Jéricho (prononcer [] ; en arabe : Rīḥa ou Arīḥā ; en hébreu : Yerīḥo ; en araméen : ܐܝܪܝܚܘ ʾĪrīḥō ; en grec ancien : ) est une ville de Cisjordanie (Territoire palestinien occupé), située sur la rive ouest du Jourdain.
Elle est considérée comme une des plus anciennes villes du monde : les archéologues y ont mis au jour les restes de plus de vingt établissements humains successifs, dont le plus ancien remonte à av. J.-C. Proche de la mer Morte, Jéricho est aussi la ville la plus basse du monde avec une altitude proche de -. Siège du gouvernorat de Jéricho (Palestine), elle a aujourd'hui une population d'environ .
Dans l’Ancien Testament, Jéricho est parfois décrite comme ., dans laquelle d'abondantes sources d'eau tiède et d'eau froide jaillissent, permettant la culture de citrons, d'oranges, de bananes, de plantes oléagineuses, de melons, de figues et de raisins. La culture de la canne à sucre y est pratiquée depuis le de notre ère.
Étymologie Selon une étymologie répandue, le nom hébreu biblique de Jéricho – Yerīḥo (יְרִיחוֹ) – dériverait du cananéen reaẖ (parfumé), tout comme le nom arabe de Arīḥā. Une autre explication donne pour origine un autre mot cananéen : Yareaẖ (la lune) dérivé de la racine sémitique /wrḥ/ (« lune »), ou , déesse de la lune à qui la ville vouait un culte ancien.
Géographie Situation
Distance de Jéricho à : Jérusalem ( à l'est) ; Ramallah, siège de l'Autorité palestinienne () ; Amman, capitale de la Jordanie ( à vol d'oiseau).
Relief et hydrographie
la faille de la mer Morte, une des limites de la plaque arabique ; le Jourdain ; les sources.
Climat
Aridité
Voies de communication
Jéricho est desservie par la route n° 1, qui vient de Jérusalem, et l'autoroute n° 90, qui relie Metoula (Israël) à la frontière libanaise à Eilat (Israël) sur le golfe d'Aqaba, en traversant la Cisjordanie le long du cours du Jourdain et de la mer Morte, puis le Néguev le long de la frontière jordanienne. Ces deux routes contournent Jéricho, respectivement au sud à 5 km et à l'est à 1 kmCartographie Google, « Jéricho »..
Trois routes secondaires partent de la ville : vers le sud la 4570 qui rejoint la route 1 ; vers l'est une route qui traverse la route 90 et se dirige vers le poste frontière du pont Allenby, devenant l'autoroute jordanienne 437 ; vers le nord-ouest la 4490 puis 449, qui rejoint la route nord-sud 60 (Nazareth-Beer-Sheva par Naplouse, Jérusalem, Hébron).
Histoire Néolithique
L’occupation du site remonterait au , à une période où le niveau de la mer Morte était vraisemblablement beaucoup plus élevé qu'aujourd'hui. D'une superficie de 2 à , Jéricho est parfois considérée comme l'une des plus anciennes cités du monde, bien que le terme de « ville », au sens d’une agglomération importante présentant une diversité économique et sociale, ne puisse être employé réellement qu’à partir du pour la Mésopotamie, la Syrie et l’Iran.
Les plus anciennes traces d'habitation ont été retrouvées près de la source de 'ēn es-Sultān. Elles se composent de murs défensifs imposants ( de large, de haut, eux-mêmes protégés par un fossé de de profondeur et de large.), d'un lieu de culte et d'une tour de datée de 8300 Ran Barkai et Roy Liran, , Time and Mind, vol.1, , nov.2008, p.273. et considérée jusqu'en 2007 comme le vestige d'édifice public le plus ancien au monde, avant la découverte des tours de Tell Qaramel « World’s first skyscraper sought to intimidate masses », Tel Aviv University News... Le terme de Néolithique précéramique, introduit à l'occasion des découvertes archéologiques faites à Jéricho a été par la suite adopté pour l'ensemble du Néolithique du Proche-Orient.
Antiquité Entre 1550-1292 s'établit la dynastie en Égypte et en Canaan. Le site de Jéricho est détruit à la fin du bronze moyen (vers 1550 ), peut-être à cause d'un tremblement de terre ou à cause des Égyptiens.
La ville, relativement petite et pauvre à l'âge du bronze final (vers 1200 ), n'est plus fortifiée et est abandonnée. Selon Lorenzo Nigro, cette occupation à l'âge du bronze final, plus modeste qu'à l'âge du bronze moyen et avec un mur en briques crues, s'est poursuivie jusqu'au . Elle n'est significativement réoccupée qu'au .
, l'inoccupation du site au invaliderait la datation traditionnelle à l'époque ramesside du récit biblique de Josué et de la conquête de Canaan par les HébreuxL'Ancien Testament expliqué à ceux qui n'y comprennent rien ou presque, Jean Louis Ska, Bayard, 2012.
La ville est probablement le centre administratif d'un district rattaché à Yehoud, nom araméen d'une province de l'empire perse achéménide formée à partir de l'ancien royaume de Juda fondé par les exilés judéens revenant de Babylonie . Elle est l'endroit où Bacchidès aurait construit une de ses forteresses en raison de la révolte des Maccabées entre -175 et -140 (1 Macc 9:50). Bacchidès (en grec : Βακχίδης) était un général grec ami du roi séleucide de Syrie Démétrios Sôter (-162/-150). Il régnait dans « le pays au-delà de la rivière » (l'Euphrate). Démétrios I lui aurait envoyé en -161 une grande armée afin de conquérir la Judée. À la suite de la victoire des Maccabées, la ville fut administrée par les Hasmonéens jusqu’à ce que les Romains proclament Hérode Ier le Grand comme roi de Judée en -40 à la suite de la victoire de l'armée romaine sur les Parthes.
Moyen Âge
Jéricho fut rattachée à la province de Palestine (Jund Filastin), et c'est son nom araméen אריחא ('ᵊrīḥā), qui a été transposé en arabe.
Pendant le Moyen Âge, sous les califats omeyyades et abbassides, les habitants de Jéricho étaient en grande partie des paysans arabes qui travaillaient dans l'agriculture. La ville était entourée de terres agricoles où des cultures comme les dattes et le blé étaient cultivées. Les bédouins, souvent nomades, vivaient également dans la région, jouant un rôle dans le commerce et l'élevage.
Jéricho faisait partie de la province du Jund Filastin. Malgré sa petite taille, la ville a conservé une certaine importance religieuse en raison de sa proximité avec des sites sacrés comme Jérusalem.
Plus tard, avec l'arrivée des Croisés au onzième siècle, Jéricho est brièvement passée sous contrôle chrétien, mais elle n'a jamais été un centre important pour les Croisés, qui ont concentré leurs efforts sur Jérusalem et d'autres villes plus stratégiques. Après la reconquête musulmane par Saladin à la fin du douzième siècle, Jéricho a continué d'être une petite ville agricole jusqu'à l'arrivée des Ottomans au seizième siècle.
En résumé, Jéricho au Moyen Âge était une ville de moindre importance, la population était principalement arabe et musulmane, avec une faible diversité ethnique vivant principalement de l'agriculture et marquée par une population réduite et un développement limité.
Période ottomane La période ottomane s'étend de 1517 à 1918.
L’administration ottomane a intégré Jéricho dans la grande région administrative de la Palestine, qui faisait partie de la province de Damas. Bien que la ville n’ait pas été un centre urbain majeur, elle était stratégiquement située le long des routes commerciales reliant Jérusalem à la vallée du Jourdain.
Sous le régime ottoman, la population de Jéricho était principalement composée de paysans et de bédouins. La ville a également attiré quelques familles nobles qui ont acquis des terres dans la région. La période ottomane a vu l’arrivée de caravanes de pèlerins musulmans en route vers La Mecque, car Jéricho était l’une des étapes sur leur chemin.
Malgré son importance religieuse et historique, la ville de Jéricho est restée en grande partie sous-développée pendant la période ottomane, en partie à cause de la négligence administrative et des difficultés économiques qui affectaient toute la région.
Cette situation a commencé à changer à la fin du dix-neuvième siècle avec l’intérêt croissant des Européens pour la Terre Sainte et les investissements dans l’infrastructure par les autorités ottomanes. Époque contemporaine
Mandat britannique Jéricho passe sous mandat britannique après la Première Guerre mondiale et les accords Sykes-Picot.
Contrôle puis annexion par la Jordanie La Cisjordanie passe sous contrôle jordanien après la guerre israélo-arabe de 1948-1949. Plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens viennent s'y réfugier dans des camps, notamment Aqabat Jaber et Ein el-Sultan autour de Jéricho.
La Cisjordanie est ensuite officiellement annexée par le royaume de Jordanie.
Conquête et occupation israélienne
Jéricho passe sous contrôle israélien après la guerre des Six Jours de 1967, ainsi que le reste de la Cisjordanie. Plusieurs milliers de Palestiniens fuient à nouveau, cette fois-ci de l'autre côté du Jourdain, en Jordanie. Le district de Jéricho, qui comptait en 1961, n'en compte plus que au lendemain de l'invasion israélienne.
Le , après la signature des premiers accords d'Oslo, puis des accords israélo-palestiniens sur Jéricho et Gaza, Jéricho devient la première ville des futurs territoires palestiniens relativement autonomes, passés sous l'administration de l'Autorité palestinienne le après la signature des premiers accords d'Oslo, puis des accords israélo-palestiniens sur Jéricho et Gaza en 1994. Les drapeaux palestiniens et les portraits de Yasser Arafat qui étaient interdits envahissent la ville.vignette|Checkpoint de l'armée israélienne à l'entrée de l'enclave palestinienne de Jéricho, en Cisjordanie occupée, 2005.|gauche Après une période de réoccupation israélienne totale pendant la seconde intifada, Jéricho est partiellement rendue à l'Autorité palestinienne le . vignette|La colonie israélienne de , illégale au regard du droit international, implantée depuis 1999 en périphérie de Jéricho. L'armée israélienne continue cependant d'y mener des raids meurtriers. La région fait face à la pression continue de la colonisation israélienne. En 2023, les habitants de la plupart des communautés du territoire situé entre Jéricho et Ramallah, d'une superficie de 150 000 dounams [15 000 hectares], ont été contraints de fuir lorsque les colons, notamment les Jeunes des collines, ont commencé à construire rapidement des avant-postes pastoraux et à commettre des violences contre les résidents avec le soutien de l'armée israélienne et des institutions de l'État israélien..
Récit biblique
thumb|Les Israélites devant les murailles de Jéricho par Julius Schnorr von Carolsfeld.
Jéricho est, selon le livre de Josué, la première ville du pays de Canaan conquise par Josué et les Hébreux. Le livre de Josué relate la prise de Jéricho et comment, le septième jour après l'arrivée des Hébreux, les murailles de Jéricho s'effondrèrent par la volonté de Dieu après le défilé, sept fois autour de la cité pendant sept jours, de l'Arche d'alliance et de sept prêtres sonnant sept chofars (trompettes). Jéricho est ensuite rasée intégralement. À l'exception de Rahab et sa maison, tous les habitants, femmes, vieillards et enfants, et tous les animaux sont mis à mort. La ville et son butin furent alors maudits. Josué déclare : La plupart de Rabbanut ont donc interdit aux Juifs d'atteindre les hauteurs de Jéricho et cela est connu et accepté par les Juifs très religieux et par tout le monde en Israel
Jéricho est citée sous le règne du roi David.. Dans le Premier livre des Rois, des siècles plus tard au temps du roi Achab, Hiel de Béthel rebâtit Jéricho : ..
Dans le Nouveau Testament, Jésus-Christ guérit deux aveugles aux portes de Jéricho (Matthieu, 20). Une fois dans la ville, il y fait une surprenante rencontre avec Zachée (Luc 19).
C'est sur la route de Jérusalem à Jéricho que Luc situe la « Parabole du bon Samaritain » (Luc 10,25-37).
Patrimoine
Sites archéologiques Le site de Tell es-Sultan et la Tour de Jéricho Palais royaux d'hiver hasmonéens Le palais d'Hisham :