vignette|Le comptoir de Mathilde, restaurant dans le Vieux Lyon Le Vieux Lyon est un quartier situé dans la ville de Lyon, le long de la rive droite de la Saône, au bas de la colline de Fourvière. Il est considéré comme le quartier médiéval et Renaissance de la ville. Il comprend trois quartiers distincts (Saint-Jean, Saint-Paul et Saint-Georges) et a connu plusieurs phases d'urbanisation au cours de l'histoire de la ville de Lyon.
Délaissé et méprisé au , plusieurs actions de revalorisation patrimoniale dès les années 1880 transforment progressivement l'idée d'insalubrité et de misère associées à ce quartier pour le faire devenir l'incarnation du quartier historique de la ville, aujourd'hui protégé en tant que secteur sauvegardé et inscrit au patrimoine de l'Unesco.
Urbanisme La ville de Lyon prend son essor en 43 avant J.-C. par l'implantation de Romains sur la colline de Fourvière qui se développe ensuite en villeDossier n°872 pour l'inscription du site historique de Lyon au Patrimoine Mondial de l'UNESCO, ICOMOS, octobre 1998, p.1. https://whc.unesco.org/fr/list/872/documents/. À la suite de la chute de l'Empire romain, la ville survit comme centre économique important et il s'y implante plusieurs ordres monastiques. L'une des particularités de la ville de Lyon est qu'au lieu de reconstruire son centre-ville sur l'ancien comme c'est bien souvent le cas dans les villes européennes, ce dernier a été reconstruit ailleurs vers l'est au fil des siècles, délaissant donc les précédents en l'état, comme témoins d'une époque.
L'ensemble du Vieux Lyon s'étend au bas de la colline de Fourvière, et entre 1999 et 2014 sa population augmente de 7 %. Le quartier est considéré comme un quartier rajeunissant et dont la couche sociale s'élève. Il est composé de trois grands secteurs : Saint-Georges, Saint-Jean et Saint-Paul.
Trois quartiers distincts Saint-Georges
Les sites historiques importants de ce quartier sont :
L'église Saint-Georges La place de la Trinité
Saint-Jean
Saint-Jean est le quartier le plus connu grâce à la Primatiale Saint-Jean. Son artère principale est la rue Saint-Jean, traversant le quartier jusqu'au quartier Saint-Paul. Les sites historiques importants sont :
La Primatiale Saint-Jean Le Palais Saint-Jean, ancien palais archiépiscopal, actuel Bibliothèque du arrondissement de Lyon depuis 1972. Les musées Gadagne, place du Petit Collège, consacrés à l'histoire de Lyon et à l'art de la marionnette. La maison du Crible dite "Tour rose", 16 rue du Bœuf. L'Hôtel du Chamarier dit aussi Maison François d'Estaing au 37 rue Saint-Jean. François d'Estaing réside à Lyon entre 1489 et 1496, d'abord en tant que détenteur du canonicat de Lyon puis en tant que chamarier de la ville. Cour de l'Auberge de la Croix d'Or au 60 rue Saint-Jean. La cour date du et la maison était le siège de l'Ordre des Avocats jusqu'en 1990 où elle fut rachetée par Dan Ohlmann qui la transforma en musée de la Miniature et du Décor du cinéma.
Saint-Paul
Saint-Paul est le quartier entourant la gare Saint-Paul et l'église éponyme. C'est le quartier lycéen du Vieux Lyon, avec deux établissements privés principaux, les Maristes et Aux Lazaristes.
Ce quartier fut mis en scène dans le film de Bertrand Tavernier L'Horloger de Saint-Paul, dont le magasin se situait rue de la Loge.
Les sites historiques importants de ce quartier sont :
La gare de Saint-Paul, ouverte en 1876, pour desservir la vallée d'Azergues au nord de Lyon. La place Saint-Paul, attenante à la gare. L'église Saint-Paul Le 2 place de la Boucherie, ancienne maison de Laurent Mourguet dès 1795, le créateur de Guignol. La Loge au Change, construite entre 1747 et 1749 par l'architecte Soufflot.
L'abandon du Vieux Lyon Le Abandon et mépris La vision du Vieux Lyon au fait perdurer le mépris du pour les édifices gothiques médiévaux très présents sur le site. Il y a donc peu de visites ou de mention du quartier dans les livres. Seules la Primatiale et la Loge au Change attirent un peu l'attention. Cependant le tout ne fait jamais plus que quelques paragraphes. Le Vieux Lyon est vu comme tortueux, sale, "gothique" selon les termes de l'époque. En effet, l'état dégradé du quartier est à l'opposé de la rénovation urbaine commencée dans le centre de la ville.
Ce manque de déambulation dans le quartier est également dû au fait que les lyonnais qui n'y résident pas sont peu invités à s'y rendre. En effet, le seul bâtiment administratif implanté est le Palais de Justice mais il se trouve aussi sur un abord ce qui limite la circulation. Seuls les résidents animent le quartier. Ils sont d'ailleurs aux yeux des autres habitants le reflet de leur propre quartier, c'est-à-dire sales et misérables. Il y a en effet une certaine distance sociale entre le Vieux Lyon et le reste de la ville. Saint-Georges est alors connu pour être le quartier des canuts les moins aisés avec le moins de métiers Jacquard à disposition. Alors qu'on trouve par exemple, dans l'arrondissement de Perrache, notaires et avocats, les professions des trois quartiers du Vieux Lyon sont plus modestes : bouchers, teinturiers, etc.
Les érudits et les savants du terroir ne sont donc pas intéressés par le Vieux Lyon. Ce mépris est explicité par les mots de Louis Boitel en 1833 : . Les quelques brèves descriptions du quartier dans les ouvrages se contentent de rappeler l'époque de faste de la cour de François Ier au . Ainsi, la Renaissance s'esquisse déjà comme la référence artistique et historique pour ce quartier, bien avant la remise en avant de l'époque médiévale.
Cet intérêt pour l'architecture Renaissance et surtout médiévale du quartier prend de l'importance à partir des années 1830-1840 grâce à la faveur du courant romantique favorisant le Moyen Age et le symbolisme de la ruine. Puis c'est ensuite au tour des travaux d'architecture d'Eugène Viollet-le-Duc vers 1850 d'accélérer l'intérêt pour les édifices de l'époque gothique. Cet engouement prend alors véritablement son essor et s'accompagne de quelques publications comme Recherches sur l'architecture, la sculpture etc., dans les maisons du Moyen-Age et de la Renaissance à Lyon de Pierre Martin. Dès 1860, des érudits renouent donc avec le quartier du Vieux Lyon et cherchent bien plus activement à le préserver. Aimé Vingtrinier, directeur de la Revue du Lyonnais, propose par exemple de conserver tous les monuments menacés du quartier par le dessin ou la photographie.
En effet des édifices sont menacés de destruction car l'insalubrité et la misère du lieu ne sont pas passées inaperçues auprès de la municipalité, surtout après que les médecins Monfalcon, Martin et Villermé aient publié des textes sur l'état des lieux et des personnes y résidant. En réponse à cela, le conseil de salubrité de la ville préconisa en 1850 d'effectuer de nombreuses démolitions et de reconstruire à neuf ensuite.
La création de la « Commission municipale du Vieux Lyon » En parallèle de ces décisions urbanistiques, dès 1850, l'idée de créer une commission pour conseiller les locaux sur les destructions ou les modifications urbaines dans le quartier émerge. Cependant, ce n'est qu'en que 21 élus municipaux s'associent pour exiger l'existence d'une telle commission dont le but serait de dresser l'inventaire du patrimoine du quartier, de conserver une trace des vestiges du Vieux Lyon et de les conserver dans le meilleur état possible. Ainsi, le , 10 conseillers municipaux et 12 personnes extérieures aux instances municipales constituent la première « Commission archéologique du Vieux Lyon ».
Cette commission est animée par la volonté de collecter et de conserver une trace du patrimoine. Dans les traces d'Aimé Vingtrinier, l'idée de la photographie paraît idéale. Cette technique est reconnue au début du comme l'un des meilleurs moyens de conserver l'architecture. La notion de collection est également importante au car l'accumulation est perçue comme l'accès privilégié à la connaissance. L'influence des pratiques de la Commission du Vieux Paris est très probable. Cette dernière achète notamment des clichés des vieux quartiers parisiens au photographe Eugène Atget.
La commande à Jules Sylvestre Alors que le besoin de conserver par l'image les édifices et le patrimoine du Vieux Lyon augmente au sein de la commission, le photographe lyonnais Jules Sylvestre est mandaté en 1901 pour mener une campagne photographique. Ces clichés de rues et d'édifices anciens des trois quartiers du Vieux Lyon sont réunis au sein de trois albums, au format 18X24 cm, conservés au musée Gadagne.
Cette commande a pour objectif de sauvegarder par l'image et de documenter les quartiers anciens de la ville (principalement Saint-Paul et Saint-Jean) avant que leurs monuments et leurs maisons ne disparaissent au fur et à mesure du temps et des réorganisations urbanistiques causées par l'insalubrité et leur impraticabilité. De nombreux projets d'urbanisation étaient prévus et allaient modifier l'aspect des quartiers, des travaux déjà amorcés au Second Empire et qui avaient fait disparaître des quartiers de la rive droite comme le quartier Grolée.
En amont de la commande, M. George, alors second vice-président de la Commission du Vieux Lyon ordonne la création d'une sous-commission pour inventorier les éléments d'intérêts de ces quartiers. Une première liste est distribuée aux membres de la Commission en 1899 Puis en 1901, de nouveaux membres sont invités à rejoindre cette sous-commission pour développer cet inventaire. Le secrétaire de la Commission, Constant Tissot, est chargé de la documentation concernant ces éléments et l'accompagne de détails comme les noms des rues et les numéros des maisons concernées avec même parfois des informations complémentaires sur les bâtiments, un indice quant à la démarche scientifique de cette commande où toutes les informations possibles devaient être conservées.
Dès la genèse de cette commande, la Commission du Vieux Lyon souhaite conserver la propriété des photographies réalisées dans l'optique de les partager aux bibliothèques et musées de la ville pour la connaissance du publicCompte-rendu de la séance du conseil municipal du 17 octobre 1899, lors de la demande d’une subvention de 2000 fr. pour la réalisation de photographies, p. 92, Archives Municipales de Lyon.. Des projections lumineuses des photographies de Jules Sylvestre sont organisées en 1902 et 1914 dans des lieux comme le Palais de Commerce ou la Chambre syndicale des propriétés immobilières.
La première moitié du Lors de la Première Guerre mondiale, les loyers sont bloqués à des prix bas. S'ensuit donc un délaissement des travaux d'entretiens et d'équipement des logements. Les personnes aisées méprisent le quartier et les investisseurs aussi.
Il existe cependant une certaine conscience patrimoniale, notamment grâce à l'existence de la commission et avec le classement au titre de Monuments historiques à partir de 1913 de la Primatiale Saint-Jean, de l'église Saint-Paul et de la galerie Philibert Delorme. Les édifices considérés comme moins importants finissent par être inscrits sur l'inventaire supplémentaire. Ces mesures de protection empêchent la modification ou la destruction de ces bâtiments. Pourtant, l'idée survenue dès 1850 de détruire le reste du Vieux Lyon pour ne laisser debout que les édifices jugés historiques et qualitatifs au milieu d'un tissu urbain neuf reste toujours vive.
Le quartier Saint-Georges abrite d'ailleurs toujours une population pauvre et ce blocage des projets de démolition en vue d'une urbanisation du Vieux Lyon amènent certains logements en 1950 à ne pas être reliés aux égouts, à l'eau courante ou à l'électricité, ce qui alimente ces projets de démolition. Une certaine fracture sociale entre le quartier Saint-Georges, délaissé et pauvre, et le quartier Saint-Jean, encore un peu prestigieux grâce à la primatiale, se creuse dans le même temps.