The Raven est le quatrième album studio du groupe The Stranglers. Enregistré à côté de Paris au cours du mois de , il sort le de cette même année au Royaume-Uni, sur le label United Artists. C'est le premier album que le groupe a produit lui-même, avec l'aide de l'ingénieur du son Alan Winstanley.
Après l'album relativement expérimental que représentait Black and White en 1978, le nouvel opus continue dans la même veine tout en essayant de réconcilier innovation musicale et accessibilité. Les thèmes abordés sur The Raven reflètent les tournées incessantes des Stranglers au cours des deux années précédentes (Europe, Japon, Australie, États-Unis) tout en gardant une tonalité européenne. Le corbeau de la pochette et de la chanson-titre est en effet l'animal emblème des Vikings, le peuple européen conquérant.
L'album est donné en public pour la première fois en , lors d'un concert en première partie des Who à Wembley. Il est généralement bien accueilli par la presse et il est souvent cité comme leur préféré par les fans et plusieurs membres du groupe. Il a rencontré un grand succès au Royaume-Uni en entrant directement à la des charts et le premier single qui en a été tiré, Duchess, à la .
Genèse et enregistrement Contexte général The Raven est publié en , le même mois que les albums 154 de Wire, Entertainment! de Gang of Four, A Different Kind of Tension des Buzzcocks, Cut des Slits et Join Hands de Siouxsie and the Banshees. En juin, est sorti Unknown Pleasures, le premier album de Joy Division, et en novembre, ce sera au tour du deuxième de PIL, Metal Box.
Après la mort de la première vague punk, à la fin de l'année 1977, le rock anglais a commencé à évoluer rapidement et les premiers disques de post-punk et de synthpop sont sortis dès le début de l'année 78. Les deux sous-genres de new wave que constituent la « new pop » (d'Orange Juice à Scritti Politti) et la « big music » (d'Echo and the Bunnymen à U2) et, dans un genre très différent, le rock gothique (Bauhaus) sont encore à inventerPour les dates de naissance et les caractéristiques de ces différents mouvements, se reporter à l'ouvrage de : .. The Raven se situe dans cet entre-deux.
Genèse En , les Stranglers viennent de sortir trois albums en dix-huit mois : Rattus Norvegicus et No More Heroes en 1977, Black and White en 1978. Et les deux auteurs-compositeurs du groupe ont trouvé le temps de travailler sur leurs albums solos respectifs : Euroman Cometh qui est sorti au mois d', pour JJ Burnel et Nosferatu qui est presque achevé et sortira en novembre, pour Hugh Cornwell. La sortie d'un premier album live intitulé X-Cert, en , est venue clore cette première période intense du groupecomme l'annonce JJ Burnel dans une interview avec : ..
L'intention des Stranglers est de produire, avec The Raven, un disque selon les termes de JJ Burnel dans : . tout en continuant à expérimenter comme sur l'album précédent. Hugh Cornwell s'en explique à l'époque : .
The Raven profite également des expériences solos de ses deux auteurs-compositeursHugh Cornwell explique : dans : . : on retrouve l'expérimentation électronique présente sur Euroman Cometh sur certains titres (Baroque Bordello, Genetixoù les Stranglers ont recours pour la première fois à un Vocoder à la suite de JJ et de son album solo. .) et le côté sombre, gothique de Nosferatu sur d'autres (Ice, Genetix, Dead Loss Angeles). D'autre part, à la suite de sa collaboration avec le batteur de Captain Beefheart, Robert Williams, Hugh Cornwell pousse Jet Black à innover dans sa manière de jouer cité dans : ..
Sur le plan des paroles, le tournant amorcé avec Black & White se poursuit sur The Raven : Hugh Cornwell et JJ Burnel sont moins centrés sur leurs aventures personnelles. Le temps des titres qui leur ont valu une réputation peu flatteuse de misogynes est fini. En fait, Hugh Cornwell expliquera en 2001 que la majorité des chansons ont trait aux pays qu'ils ont visités lors de leurs récents séjours à l'étranger..
L'album est en partie écrit et répété, au mois de , dans une maison louée en Italie, près de Pérouse.. Les souvenirs des deux auteurs-compositeurs différent sur ce point. Dans la biographie du groupe, Hugh Cornwell écrit qu'ils y ont écrit la majorité des chansons tandis que JJ Burnel ne se souvient que de Baroque Bordello..
Enfin, la période qui s'ouvre avec The Raven voit le groupe s'adonner de plus en plus aux drogues dures, un fait qui, selon Hugh Cornwell, influe sur le son de cet album : .
Enregistrement L'enregistrement de The Raven démarre en fait en quand les Stranglers investissent les studios Eden à Londres pour y enregistrer Two Sunspots en vue d'en faire un single. Ils ont alors l'idée de ralentir le rythme du morceau et d'y adjoindre des voix trafiquées avec un harmonizer. Le résultat figurera sur le nouvel album sous le titre de Meninblack. Selon Hugh Cornwell, le morceau parait tellement étrange à Martin Rushent, le producteur des trois premiers albums, qu'il décide de cesser sa collaborationHugh Cornwell rapporte dans sa biographie du groupe : dans : .. Martin Rushent nuancera les propos du groupe en 2008 en disant qu'il n'y avait non seulement des raisons de désaccord musical à son refus de produire The Raven mais aussi des problèmes de relation avec JJ Burnel ainsi que la volonté de s'intéresser à la vague électronique émergente. (il produira l'album Dare de Human League en 1981).
Les Stranglers ont choisi d'enregistrer leur nouvel album dans les studios Pathé Marconi de Boulogne-Billancourt. Selon Hugh Cornwell, à cette époque, le groupe .. Avertis à la dernière minute de la décision de Martin Rushent, les Stranglers se résolvent à co-produire The Raven avec leur ingénieur du son habituel, Alan Winstanley. Même s'il bénéficie de l'expérience que Hugh et JJ ont acquise lors de l'enregistrement de leurs albums solos respectifsHugh Cornwell explique : cité dans: ., le travail avance plus lentement qu'avec leur producteur précédent : une chanson par jour contre deux avec l'aide de Martin Rushent..
Dans le studio d'à côté, les Rolling Stones sont en train d'enregistrer Emotional Rescue. En 1977, Mick Jagger a eu des mots très durs sur les Stranglers cité dans : . mais les deux groupes se croiseront finalement très peu, pendant les deux semaines que durera l'enregistrement de The Raven.
Le mixage a lieu aux studios Air de Londres, d'abord par Alan Winstanley qui, pris par d'autres engagements, ne peut terminer le travail. Steve Churchyard dont Hugh Cornwell a utilisé les services pour Nosferatu, prend alors le relais.
Parution et Réception Parution The Raven est publié le en Grande-Bretagne et dans la foulée, dans le reste du continent européen, chez United Artists. C'est le premier album des Stranglers qui ne sort pas en même temps aux États-Unis et au Canada, le groupe ayant décidé de rompre avec A&M, le label américain de leurs trois premiers albums.. À la place sortira en 1980 chez IRS, un album hybride intitulé IV, fait d'une moitié de The Raven et de quelques titres inédits sortis en simple en Europe.
vignette|Sur la tournée de promotion, le groupe utilise un fond de scène sur lequel figure un gigantesque corbeau. L'album reçoit son baptême public le , lors d'un concert en première partie des Who au stade de Wembley, au cours duquel les Stranglers jouent la quasi-totalité de leurs nouveaux morceaux. Les premières critiques émises lors de ce concert sont d'ailleurs généralement favorables : .. Pour promouvoir l'album, l'attaché de presse des Stranglers a l'idée d'organiser un match de cricket entre la presse anglaise et une équipe constituée de « Stranglers and friends ». Les journalistes jouent en blanc et battent à plate couture les musiciens habillés en noir et dans les rangs desquels on compte Lemmy de Motörhead, Eddy Grant et Captain Sensible des Damned..
Les Stranglers se lancent ensuite dans une tournée britannique qui démarre le jour de la sortie de l'album et se poursuit en novembre avec quelques concerts sur le continent (Belgique, France et Allemagne). À Paris, le concert du est filmé par la télévision pour l'émission d'Antoine de Caunes, Chorus; il est le théâtre de divers incidents qui manquent provoquer l'arrêt de l'émission..
Selon leur biographe officiel, David Buckley, tous les membres du groupe gardent un souvenir ému du disque. : Dave Greenfield déclare que c'est son préféré ., Jet Black se souvient du sentiment de satisfaction qu'il a ressenti après l'enregistrement et du fait que sa première à Wembley a, pour la première fois de leur carrière, été bien accueillie par la presse. Quant à JJ Burnel, il a raconté qu'après la sortie de l'album, il avait fait une tentative de suicide, persuadé que les Stranglers n'arriveraient jamais à dépasser son niveau..
Critique S'il est généralement bien reçu par les presses britannique et française, l'album déroute cependant quelque peu les critiques de l'époque, autant parce qu'il représente un changement de direction pour le groupePenny Kiley écrit par exemple dans sa critique de l'album : dans : . que par son aspect aventureuxmot qu'emploient Francis Dordor et Penny Kiley dans leurs critiques respectives. ., expérimental : . ou inégalJacques Colin juge : dans : tandis que Phil McNeill se demande : dans : <.. Parmi les quatre grands magazines britanniques spécialisés, deux lui attribuent la note maximum : le Record Mirror et Sounds où Dave McCullough juge que c'est .. Les deux magazines français Best et Rock & Folk sont également partagés : Jacques Colin, préposé d'office à la critique par le rédacteur en chef de Rock & Folk, émet un avis nuancé tandis que Francis Dordor pour Best est conquis, parlant de musique .
À l'époque de sa sortie, il permet aux Stranglers de se classer groupe et de classer The Raven album dans le sondage annuel réalisé auprès de ses lecteurs par le magazine britannique New Musical Express.. À l'inverse, il ne se classe pas dans la liste des dix meilleurs albums de l'année établie par les critiques du magazine..
Progressivement, les médias, notamment spécialisés, se sont mis à réévaluer son importance. Rock & Folk l'a classé en 1995 parmi les 300 disques incontournables des trente années précédentes Il est à noter que le magazine a beaucoup évolué dans la désignation de ses disques préférés des Stranglers : c'était Feline qui figurait dans le hors-série de 1991, dans celui de 2000, ce sera Black & White. et les Inrockuptibles l'a cité en 2004 dans sa sélection d'albums des années 1970.. À partir de 2007, le disque est même qualifié de chef-d'œuvre : c'est le terme qu'emploient le quotidien britannique The Guardian dans sa sélection des 1000 albums à écouter avant de mourir, parlant même de . et Rock & Folk dans la critique de la ré-édition du coffret The Old Testament où Nicolas Ungemuth estime qu'.
Classements des ventes En Grande-Bretagne, où les Stranglers sont très populaires depuis leur premier album, The Raven atteint la du top 40. mais une erreur due à l'organisme qui relève les ventes l'empêche d'atteindre la première place dès sa sortie : en effet, une partie des ventes de The Raven est créditée à Police pour leur album Reggatta de Blanc qui, lui, n'est pas encore sorti.. L'album est certifié disque d'or en Grande-Bretagne et faire une recherche avec Stranglers..
Les trois singles issus de l'album, Duchess, Nuclear Device et Don't Bring Harry, se classent respectivement à la , et . Duchess fera sa réapparition dans les charts en 1997 dans une version très proche de l'original due au groupe de britpop My Life Story..
Héritage