Le fort de Brégançon est une résidence d'État utilisée comme lieu officiel de villégiature (principalement estivale) du président de la République française.

Il est situé en mer Méditerranée, sur le territoire de la commune de Bormes-les-Mimosas (Var), sur le haut d'un piton rocheux de d'altitude et à quelques mètres de la côte du cap Bénat. La construction d'une jetée artificielle fut ordonnée par le général de Gaulle (à l'origine, il était séparé de la côte par un bras de mer et était donc situé sur une île). Cette jetée a été complétée par un terre-plein utilisé comme parking pour les personnels du lieu, pouvant également servir d'héliport.

Toponymie L’îlot est mentionné sous les formes Pergantion au (Étienne de Byzance) ; de Breganzone vers 1200, consulté le 19 décembre 2021.. Il s'appelle BregançounLou fort de Bregançoun. en provençalLou tresor dóu Felibrige / Le trésor du Félibrige, F. Mistral, , , éditions CPM, 1979..

La toponymie de Briançon aurait les mêmes origines.

Historique Les premières occupations du site Des Ligures y construisirent probablement un premier oppidum vers la fin du avant notre ère ..

Entre le et le , Brégançon devint un comptoir grec mentionné sous la forme PergantionMassalia et les comptoirs phocéens de Gaule (-535:-49).. Une première forteresse a été édifiée à l'époque mérovingienne, .

La forteresse du Moyen Âge Dès le Moyen Âge, on trouve les traces d'une seigneurie (ou châtellenie) de Brégançon, organisée autour d'un château situé non pas sur l'îlot comme aujourd'hui, mais sur le continent.

Cette seigneurie est créée à la fin du , après l'expulsion des Sarrasins du Fraxinet en 972, au profit des vicomtes de Marseille.

En 1140, la seigneurie de Brégançon, qui était un arrière fief de la seigneurie d'Hyères, est concédée en même temps que cette cité à Pons, marquis de Fos, un fils cadet de la famille des vicomtes de Marseille.

En 1216, Raimond-Geoffroi de Fos, coseigneur d'Hyères avec son frère, vend ses biens, soit le château de Brégançon et un douzième de la seigneurie d'Hyères, à la communauté de Marseille. Il faut toutefois attendre 1223 pour que cette vente soit confirmée par les autres membres de la famille de FosChronologie des seigneurs de Fos.. Dans ce dossier de la succession de Raimond-Geoffroi de Fos datant de 1223, il est nommé castrum de Bragansono.

Le , les biens de la communauté de Marseille sont rachetés par le comte Charles d'Anjou, frère cadet du roi Louis IX (Saint Louis) et comte de Provence, à la suite de son mariage en 1246 avec l'héritière du comté, Béatrice de Provence. Celui-ci fait réaménager et rénover le château fort de Brégançon, toujours situé sur le continent. Il reste un lieu fréquenté par les membres de la maison d'Anjou, devenus rois de Sicile péninsulaire (Naples), lorsqu'ils sont de passage dans le comté de Provence : c'est le cas notamment de la reine Jeanne qui y séjourne en , alors qu'elle fuit Naples, envahie par son cousin Louis de Hongrie, pour se réfugier à Marseille puis rencontrer le pape Clément VI à Avignon. Après le retrait de Naples de Louis de Hongrie, la reine rentre dans ses États en faisant à nouveau un passage à Brégançon qu'elle donne, par un acte du 31 juillet 1348, à l'armateur marseillais Jacques de Galbert, qu'elle fait vice-amiral de Provence, pour le remercier de l'avoir transportée sur l'un de ses navires alors qu'elle fuyait son royaume. Mais elle reviendra sur cette donation en 1366..

Plus tard, durant la guerre de succession du royaume de Naples, qui oppose Charles de Duras puis son fils Ladislas à Louis d'Anjou, puis sa veuve Marie de Blois, la seigneurie et le fort de Brégançon sont donnés par cette dernière en 1387 au condottiere génois Balthazar Spinola, qui a trahi le camp de Charles de Duras pour celui des Angevins. Il se sert de sa nouvelle propriété pour piller les côtes toulonnaise et hyéroise. Brégançon retourne au comte Louis II d'Anjou en 1405, Balthazar Spinola le cédant pour .

Le fort royal de la Renaissance upright=1.5|thumb|Détail d'une ancienne carte de 1707 par Jean Nicolas de TralageCarte de Jean Nicolas de Tralage 1707. montrant les îles et la baie d'Hyères et sur laquelle le fort est mentionné. En 1481, Brégançon devient une forteresse royale en même temps que le comté de Provence est légué au roi Louis XI par son dernier titulaire Charles III. Le roi charge alors Palamède de Forbin, nommé gouverneur de Provence, ainsi que le gouverneur de Bourgogne Jean de Baudricourt, de prendre possession de ce nouveau territoire et de le sécuriser : l'artillerie et la navigation s'étant perfectionnées, le vieux château de Brégançon est jugé insuffisant pour la défense de la côte. C'est alors, en 1483, que Jean de Baudricourt fait placer le fort de Brégançon sur son îlot actuel.

Il est assiégé en 1524 par l'ancien connétable disgracié Charles III de Bourbon, passé au service de Charles Quint en 1523, et la forteresse ne résiste que quelques jours.

En 1531, Brégançon est inscrit dans le tout nouveau marquisat des Îles d'Or, créé par François au profit de son général des Galères Bertrand d'Ornézan, également chargé du commandement du fort et de protéger la côte toulonnaise face aux raids ottomans. Ce marquisat revient un temps à la couronne en 1549, puis est immédiatement offert par Henri II à l'Allemand Christophe de Rocquendorf, qui le cède à son tour en 1552 à Gabriel de Luetz, seigneur d'Aramon et ancien ambassadeur de auprès des Ottomans à Constantinople. Ce n'est qu'après la mort de ce dernier en 1560 que Brégançon revient à la couronne, en 1561.

À l'exception de Charles IX, qui s'y arrête quelques heures le 30 octobre 1564 avec la reine-mère Catherine de Médicis et sa cour durant le Grand tour, aucun souverain n'y séjourne, le laissant sous le commandement de capitaines provençaux.

En 1574, Henri III, le frère de Charles IX, à peine devenu roi, élève la seigneurie de Brégançon en marquisat, au profit d'Antoine Escalin des Aimars, baron de La Garde-Adhémar, seigneur de Pierrelatte et général des galères. Devenue un bastion protestant, le fort est assiégé en 1578 par le chef des armées catholiques de Provence, le comte de Vins. Si le châtelain et la garnison se rendent seulement au bout de deux jours, ils sont tous massacrés.

En 1578, la seigneurie revient au domaine royal. Les besoins militaires nouveaux poussent alors le roi à décider que les seigneurs ne soient plus de droit capitaines du fort, dont le commandement doit être confié à un gouverneur.

En 1581, le marquisat est donné en adjudication à Boniface de La Môle, seigneur de Collobrières, tandis que le gouvernorat de la forteresse est confié en 1582 au capitaine des galères Melchior de Gasquy, issu d'une famille noble de Manosque. Le fils aîné de ce dernier, Joseph de Gasquy, devient à la suite du décès de son père gouverneur du fort en 1606. À sa mort en 1609, son frère cadet Honoré de Gasquy reprend la charge de gouverneur de Brégançon. À la mort de Boniface de La Môle, le marquisat revient de nouveau au domaine royal, puis est attribué par contrat d'engagement à Honoré de Gasquy le . Le gouvernorat et le marquisat sont de nouveaux réunis.

Le fort du à la Révolution

Alors que la France s'engage dans la guerre de Trente Ans contre l'Espagne, le cardinal de Richelieu décide de réorganiser la défense des côtes toulonnaises et hyéroises et des îles environnantes : le fort de Brégançon prend alors sa forme actuelle. Les Gasquy , père et fils, réarment le fort et renforcent sa défense, très endommagée par les guerres de religion du siècle précédent.

Entre 1632 et 1640, Honoré de Gasquy acquiert par lots la seigneurie de Léoube, contiguë à celle de Brégançon. Ces terres restent dans la famille de Gasquy jusqu'au 20 octobre 1660, date à laquelle Claude, Jean et François de Gasquy, héritiers d'Honoré leur père, vendent le marquisat de Brégançon et la seigneurie de Léoube à Louis de Cormis de Beaurecueil, qui en rend hommage au roi le , mais s'en sépare dès 1666 après que des incendies ont ravagé le domaine, et que la vente de 1660 fut annulée car les frères de Gasquy étaient seulement engagistes du marquisat, qui était un domaine inaliénable. La seigneurie de Léoube est rendue par décision de justice à la famille de Gasquy qui s'en sépare définitivement en 1679, et le marquisat de Brégançon fait retour aux domaine royal, qui l'administre jusqu'en 1714.

Le , la seigneurie de Brégançon est de nouveau engagée à Joseph-Paul de Ricard, Conseiller au Parlement de ProvenceVoir la Liste des officiers au Parlement de Provence.. À sa mort en 1741, son fils Louis-Hercule de Ricard prend les rênes du marquisat. Il meurt en 1747 avec pour seule descendance trois filles.

Ses héritiers se séparent donc de la seigneurie, qui est engagée en 1775 au profit d'Alexandre Pateron. Après avoir vainement tenté d'agrandir son domaine en faisant des procès à ses voisins, il se sépare de Brégançon au bout de quelques mois.

Finalement, le marquisat est engagé pour la dernière fois le à Pierre Rouard, qui reste seigneur de Brégançon jusqu'à la Révolution, durant laquelle il est mis de fait un terme à l'existence juridique du marquisat. Trouvant le fort très inconfortable, il commence à faire réaménager une des fermes du domaine, pour la transformer en château. Les travaux ne sont pas interrompus par les évènements, ni les procès qu'il intente à ses voisins et aux communes d'Hyères et de Bormes, en vue d'agrandir son domaine.

De la Révolution à aujourd'hui thumb|Vue du fort de Brégançon depuis le cap Léoube, situé au nord-ouest de celui-ci. En arrière-plan, à droite du fort, on aperçoit l'île du Levant et l'île de Port-Cros, deux des îles d'Hyères. Durant la Révolution française, la garnison du fort intervient en 1789 pour protéger quelques possessions conservées par la marquise de Ricard qui sont attaquées par les paysans. Plus tard, en 1791, les armes de la garnison sont prises par le Club des Jacobins d'Hyères. Le fort attire à partir de 1793 l'attention de Bonaparte, nommé inspecteur des côtes après la prise de Toulon aux royalistes le (il y séjourne d'ailleurs durant l'hiver 1793-1794). Ainsi, une fois devenu premier consul en 1799, il le fait réparer et doter d'une importante artillerie, puis, après son sacre comme empereur, il fait renforcer sa garnison en 1805 par l'installation d'une compagnie de vétérans impériaux.

Le , Napoléon tranche depuis Schönbrunn l'instance portée devant le Conseil d'État par Pierre Rouard. Ce dernier est débouté de toutes ses prétentions, et même exproprié du domaine, qui est définitivement détaché du fort.

Après plusieurs changements de propriétaires, le domaine est acquis en 1836 par la famille Chappon, qui termine les travaux commencés par Pierre Rouard, et embellit la demeure située sur le continent face au fort, qui est aujourd'hui connue sous le vocable « Château de Brégançon ». En 1880 Hermann Sabran, époux d'Hélène Chappon, alors avocat et administrateur des Hospices civils de Lyon, fait sien le projet de construire un hôpital à la mémoire de sa fille unique, Renée Sabran, décédée à l’âge de . Il pense alors affecter une partie de sa propriété à la création de l’hôpital, mais l’éloignement d’Hyères et l’absence d’eau douce l’en détourne. C’est donc sur la presqu’île de Giens que le projet prend forme. L’hôpital Renée-Sabran existe toujours. Hermann Sabran contribue également à l’expansion du vignoble, classé en AOC côtes-de-provence depuis 1955, aujourd'hui propriété de la famille Tézenas, descendante d'Hermann Sabran.