Le prieuré Sainte-Marie de Serrabona (ou Serrabone), fondé au début du , est situé en altitude sur la commune de Boule-d'Amont dans les Pyrénées-Orientales.

Son portail Nord, les chapiteaux de son cloître et une très rare tribune en marbre, datée du , forment le plus bel ensemble de sculpture romane du Roussillon .

L'église est classée au titre des monuments historiques depuis . Plusieurs objets sont référencés dans la base Palissy (voir les notices liées).

Géographie vignette|gauche|Vue vers le sud-est, sur le prieuré de Serrabona. Au loin, à gauche (et au-delà de la vallée du Boulès) : le mont Helena, qui se trouve au centre du massif des Aspres. Le prieuré est situé sur l'ancienne commune de Serrabonneétymologiquement du catalan Serrabona, de serra bona, bonne montagne, aujourd'hui rattachée à Boule-d'Amont dans le département français des Pyrénées-Orientales en région Occitanie, à une trentaine de kilomètres de Perpignan, dans le massif des Aspres sur les contreforts orientaux du massif du Canigou. Historiquement il est proche du Conflent dont dépend l'abbaye Saint-Michel de Cuxa avec laquelle il a des liens tant religieux qu'artistiques.

Il est situé à proximité des gorges du Boulès à d'altitude, et demeure, encore aujourd'hui, d'accès difficile, les de la fin de la route se font à pied. Aucune route ne remonte la vallée du Boulès avant et la route qui monte au prieuré date de . De ce lieu surélevé partent plusieurs sentiers de randonnéedonnées géoportail .

Historique La plus ancienne mention du lieu remonte à 1069, date à laquelle une église paroissiale dédiée à la Vierge est citée. Le vicomte de Cerdagne et de Conflent et ses proches, seigneurs de Corsavy, installent et dotent un groupe de religieux suivant la règle de saint Augustin, composé de chanoines et de chanoinesses. Ces religieux ont la charge du service paroissial dans cette montagne qui, à cette époque, est habitée, nourricière et protectrice. Treize ans plus tard, en 1082, ils élisent un prieur sur un fond d'opposition entre autorités religieuses et pouvoir des comtes et des vicomtes que la réforme grégorienne cherche à déposséder de leurs fonctions religieuses.

L'église est construite en deux temps. La nef étroite bâtie en moellons allongés voûtée en berceau correspond à la première construction. L'église est ensuite agrandie en lui ajoutant un clocher, un collatéral nord, un transept muni d'absidioles et un chevet semi-circulaire. Sont également ajoutés les bâtiments monastiques: flanquant la nef au sud le cloître, à une seule galerie en raison du rocher abrupt, donne accès à l'ouest à une construction massive à trois niveaux qui constitue le monastère dont le chapitre est mixte. Ces grands travaux sont rendus possibles par les récentes dotations dont bénéficie le prieuré. La nouvelle collégiale est consacrée le par Artal, évêque d'Elne, accompagné de Bernard Sanche, évêque d'Urgell, et des abbés de Saint-Michel de Cuxa et Sainte-Marie d'Arles-sur-Tech sous le nom de Santa Maria de Serrabona. L'acte rapportant cette consécration indique que l'agrandissement de l'église a été fait par le prieur Pierre Bernard et les habitants de Serrabone. La date de construction de la tribune a fait l'objet d'un débat entre historiens de l'art. L'importance et la qualité de son décor sculpté par rapport au caractère fruste de l'architecture de l'église ont fait supposer à Christiane Fabre et Marcel Robin que cette tribune avait été transportée à Serrabona au début du . Marcel Durliat démontre dans un article sur le prieuré, en comparant avec une tribune du encore existante (Abbaye de Vezzolano) et en analysant les modifications faites dans l'architecture de l'église pour permettre son installation, qu'elle a été construite pour cette église au moment de son agrandissement. Depuis les années un consensus confirme que la tribune est bien construite pour le prieuré, qu'elle n'a pas changé d'emplacement, sa datation serait postérieure de peu de celle de Saint-Michel de Cuxa et proche de la consécration de .

L'apogée du prieuré est de courte durée : les troubles commencent aux avec l'individualisme croissant des chanoines (maisons privatives au lieu de partager les lieux de la vie commune comme le stipule la règle). La décadence devient alors inéluctable et atteint un tel degré au cours du que le pape sécularise alors le prieuré, comme tous ceux rattachés à la règle de saint Augustin en Espagne, en . Le prieuré est alors rattaché à la cathédrale de Solsona avec tous ses bénéfices. Le dernier prieur Jaume Serra meurt en , le prieuré perd son statut de collégiale, il devient une simple église paroissiale et tombe lentement dans l'abandon et l'oubli. Des textes signalent que des bergers et leurs troupeaux se réfugient occasionnellement dans le cloître ou l'église. Ce n'est qu'en que le chapitre de Solsona revend l'ancien prieuréLe prieuré est exclu en du Traité des Pyrénées. La vente du permet le début des restaurations subventionnées par les institutions françaises.

En , deux murs sont construits pour soutenir la voûte, un à quelques mètres devant la tribune et un au-dessus qui utilise des éléments de la balustrade. Ils mettent en boite la tribune, la protégeant au , mais ils n'empêchent pas l'effondrement en de la partie occidentale de l'église, minée par les intempéries. Une maison pour le fermier est construite dans la partie effondrée et un grenier à foin est aménagé au-dessus de la tribune. La rangée intérieure de colonnes et chapiteaux du cloître est démontée afin de constituer un retable dans l'abside pour éviter la mise en vente de ces chapiteaux par le chapitre de Solsona. La commune de Serrabone, trop pauvre et dépeuplée, est supprimée en . Le prieuré est visité par Prosper Mérimée en mais il n'apprécie pas les chapiteaux romans de la galerie méridionale qu'il n'aperçoit qu'à la lueur d'une torche par le passage du collatéral nordElisabeth Williams, Prosper Mérimée et l'archéologie médiévale du Midi de la France en 1834, dans Annales du Midi, 1981 année 93, , (lire en ligne). Une première campagne de restauration de l'église est entreprise en . Le prieuré de Serrabona est classé au titre des monuments historiques en .

Devenu la propriété de Henri Jonquères d’Oriola, des travaux de restauration sont entrepris dès en commençant par la toiture du clocher, la restauration se poursuit tout au long du Le début du marque le début d'une période, déjà amorcée au , de redécouverte du patrimoine local. La tribune-jubé en marbre rose est dégagée entre et puis en mais les éléments réutilisés de la tribune sont mal préservés voir dispersésCertains éléments remarquables servent à la construction d'une fontaine à peu de distance du prieuré ou volés.. En le département des Pyrénées-Orientales fait l'acquisition du site, le conseil général puis départemental en assure depuis la gestion..

Sylvain Stym-Popper rend à l’église du prieuré ses dimensions d’origine en reconstruisant la partie effondrée. Il reconstitue la façade occidentale(). En , un incendie menace le prieuré, pour protéger cet espace naturel des mesures de sensibilisation et de protection sont prises. En , le territoire autour de ce haut-lieu de l'art roman est protégé. Décidé en , l'anastylose de la balustrade de la tribune à partir des fragments conservés ou retrouvés est achevée en permettant sa présentation au public.

Description

L'église thumb|upright=1.3|left|Plan thumb|right|upright=0.7|Détail de l'appareillage de l'agrandissement de l'église

L'église actuelle est formée par la nef de l'église antérieure (celle de la mention de 1069), à laquelle est adjoint un clocher carré prolongé par un collatéral nord, un transept avec deux absidioles non saillantes à l'extérieur et une abside centrale semi-circulaire lors des travaux d'agrandissement du . Au sud pas de collatéral mais une galerie de cloître conduit à l'ouest aux bâtiments du monastère. C'est cet édifice, consacré en 1151, que l'on peut voir aujourd'hui. Cependant, toute la partie occidentale, effondrée au début du , a été refaite dans les années . La façade occidentale est alors dotée d'une large baie. Les murs en schiste local utilisent un appareil avec des pierres posées de chant bien ajustées dont l'aspect est plus impressionnant, au-dessous plusieurs des murs sont appareillés en opus spicatum.

Les deux vaisseaux communiquent entre eux par deux arcades percées dans le mur les séparant (mur faisant partie de l'édifice du ) dans la partie de la nef réservée aux laïcs. La nef est voûtée en berceau brisé, le collatéral nord en demi-berceau. Les trois absides sont voûtées en cul-de-four.

La longueur interne est de , celle du transept de et la hauteur de la nef . L'épaisseur du mur de la nef est de et il n'y a pas de contrefort..

Il reste peu de choses de la décoration intérieure peinte si ce n'est le reste d'une fresque du sur le mur sud de la nef, fragment d'une descente de croix et d'une possible nativité et des traces de polychromie en particulier sur l'intrados et les voussoirs de la fenêtre de l'abside.. Cette fenêtre, juste au-dessus de l'autel principal est ornée d'une archivolte de section circulaire reposant sur deux chapiteaux et colonnes en marbre de villefranche. L'ensemble sculpté, de même facture que la tribune, n'a, comme les arcs de celle-ci, aucun rôle architectural. Une croix de consécration est visible sur le mur sous la tribune.

La visite de l'église permet d'admirer une grande cuve baptismale monolithique en marbre rose à l'extrémité est du collatéral nord et un bénitier octogonal en marbre près du mur de la tribune côté chœurUne Vierge à l'Enfant assise dite Notre-Dame de Serrabone du réputée venant du prieuré est à l'église Saint-Saturnin de Boule-d'Amont .

Portail Nord Ouvert sur le mur gouttereau de schiste du collatéral nord il permet l'accès des laïcs. Deux colonnes de marbre reçoivent un boudin recouvert de motifs en méplat. Le chapiteau de gauche dont on peut trouver un modèle semblable à l'abbaye Saint-Michel de Cuxa représente un Christ trônant, bénissant de la main droite et tenant un livre dans l'autre. Des anges dissimulant leurs corps derrière des ailes l'entourent. Sur le chapiteau de droite, deux lions se rejoignent dans l'angle dans une tête commune Marcel Durliat, Roussillon roman, Éditions Zodiaque, 1986. , page 127. ces deux chapiteaux sont volés en et sont remplacés par des copies en résine.

La tribune-jubé thumb|Façade occidentale et avec la tribune restituée sur le jubé en 2014 thumb|Vue en plan de la tribune Fonction