Le est un croiseur japonais tête de liste de la classe Mogami, construit de 1931 à 1935, en service de 1935 à 1944. Il portait, à sa mise en service, quinze canons de 155 mm et était donc classé croiseur léger, selon les stipulations du traité de Londres (1930). Mais après que l'empire du Japon se fut affranchi en 1936 de toutes les règles posées en matière de désarmement naval, les cinq tourelles triples de 155 mm furent débarquées et remplacées par des tourelles doubles de 203 mm. Cette refonte de l'armement principal fit de ce navire un bâtiment équivalent aux plus puissants croiseurs lourds. Pendant la guerre du Pacifique, les dégâts qu'il subit en 1942 aboutirent à une reconstruction en croiseur hybride de porte-hydravions. Il a été coulé par l'aviation embarquée américaine, le , à la suite de la bataille du détroit de Surigao.
Conception et caractéristiques
vignette|gauche|LeMogami en 1935. Le traité naval de Londres de 1930 a introduit une distinction entre les croiseurs, selon le calibre de leur artillerie principale, inférieur ou égal à 155 mm, pour les croiseurs dès lors communément désignés comme croiseurs « légers », supérieur à 155 mm, et au plus égal à 203 mm (huit pouces) pour les « croiseurs lourds » Pour autant, aucune limite de déplacement ne s'appliquait aux croiseurs légers, autre que la limite maximale de , fixée pour les croiseurs par le traité de Washington de 1922. Par ailleurs, le traité de Londres de 1930 aboutissait à bloquer la construction de nouveaux croiseurs lourds.
Les derniers croiseurs japonais construits sous l'emprise du traité de Washington portaient cinq tourelles doubles de 203 mm, avec un déplacement déclaré (mais sous-estimé) de ., avec une vitesse de l'ordre de Le haut-commandement naval japonais résolut de construire des bâtiments portant le même nombre de tourelles, mais avec trois canons de 155 mm par tourelle, au lieu de deux canons de 203 mm, et avec des caractéristiques de déplacement, de protection et de vitesse équivalentes aux croiseurs précédemment construits. L'artillerie principale du Mogami était donc composée, à l'avant, de trois tourelles triples de 155 mmNavweaps Japan 155 mm/60. et deux tourelles triples à l'arrière. À la différence des classes précédentes, et , la tourelle superposée avant était la tourelle et non pas la tourelle , ce qui a conduit à intégrer la barbette de la tourelle surélevée avant dans la superstructure. L'artillerie secondaire consistait en quatre tourelles doubles de 127 mm de Type 89Navweaps Japan 5"/40 T 89., batterie qui allait être installée sur les croiseurs des classes précédentes, à la place d'une batterie de 120 mm, à l'occasion de prochaines refontes. L'artillerie anti-aérienne rapprochée comptait quatre affûts simples de canons Vickers de 40 mmNavweaps Japan 1.57" T 5..
Les croiseurs de la disposaient de quatre plates-formes triples lance-torpilles de 610 mm (Longues Lances) et de deux catapultes pour mettre en l'air trois hydravions. Le blindage sur les magasins était équivalent à celui de la , mais plus léger sur les flancs et les ponts. La puissance des machines (quatre turbines à engrenages Kampon, alimentées par dix chaudières) développait une puissance de pour lui permettre de filer à une vitesse de 37 nœuds..
Construit par l'arsenal de Kure, mis sur cale le , lancé le , armé le , le Mogami avait une longueur de , à la flottaison (, hors tout), un maitre-bau de , un tirant d'eau de , et un déplacement annoncé de .
vignette|gauche|Vue de la plage avant du Mogami avec ses trois tourelles doubles de . À leur mise en service, le Mogami et son sister-ship, le Mikuma n'étaient pas sans défauts. Pour maintenir le déplacement dans des limites permettant de garder la fiction du respect de la limite de déplacement de , il fallut substituer largement la soudure au rivetage mais cette technique n'était pas encore bien maîtrisée par l'industrie japonaise et il en résulta une faiblesse structurelle de la coque qui subit des dommages lors des essais d'artillerie et de vitesse. Par ailleurs, les deux bâtiments souffraient d'un excès de poids dans les hauts qui nuisait à leur stabilité. Ils furent très vite renvoyés à l'arsenal de Kure pour qu'on y portât remède.. Ils en ressortirent dotés de “bulges” (compartiments de la coque provoquant un renflement, en ), pour accroître la stabilité et eurent leurs membrures renforcées. Ils déplaçaient alors , ils avaient leur vitesse maximale réduite d'un nœud..
L'artillerie anti-aérienne rapprochée en place lors de la mise en service était, on l'a vu plus haut, du matériel britannique, qui correspondait à des “Pom-Pom” en affût simple. Sa cadence de tir et sa portée étant jugées insuffisantes, elle a été remplacée par des canons antiaériens de 25 mm Type 96Navweaps Japan 25mm/60. multitubes dérivés du matériel français Hotchkiss de 25 mm, qui ont constitué l'arme de base de la défense contre-avions rapprochée de la Marine impériale japonaise pendant la guerre. On en installa quatre affuts doubles autour du bloc passerelle, et quatre mitrailleuses simples de .
Contrairement aux croiseurs des classes Myōkō et Takao, lorsqu'ils ont été refondus, ils ne furent pas dotés de plates-formes lance-torpilles quadruples.
Lors d'une nouvelle refonte, en 1939, les tourelles triples de 155 mm furent remplacés par des tourelles doubles de 203 mmNavweaps Japan 8"/50 3y., sur les quatre croiseurs de la classe, ce qui leur a donné une puissance de feu équivalente à celle de croiseurs lourds. Un nouveau bulge a été ajouté à hauteur de la ligne de flottaison, et leur maitre-bau en fut portée à . Leur déplacement atteignit et leur vitesse fut réduite à 34 ¾ nœuds.
Service Le capitaine de vaisseau Tomoshige Samejima a été chargé de superviser l'achèvement du Mogami en 1934 et en a été le premier commandant. Le navire a été commandé ensuite, entre autres, par le capitaine de vaisseau Seiichii Ito, en 1935-36, et par le capitaine de vaisseau Shunji Isaki, en 1939-40. Le Mogami, comme les autres croiseurs de sa classe, a fait partie de la de Croiseurs, qui a été commandée par le contre-amiral Mikawa, à partir du . Le contre-amiral Kurita lui a succédé le .
Pendant l'offensive japonaise (décembre 1941 - avril 1942) Indochine, Malaisie, Insulinde Au début de 1941, le Mogami participa à l'occupation de la Cochinchine (Sud de l'Indochine française), depuis sa base d'opérations avancées, à Hainan, après que le Japon et les autorités françaises de Vichy eurent conclu une entente sur l'utilisation des installations portuaires et des aérodromes, en . Au moment de l'attaque de Pearl Harbor, le Mogami, au sein de la de croiseurs, était chargé de couvrir l'invasion de la Malaisie dirigée par le vice-amiral Ozawa, à la tête de la expéditionnaire du Sud, en fournissant un soutien rapproché des débarquements de troupes japonaises à Singora, Pattani et à Kota Bharu.
En il fut chargé de l'invasion de Sarawak avec son sister-ship, le Mikuma, protégeant les débarquements de troupes japonaises à Kuching. En , le Mogami fut chargé de couvrir les débarquements de troupes à Java, Bornéo et Sumatra. Le , le Mogami et le Chokai furent attaqués par l' qui a lancé quatre torpilles, qui toutes manquèrent leurs cibles IJN Mogami, www.combinedfleet.com..
La bataille du détroit de la Sonde Le lendemain de la bataille de la mer de Java, le , à , le Mikuma et le Mogami, le destroyer Shikinami, le croiseur léger Natori et les destroyers Shirakumo, Murakumo, Shirayuki, Hatsuyuki et Asakaze engagèrent le combat à coups de canons et de torpilles avec le croiseur américain et le croiseur australien dans le détroit de la Sonde. Les deux croiseurs alliés furent coulés durant l'engagement, comme le Ryujo Maru, transport japonais qui avait à son bord le commandant de la impériale japonaise, le lieutenant-général Hitoshi Imamura qui survécut au naufrage,.
En mars, le Mogami et la de croiseurs furent basés à Singapour pour couvrir les débarquements japonais à Sumatra et pour prendre les îles Andaman, au large de la côte de Birmanie, dans le golfe de Bengale.
Raid dans le golfe du Bengale Le , la de croiseurs qui se trouvait à l'île de Mergui, a été rejointe par le de la de croiseurs, qui portait la marque du vice-amiral Ozawa pour participer à des raids dans le golfe du Bengale. Pour chasser le trafic commercial avec l'Inde, le Mikuma, le Mogami et le destroyer Amagiri formèrent le « Groupe Sud », le Suzuya et le Kumano (navire amiral du contre-amiral Kurita), constituaient le « Groupe Nord », le et la de destroyers, avec le croiseur léger Yura, le porte-avions et les destroyers Ayanami, Yugiri, Asagiri et le pouvait renforcer l'un ou l'autre groupe. Durant l'opération, le « Groupe Sud » revendiqua la perte des navires marchands britanniques Daedanus (), Ganara () et Indora (), faisant route de Calcutta à l'île Maurice.
Le , la de croiseurs retourna à Kure, et le Mogami entra en cale sèche en réparations. Il n'a donc pas participé à la bataille de la Mer de Corail. Le , la de croiseurs arriva à Guam pour assurer un appui rapproché du groupe de transport qui, aux ordres du contre-amiral Tanaka, devait acheminer les troupes chargées de l'invasion de Midway.
La bataille de Midway Le Mogami, commandé par le capitaine de vaisseau (en ) Akira SojiMidway Order of battle., faisait partie de la de croiseurs du vice-amiral Kurita, promu à ce grade le . Cette escadre de soutien rapproché des forces de débarquements japonaises, composée de quatre croiseurs lourds, le Kumano (navire-amiral), le Suzuya, le Mikuma et le Mogami, et de deux destroyers,devait couvrir le débarquement de troupes prévu sur l'atoll de Midway. Cette opération était destinée à entrainer une « bataille décisive » entre les corps de bataille japonais, centré sur les cuirassés , et , et américain, réduit à trois porte-avions américains. Mais le , le fer de lance les quatre porte-avions lourds japonais, lancés en avant-garde, ont été envoyés par le fond.
vignette|droite|Vue depuis la passerelle du Mogami de la proue endommagée, après la collision avec le Mikuma à Midway. On remarque le drapeau japonais peint sur la tourelle . Le pétrolier ravitailleur Nichiei Maru est visible sur son avant. Le , l'amiral Yamamoto, Commandant-en-Chef de la Flotte Combinée, a néanmoins ordonné à la de croiseurs de se porter sur les îles Midway pour effectuer un bombardement préparatoire au débarquement japonais, prévu par le « plan MI ». La de croiseurs et la de destroyers se sont trouvés à au large de Midway, après une pointe de vitesse à . La mer était houleuse et les destroyers étaient à la traîne. À , l'ordre fut annulé. Cependant, cet élan plaçait la de croiseurs à proximité du sous-marin , dont le commandant a signalé par radio à Midway . L'amiral Kurita a, de son côté, ordonné un virage à 45° sur la gauche pour éviter des torpilles possibles du submersible repéré par la vigie du croiseur Kumano. Le virage d'urgence fut correctement exécuté par le navire amiral et le Suzuya, mais le troisième navire de la ligne, le Mikuma, effectua à tort un virage à 90°, coupant la route du Mogami qui, derrière lui, tournait à 45° comme ordonné. Le Mogami l'éperonna par bâbord arrière, en dessous du pont. L'étrave du Mogami céda et il fut gravement endommagé. Les dégâts importants du Mikuma (une brèche de sur ) et l'étrave écrasée du Mogami n'arrêtèrent pas les navires, mais les ralentirent fortement. Les réservoirs de mazout à bâbord du Mikuma étaient crevés et il avait commencé à perdre du pétrole, mais pour le reste son dommage était faible. Les destroyers Arashio et Asashio reçurent l'ordre de rester pour escorter le Mogami et le Mikuma.