Le Quatuor à cordes en sol mineur, , est le seul quatuor à cordes de Claude Debussy, composé en 1892-1893.
Contexte et création thumb|Debussy au piano, en août 1893 chez Ernest Chausson à Luzancy. C'est le seul quatuor à cordes composé par Debussy, et sa seule partition avec un numéro d'opus ().
Il a été écrit en 1892-1893, dans une période où Debussy finissait d’écrire le Prélude à l'Après-midi d'un faune et où il allait débuter l’écriture de Pelléas et Mélisande.
L'œuvre présente : un même thème, en sol mineur phrygien, est repris sous diverses formes dans les quatre mouvements du quatuor.
La partition devait être dédiée au compositeur Ernest Chausson, son en musique. Pourtant, celui-ci, . Ses réserves poussent le compositeur, , à entreprendre la composition d'un second Quatuor, projet abandonné du fait de la .
L'œuvre est créée le à la salle Pleyel lors d'un concert de la Société nationale de musique (nouvellement fondée par Saint-Saëns) consacré à des œuvres écrites pour le violoniste Eugène Ysaÿe. C'est d'ailleurs le Quatuor Ysaÿe (mené par Eugène Ysaÿe lui-même, fixé à Paris depuis dix ans) qui l'interprète. L'œuvre commente Maurice Emmanuel.
Structure Il comporte quatre mouvements et sa durée d'exécution est de environ : Animé et très décidé () en sol mineur, à ; Assez vif et bien rythmé () en sol majeur, à , avec une importante section mesurée à quinze temps (, divisé en + ) ; Andantino, doucement expressif () en ré bémol majeur, à ; Très modéré () en ré bémol majeur, à , puis Très mouvementé et avec passion () en sol mineur, à .
Analyse de l’œuvre
Réception
Lors de la création l'œuvre était présentée avec le programme suivant : Après le Quatuor de Debussy (par Eugène Ysaÿe, Mathieu Crickboom, Léon Van Hout et Joseph Jacob), étaient joués la Sonate de Franck (par Ysaÿe et d'Indy) ; l'Élégie pour violoncelle de Fauré ; la Sarabande, la Gigue et la Chaconne de la Partita de Bach, et le Quatuor op. 35 de D'Indy.
Suite à la création parisienne, les réactions sont plus mitigées qu’enthousiastes dans la presse. Pourtant le critique belge Octave Maus, rendant compte lui-aussi de la première parisienne, écrit dans L'Art moderne que la musique se révèle être et qualifie de Scherzo comme étant pourvu
Lors de la création Belge en , Maurice Kufferath, directeur du Guide Musical écrit la plus significative parmi les nombreuses critiques de l'évènement :
Imbert, autre critique belge de la première bruxelloise : « Il se tient non dans le rêve, mais dans le cauchemar ».
thumb| Paul Dukas en professionnel, , après la parution de la partition chez Durand, est plus sévère sur le travail d'écriture :
Dans son petit ouvrage, très lyrique, daté de 1913, Daniel Chennevière, rattache l'œuvre à Beethoven pour l'inspiration, l'humanité, la vie et la passion. Et de poursuivre :
Guy Ropartz salue le Quatuor comme « un travail très intéressant » de « thèmes poétiques et de couleurs de ton rares »…
Dans le numéro hommage de la Revue musicale de , Manuel de Falla décrit en quelque pages l'influence des sonorités espagnoles dans l'œuvre du Français et surtout la beauté andalouse du second mouvement du Quatuor :
Bernard Gavoty se positionne en historien de l'influence (reniéeAntoine Goléa de même un quart de siècle plus tard, écrit que Debussy ().) de quelques contemporains et précisément du style de César Franck (dont il a été l'élève), qui transparaît dans le Quatuor :
Lucien Rebatet. résume d'un trait la position de l'œuvre dans temps, de la création au : le Quatuor qui
Transcriptions Une réduction pour piano à quatre mains est réalisée par A. Benfeld (Pierre-Albert Kopff), éditée chez Durand en 1904. L’Andante a été transcrit pour orgue par Alexandre Guilmant et publié chez Durand en 1911 .
Discographie
vignette|Les membres du Quatuor de Budapest en 1955 — Quinze ans après leur premier enregistrement et à deux ans du second.
Couplages Le couplage classique, chez les éditeurs depuis l'ère du microsillon, consiste à associer les Quatuors à cordes de Debussy et Ravel comme des inséparables. Ceci peut se comprendre, puisque ce sont leurs premières contributions à la musique de chambre et leur unique partition en quatuor. Cependant, chacun semble faire de l'ombre à l'autre : Vladimir Jankélévitch rappelle que De fait, .
D'une façon plus inventive, quelques ensembles sollicitent des instrumentistes pour d'autres œuvres de musique de chambre de Debussy (Quatuor Pascal, le Nash Ensemble). Un autre choix souvent heureux, est d'associer un quatuor moderne, parfois en création. Après les Italiano dès les années 1950, avec l' de Darius Milhaud, c'est le cas des disques des quatuors Akhtamar, Arod et Voce. Henri Dutilleux apparaît assez souvent comme troisième œuvre ajoutée au duo classique, depuis le l'ère CD. Se sont d'abord les quatuors New World et Juilliard qui inaugurent dès 1989 cette solution, suivit des Orpheus, Belcea (2000) et Arcanto (2009).
Autre solution imaginative : associer l'œuvre à l'héritage de César Franck (Takács), ou à la génération des contemporains et amis de Debussy : Chausson, Fauré, André Caplet surtout, ou des découvertes, tel celui de Pierre Menu (c'est le choix des quatuors Parisii, Béla, Galatea, Puccini, Van Kuijk) ; ou même d'autres compositeurs Français : Reynaldo Hahn, Darius Milhaud, Tailleferre (Euridice et Stenhammar) et Rivier (Mandelring). Certains ensembles proposent d'associer, tour à tour, le deuxième Quatuor à cordes de Borodine (Quatuor Alcan, 1993), ou un ou deux opus de Zemlinsky (Cuarteto Casals), Szymanowski (Belcea, 2025).
Cordages Jusque vers 1900 environ, les cordes utilisées étaient toujours en boyaux et plus tard en métal, ce qui a changé la sonorité et les capacités sonores des instruments, passant d'une douceur naturelle à une dureté toute matérielle. Ceci contredit des quelques traces interprétatives (Debussy au piano : quatorze pièces de 1912) ou les témoignages conservés par les amis du compositeur. C'est au début des années 2010 que le Quatuor Eroica grave pour le label Resonus le couplage classique Debussy/Ravel, mais en cordage de boyaux. La projection est moindre, mais regagne en subtilité.
Critiques Dans le paragraphe Quatuor à cordes de sa trop brève discographie au début des années 1980, Marcel Marnat, donne la hiérarchie du catalogue de l'époque. Après avoir placé la version du Quatuor Calvet (1931), tout en haut de la justesse l'esthétique (et en écartant la « calamiteuse » et abusivement traitée d'« historique », la version du Quatuor Capet), il donne en un mot les regroupements des versions plus modernes :
Quelques années après le raz de marrée d'enregistrements nouveaux et de rééditions soutenues de la période du CD, le magazine Répertoire, sous la houlette de Jean Hamon, rend compte d'une discographie comparée par écoute en aveugle d'une quinzaine de disques, avec ses partenaires. Se distingue alors, dans le trio final : les Budapest II (1957), Le (1982) et le New World String Quartet (1989).
Archives Notons que presque toutes les versions jusqu'en 1968 environ, sont disponibles intégralement à l'audition en ligne sur archive.org (et en téléchargement, dans des formats libres et non destructifs), notamment par les liens du tableau suivant ; d'autres enregistrements plus récents le sont sur d'autres plateformes, ou en streaming. Quelques ressources sur Gallica sont également en lien, mais seulement si elles sont complètes.