se rapprochent d'un savoir universel que partageraient tous les hommes. Jung voit ainsi son concept comme l'héritier d'une tradition philosophique, celle de l'idéalisme philosophique et qui trouve sa source en Grèce antique, à travers les notions d'« » d'Anaximandre, d'« Un » de Parménide et des Idées de Platon, notions qui renvoient toutes à un principe indéfini et indéterminé, sorte de réceptacle du savoir humain.

Jung est ainsi l'héritier du néoplatonisme renaissant et de la tradition hermétique, ainsi que de la philosophie allemande naturaliste ; il reprend les thèses de Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling (1775–1854). et de Novalis (1772–1801), qui est le premier à se servir du mot « inconscient », après Ernst Platner (1774-1818) (qui a inventé le terme allemand : « inconscient » en 1776, à la suite de Hery Home, le premier à employer ce mot, en anglais () en 1751) sur la nature inconnaissable et irreprésentable du conceptEntrée « Inconscient », 47... Les thèses post-romantiques de Karl Robert Eduard von Hartmann (1842–1906) avec (Philosophie de l'Inconscient) en 1869 mais surtout de Carl Gustav Carus (1789–1869) (, 1851), qui se représente un « inconscient absolu » et un « inconscient relatif », sont souvent citées par Jung comme étant à la base philosophique de ses travaux : .. Pour Henri F. Ellenberger, le 235..

La théologie chrétienne, avec le concept de « Plérôme », en usage chez les Gnostiques notamment, et avec les « » de saint Augustin, décrit un arrière-plan imaginal proche des propriétés de l'inconscient jungien. Jung a par ailleurs écrit un livre à dimension mystique, Les Sept sermons aux morts (1916), à la suite d'une vision qui l'a bouleversé des années durant et dans laquelle il fait référence au Plérôme gnostique, sorte d'inconscient collectif métaphysique. Les philosophes modernes, les Allemands Emmanuel Kant (Jung, pétri du rationalisme kantien, a toujours considéré le concept comme une hypothèse de travail ; il dit ainsi dans une lettre : .), avec ses catégories a priori de l'entendement et la notion de « chose en soi », et surtout Schopenhauer avec sa notion de « volonté aveugle »Entrée « Inconscient », 46 : , dans Le Monde comme volonté et représentation mais aussi dans Parerga et Paralipomena et dans Essai sur les apparitions et opuscules divers enfin., abordent déjà les fondements psychiques de cette structure universelle. D'autres philosophes et psychologues naturalistes modernes évoquent l'idée d'un espace psychique qui conditionne les représentations, ainsi Merleau-Ponty avec l'« inconscient primordial »Voir pour un résumé du symbolisme de l'inconscient primordiale de Merleau-Ponty l'ouvrage Ontologie de la psychanalyse de Paul Ducros, L'Harmattan, 2008, , 88-89. ou l'inconscient comme archivage du passé d'Henri Bergson (dans L'Énergie spirituelle) inspirent Jung.

Si Jung reconnaît à plusieurs endroits de ses travaux l'influence de ces systèmes philosophiques, il aborde la question avec un regard de psychiatre et de psychanalyste et jamais avec celui du sociologue. Ainsi, la notion de « conscience collective » créée par le sociologue Émile Durkheim (1858–1917), reprise et continuée par Maurice Halbwachs dès 1939, se rapporte en effet aux croyances et comportements partagés dans une collectivité et fonctionnant comme une force séparée et généralement dominante par rapport à la conscience individuelle. Selon cette théorie, une société, une nation, un groupe constituerait une entité se comportant comme un individu global et ne peut se confondre avec la théorie de Jung. David I. Tresan explique que 805..

Apport de Sigmund Freud et de la neurophysiologie thumb|Sigmund Freud en 1926, photographié par Ferdinand Schmutzer.

Ayant rejoint très tôt les thèses de Sigmund Freud, Jung reprend la conception psychanalytique de l'inconscient, qui possède deux parties : l’« inconscient refoulé » qui comporte les pulsions, les souvenirs d’enfance, les fantasmes et les affects refoulés et l’« inconscient primitif » qui contient les schémas phylogénétiques que l’enfant apporte en naissant et qui sont pour Freud . En effet, et malgré les critiques dont elle fait l'objet, Freud se rallie jusqu'à la fin à la théorie du naturaliste Jean-Baptiste de Lamarck (1744–1829). Il continue, en poursuivant tant dans son texte posthume Abrégé de la psychanalyse (1938) que dans son Moïse et le monothéisme (1939), où il écrit , l'idée qu'il existe des traces mnésiques dans la psyché, proches du concept des « archétypes » jungiens dont pourtant il refuse l'intégration à la psychanalyse2, 33 : « Le temps des triangles », 182.. L'apport de la théorie freudienne sur Jung est déterminant, d'abord par sa méthode révolutionnaire d'investigation de l'esprit humain, par l'interprétation des rêves et les associations libres notamment, et ensuite par le fait que la réalité de l'inconscient y est un axiome.