Le cours Mirabeau (lou cous en provençal maritime selon la norme mistralienne et lo cors en norme classique) est un des axes principaux du centre-ville d'Aix-en-Provence.
Situation et accès Long de et large de , le cours Mirabeau, requalifié en 2002 à la suite d'importants travaux, est aujourd'hui l'un des lieux les plus fréquentés et animés d'Aix-en-Provence.
Construit à partir de 1649 à l'emplacement du rempart sud de la ville sur décision du Parlement d'Aix, son aménagement fait suite aux projets d'agrandissement de la ville, voulus par l'archevêque aixois Michel Mazarin, et à la volonté de propriétaires bourgeois qui réclament une promenade pour carrosses et piétons. Simplement baptisé à sa création « le Cours », il est renommé « cours Mirabeau » en 1876, à la suite de l'autorisation par décret accordée par le comte Mac-Mahon, président de la République. L'historien aixois Ambroise Roux-Alphéran indique qu'« on y aborde par quatorze places ou rues » et que, « sa superficie étant de m, [on pourrait] y réunir la totalité de la population de la ville, des faubourgs et du territoire. »
Origine du nom Il est dénommé en l'honneur d'Honoré-Gabriel Riquetti de Mirabeau (1749-1791), élu représentant d'Aix au tiers état en 1789.
Historique Projets de création vignette|gauche|280px|Plan préliminaire de Jean Lombard pour l'extension de la ville d'Aix. Le cours n'est pas encore prévu (1646). Le cardinal Michel Mazarin (frère de Jules Mazarin, le premier ministre de Louis XIV), est nommé archevêque d'Aix ; il souhaite procéder à une extension de la ville d'Aix vers le sud. Avec l'aide de l'architecte de la ville, Jean Lombard, il élabore un projet qui prévoit le découpage d'une nouvelle zone urbaine. Ce plan va servir de base à un nouveau quartier qui sera plus tard dénommé le quartier Mazarin, en l'honneur de son concepteur. Cela implique de démolir les remparts sud sur une grande longueur depuis la porte des Augustins jusqu'à la Plateforme. Ainsi, le nouvel espace donne beaucoup de place au soleil et incite les bourgeois dont les demeures sont alors accolées au rempart à s'organiser en syndicat et à demander qu'il leur soit réservé un cours destiné aux promenades et au passage des carrossesHistoire de la ville d'Aix, capitale de la Provence, Pierre-Joseph de Haitze, Aix-en-Provence, 1883, V, 180..
Par décisions du et du , le parlement de Provence ordonne la construction d'un cours à carrosses à la place du rempart, du midi, du fossé et des lices. C'est Michel Mazarin« Le quartier Mazarin ou l'Aix du XVIIIe siècle », GénéProvence. qui, par ses aménagements des quartiers sud du bourg (création du quartier Mazarin), donne véritablement naissance au cours Mirabeau. C'est en fait la création d'un cours à carrosses, lieu de déambulation des citadins, qui remplacerait dans cette fonction la place des Prêcheurs.
Le projet est estimé par Jean Lombard à livres, ce qui effraie la municipalité, qui est néanmoins contrainte de payer un cinquième sur décision du Parlement de Provence. Le restant de la somme due se répartissant entre des marchands de biens, des acquéreurs d'emplacement, les communautés de Provence et le duc de Vendôme, Louis de Mercœur. Enfin, le , les syndics reçoivent ordre « de faire aplanir ledict cours conformement au dessain et niveau ja ordonné». Les travaux subissent de nombreuses longueurs administratives. Au bout d'une quinzaine d'années, les derniers vestiges du rempart sont enlevés et le cours est ouvert. Il mesure 220 toises () de longueur et 21 toises () de largeur« Le cours Mirabeau, artère d'Aix-en-Provence », GénéProvence.com..
Le cours à la fin du vignette|230px|Plan de Pitton (1666). Le cours est dessiné et le quartier Mazarin, au sud, est en voie de construction. En 1666, l'historien Joseph Pitton publie un plan de la ville d'Aix. Par ailleurs, le graveur Louis Cundier publie en 1680 un autre plan dans lequel il représente le cours dans un aspect très similaire à celui d'aujourd'hui. La promenade est bordée de nombreux arbres des deux côtés, d'un bout à l'autre de la voie. Déjà en 1646, avant même le percement du cours, le quartier nouvellement créé par Michel Mazarin a reçu un nouveau rempart. Ce mur barre donc l'extrémité ouest du cours, lui interdisant toute vue sur la campagne. La partie extérieure au rempart, qui correspond aujourd'hui à la place de la Rotonde et au quartier Sextius-Mirabeau, est alors constituée de terres agricoles dont l'altitude est beaucoup plus basse que le cours lui-même, à tel point que si l'on abat le rempart, la dénivellation serait de plus de dix mètresL'historien aixois Ambroise Roux-Alphéran précise que la partie située à l'extérieur du rempart, « au midi du rempart devant les Augustins », donc sur l'emplacement approximatif de la fontaine de la Rotonde était jadis consacré au jeu de l'arbalète. ..
Dès sa création, le cours devient comme prévu un lieu de promenade. Réservé à la noblesse, on ne s'y montre que dans son carrosse ou, lorsqu'on y paraît à pied, on prend soin de ne jamais se mêler à la bourgeoisie et encore moins aux marchands. Dès le , le côté sud du cours, attenant au quartier Mazarin, est la propriété de la haute noblesse, les couches inférieures de la société fréquentant le côté nord. Pourtant, ce lieu de promenade ne présente pas une hygiène irréprochable. Son revêtement de terre battue le rend boueux par temps de pluie et poussiéreux durant toute la saison sèche. Pour en rendre le passage moins salissant, on aménage des calades faites de galets de la Durance le long des hôtels particuliers ; elles permettent de garder les pieds propres lorsque l'on descend des carrosses. Ces calades ont également l'avantage d'assurer l'écoulement des eaux pluviales vers le réseau d'égouts.
En 1696 sont achevées les quatre fontaines qui jalonnent le cours : la fontaine des Neuf-Canons, la fontaine moussue, la fontaine de la Pyramide (aujourd'hui fontaine du Roi René) et, à son extrémité occidentale, la plus grandiose d'entre elles, la « fontaine des Chevaux-Marins », aujourd'hui disparue. Avant la construction de la fontaine de la Pyramide, il est envisagé en 1685 de réaliser à son emplacement une statue équestre de Louis XIV, mais elle ne verra pas le jour, faute de financement.
Souhaitant d'abord construire un palais, le duc de Vendôme préfère finalement une folie des champs. C'est le pavillon de Vendôme, plus à l'ouest, dans la ville des Tours ; il y meurt en 1669. Son fils, Louis-Joseph de Vendôme, revend les terres achetées sur le cours par son père à Pierre de Creissel qui les revend en quatre lots sur lesquels sont construits quatre hôtels.
Ouverture à l'ouest À la fin du , on découvre une source au pied du rempart, à l'extérieur de la ville, juste dans la continuité du cours. Désireux de l'exploiter, le conseil de la ville charge l'architecte municipal, Laurent Vallon, de trouver une solution pour gérer et distribuer cette eau. Dans son rapport, Vallon préconise l'installation d'une fontaine en bas du cours et, par conséquent, l'abattement du rempart à cet endroit précisLes fontaines d'Aix-en-Provence, Jean Boyer, éd. Borricand, 1986, p. 84.. En conséquence, après la fontaine, un balcon fermé d'une balustrade de pierre serait disposé à la place du rempart, donnant une vue imprenable sur la campagne aixoise.
Des travaux sont donc entrepris et la fontaine des Chevaux-Marins est créée. Tout contre elle, une balustrade de près de cent balustres est construite sur le bas de l'ancien rempart, au sommet d'un mur qui vient fermer le cours. En contrebas, devant la balustrade, se dresse le couvent des Carmes déchaussés.
Le cours au Travaux d'aménagement vignette|250 px|Vue de la principale entrée de la ville d'Aix, Meunier, 1792. Le balcon sur lequel vient se terminer le cours est accessible depuis le bas par deux escaliers latéraux qui mènent au bassin de la fontaine. Sur cette place élevée trônent des bancs de pierre au milieu de grands arbres. Malgré le caractère bucolique de l'endroit, les consuls d'Aix souhaitent un autre accès à la ville que par la porte des Augustins, située au nord sur le rempart, qui entrave la circulation des voitures qui entrent et sortent. Ils préféreraient que l'entrée se fasse plutôt par le cours, qui se présente dès lors comme la porte d'entrée naturelle de la ville. Ce projet ne peut toutefois se réaliser sans l'acquisition préalable des terres du bas du cours, au premier rang desquelles se trouve le couvent des Carmes déchaussés. Toutes ces démarches administratives nécessiteront quarante années. Elles impliquent notamment l'achat de la « petite maison d'Antoine Cormereau », servant de corps de garde et située à l'entrée du cours, en 1763, l'élargissement de la rue du Trésor, permettant ainsi un meilleur alignement des maisons du cours, en 1773, et l'achat du couvent des Carmes déchaussés en 1777 (à l'occasion d'un nouveau tracé pour la route d'Avignon, qui nécessitait la démolition du bâtiment). Il faut procéder à l'acquisition de tous ces terrains dont la plus grande partie, celle qui est située à l'ouest de la balustrade, appartient à Michel Seillard. En avril 1780, la ville en devient propriétaire pour la somme de livres.
Le bas du cours subit de lourds travaux à la suite du décès du comte de Valbelle en 1779. Celui-ci avait fait à la ville un legs de livres quelques années plus tôt ; le de la même année, sont décidés à la fois la démolition du rempart, le remblaiement des terrainsLe remblaiement sera réalisé en bonne partie grâce au remploi des matériaux provenant de la démolition du Palais Comtal (1785-1786). en bas du cours sur la future place de la Rotonde, et un pont permettant d'y aborder. On prévoit également d'installer à titre permanent deux gardes pour veiller sur l'entrée de la ville. Par conséquent, les deux guérites situées de part et d'autre du cours sont vendues, car devenues inutiles. Une de ces guérites est achetée par l'aubergiste Antoine Imbert ; il y édifiera l'hôtel des Princes (situé aujourd'hui au numéro 3).
En 1782, la démolition de la fontaine des Chevaux-Marins permet la construction d'un pont orné d'une grille, ouvrant de manière définitive la voie à la circulation des véhicules et des personnes. Pour collecter les eaux de la fontaine détruite, un fossé est aménagé et la place en contrebas, la Rotonde, est aménagée pour donner un accès facile aux routes d'Avignon et de Marseille. Ces aménagements sont révolutionnaires et modifient radicalement le mode de vie des Aixois : jusqu'alors réservé à la bourgeoisie, le cours se popularise et voit désormais passer plus de charrettes que de carrosses.
Pourtant, les travaux de la place de la Rotonde provoquent une dégradation accélérée en raison du passage continuel des charrois qui transportent les matériaux utilisés pour le remblaiement. Le , comme le cours est jugé « impraticable pour les gens à pied et pour les voitures », il est décidé de faire engraver (recouvrir de graviers), une bonne partie de sa longueur.
Dès sa construction, ou du moins à partir de 1657, le cours est embelli par deux rangées d'ormes. Le nombre d'arbres est doublé avant la fin du . À la fête de la Fédération, le , des documents iconographiques attestent la présence de quatre rangées d'ormes sur toute la longueur. Aujourd'hui, les ormes ont laissé leur place à des platanes. Ce changement décidé en 1831 est dû à une maladie qui a décimé les arbres préexistants. Cependant, les platanes plantés depuis, ont tous été changés en 1895, sous le mandat de Benjamin Abram. Les arbres actuels, sauf exception, datent de cette période.
Comportements sociaux vignette|Jean-Jacques Lefranc de Pompignan (1709-1784).