La française est le nom donné aux unités militaires placées sous les ordres du général de Lattre de Tassigny et assignées à la libération du territoire français.
Elle est d'abord connue sous le nom de () puis darmée B à partir du . Ce n'est que le qu'elle est officiellement appelée française, sur une suggestion de De Lattre de Tassigny au général Devers le , ratifiée par De Gaulle le . Entretemps, elle a aussi porté, officiellement mais très brièvement, au début de ce même mois de septembre 1944 le nom, rapidement peu approprié et dans la pratique quasiment pas utilisé, d'« armée française du Sud ». Elle a été surnommée Rhin et Danube en raison de ses victoires remportées sur le Rhin et le Danube entre le et le .
C'est la composante principale de l'Armée française de la Libération.
Formation de la
Création
Avant de porter son nom définitif, la est constituée en Afrique du Nord par la fusion, le : d'éléments venus des Forces françaises libres (FFL), engagés aux côtés du général de Gaulle depuis 1940 ; d'unités de l'Armée d'Afrique, restées fidèles au régime de Vichy jusqu'au débarquement allié en Afrique du Nord en novembre 1942 (amiral Darlan, général Juin).
La DB du général Leclerc, fruit d'un amalgame entre un tiers de FFL et deux tiers de soldats de l'Armée d'Afrique, acheminée en Angleterre en avril 1944 et débarquée en Normandie en août, restera la plupart du temps en dehors de la chaîne de commandement de la Première armée française, débarquée en Provence. De même la DFL, quoique combattant avec l'Armée d'Afrique depuis l'Italie, gardera ses spécificités et sera écartée de la campagne d'Allemagne.
Provence août 1944 thumb|Avancée des forces américaines et françaises après le débarquement dans le Sud de la France, août-septembre 1944.thumb|La trouée de Belfort percée, et la formation de la poche de Colmar, novembre-décembre 1944.thumb|La bataille de la poche de Colmar, 20 janvier - 9 février 1945. En août 1944, la , encore appelée Armée B, débarque en Provence (opération ). Environ , et féminins, débarquent dans les mois qui suivent ce débarquement. Cette armée est composée pour 82 % de soldats provenant d'unités de l'Armée d'Afrique (50 % de Maghrébins et de 32 % de Pieds-Noirs qui ont eu un taux de mobilisation de 18 %), de 10 % d'Africains noirs et de 8 % de Français de métropole. Dans les divisions, le pourcentage de soldats maghrébins variait entre 27 % à la DB et 56 % à la DIM. Par type d'arme, ce pourcentage était d'environ 70 % dans les régiments de tirailleurs, 40 % dans le génie et 30 % dans l'artillerieJacques Frémeaux, « Les contingents impériaux au cœur de la guerre », dans Histoire, économie et société, Éditions C.D.U. et S.E.D.E.S., 2004, , , . En ligne.. En septembre 1944, l'Armée B devient officiellement la .
L’amalgame La est ensuite renforcée par la fusion avec les Forces françaises de l'intérieur (FFI) décidée officiellement par décret du Fondation Charles-de-Gaulle, revue Espoir, -137, Plon, 2003, ..
Le général de Lattre confère le 10 octobre au général Molle le titre de « général adjoint chargé des FFI » en vue de préparer cet « amalgame » des unités FFI aux unités de l'armée d'Afrique de la Les Forces françaises de l'intérieur du Languedoc-Roussillon/Région R3 dans l'Armée de la Libération, Preal, 1997, p. 201. En ligne...
À la fin du mois de novembre 1944, on recense FFI en France ; au total (dont pour le front des Alpes) viendront s'ajouter aux effectifs de la François Broche, L'Épopée de la France libre, 1940-1946, Pygmalion, 2000, . si l'on tient compte des départs., Maurice Vaïsse, La naissance de la nouvelle Armée française..
Les FFI intégrées à la permettent de remplacer les contingents de l’Afrique noire de la () et de la () durant l'automne 1944 lors d'une opération de « blanchiment » voulue par de Gaulle.« de novembre 1944 à mars 1945, le nombre d’autochtones rapatriés en AOF (Afrique occidentale française) […] s’élève à , soit et de France », .
Concernant le « rajeunissement des divisions nord-africaines », durement éprouvées depuis la campagne d'Italie au sein du CEF, ce fut seulement au mois de que l'amalgame commença à se réaliser en remplaçant un régiment de tirailleurs dans chacune des trois principales divisions nord-africaines. Ainsi le de la , le de la et le de la furent remplacés par des régiments de FFI entre mars et Paul Gaujac, L'Armée de la victoire, Charles-Lavauzelle, 1986..
De Lattre écrira plus tard :
Dans son ouvrage La Première Armée française. De la Provence à l’Allemagne 1944-1945 publié en 2021Claude Franc, « Claire Miot : La Première Armée française. De la Provence à l’Allemagne 1944-1945 ; Perrin, 2021 ; 455 pages », Revue Défense Nationale, vol. 849, no. 4, 2022, pp. 125-129. [en ligne, l'historienne Claire Miot, maitresse de conférences en histoire contemporaine à Sciences Po Aix, cite les chiffres suivants, concernant les effectifs des unités FFI rattachées à la Première armée française, tirés des archives du Service Historique de la Défense (SHD)Claire Miot, La première armée française, Perrin, 2021, p.120 :
Répartition approximative des unités FFI officiellement amalgamées à l’armée régulière à la mi-octobre 1944 Régions militaires Front des Alpes Front de l’Atlantique Première armée française DB Total 338 000 à 406 000 20 000 25 000 à 60 000 45 000 3 000 431 000 à 534 000
Effectifs des unités FFI rattachées à la Première armée française par période Date Effectifs des unités FFI sous commandement de la Première armée française Mi-septembre 1944 25 000 à 26 000 Fin septembre 1944 27 000 Mi-octobre 1944 40 000 à 45 000 Mi-novembre 1944 36 000 à 42 504 Fin novembre 1944 34 650 Mi-décembre 1944 37 000 à 38 752 Fin décembre 1944 33 223 Mi-janvier 1945 39 000 Fin janvier 1945 38 974
En Allemagne
thumb|Rhin et Danube : 31 mars - 19 avril 1945. thumb|Rhin et Danube : 20 avril - 7 mai 1945.
En Allemagne, l'armée effective comptera jusqu'à . Les de la DFL et la alpine, seront envoyés dans les Alpes et en Italie du Nord en 1945, portant à peu près à le nombre de soldats français dans les Alpes et en Italie du Nord.
, la comprend alors l'ensemble des forces armées françaises engagées en Allemagne sous commandement français, tandis que la DB reste sous commandement américain, des commandos, les et SAS sont sous commandement britannique, et que le régiment de chasse Normandie-Niémen est placé sous commandement soviétique.
Toutefois, malgré les disparités entre unités, c'est une excellente formation, qui accomplira des exploits en Provence et surtout dans les Vosges, en Alsace et en Bade-Wurtemberg, faisant plus de (remis ensuite aux autorités militaires américaines puis rendus à la France) et neutralisant un nombre important d'ennemis.
Composition de la française au mois de mars 1945
La en Allemagne est très différente dans sa composition, de celle qui a débarqué en Provence moins d’un an plus tôt ; d'une armée majoritairement constituée de soldats coloniaux, elle s'est transformée en « armée FFI ». Trois divisions FFI sont venues grossir ses effectifs (1re, et DI), la DIC a été « blanchie » avant la bataille des Vosges en octobre 1944 et les trois divisions nord-africaines ( DIM, DIA, DMM) sont devenues des divisions mixtes à partir de février 1945 : un régiment de tirailleurs sur trois a été rapatrié en Afrique du Nord, et les deux autres régiments ont vu leurs effectifs reconstitués par l’adjonction d’un bataillon FFI. Les divisions blindées ( DB, DB) sont peu concernées, car leurs unités sont essentiellement à base d'Européens. Claire Miot donne la composition suivante de la française au mois de mars 1945 en pourcentage des effectifs, basée sur un document d'archive du SHDSituation des effectifs de la Première armée française à la date du 15 mars 1945, état-major de la Première armée française, SHD-GR 10P 87, Claire Miot, La première armée française, Perrin, 2021, p.296 :
Français 67% Algériens 14% Marocains 13% Coloniaux 4% Tunisiens 2%
Chronologie des opérations Le les Coloniaux, Chocs, Commandos et Goumiers de l'Armée B se lancent à l'assaut de l'île d'ElbeGénéral de Lattre : Histoire de la première armée française page 24 Juillet 1944 : création à partir des divisions du corps expéditionnaire français en Italie. : débarquement en Provence. : Libération de Toulon. : Libération de Marseille. : Libérations de Lyon et Villefranche. : prise d’Autun et ravitaillement en carburant à la mine des Télots.. : jonction à Nod-sur-Seine avec la blindée venant de NormandieMonument de la Jonction à Nod-sur-Seine.. : début de la bataille des Vosges. : bataille d’Alsace. : bataille de Colmar. : opération Undertone. : franchissement du Rhin et de la ligne Siegfried et entrée en Allemagne . vignette|De Lattre lors de la signature de l'Armistice à Berlin. : Prise de Karlsruhe. : Prise d'Ulm sur le Danube. : capitulation du Reich à Berlin, de Lattre représente la France.
Effectifs de la août 1944-mai 1945
PériodeEffectifPaul Gaujac, Le Débarquement de Provence, Histoire et Collections, 2004, .JoursProvence (15 au )14Poursuite () 27Vosges (octobre-) 49Belfort-Mulhouse () 15Stabilisation (novembre-)52Colmar (janvier-)20Garde au Rhin (février-) 33Ligne Siegfried () 15Allemagne (avril-) 40
Pertes Les pertes de la depuis le débarquement de Provence en jusqu'à sont estimées par le maréchal de Lattre de Tassigny à et soit un taux de tués de 5,33 % par rapport aux effectifs moyens () de la . Les unités les plus éprouvées étant les régiments de tirailleursmaréchal De Lattre de Tassigny, Histoire de la Armée française, Rhin et Danube (1949), Presses de la Cité, 1971, .Alphonse Juin, « Les Mémoires du maréchal Juin », Le Figaro, 1949, .. À titre de comparaison, le taux de tués, sur la durée de la guerre, pour les armées britanniques s'élève à 5,2 % et celui des armées américaines à 2,5 %Jean-François Muracciole, Les Français libres, l'autre Résistance, Tallandier, 2009, ..
Les chiffres détaillés du Service historique de la défense font état eux de (dont ) et (dont ) auxquels s'ajoutent les pertes de la DB s'élevant à (dont ) et (dont ). Ce qui donne au total et blessés (dont )Paul-Marie de La Gorce, L'Empire écartelé, 1936-1946, Denoël, 1988, ..
Ces chiffres n'incluent pas les tués dont d'exécutions sommaires<ref>Jean Quellien, "Les pertes humaines" in La France pendant la Seconde Guerre mondiale - Atlas historique, Fayard, Ministère de la Défense, 2010, .</ref>.
Composition de la
À l'automne 1944, elle compte environ (composée pour moitié d'éléments indigènes et pour moitié d'européens d'Afrique du Nord, plus des « Français libres » du général De Gaulle), Philippe Masson, L'Homme en guerre, 1901-2001 : de la Marne à Sarajevo, Éditions du Rocher, 1997, .L’effectif global de l’ensemble de l'armée de terre à l'automne 1944, FFI non compris, est d'environ : Contingents de la France libre : ; Évadés de France via l’Espagne : ; Enrôlés de la Corse libérée : ; Contingents de l'Afrique noire : ; Afrique du Nord : dont : (soit 16 % de la population française d'Afrique du nord) ; : , et (soit 1,6 % de la population totale maghrébine). Les conscrits appelés et rappelés forment 72 % du total des Français recrutés et 54 % des Maghrébins. Jean-François Muracciole, Histoire de la France libre, Presses universitaires de France, 1996, ; Benjamin Stora, « L'Armée d'Afrique : les oubliés de la libération », TDC, , 15 mars 1995, Paris, CNDP, 1995. auxquels viendront s'amalgamer progressivement environ principalement en remplacement partiel des troupes coloniales, ainsi qu'un relativement faible nombre d'engagés volontaires de la métropole libérée.
Corps d'armée
La comprendra durant la majorité de son existence deux corps d'armée : d'armée commandé par le général Martin puis par le général Bethouart ; d'armée commandé par le général de Larminat puis par le général de Monsabert.