Le massacre de Glencoe (écossais : ) s'est déroulé dans la vallée de Glen Coe en Écosse, tôt dans la matinée du , à l'époque de la Glorieuse Révolution et du jacobitisme. Le massacre débuta simultanément en trois endroits de Glen Coe mais les meurtres s'étendirent à toute la vallée lors de la fuite des MacDonald. Trente-huit hommes du clan Donald de Glencoe furent tués par ceux à qui ils avaient accordé l'hospitalité, et quarante femmes et enfants moururent de froid après l'incendie de leurs maisons. Les assassins, cent vingt hommes de troupe, avaient été envoyés par des conseillers du roi d'Angleterre .
Contexte historique
Genèse des rébellions jacobites vignette|gauche|Vue du Glen Coe en hiver 2005.
Avant la seconde moitié du , les îles Britanniques souffrent un temps d'agitation politique et religieuse. Le Commonwealth d'Angleterre a disparu avec la Restauration de , le rétablissement de l'Église d'Angleterre et l'imposition du gouvernement de l'Église épiscopalienne.
En 1685, succède à son frère Charles . Lui-même catholique, il tente d'imposer la tolérance religieuse en faveur des catholiques et des protestants dissidents, contrariant des membres de l'élite anglicane. En 1688, la seconde épouse de Jacques met au monde un fils, créant la perspective d'une dynastie catholique ; sept notables anglais, nommés plus tard les « Sept Immortels », invitent la fille de Jacques, Marie, et son époux et cousin Guillaume d'Orange-Nassau à déposer le roi et à régner conjointement à sa place. Le , Guillaume arrive à Brixham dans le Sud-Ouest de l'Angleterre. Le mois suivant, Jacques fuit en France ; c'est le début de la Glorieuse Révolution. En , l'Angleterre change formellement de monarque, mais de nombreux catholiques, épiscopaliens et royalistes tories soutiennent toujours Jacques comme le seul monarque constitutionnellement légitime. L'Écosse tarde à reconnaître Guillaume, qui convoque une convention des États ; elle se réunit le à Édimbourg et étudie une lettre conciliante de Guillaume, opposée à une lettre hautaine de Jacques. Dans le camp de Jacques, une modeste force de cinquante cavaliers réunis par John Graham de Claverhouse, vicomte Dundee est dans la ville, afin de servir la convention au début, mais il se retire au bout de quatre jours, quand le ralliement à Guillaume devient évident. La convention reconnaît ses limites, et Guillaume et Marie sont proclamés à Édimbourg le , puis ils sont couronnés à Londres en mai. Dundee est tué à la bataille de Killiecrankie, et le soulèvement écossais subit une défaite à la bataille de Dunkeld le .
Serment d'allégeance à Guillaume d'Orange thumb|Guillaume d'Orange vers 1680 En retournant chez eux après la bataille de Dunkeld, les Maclains de Glencoe, un sept du clan MacDonald, ainsi que certains de leurs cousins de Glengarry, pillèrent les terres de , volant son bétail, et accroissant ainsi ses difficultés financières, ce qui le força à s'engager dans l'armée. Dans ses demandes de compensation ultérieures, Campbell ne fit pas mention des Glencoe, blâmant principalement les hommes de Glengarry.
L'année suivante, les jacobites subirent une lourde défaite à Cromdale, le ; le de cette même année, Jacques essuya une nouvelle défaite lors de la bataille de la Boyne, en Irlande cette fois.
Le , Guillaume offrit à tous les clans le pardon de leur participation aux soulèvements jacobites, en échange d'un serment d'allégeance, qui devait être prêté avant le 1692 devant un magistrat ; s'ils n'acceptaient pas, des représailles leur seraient infligées. Les chefs de clans avertirent Jacques, alors exilé en France, lui demandant l'autorisation de prêter serment. Jacques tarda à répondre, convaincu de retourner rapidement en Grande-Bretagne afin de réclamer son trône. Toutefois, lorsqu'il se rendit compte que cela serait impossible avant la date fatidique, il envoya aux chefs de clan des messages les autorisant à prêter serment. Ceux-ci arrivèrent à destination à la mi-décembre, quelques semaines seulement avant l'échéance, dans des conditions hivernales difficiles. Certains prêtèrent immédiatement serment et d'autres s'en abstinrent. Alastair Maclain, douzième chef MacDonald de Glencoe, attendit le dernier jour avant de prêter serment.
Retard des MacDonald de Glencoe
Le , Alastair Maclain se rendit à Fort William et demanda au gouverneur, le colonel Hill, d'être témoin de sa prestation de serment. Celui-ci refusa, ne s'estimant pas habilité à cela, et conseilla à Maclain de se rendre rapidement à Inveraray afin de prêter serment devant Colin Campbell, shérif d'Argyll. Il lui remit un laissez-passer ainsi qu'une lettre destinée à Colin, lui demandant de recevoir le serment de Maclain, ce dernier s'étant présenté devant lui durant le temps imparti. Le colonel Hill a également assuré Maclain qu'aucune action ne serait entreprise contre lui sans qu'il ait eu l'occasion de présenter son cas devant le roi ou son conseil privé.
Il fallut trois jours à Maclain pour atteindre Inveraray, en raison du mauvais temps ; il fut aussi retardé au château de Balcardine par le capitaine Thomas Drummond, dirigeant la première compagnie du régiment d'infanterie du comte d'Argyll. Une fois à Inveraray, il fallut trois jours de plus à Maclain avant de voir Colin, absent, qui avait passé la Nouvelle Année auprès de sa famille sur l'autre rive du loch Fyne. À son retour, Colin accepta le serment de Maclain, malgré le retard de ce dernier. Maclain ayant satisfait les conditions, il était confiant qu'aucune action ne serait entreprise contre lui ou son clan. Cependant, certains dans le gouvernement virent l'opportunité d'utiliser les MacDonald en exemple car ils n'avaient pas mis assez d'effort à la tâche et, au passage, l'occasion d'éliminer certains ennemis.
Trois ans plus tôt, un scénario proche s'était produit en Nouvelle-France avec le massacre de Lachine de peu après la Glorieuse Révolution de novembre 1688. Le gouverneur Denonville n’était pas au courant du renversement d'alliance et attendait les délégués iroquois pour la ratification d'un traité de paix, tandis que ceux-ci levaient des troupes. Le , environ iroquois s’abattirent sur le village de Lachine, aux portes de Montréal. Vingt-quatre colons furent tués, 70 à 90 faits prisonniers, dont 42 ne revinrent jamais.
Déroulement du massacre
Acteurs principaux
La conception du massacre de Glencoe a impliqué John Dalrymple, de Stair, à l'époque Lord Advocate auprès du roi, Sir Thomas Livingstone, commandant des forces royales en Écosse, et Guillaume d'Orange, qui contresigna les ordres.
Préparation du massacre
À la fin de , ou au début de février, les première et deuxième compagnies du régiment d'infanterie du comte d'Argyll placés sous le commandement de Robert Campbell de Glenlyon furent détachés vers les MacDonalds de Glencoe, qui les accueillirent selon les règles de l'hospitalité écossaise. La plus grande partie du régiment était issue des domaines d'Argyll, mais seule une minorité des hommes portait le nom de Campbell. Les autres, y compris plusieurs des officiers, venaient des Lowlands.
Le capitaine Campbell était un parent par alliance de Maclain, le chef du sept du clan MacDonald de Glencoe ; il était normal qu'il fût hébergé chez lui. Chaque matin, pendant environ deux semaines, le capitaine Campbell rendit visite à Alexandre MacDonald, le plus jeune des fils de Maclain, marié à la nièce de Campbell, la sœur de Rob Roy. Il est difficile de dire si Campbell connaissait alors la nature de sa mission, qui était officiellement de collecter la Cess tax instituée par le parlement d'Écosse en 1690. La planification fut telle que des ordres légitimes quant à la collecte de l'impôt furent produits aux MacDonald à l'arrivée des troupes, dissipant tous les doutes que ces derniers auraient pu avoir quant aux intentions des troupes. Ces premiers ordres avaient été signés par le colonel Hill, celui-là même qui n'avait pu recueillir le serment de Maclain ; c'est également lui qui délivra les ordres, deux semaines plus tard, de lancer le massacre.
Réception des ordres thumb|right|Facsimilé des ordres fournis au capitaine Robert Campbell par le major Duncanson. Le , le capitaine Drummond, l'officier qui avait retardé Maclain sur la route d'Inveraray, arriva à Glencoe. Étant capitaine des grenadiers, la première compagnie du régiment, il était l'officier supérieur présent sur place, mais il ne prit pas le commandement. Il apportait les instructions suivantes à Robert Campbell, issues de son officier supérieur, le major Duncanson :
Nous vous ordonnons par la présente d'assaillir les rebelles, les McDonald de Glenco, et de passer au fil de l'épée tous ceux de moins de soixante-dix ans. Vous devez prendre un soin particulier à ce que le vieux Renard et ses fils ne s'échappent de vos mains sous aucun prétexte, vous devez bloquer les routes afin qu'aucun homme ne s'échappe. Vous mettrez ceci à exécution à cinq heures précisément ; à cette heure, ou peu après, je m'efforcerai de vous rejoindre avec une troupe plus nombreuse : si je ne viens pas à cinq heures, vous ne devez pas m'attendre, mais attaquer. Ceci est par ordre spécial du Roi, pour le bien & la sécurité du Pays, afin que ces mécréants soient complètement éradiqués. Veillez à ce que cela soit exécuté sans vengeance ni faveur, ou vous serez traité en homme infidèle au Roi et au Gouvernement, et indigne d'exécuter les Missions du service du Roi. Certain que vous ne faillirez pas à l'accomplissement de ceci, car vous avez votre propre intérêt à l'esprit, j'écris cela de ma main à Balicholis, le
(signé) R. Duncanson Pour le service de leurs Majestés Au Capt. Robert Campbell de Glenlyon (signé) R. Duncanson
Le capitaine Campbell passa la soirée à jouer aux cartes avec ses hôtes ; alors qu'il se retirait, il accepta une invitation à dîner avec Maclain, le chef du clan, le lendemain.
Victimes
Le vers 5 heures du matin, le massacre débuta simultanément en trois endroits de Glencoe mais les meurtres s'étendirent à toute la vallée lors de la fuite des MacDonald.
Alastair Maclain fut tué en tentant de quitter son lit par le lieutenant Lindsay et l'enseigne Lundie, respectivement de la et de la du régiment d'infanterie d'Argyll, mais ses fils purent s'échapper. Au total, du clan MacDonald furent assassinés, dans leurs maisons ou en tentant de fuir dans le glen. Environ et enfants moururent en raison du froid après que leurs maisons eurent été brûlées.
Certains soldats prévinrent leurs hôtes, leur permettant ainsi de fuir à temps. D'autres ont porté l'insubordination plus loin ; ainsi, les lieutenants Francis Farquhar et Gilbert Kenndy ont préféré briser leurs épées plutôt que d'exécuter les ordres. Ils furent arrêtés et emprisonnés, mais furent relaxés et témoignèrent plus tard contre leurs officiers supérieurs.
En plus des soldats qui se trouvaient effectivement à Glencoe cette nuit-là, deux autres détachements de quatre cents hommes étaient présents : chacun aurait dû converger vers le glen afin de bloquer les routes permettant la fuite. Ils prirent leurs positions trop tard. Il est possible que la tempête de neige ait rendu leur arrivée difficile, particulièrement pour ceux approchant par l'Escalier du Diable depuis Kinlochleven ; il est également possible qu'ils aient refusé de participer au massacre.
L'enquête La loi
La loi écossaise reconnaît un certain type d'assassinat, appelé (litt. « meurtre en confiance »), considéré comme étant plus grave que l'assassinat ordinaire. Le massacre de Glencoe en est un cas d'école.
En outre, l'ordre reçu n'était déjà pas, aux yeux de la justice écossaise de l'époque, un motif permettant de dédouaner les soldats et officiers de crimes ainsi commis. Le rapport de la commission d'enquête a ainsi déclaré :