Dans la Rome antique, le suovétaurile désignait un sacrifice de purification, où l'on immolait trois victimes mâles, un porc (sus), un mouton (ovis) et un taureau (taurus) à Mars afin de bénir et de purifier la terre.

C'était un des rites traditionnels les plus sacrés de la religion romaine : on conduisait en procession solennelle ces trois animaux autour de l'endroit ou de l'assemblée qu'il fallait purifier, puis on les abattait d'un coup sur l'occiput au moyen de la hache pontificale (securis pontificalis) ou sacena.

Désignations En latin classique, est un nom neutre . Sa plus ancienne occurrence connue se trouve dans la prière à Mars dont le Caton l'Ancien (-) a préservé le texte dans son ().

Dans son , Quintilien relie à . Pour le rhéteur, est composé de , et ; et met en avant le nombre et le type d'animaux requis. Festus et Paul Diacre expliquent que se compose de et de ; ainsi, met en avant l'intégrité du sexe d'un animal qui est le chef des victimes.

Les auteurs modernes distinguent les ou des , où les trois victimes sont adultes.

Au début du , l'étymologie privilégiée de reste celle proposée dès par Émile Benveniste (-) puis reprise en par Françoise Bader (-) et en par Calvert Watkins (-). Selon Benveniste, est un adjectif substantivé. Celui-ci n'est pas un . Il est dérivé d'un composé nominal non attesté. Le composé résulte de la séquence asyndétique dans laquelle , et sont trois ablatifs instrumentaux. Le singulier , non attesté, est reconstruit à partir du pluriel . , neutre pluriel de , indique que sert de nom collectif.

Origines Des traces archéologiques découvertes en 1964 dans l'aire de Sant'Omobono près du forum boarium sont interprétées comme les indices de la pratique de suovétaurile dans la Rome archaïque : parmi environ osseux calcinés extrait d'une fosse, les archéologues ont identifié des restes de bœufs, de porcs, de chèvres et de moutons. Un tesson de poterie portant une inscription étrusque a permis de dater cette fosse entre la fin du et le début du , période de la Rome étrusque Giovanni Ioppolo, « », RPAA, 44, 1971-1972, p. 3-27..

Ce type de sacrifice se retrouve dans l'Inde Védique, avec le sacrifice du sautramani, immolation à Indra d'un bouc, d'un bélier et d'un taureauJacqueline Champeaux, Fortuna. Recherche sur le culte de la Fortune à Rome et dans le monde romain, des origines à la mort de César. I. Fortuna dans la religion archaïque, Rome, École française de Rome, 1982, 560 pages, , page 264, ce qui semble faire remonter la pratique du suovétaurile à la religion indo-européenne.

Aux , Georges Dumézil (-) et Émile Benveniste relient le suovétaurile romain à la trittoia () grecque et à la sautrâmanî de l'Inde védique ; et font de ce sacrifice un des traits du ritualisme indo-européen. Dumézil considère même que les Grecs « avaient oublié » la tradition indo-européenne, puisqu'il relève un certain flottement dans le choix des trois victimes par rapport au rituel indo-européenne.

Rituel Le détail du rituel nous est parvenu grâce à Caton l'AncienCaton l'Ancien, , CXLI. : la première étape consistait à mener les trois animaux autour des limites de la terre à bénir, en prononçant les paroles suivantes :

« Je t'ordonne, Manius« Manius » dans ce passage peut être une divinité secondaire liée aux Mânes, de promener cette triste victime autour de mon domaine et de ma terre, soit en totalité, soit seulement sur la partie que tu jugeras à propos de purifier, afin qu'avec l'aide des dieux le succès couronne mes entreprisesTraduction publiée sous la direction de M. Nisard, Firmin-Didot, Paris, 1877 »

Le sacrifice est alors effectué, et la prière à Mars doit être faite :

« Mars notre père, je te conjure d'être propice à moi, à ma maison et à mes gens ; c'est dans cette intention que j'ai fait promener une triple victime autour de mes champs, de mes terres et de mes biens, afin que tu en écartes, éloignes et détournes les maladies visibles et invisibles, la stérilité, la dévastation, les calamités et les intempéries : afin que tu fasses grandir et prospérer mes fruits, mes grains, mes vignes et mes arbres : afin que tu conserves la vigueur à mes bergers et à mes troupeaux, et que tu accordes santé et prospérité à moi, à ma maison et à mes gens. Aussi, pour purifier mes champs, mes terres et mes biens, et pour faire un sacrifice expiatoire, daigne agréer ces trois victimes à la mamelle que je vais immoler. Mars notre père, agréez dans ce but ces trois jeunes victimes. »

Du pain doit ensuite être offert, et les paroles dites simultanément :

« Sois glorifié par cette victime suovitaurilienne. »

Si la divinité n'est pas apaisée, le propriétaire doit refaire le sacrifice en disant :

« Mars notre père, si quelque chose t'a déplu dans ce sacrifice des trois jeunes victimes, accepte en expiation ces trois autres. »

Occasions Les suovetaurilia peuvent avoir un caractère public ou privé : ainsi les fermes étaient bénites par des suovétauriles ruraux et privés lors de la fêtes des Ambarvales en mai. En revanche, des suovétauriles publics solennels étaient faits tous les cinq ans lors des cérémonies de lustration réalisées par les censeurs.

Les exemples attestés sont : une champ qui va être ensemencé ; un bois sacré ou l'aire d'un temple dont il convient d'affirmer l'intégrité ; un camp militaire à protéger ; les citoyens romains, à chaque fois que le recensement les a définis comme peuple de Rome ; et l'armée issue d'une alliance au moment du départ en guerre.

De même, lorsqu'un temple était détruit, le site devait en être purifié par un suovétaurile afin qu'il puisse être reconstruitAinsi en fut-il lorsque le Capitole fut détruit en 69..

Un suovétaurile était également offert pour bénir l'armée partant en campagneUn tel sacrifice, effectué par l'empereur Trajan, est décrit sur la colonne Trajane.

L'arc d'Auguste de Suse, élevé par le prince Marcus Julius Cottius en 8 av. J.-C. pour célébrer l'alliance des 14 peuples gaulois de sa préfecture avec Rome après le traité conclu entre Cottius et Auguste, représente sur sa face nord un suovétaurile offert à l’occasion de la soumission de ces peuples.

Témoignages Les témoignages iconographiques de suovétauriles sont : la base de Cn. Domitius Ahenobarbus, Paris, Musée du Louvre, MA 975 ; la base honorifique à M. Nonius, Isernia, Antiquario Comunale ; les frises nord et sud de l'arc de Suse ; la frise fragmentaire de Cosa ; la frise fragmentaire de Paris, Musée du Louvre, MA 1096 ; les scènes 8, 53 et 103 de la colonne Trajane, à Rome ; les Anaglyphes de Trajan ou d'Hadrien, sur le forum de Rome ; un relief privé, probablement dans une collection particulière ; les scènes 6 et 30 de la colonne de Marc-Aurèle, à Rome ; le relief de Marc-Aurèle sur l'arc de Constantin, à Rome ; le relief de la base de colonne des Décennalies, sur le forum de Rome.

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi

Sources littéraires antiques . . . . . .

Bibliographie

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Dictionnaires et encyclopédies

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Articles connexes Religion de la Rome antique

Liens externes Musée du Louvre : Relief dit “de suovétaurile”

Catégorie:Religion romaine