Les Pictes sont au une confédération de tribus vivant dans le nord et l'est de l'actuelle Écosse au nord des fleuves Forth et Clyde, avant la conquête du sud de l'île de Bretagne par Rome. Restés indépendants, ils perdurent jusqu'au , époque à laquelle ils sont absorbés par les Gaëls au sein de l'ensemble des Scots.

Ils parlaient le picte, langue éteinte que l'on a reliée aux langues brittoniques parlées par leurs voisins du Sud, les Bretons insulairesKatherine Forsyth, « Language in Pictland. The case against non-Indo-European Pictisch », Studia Hamelina 2, Utrecht, 1997.. Les Pictes sont d'ailleurs appelés Brithwr par les Gallois. Ils sont considérés comme descendant des Calédoniens et des autres tribus voisines, connues des Romains ou figurant sur la carte du monde de Ptolémée.

Ayant résisté aux Romains, ils forment une puissante confédération qui règne sur un vaste territoire dans le nord de la Grande-Bretagne. Le territoire des Pictes, connu en latin sous le nom de Pictavia (Pictland en anglais), se fondit progressivement avec le royaume gaélique de Dál Riata et forma le royaume d'Alba. Alba s'étendit, absorbant les royaumes brittoniques du Strathclyde et de Bernicie. Au , l'identité des Pictes s'est fondue dans un amalgame de peuples identifiés comme « Scots ».

Sources L'archéologie fournit des informations sur la société des Pictes.

Bien que très peu d'écrits des Pictes nous soient parvenus, leur histoire à partir de la fin du est connue par des sources variées telles que des annales irlandaises, l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable ou des hagiographies comme celle de Colomba d'Iona écrite par Adomnan d'Iona.

Les Pictes sont assez bien connus des historiens car pour l'Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, les témoignages des actions et de la société des Pictes sont nombreuxLes sources de l'histoire pictes incluent les annales irlandaises d'Ulster, de Tigernach, d'Inisfallen, des quatre maîtres et de Clonmacnoise, qui documentent les événements en Écosse. L'histoire est aussi consignée dans les annales Cambriæ, l’Historia Brittonum et sa traduction irlandaise du Lebor Bretnach faisant partie du Lebor na hUidre, ainsi que dans la continuité de l'histoire de Bède, écrite par Siméon de Durham dans l’Historia Regum..

Étymologie de leur nom L'ethnonyme a été rapproché par les auteurs antiques du mot latin Picti, dont le radical Pict- est identique à celui du nom des Pictons ou Pictaves du Poitou. Il apparaît pour la première fois dans un panégyrique écrit par Eumène en l'an 297. En latin Picti signifie littéralement « les (hommes) peints » (du latin pingere, peindre Charlton T. Lewis et Charles Short, A Latin Dictionary, article « Pingo », consulté le 13 décembre 2010., et vient de pictus : « peint » ; voir le grec πυκτίς ou pyktis : « peinture » Henry George Liddell et Robert Scott, « A Greek-English Lexicon », article πυκτίς, consulté le 13 décembre 2010.). Leur nom en vieil anglais prit en scots la forme de Pechts, et en gallois le terme de FichtiLa Chronique anglo-saxonne contient pihtas et pehtas.. En réalité, il s'agit probablement d'un radical celtique Pict- de sens incertain et similaire au latin ce qui explique la parenté de Picti avec le nom des Pictones ou Pictavi. On note par ailleurs que les tribus celtiques ne portent jamais un nom latin.

Dans les écrits irlandais, une pléthore de termes était utilisée pour se référer aux Pictes et à un groupe de gens vivant à proximité des Ulaid en Ulster : Cruthin, Cruthini, Cruthni, Cruithni et Cruithini (Cruithnes en irlandais moderne) Dáibhí Ó Cróinín, A New History of Ireland: Prehistoric and Early Ireland, Oxford University Press, 2008, .. Il est généralement admis que ces termes dérivent de Qritani : « chefs », « premiers », terme gaélique à rapprocher du grec Πρυτανοῖ Prytanoi et du brittonique Pritani Hector Munro Chadwick, Early Scotland: the Picts, the Scots & the Welsh of southern Scotland, CUP Archive, 1949, .. De là est venu Britanni, le nom romain utilisé pour ceux maintenant connus comme les « bretons insulaires » Paul Dunbavin, Picts and ancient Britons: an exploration of Pictish origins, Third Millennium Publishing, 1998, .. Il a été suggéré que Cruthin était un nom utilisé pour se référer à tous les Bretons qui n'avaient pas été conquis par les Romains, c'est-à-dire ceux vivant au-delà de la Britannia romaine, au nord du mur d'Hadrien.

Histoire

Les circonstances dans lesquelles la confédération picte s'est formée lors de l'Antiquité tardive à partir de plusieurs tribus, sont inconnues. On a suggéré comme facteur, l'union face à la montée en puissance de l'Empire romainVoir la discussion sur la création de la confédération des Francs par Geary, « Before France », chapitre 2.. La terre des Pictes a été décrite auparavant comme le siège des CaledoniiPar exemple par Tacite et Ptolémée qui désigne la mer à l'ouest de l'Écosse par Oceanus Duecaledonius. De façon similaire, Ammien Marcellin utilise le nom de Dicalydonii.. D'après Ptolémée et Ammien Marcellin, d'autres tribus auraient vécu dans la région, tels les Verturiones, Taexali et Venicones. À l'exception des Calédoniens, les noms pourraient relever d'informations de seconde main, voire de dérivés, peut-être ramenés aux Romains par des locuteurs de langues brittoniques. Caledonii est ainsi vu sur la stèle d'une tombe dans la Bretagne romaine.

La première mention des Pictes est l'œuvre du rhéteur Eumène d'Autun, en 297, dans son Panégyrique de Constance où il évoque les victoires de ce dernier sur l'usurpateur Allectus et la reconquête de l'île de BretagneEumène d'Autun, Panegyricus Constantio Cæsari dictus, XI. .. Il mentionne à nouveau le peuple des Pictes en 309 ou 310, dans un autre panégyrique, cette fois-ci à l'adresse de ConstantinEumène d'Autun, Panegyricus Constantino Augusto dictus, VII. .. Ammien Marcellin mentionne la participation des Pictes à la coalition barbare de 368 en BretagneAmmien Marcellin, Rerum gestarum, XXVII,8 et XXVIII,3..

Les premiers témoignages historiques des Pictes remontent aux « âges sombres » (les dark ages de l'historiographie britannique). Il apparaît qu'ils ne constituaient pas le pouvoir dominant dans le Nord de la Bretagne insulaire pour l'ensemble de la période. Les Gaëls de Dál Riata contrôlaient leur propre région un certain moment, mais furent en recul à la suite d'une série de défaites dans le premier tiers du telle la bataille de Degsastan dans la première décennie, ou plusieurs événements sous le règne de Domnall Brecc lors de la troisième et quatrième décennie. Les Angles de Bernicie terrassèrent les royaumes britanniques environnants. Le roi Æthelfrith de Northumbrie unifia les royaumes de Bernicie et de Deira, créant une entité formant l'ébauche de Northumbrie, et le plus puissant royaume de Bretagne N. J. Higham, The Kingdom of Northumbria AD 350–1100, Sutton, Stroud, 1993 .. Les Pictes étaient probablement tributaires de ce royaume jusqu'au règne de Brude III des Pictes, lorsque les Angles furent vaincus à la bataille de Dunnichen, mettant fin à leur expansion vers le nord. Les hommes de Northumbrie continuèrent de dominer au sud de l'Écosse pour le reste de la période picte.

Lors du règne d'Oengus (729-761), Dál Riata était essentiellement sujet des rois pictes. Bien que dotée de ses propres rois depuis les années 760, Dál Riata ne redevint pas indépendante« Pictish Kings » de Broun essaye de reconstituer l'histoire confuse de Dál Riata. L'absence dans les annales irlandaises est ignorée par Bannerman dans « The Scottish Takeover of Pictland and the relics of Columba »., comme l'atteste le roi Constantin des Pictes (793-820) qui place son fils Domnall mac Caustantín sur le trône de Dál Riata pendant 24 ansBroun, Pictish Kings.. Les tentatives des Pictes d'atteindre un niveau similaire de domination sur les Britons de Strathclyde ne réussirent pas, comme le montrent les échecs d'Óengus.

L'âge des Vikings apporta de grands changements dans l'île de Bretagne et en Irlande, et tout autant en Écosse. Le royaume de Dál Riata appartenant aux Gaëls est mis à mal. Grâce à leurs bateaux, supérieurs aux currachs des Gaëls en peaux, les Vikings s'imposent Donald Omand (éditeur), The Argyll Book, Birlinn, 2006 . Chapitre « The age of sea kings: 900-1300 » par Alex Woolf, pp. . Raymond Campbell Paterson, « The Lords of the Isles », Birlinn, 2008 , .. Face à la pression des Vikings, les clans des Gaëls fuient à l'est, chez les Pictes. Les Vikings profitent également d'une guerre civile en Northumbrie pour y instaurer le royaume viking d'York, et soumettent aussi le royaume de Strathclyde en s'emparant du château de Dumbarton, entreprise à laquelle les Pictes s'étaient attaqués en vain. De nombreux rois furent tués dans une bataille majeure contre les Vikings en 839, tels Eòganán des Pictes et Áed mac Boanta de Dal RiadaD'après les annales d'Ulster (s.a. 839), ..

Les « royaumes » pictes droite|vignette|200px|Carte du Dál Riata à son apogée, vers 580–600. les domaines des Pictes sont marqués en jaune. En ce qui concerne l'organisation des Pictes, il semble que les « rois pictes » ne régnèrent jamais que sur une confédération de chefferies. Il y eut plusieurs « royaumes » pictes contemporains les uns des autres et leur nombre put varier de deux à sept ; si l'on en croit les sources postérieures ou les brèves mentions faites par les sources étrangères. L'organisation de ces royaumes demeure largement hypothétique, mais il est possible qu'un « Haut roi » existât. En tous cas, la « royauté » des Pictes devait être clanique et l'on ignore si elle s'exerçait sur un territoire bien délimité.

Au , le royaume de Fortriú dominait peut-être les terres situées autour de Scone et de Dunkeld. Son nom est à rapprocher de celui de la tribu des Verturiones, cités au par Claude Ptolémée puis, au , par Ammien Marcellin. Bède cite encore le royaume de Fib (Fife) à cette époque. La Chronique picte livre quant à elle une liste de sept royaumes (le caractère symbolique du chiffre peut en avoir dicté le nombre) : Cait (Caithness et Sutherland modernes) ; Ce (Mar et Buchan modernes) ; Circinn (Angus et Mearns modernes) ; Fib (Fife et Kinross modernes ; Fife est encore connu sous l'appellation de kingdom of Fife) ; Fidach (Moray et Ross modernes) ; Fotla (Atholl et Gowrie modernes) ; Fortriú (Strathearn et Menteith modernes ?).

À l'époque de Bède le Vénérable, et si l'on en croit encore ce dernier, au début du , un « royaume des Pictes du Nord » et un « royaume des Pictes du Sud » étaient établis de part et d'autre des monts Grampians.

Toujours est-il que, malgré leurs divisions, les Pictes résistèrent toujours à l'Empire romain, puis aux envahisseurs germaniques pendant plusieurs siècles. Finalement, la disparition des royaumes des Pictes fut le résultat d'un processus de fusion qui aboutit, au milieu du , à la création de l'Écosse médiévale. À cet égard, la règle de dévolution du trône en vigueur chez les Pictes joua certainement un rôle important.

On sait, grâce à Bède le Vénérable, en effet, que le système de succession royale des Pictes était matrilinéaire, ce qui avait pour résultat que les neveux succédaient à leurs oncles. C'est aussi ce système qui permit à des chefs étrangers de régner sur les Pictes au Moyen Âge, comme le Scot Kenneth mac Alpin. Toutefois, « MacAlpin » appartenait au lignage royal du royaume de Dál Riata, et son règne sur un peuple unifié fut aussi facilité par le désastre de 839.

Au , Unuist mac Uurguist (Óengus Ier) roi de 729 à 761 réussit à unifier temporairement les Pictes. Unuist II mac Uurguist, fils du roi scot Fergus mac Echdach et d'une princesse picte, régna conjointement sur ces deux peuples au début du . À sa mort, en 834, son fils Eòganán lui succède.