La baie d'Audierne correspond à la portion du littoral du Finistère délimitée au nord par la pointe du Raz et au sud par celle de Penmarch. Elle dessine un arc de cercle étiré de l'embouchure du Goyen, petit fleuve côtier, au nord-ouest à la pointe de la Torche au sud.
Géographie et géologie
Description vignette|gauche|La côte entre Plouhinec et Plozévet. vignette|gauche|Site naturel protégé de Kerbinigou (roselières et étang littoral à Tréogat). À la différence de la rade de Brest et de la baie de Douarnenez qui sont des plans d'eau très protégés des vents, propres à accueillir des navires de fort tonnage, la baie d'Audierne est inhospitalière, et ne compte pas de ports de quelque importance, à l'exception de ceux d'Audierne et de Poulgoazec, sur les rives de l'estuaire du Goyen. Au sud d'Audierne on ne compte que deux minuscules havres, ceux de Pors-Poulhan et de Penhors. Saint Guénolé en Penmarc'h, situé à l'extrême sud de la baie, se rattache au complexe des ports bigoudens (Saint Guénolé, Kérity, Guilvinec, Lesconil, Loctudy).
Entre Audierne et la pointe du Raz, on peut mentionner les minuscules ports du Loc'h en Primelin et celui de Bestrée en Plogoff. La liaison maritime avec l'île de Sein se fait à partir de Saint Evette, en Esquibien.
Les communes de la baie sont, du nord au sud : Plogoff, Primelin, Esquibien, Audierne, Plouhinec, Plozévet, Pouldreuzic, Plovan, Tréogat, Tréguennec, Saint Jean-Trolimon, Plomeur et Penmarc'h.
Géologie Sur le plan géologique, la baie fait partie du domaine sud armoricain du Massif armoricain marqué par le cisaillement sud-armoricain. Cette immense faille se manifeste essentiellement par des roches magmatiques de type granite armant les reliefs qui constituent les contreforts du haut pays bigouden. Alors que les falaises granitiques atteignent près de dans la partie ouest et centrale de la baie, elles s'abaissent au niveau de Pouldreuzic. Elles y sont en effet constituées de micaschistes moins résistants à l'érosion, donnant ainsi un estran très plat et des falaises basses. Le socle est affecté d'une tectonique tangentielle qui donne lieu à d'importants chevauchements (empilement de nappes de chevauchement) qui se traduisent par la superposition d'unités métamorphiques, avec de la base au sommet : l'orthogneiss de Plounéour-Lanvern, les micaschistes et gneiss albitiques, le complexe de Peumerit-Tréogat, l'orthogneiss mylonitique, et les micaschistes et métabasites de Languidou. La foliation des micaschistes marque la présence de flancs d'un vaste synforme hercynien dessiné.. Le complexe ophiolitique de Peumerit-TréogatFormations métamorphiques, incluant des serpentinites à chromite et des métagabbros (Formations de Ty Lan et de Peumerit, respectivement), des métavolcanites basiques et des métasédiments (Formations de Trunvel et Tréogat, respectivement) affleurant sur les terres émergées est probablement le témoin d’un océan très ancien (l'océan Centralien qui s'est refermé lors de l'orogenèse varisque)Carte géologique simplifiée de la Baie d'Audierne, en Bretagne occidentale (Blais et al., 2011). L'Ero Vili Ainsi, du point de vue physique, une fois passées la côte rocheuse de Penmarc'h et la pointe de la Torche ce qui caractérise la baie d'Audierne jusqu'à Plozévet, c'est une côte basse bordée d'un cordon de galetsLa tradition veut que Notre-Dame de Penhors, à Pouldreuzic, ait en une nuit érigé ce mur de galets, appelé localement Ero Vili (la « chaussée de galets »), pour éviter que les bateaux ne se laissent attirer vers les étangs (principalement formé de galets de granite, de micaschiste et de quartz, et même de diorite porphyrique à hauteur de Plovan ; ces galets sont souvent très gros, atteignant de longueur pour certains), long d'environ , allant du sud de Penhors jusqu'à la pointe de la Torche (formé lors des périodes interglaciaires de l'ère quaternaire) avec un arrière-pays de dunes et d'étangs (anciens marais maritimes désormais sans communication avec la mer, car le cordon de galets barre l'écoulement de l'eau des ruisseaux côtiers) très peu profonds, en fait des lagunes (la plus importante est le Loc'h ar StangAfin d’assurer sa mise en valeur agricole, un réseau de drainage aménagé pour la régulation des eaux au printemps, fonctionna de 1948 à 1966, mais fut abandonné ensuite. Abandonné depuis par l'agriculture, le marais connait à nouveau les inondations hivernales et est désormais colonisé par des plantes telles que la molinie, le choin, etc., marais d’eau douce régulièrement inondé en hiver, qui est aussi le déversoir de l'étang de Saint-Vio. Les principaux étangs sont les étangs de Trunvel. (d'une superficie d'une cinquantaine d'hectares), Kergalan, Nérizélec et Saint-Vio.. La falaise de galets, en se formant, a isolé à l'arrière une zone humide de marécages (paluds) et d'étangs littoraux, qui l'hiver, inondent une grande partie de la plaine dunaire. L'eau de mer peut s'infiltrer à travers le cordon ou passer par-dessus lors des tempêtes ou de grandes marées.. La nature y est globalement bien préservéeOrnithomedia. Toutefois, de fortes tempêtes bousculent parfois ce cordon de galets, provoquant ainsi, comme en 1717, 1965 et 1979, des inondations d'eau de mer préjudiciables à la flore et à la faune des roselières, même si, avec le temps, le cordon de galets se reforme..
LEro Vili a formé progressivement entre 1775 et 1940 un arc continu de galets, ceux-ci provenant d'accumulation de roches cristallophylliennes et de porphyres provenant de la Chaussée de Sein et transportés lors des diverses transgressions marines sur les platiers rocheux situés au nord de la pointe du Souch, d'où ils ont migré progressivement vers le sud-est depuis le Moyen-Âge.
Un espace longtemps désolé Les voyageurs étaient frappés par le passé par la désolation du paysage. Adolphe Joanne par exemple écrit : « Le mugissement des lames qui roulent avec fracas sur les galets du rivage, principalement sur la levée de cailloux de Plovan et le plateau de Penhors, les cris lugubres des goélands, des cormorans, des courlis et des mouettes, frappent seuls l'oreille du voyageur sur les bords désolés de la baie. On n'y voit ni maisons, ni cultures ; on n'y entend ni les chants du laboureur, ni le bêlement des troupeaux, enfin aucun de ces bruits qui, dans la campagne, indiquent ordinairement le voisinage de l'habitation de l'homme ».
De Plozévet à Plouhinec, les plages et les falaises alternent. Après Audierne, la hauteur des falaises s'élève progressivement, pour parvenir à la remarquable pointe du Raz, que prolongent les récifs de la chaussée de Sein. La partie la plus sauvage, qui est aussi la plus fragile, est la partie méridionale entre Plovan et la pointe de Pors Carn.
Du point de vue humain, la partie de la baie au sud de Pors Poulhan appartient au pays Bigouden, et celle située au nord, au cap Sizun, la différence étant perceptible dans les coiffes et costumes traditionnels, qui déterminaient un sentiment fort d'appartenance à l'une ou l'autre de ces communautés. D'ailleurs une statue de bigoudène, taillée par la sculpteur René Quillivic a été érigée sur la rive sud de Pors Poulhan, et sur son socle on peut lire en français et en breton, qu'« ici s'achève le Pays Bigouden ».
Longue d'une trentaine de kilomètres, la baie forme un arc de cercle ouvert au sud-ouest. Entre novembre et mars, les vagues y sont fortes et conviennent très bien pour la pratique du surf, particulièrement à la pointe de la Torche située à son extrémité sud.
Histoire Modifications anciennes du relief et leurs conséquences Pêr Jakez Helias décrit ainsi, dans le conte La rivière de Kido, de manière imagée, les conséquences de l'envasement et de l'ensablement progressif de la région :
Naufrages et pilleurs d'épaves thumb|Carte de la Baie d'Audierne datant de la deuxième moitié du . La baie d'Audierne, à cause de l'importante barre qui y règne, a été de tout temps redoutée par les marins, surtout à l'époque de la marine à voile, ce que le chanoine Pérennès explique en ces termes :
Les naufrages étaient fréquents, comme l'illustre ces témoignages valables pour une partie du :
Une lettre en date du du conseil général de la commune d'Audierne dit : « Il est à la connaissance publique qu'il a péri cet hiver plus de , et qu'il s'est perdu pour des milliers de marchandises »Archives départementales du Finistère, 15L 29.. Un autre témoignage évoque le 13 pluviôse an III () la perte d'un navire danois et d'un autre à Pors Louedec en PlouhinecArchives départementales du Finistère, 27 L 53., etc.
Par exemple le Concord, un navire anglais de Newcastle, transportant de plomb, se brisa à la côte le ; l'équipage fut sauvé. L'épave, découverte en 1992 non loin du port de Penhors et oubliée ensuite, a été redécouverte en 2019Journal Le Télégramme de Brest et de l'Ouest , numéro du 24 juin 2019..
Jacques Cambry décrit ainsi l'attitude des riverains de la baie d'Audierne lors des naufrages :
Il y a eu dans le passé des naufrages célèbres en baie d'Audierne, dont, sous la Révolution française, celui du vaisseau Les Droits de l'Homme, face à la plage de Canté en Plozévet, où se dresse un menhir gravé d'une inscription à la mémoire des centaines de victimes qui furent enterrées sommairement dans la dune.
Les habitants de Plovan et des environs souffraient à l'époque de la réputation d'être des naufrageurs comme en témoigne cet extrait d'une nouvelle de Guillaume de La Landelle qui évoque, de manière romancée et probablement exagérée, le naufrage de la Minerva, un brick de Saint-Malo, en 1815 :
Révolution française
La Baie d'Audierne fut pendant la Révolution française le théâtre de plusieurs combats navals, notamment : Le la frégate française Volontaire et les corvettes l' Espion et l' Alerte furent attaquées par une escadre de six bateaux anglais. La Volontaire parvint à s'échouer volontairement près de la Pointe de la Torche et son épave a été retrouvée en 2020 dans la baie de Pors Carn près de Penmarc'h ; l' Alerte et l' Espion s'échouèrent sur le récif de la Gamelle au sud du port d'Audierne ; l' Espion parvint à se déséchouerPar la suite l' Espion fut capturée le par la frégate anglaise à environ 13 lieues au large d'Ouessant. HMS Lively était sous le commandement du capitaine George Burlton. Elle redevint une corvette anglaise sous le nom HMS Spy ; voir https://threedecks.org/index.php?display_type=show_ship&id=19607. ; par contre l' Alerte n'y parvint pas et son épave gît près du récif de la Gamelle.
Le Droits de l'Homme, un vaisseau de ligne français de 74 canons, après un combat le 25 nivôse an V () contre deux bateaux anglais, s'échoua sur un banc de sable devant Plozévet. Le naufrage conduit à la perte de 250 à 400 marins parmi les 1 300 embarqués.
La baie d'Audierne au Entrecoupés de marais, les terrains sablonneux étaient peu propices à la culture, ce qui explique que la région soit restée pendant longtemps très peu habitée.
Émile Souvestre l'a décrite en ces termes :
À partir de 1850 environ, la région fut occupée progressivement par des paysans qui n'avaient pas les moyens de s'installer ailleurs, des paluds furent aménagés, les hommes s'y livrant à de maigres cultures et des penn-tiouUn pen-ty (au pluriel pen-tiou) [en breton] est une modeste maison paysanne entourée d'un petit lopin de terre., parfois de simples huttes, furent construits ; la pêche, l'élevage de quelques bêtes et le fruit des épaves les aidaient à survivre. Leur nourriture : « des pommes de terre cuites à l'eau, un peu de pain noir parfois, et des coquillages arrachés aux rochers »..