L'expression « Afrique espagnole » désigne l'ensemble des territoires colonisés par l'Espagne en Afrique.
Histoire Contexte général Au , après les grandes découvertes, l'histoire maritime est dominée par l'apparition de deux empires : l'empire portugais à l'est du cap de Bonne-Espérance s'appuyant sur l'Afrique orientale et l'océan Indien, et l'empire espagnol reposant sur les Caraïbes, l'Amérique centrale avec une avancée dans le Pacifique en direction des Philippines.
En 1492, après plus de 780 années de présence des royaumes musulmans sur la péninsule Ibérique (711-1492), c'est la chute d'Al-Andalus et la fin de la Reconquista.
Motivations espagnoles Motivations religieuses thumb|200px|Santa Teresa de Jesús, peinture à l'huile d'Alonso del Arco, .Jeune, elle souhaitait lutter contre l'islam et trouver le martyre.
L'antagonisme pluriséculaire entre le christianisme et l'islam, le désir d'évangélisation, ainsi que la volonté de repousser les frontières de l'islam, dans la continuité de la Reconquista ont, dès la fin du et durant tout le XVIe siècle, poussé les Espagnols à intervenir dans les pays musulmans d'Afrique du Nord.
Ferdinand le Catholique déclare qu'il lutte « pour le service de Dieu », qu'il agit par zèle « à l'endroit de [la] sainte religion », et qu'il attaque « les ennemis de la Sainte Foi Catholique ». La papauté s'intéresse également à la croisade africaine sous les pontificats successifs d'Alexandre VI Borgia (-) et de Jules II (-). En 1493 et 1494, deux bulles d'Alexandre VI apportaient à la croisade africaine la bénédiction pontificale. Enfin, les souverains espagnols continuèrent à percevoir, avec l'assentiment de Rome , le précieux impôt de la « Croisade » ().
Sainte Thérèse d'Avila, durant son enfance sur les contreforts de la Sierra de Guadarrama (Castille), rêvait d'aller au pays des Maures pour y subir le martyreLouis Bertrand, Sainte Thérèse, Paris, 1927.
Le clergé espagnol apporte son soutien à la croisade africaine : Ximénes, archevêque de Tolède, le primat d'Espagne, est l'instigateur, en 1505 de l'expédition contre Mers el-Kébir. En 1509, Ximénes réussit à mener à bonne fin l'expédition contre Oran. Il avait dû avancer les sommes nécessaires avec la générosité de toutes les églises d'Espagne.
Motivations politiques vignette|gauche|Tableau de Francisco Pradilla, . Reddition de Grenade, le dernier bastion musulman d'Andalousie tombe aux mains des Espagnols. Malgré cette victoire, la lutte et la guerre continueront entre chrétiens et musulmans à l'intérieur même du royaume d'Espagne.
Les expéditions en Afrique répondent à des préoccupations temporelles : les Espagnols, de Ferdinand à Charles Quint, veulent, par leurs interventions en Afrique, prévenir le danger de nouvelles invasions musulmanes et mettre un terme aux ravages de la piraterie maghrébine.
L'islam est aussi un ennemi de l'intérieur pour l'Espagne : en des émeutes meurtrières éclatent dans les Alpujarras et la Sierra Vermeja, en raison du non-respect des traités de capitulation qui devaient permettre aux musulmans de pratiquer leur religion. Au début du , nombreux sont, parmi les sujets du Roi catholique, les descendants des musulmans d'Espagne qui tous, en 1526, reçoivent le baptême. Ces « nouveaux chrétiens » forment en Andalousie et à Valence une partie essentielle de la population ; en Catalogne et en Aragon, ils constituent de fortes colonies. La Castille proprement dite a, elle aussi, ses Morisques. Ces musulmans de l'intérieur demeurent, particulièrement en Andalousie et à Valence, un grand péril pour les EspagnolsFernand Braudel, article consacré à l'Afrique du Nord dans la Revue africaine n°2, 1928.. Même convertis, ils restent souvent secrètement fidèles aux préceptes du Coran.. Les Morisques restent en relation avec les Maghrébins. Les pirates barbaresques, dans leurs incursions en territoire espagnol, trouvent auprès d'eux des guides. Les musulmans d'Afrique encouragent ceux d'Espagne dans leur résistance religieuse. À la fin du , avant la chute du dernier bastion musulman d'Espagne (Grenade), de nombreux musulmans espagnols se sont réfugiés dans les pays maghrébins. Ces exilés comptent parmi les ennemis les plus acharnés de l'Espagne. La question vitale, dès lors pour l'Espagne, est de séparer les Morisques des Maures : l'occupation des rivages nord-africains est alors la solution.
Posséder les côtes du Maghreb, c'est aussi rendre impossible la piraterie maghrébine. Au et après, les côtes d'Espagne, surtout les côtes méditerranéennes, ont à souffrir des pillages continuels des marins musulmans. À Tanger, dans la rivière de Larache, à Bone, à Oran, à Cherchell, à Alger, à Bougie, à Bizerte, à Tunis, etc., les musulmans arment des galères et des fustes qui courent sus aux navires chrétiens. Avec l'afflux des musulmans espagnols sur la côte d'Afrique du Nord, la piraterie déjà si prospère a pris une ampleur nouvelle dans les ports du Maghreb. Cette recrudescence a rendu nécessaire, contre les Maghrébins, les expéditions espagnoles dont le but principal était la destruction des ports des corsaires et des pirates.
Motivations économiques Rien ne montre, dans l'élaboration de la politique africaine des Rois catholiques, une quelconque influence de quelque groupe de pression issu des milieux marchands espagnols.
L'esprit d'aventure et l'appât du gain ont eu une certaine emprise sur les hommes d'Espagne des et s et les ont poussés à entreprendre la conquête de la côte nord-africaine.
Afrique du Nord au moment de la colonisation Situation militaire L'infériorité militaire des musulmans d'Afrique du Nord par rapport aux Espagnols se maintint quelques années. Si les habitants du Maghreb combattaient encore sans armes à feu, préférant le sabre, la lance, les flèches, le poignard et le corps à corps, les stratégies militaires alliées du côté du Maghreb affaiblissent rapidement les armées Espagnoles. Dans les rangs musulmans, des chefs notoires comme Khayr ad-Din Barberousse ou Dragut.
En 1518, bien au courant de la menace espagnole, Khayr ad-Din Barberousse, sultan d'Alger, se rapproche du Sultan Sélim . Ce dernier le fait Beylerbey d'Alger, et lui envoie munie d'artillerie et .. La France fournit à partir de 1541 des renseignements militaires et du matériel de guerre aux Ottomans d'AlgerJean Dumont, Lépante, l'histoire étouffée ; J. Ursu, La Politique orientale de François , 1903..
Situation politique Une des faiblesses des Maures réside dans leur division politique. Aux vieilles divisions entre montagnards, gens des plaines, nomades chameliers du désert et des steppes, urbains de l'antique Ifriqya et de Numidie, aux grandes divisions régionales entre Maroc, Algérie et Tunisie qui n'ont jamais cessé de compter et vont s'affirmer avec netteté et vigueur au Léon l'Africain, Description de l'Afrique, tierce partie du monde ; Ernest Mercier, Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie), depuis les temps les plus reculés jusqu'à la conquête française, Paris, 1888-1890., de nouvelles divisions se sont ajoutées. Des villes, des villages forment des États indépendants. Les oasis du Figuig constituent ainsi un groupement autonome avant la conquête espagnole. Oran, sous la suzeraineté fictive des souverains zianides de Tlemcen, apparaît comme une véritable ville indépendante. Les luttes, l'insécurité, les rapines et la guerre sont continuelles entre les différents potentats.
Situation religieuse Si la conquête espagnole est favorisée dans les premières années du par les divisions de l'Afrique du Nord et l'armement dépassé des musulmans, elle est en revanche contrariée par l'immigration maghrébine en Afrique, le fanatisme religieux et le pays lui-même.
Dès le , à un renouveau de l’islam au Maghreb, à un regroupement de la société musulmane autour des imams et des confréries. Ces confréries musulmanes forment, contre l'Espagne, le grand parti de la guerre et assurent ensuite, par leur agitation, la prodigieuse fortune des corsaires d'Alger..
Situation sociale L'immigration massive des morisques en Afrique, ainsi que leur expulsion définitive d'Espagne en 1609 est l'objet d'atouts et de faiblesse pour la puissance musulmane. Elle provoque d'abord dans le Maghreb bien des remous. L'arrivée des exilés est le signal de l'insécurité, de conflits et de querelles. Un document, une lettre d'un secrétaire du sultan de Fès datée de 1491 souligne la violence des conflits entre les autochtones et les immigrés musulmans.. En revanche, ils sont bien accueillis par les zianides de Tlemcen. Ainsi dans cet état de fait, l'immigration donne aux musulmans d'Afrique des forces supplémentaires. Qui plus est, ils maîtrisent l'art des armes à feu et sont de farouches ennemis des Espagnols qui les ont expulsés de leurs terres.
Situation géographique Les progrès de l'Espagne ont été considérablement freinés par les difficultés géographiques rencontrées lors de la guerre d'Afrique dans un pays nord-africain. Les conditions sont extrêmement difficiles en raison de l'immensité du pays, de son relief accidenté, de ses mers agitées, de ses côtes sans abri sûr et de son aridité, ce qui rendait chaque expédition militaire risquée et difficile. Les expéditions étaient souvent menées à l'aveuglette, car la connaissance du pays, des routes, des points d'eau et des positions des douars était limitée et reposait sur des informations plus ou moins fiables fournies par les populations locales. comme des grands obstacles à la conquête espagnole le relief même du pays nord-africain comme la barrière du Rif au Maroc.
Opérations militaires 1505 : une armada espagnole s'empare de Mers el-Kébir. 1505-1511 : période des campagnes retentissantes de Pedro Navarro. 1509 : le cardinal Ximénes et Pedro Navarro prennent Oran. 1510 : les Espagnols enlèvent Bougie ; Alger reconnaît la suzeraineté de la couronne de Castille, les Espagnols bâtissent une forteresse (le Penon d'Alger) près du port; Tripoli est emporté d'assaut. 1510 (août) : Pedro Navarro échouait dans l'expédition contre Djerba et se réfugie avec son armée en Italie. 1511 : Dellys, Mostaganem, Cherchell, se soumirent à l'Espagne et le roi de Tlemcen se reconnut vassal de Ferdinand le Catholique. 1516 : échec de Diego de Vera devant Alger de nouveau devenu ennemi de l'Espagne. 1519 : les Espagnols commandés par Hugo de Moncada échouent à nouveau devant Alger. 1522 : les Espagnols perdent Penon de Velez qu'ils réoccupent en 1525. 1529 : le Peñon d'Alger est occupé par le second Barberousse (Khayr ad-Din Barberousse). 1530 : Andrea Doria attaque Cherchell. 1531 : Honaïne est pris par les Espagnols. 1535 : l'occupation de Honaïne est si précaire que les Espagnols décident de l'évacuer. 1535 : Martin de Angulo conduit une campagne malheureuse contre Tlemcen ; Charles Quint s'empare de La Goulette et de Tunis. 1541 : grave échec de Charles Quint devant Alger. 1543 : échec du raid du capitaine d'Alcaudète contre Tlemcen. 1558 : l'expédition d'Alcaudete contre Mostaganem se termine par un désastre. 1573-1574 : reconquête et perte de Tunis par les Espagnols.
Nature et fonctionnement au Maghreb
Financements L'argent manque pour financer les opérations militaires et la pauvreté des terres africaines déçoit les espoirs des chefs et des aventuriers. La mainmise sur une partie du Maghreb ne rapporta pas d'argent à l'Espagne. Les questions financières ont lourdement pesé sur la conduite des opérations. Pedro Navarro, faute de renforts et abandonné à ses seules ressources, n'osa pas attaquer Tunis. Il fallait des sommes énormes pour équiper les vaisseaux, réunir les vivres nécessaires, pour avancer la solde aux troupes embarquées. Ferdinand le Catholique a bien souvent opposé aux arguments des apôtres de la guerre africaine la pénurie du Trésor royal.
Système de l'occupation restreinte