Pierre de la Brosse (ou Pierre de la Broce), né vers 1230 et mort pendu le , est le grand chambellan pendant la première partie du règne du roi de France, Philippe III le Hardi.
Une rapide ascension
Origines sociales thumb|Acte par lequel le nouveau roi Philippe III augmente un legs fait par son père à Pierre de La Brosse (1270) Pierre de la Brosse est issu de la petite noblesse de Touraine, contrairement à ce qu'affirme la légende noire répandue après son exécution, prétendant qu'il est de basse extraction. Son grand-père et son père sont des vassaux du seigneur de Bray pour lequel tous deux ont exercé le service de garde au château. Son père entre au service du roi Louis IX en 1248 en tant que « sergent du roi » et obtient le titre de chevalier. C’est lors de sa participation supposée à la croisade en direction de l’Égypte qu’il aurait été adoubé. Ainsi, lorsque Pierre de la Brosse entre à l'Hôtel (lieu où le roi et sa cour résident), certains de ses parents y ont déjà exercé une activité et ont donc pu participer à son intégration à la cour du roi. De plus, son oncle, Jean de la Brosse, est le curé de Bray et devient chanoine de la collégiale Saint-Pierre-la-Cour, au Mans, puis second des dignitaires au chapitre. Sans avoir d'ancrage nobiliaire, sa famille jouit tout de même d'une certaine influence au sein de l'élite locale. En 1255, il épouse Philippine de Wavrin, dite de Saint-Venant, dont le père, Robert de Wavrin, est sénéchal de Flandre et la mère est née Agnès de CoucyFélix-Victor Goethals, Histoire de la Maison de Wavrin, 1866, p. 32.. Les Wavrin et les Coucy se sont particulièrement illustrés lors des premières croisades.
Aux côtés de Louis IX En 1261, Pierre de la Brosse devient valet de chambre et chirurgienChirurgien est une tâche assez proche de celle de barbier. Il soigne les plaies et les douleurs mais n'opère pas. au service de Louis IX. Ce dernier le fait ensuite sire de Nogent-l'Érembert, puis châtelain du roi en 1264 et chambellan en 1266. La charge de chambellan est importante, puisqu'elle le rend responsable des fonds que le roi souhaite donner aux membres de la noblesse en dédommagements et en gratifications. Le chambellan participe également à la croisade de Tunis, lancée par le roi durant l'été 1270, accompagné par son frère, Guillaume, qui porte alors le titre de « panetier » du roi.
À la cour de Philippe III Après la mort de Saint-Louis, Pierre de la Brosse reste un des chambellans de l'Hôtel au moment de l'avènement de Philippe III, ce qui lui permet de devenir proche du nouveau roi. Plusieurs chroniques de la fin du le présentent comme un souverain débonnaire envers son favori, prêtant trop souvent l'oreille à ses conseils plutôt que d'écouter ceux de sa cour. Dans ces textes, sont reprochés au chambellan la manière dont il a acquis ses richesses et le mauvais usage qu'il fait de son influence auprès du roi, mais sa rapide ascension sociale n'est pas critiquée :
« Et quant le saint roy fu osté de cest monde et fu mis, si comme nous créons, ès siège de repos, Phelipe, son fils, prist le royaume ; lequel Phelippe celi Pierres attrait par ses soueves paroles et par son prest servir, et par ces autres choses et manières par quoy telz genz savent attraire à eulz la grâce des princes, tant que il l’estraint en l’amour de li, si et en telle manière que il estoit souverain entre les varlés de la chambre du roy, et le plus puissant devant touz ; si que il n’i estoit nul des menistres du palès ne des baillies estranges qui eust esperance de demourer longuement en son office, se il n’attraioit avan à son accort Pierres de la Broce par secrez donz ou par secrères prommesses ».
- « Chronique de Primat traduite par Jean du Vignay », dans Natalis de Wailly et Léopold Delisle (éd.), Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t. XXIII, Paris, Imprimerie nationale, 1876, p. 99.
« Si monta tant en haut que le roi Phelippe en fist son chamellenc et quil ne faisoit riens fors par son conseil. Ne les barons ne les prelaz ne faisaoient riens à court sil ne li faisoient grans presens et grans dons. Ceste chose desplut moult aus barons, et orent grant indignacion de ce quil avoit si grant puissance devers le roy, et faisoit si sa voulenté, ne ne demandoit riens au roy, tant fust grant chose, qui de riens li fu escondit ».
- Guillaume de Nangis, Gesta Philippi regis et « Vie de Philippe III », dans Joseph Daunou et Pierre Naudet, Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t. XX, Paris, Imprimerie royale, 1840, p. 495.
Autre signe de ses bons rapports avec le roi, Pierre de la Brosse est mis au nombre de ses exécuteurs testamentaires par Isabelle d'Aragon, la première femme de Philippe III, après que la reine eut chuté de cheval près de Cosenza, le . De plus, ce dernier le désigne comme membre d'un éventuel conseil de régence dans deux ordonnances datant d' et de . Il devient ainsi rapidement le favori du souverain qui le promeut également garde des enfants royaux avec Pierre d'Alençon, le propre frère de Philippe III. À ces postes, il accumule une fortune considérable grâce aux largesses du roi et de son entourage qui lui octroient des rentes et de nombreux fiefs tels que dans le LangeaisDont il devient seigneur en 1272, à Nogent-le-Roi ainsi qu'en Béarn, en Saintonge et en Normandie, et aussi grâce aux dons de ceux qui veulent profiter de son influence sur le souverain. Ainsi Robert II d'Artois lui octroie-t-il une rente de plus de cinquante livres tournois, somme importante pour l'époque, sur le tonlieu d'Arras, de même Gui de Dampierre, plus de cent livres de revenus sur les foires de Lille et le roi de Sicile, Charles d'Anjou, l'oncle du roi, tous les fiefs qu'il détient dans la châtellenie de Langeais vers 1273.. Il obtient même des possessions du roi Henri III en Angleterre. Cependant, la plupart de ces acquisitions ne sont que des petites seigneuries (celle de Langeais étant la plus importante) et la valeur totale de son patrimoine reste difficile à évaluer. Ce rapide enrichissement lui attire l'inimitié du reste de la cour :
« Et pour ce que il estoit enrichi en si poy de temps, il estoit hay de touz, et meesmement des barons desquelz il ne prisoit nul ; car quant aucune chose qui estoit pour le commun pourfit avoit esté ordonée par le bon conseil du palais, l'endemain il estoit desordené par le mauvais et non pourfitable conseil de celi. Pour laquel chose les barons ne portoient pas bon courage audit Pierres, pour ce que il despisoit leur bon conseil et se prenoit aus trufles de tel deceveur et flatteur ».
- « Chronique de Primat traduite par Jean du Vignay », dans Natalis de Wailly et Léopold Delisle (éd.), Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t. XXIII, Paris, Imprimerie nationale, 1876, p. 100.
Consolidation et accroissement de son influence Pour consolider cette ascension, il recherche des alliances matrimoniales pour sa famille. Il se marie lui-même en 1255 avec la fille de Matthieu de Saint-Venant, prévôt de Langeais puis de Tours. Grâce à ce mariage, Pierre de la Brosse entre dans une famille localement puissante. De plus, il marie sa sœur, Jeanne, et son frère, Guillaume, à des membres de la bonne société tourangelle. En 1274, sa fille Isabelle est promise à un écuyer issu d'une famille de chambellans au service de la dynastie capétienne depuis plus d'un siècle et sa dernière fille, Amicie, doit se marier avec le sire de Beaugency. Certains projets avortent, comme l'union entre son fils aîné et une fille de la famille de Parthenay en 1274, mais son second fils devient, avec le soutien du roi, chanoine de Tours. Son népotisme s'exerce aussi au profit de membres plus éloignés de sa famille. Pierre de Benais, le cousin de sa femme, devient évêque de Bayeux en 1276 et un autre parent, Philippe Barbe, est nommé bailli de Bourges. On retrouve dans certaines chroniques cette volonté d'user de son influence auprès du roi pour améliorer le statut social de sa famille et accroître son influence auprès de la noblesse locale. Ces textes participent à la critique du mauvais usage dont Pierre de la Brosse fait de la faveur du roi en soulignant ses penchants au despotisme qui lui valurent l'hostilité de la cour :
« Il requist au roy que maistre Pierre de Bavay cousin sa femme fust evesque de Bayeux ; et tantost le roy voult et commanda quil fust evesque : le chapitre de Bayeux ne losa contredire par la doubtance du roy. Le roy maria ses filz et ses filles la ou il voult commander et tout a sa voulenté »
- Guillaume de Nangis, Gesta Philippi regis et « Vie de Philippe III », dans Joseph Daunou et Pierre Naudet, Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t. XX, Paris, Imprimerie royale, 1840, p. 495. « Et sachiez que cil Pierres, par le grant pouvoir qu’il avoit à la court, fist I cousin sa fame, qui avoit non maistre Pierre de Bavais, évesque de Baiens ; et Marioit icil Pierres ses enfans là où il vouloit, pour le grant amour que l’en savoit que li rois avoit à lui ».
- « Chronique anonyme de rois de France finissant en 1286 », dans Joseph-Daniel Guigniaut et Natalis de Wailly, Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t. XXI, Paris, Imprimerie impériale, 1855, p. 96.
Luttes d'influences autour du roi thumb|Pierre de La Broce octroie en un bail à ferme pour des terres situées à Charnelles en Normandie. Archives nationales.
Tensions à la cour Cette rapide promotion sociale lui attire de nombreuses inimitiés au sein de la noblesse. Sa réussite est le résultat d'une certaine habileté personnelle, mais surtout de l'emprise totale qu'il a sur le roi. Pour de nombreux barons, le souverain doit s'appuyer sur les princes et les nobles de son royaume et non sur des parvenus issus de la cour. Ce n'est pas sa rapide ascension sociale qui pose problème, mais le fait que Pierre de la Brosse bouscule la hiérarchie du royaume, car il abuse des prérogatives que lui donnent son statut de chambellan, rendant son autorité presque aussi puissante que celle du roi. Il faut cependant nuancer son influence car Philippe III consulte, pour les grandes décisions politiques, les vieux conseillers de son père qu'il a maintenus en place, mais il semble bien que l'avis de Pierre de la Brosse soit devenu prépondérant. Son rôle dans la distribution des libéralités royales lui attire de nombreux ennemis et, à partir de 1274, l'hostilité des barons devient ouverte. Le mariage de Philippe III avec Marie de Brabant, une femme cultivée et brillante, affaiblit l'influence du favori auprès du roi, d'autant que la reine ne supporte pas l'affection qu'a ce dernier pour son chambellanLe fait que le roi préfère écouter Pierre de la Brosse, un parvenu aux yeux de la reine, au détriment des avis des barons dont le duc de Brabant, le propre frère de la reine, n'est pas étranger à cette hostilité.. La rumeur va jusqu'à envisager une relation amoureuse entre les deux hommes.
La mort de Louis de France