, plus connue sous le nom d’, est une maison d'édition américaine de bande dessinée qui connut son heure de gloire durant la première partie des années 1950 avec la publication de comic books d'horreur (, et ), d'aventures ( et ), d'humour ( et ) et de science-fiction ( et ).

Fondée sous le nom Educational Comics par Max Gaines en 1945, elle fut reprise, après la mort de ce dernier, par son fils William Gaines en 1947. Après des débuts difficiles, la société connut le succès lorsque furent édités les comic books d'horreur, ce que Bill Gaines appela le (« nouvelle tendance »). L'entreprise devint alors florissante et les scénaristes, sous la houlette de Bill Gaines et de Al Feldstein (scénariste, dessinateur et rédacteur en chef de sept titres), étaient entourés de dessinateurs très talentueux tels que Wally Wood, Harvey Kurtzman, Bernie Krigstein…

Cependant le graphisme et les scénarios ne plaisaient pas à certaines associations familiales désireuses de protéger leurs enfants de l'influence néfaste qu'elles attribuaient aux comics. Les bandes dessinées d'horreur et policières étaient jugées comme une cause majeure de la délinquance juvénile. Le livre du psychiatre Fredric Wertham confirma ces craintes, si bien qu'une commission sénatoriale fut mise en place pour juger de cette question. Cela aboutit à la création de la et l'arrêt de presque toutes les séries . En 1955, EC Comics, après avoir essayé de lancer quelques comic books acceptables par le Comics Code, échoua à retrouver un lectorat suffisant et connut une grave crise financière. Elle cessa alors de publier des comics. Seul , dont le rédacteur en chef était Harvey Kurtzman, continua à être édité, sous la forme d'un magazine. Celui-ci existe encore de nos jours.

Si les comic books publiés par EC ont disparu, leurs qualités artistiques et leurs scénarios bien construits ont continué à passionner de nouveaux lecteurs grâce à des rééditions continues. L'influence des bandes dessinées publiées par EC, et celle de en particulier, a été importante pour toute une génération d'artistes, qu'ils soient auteurs de bande dessinée (américains comme Frank Miller, Art Spiegelman ou anglais comme Alan Moore), écrivains (Stephen King) ou réalisateurs (David Cronenberg, George A. Romero) entre autres ; plus généralement ces comics, qui révélaient ce qui se cachait derrière l'idéologie du rêve américain, ont été jugés par certains comme un des éléments de la révolte de la jeunesse, une décennie plus tard, contre le système social en place.

Histoire Des origines au thumb|upright|alt=un immeuble en béton d'une douzaine d'étage, en ville, à un carrefour|225 Lafayette Street à New York, bâtiment qui abrita l'éditeur EC Comics À l'origine d'EC Comics se trouve l'éditeur Max Gaines, pionnier du comic book2. En 1945, après avoir vendu sa maison d'édition à pour la somme de dollars3, il fonde la société pour publier des comic books éducatifs. Rapidement, la production se diversifie et les comics sont religieux, éducatifs ou humoristiques. Par la suite, selon la thématique du comics publié, le « E » d'« EC » signifie (éducatif) ou (amusement). Les séries durent peu de numéros (entre un et dix). et n'ont pas assez de succès pour permettre à l'éditeur de gagner de l'argent ; de ce fait, EC est constamment endetté.

Le , Max Gaines meurt dans un accident de bateau, ce qui amène son fils William, surnommé Bill, à prendre la tête de la compagnie et à poursuivre cette politique éditoriale éducative ou humoristique. Bill Gaines, qui se prépare à devenir professeur de chimie, ne veut pas, a priori, travailler dans le monde de la bande dessinée. Mais sa mère insiste tant pour qu'il prenne la suite de son père, qu'il finit par accepter. Quand Bill Gaines succède ainsi à son père, EC comics est endetté à hauteur de .

En , Bill Gaines rencontre un jeune dessinateur, Al Feldstein, âgé de seulement 22 ans, qui cherche du travail. Les deux hommes s'entendent immédiatement et se mettent à travailler ensemble à l'écriture des scénarios et à la direction éditoriale que doit suivre l'entreprise.. Sous l'influence de Al Feldstein, EC comics change peu à peu de politique éditoriale. Les comic books publiés peuvent encore, comme à l'origine, être éducatifs (souvent à la demande d'organisations religieuses ou enseignantes), mais de plus en plus souvent, leurs thèmes sont davantage en adéquation avec les goûts des adolescents : western, romance et policier. EC, qui a été longtemps déficitaire, commence à atteindre l'équilibre financier.

Cependant, Bill Gaines et Al Feldstein publient des bandes dessinées qu'ils n'apprécient pas. Ils se contentent de suivre la mode. Ils décident alors de ne plus se contenter de suivre mais d'être originaux et, comme l'un et l'autre sont passionnés de récits fantastiques radiodiffusés (telles que et ) et de nouvelles ou de romans de ce genre, ils décident de tenter l'expérience de diffuser des histoires d'horreur. et accueillent à partir de leur une histoire fantastique. Le succès est au rendez-vous et l'abandon de l'ancienne ligne de comic books est décidé pour faire place à une nouvelle..

Le L’âge d’or des EC Comics Cette nouvelle politique éditoriale fut, a posteriori, appelée le signifie « nouvelle tendance ».. Les comic books policiers deviennent des comic books d'horreur : ( est renommé et ) ; de même le western est changé en . Deux des titres de romance changent de thématique pour proposer de la science-fiction : est rebaptisé et prend le titre de . Seul est poursuivi sans changement , mais il est finalement arrêté en . Le changement de titre et de genre n'est pas déclaré au service de la poste américaine, afin de ne pas avoir à payer les taxes imposées pour la distribution d'un nouveau . La numérotation continue pour faire croire qu'il s'agit toujours du même comic book. Cependant au bout de quelques mois la poste découvre ce subterfuge et oblige Gaines à recommencer la numérotation des comics et à payer les taxes nécessairesAndrew Edwards, « Horror Comics », 294. EC comics connaît le succès et gagne enfin de l'argent. William Gaines décide alors d'augmenter le nombre de séries publiées.

Il confie à Harvey Kurtzman, dessinateur et scénariste pour EC qui souhaitait plus s'investir dans la création, le rôle de rédacteur en chef de . À l'origine il devait s'agir d'un comic book d'aventures, mais la guerre de Corée amène Kurtzman à réorienter le périodique dans une thématique d'histoires de guerre. Le succès du titre conduit à la création en 1951 d'un autre du même genre, également dirigé par Kurtzman : .. Le nombre de comic books publiés s'étoffe aussi en avec , qui présente des histoires criminelles et un récit d'horreur, et en 1952 avec qui mêle des récits de plusieurs genres (science-fiction, horreur, policier, fantastique et « critique sociale »). Le succès est très important aussi bien financièrement qu'en nombre de lecteurs : entre et des comic books d'horreur se vendent chaque mois en 1953. ; ceux de guerre et de science fiction tournent autour de ..

Le chiffre d'affaires d'EC est d'un million de dollars par an, le bénéfice net de . Les revenus proviennent essentiellement de la vente des comic books puisque trois pages seulement sont occupées par des publicités. Si ce sont ceux d'horreur qui ont le plus frappé l'imagination du public, et sont restés associés au nom EC Comics, le succès le plus durable d'EC est toutefois le titre satirique , initialement édité par Harvey Kurtzman à partir d' et qui existe toujours sous la forme d'un magazine. Ce lectorat important suscite la création d'un fan club, , qui sera le premier de ce genre créé par une maison d'édition américaine et qui disposera de son propre journal. De 1950 à 1954, EC Comics connaît donc son âge d'or. Les comics se vendent bien et le contenu est de qualité avec des dessinateurs tels que Wally Wood, Joe Orlando, Harvey Kurtzman, etc. qui illustrent les scénarios de Gaines, Feldstein et Kurtzman.

La fin de l'âge d’or thumb|upright|alt=portrait photographique noir et blanc d'Estes Kefauver, en costume| Estes Kefauver sénateur auteur du rapport sur les comic books et la délinquance juvénile Cependant, si les jeunes lecteurs apprécient les comics, il n'en est pas de même pour une partie de la population adulte qui milite contre leur publication. Des associations, entre autres religieuses, critiquent les comic books, les accusant de présenter des images violentes ou sexuelles. Des comics sont littéralement mis au bûcher86. Cette critique populaire est relayée par le psychiatre Fredric Wertham, auteur du livre , qui lie criminalité adolescente et lecture de comic books. et qui reproche aux comics d'exposer les enfants à des situations et images choquantes.. Cela amène l'État fédéral à décider une enquête et à mettre en place pour cela en 1953 un sous comité sénatorial sur la délinquance juvénile. Les audiences publiques ont lieu d'avril à . Le comité auditionne entre autres Fredric Wertham et William Gaines mais aussi les dessinateurs Walt Kelly et Milton Caniff, de personnes travaillant pour des maisons d'édition ou de distribution, des psychanalystes et des avocats.. L'audience de Gaines est une catastrophe. Gaines est alors présenté par la presse comme un être cynique et les comic books sont encore plus largement montrés du doigt.

Pour éviter la menace d'une loi censurant les bandes dessinées, Bill Gaines invite ses collègues éditeurs à financer une recherche universitaire afin d'évaluer sérieusement les supposés méfaits des comics. Cette réunion débouche finalement, au grand dam de Gaines, sur la décision de créer un code listant ce qui est acceptable dans un comic book, le . Peu de temps après, les éditeurs mettent en place la , organisme chargé de vérifier la bonne moralité des publications selon les indications du code. Cette décision va dans le sens des recommandations du sous-comité sénatorial qui, dans son rapport final, refuse la promulgation d'une loi permettant la censure des comics, mais invite les éditeurs à réguler les publications eux-mêmes, sur le modèle de ce qui se faisait à Hollywood depuis les années 1930 avec le Code Hays.

La lente agonie d'EC En , les éditeurs fondent la (CMAA), qui regroupe 90 % des éditeurs. Ils demandent à un magistrat new-yorkais, Charles F. Murphy, d'établir un code de bonne conduite. Ainsi se met en place la chargée d'approuver ou de rejeter les comic books en fonction de critères de décence très stricts texte original de la CCA sur Wikisource.. Parmi ceux-ci, certains semblent délibérément tournés contre EC, comme l'interdiction de mots tels que « » ou « » dans les titres de comic books. De plus les monstres (vampires, loup-garous, zombies, etc.) sont interdits.