La Caisse d'épargne est une banque française constituée autour des quinze caisses d'épargne régionales.
Elle était jusqu'en un groupe bancaire français, avant de fusionner avec celui des Banques populaires, opération entérinée le . La nouvelle entité, dont le nom est Groupe BPCE, devient le deuxième groupe bancaire françaisRéjane Reibaud, Guillaume Maujean, BPCE devient le deuxième groupe bancaire français, Les Échos, 25 juin 2009. Au sein du groupe BPCE, les deux enseignes commerciales, Caisse d'épargne et Banque populaire, subsistent. La Caisse d'épargne est la plus grande banque commerciale du groupe BPCE.
Les caisses d'épargne françaises sont parfois désignées sous l'appellation l'Écureuil, d'après l'animal emblème des quinze caisses d'épargne.
Historique thumb|L'ancienne Caisse d'épargne de Vesoul, édifiée en 1909.
Naissance des Caisses d'épargne en France En France, la Caisse d'épargne est une initiative privée du baron Joseph-Marie de Gérando, relayée par Benjamin Delessert et , deux philanthropes, destinée à encourager l'épargne populaire dans une période marquée par des conditions économiques et sociales difficiles. Le livret va concrétiser l'acte d'épargne en permettant de conserver la trace des versements et intérêts perçus.
La première Caisse d'épargne et de prévoyance a été créée le à Paris sous la forme d'une société anonyme. L'acte constitutif est signé devant le notaire Colin de Saint-Menge. Il comporte vingt signatures, presque toutes de banquiers : , Jacques Laffitte, Jean-Conrad Hottinguer, Benjamin Delessert, baron Auguste de Staël, Scipion Perier ou encore James de Rothschild, ainsi que Bernard Boucherot, Claude-Georges Barrillon, Henry Flory, Jean-Marie-Gaspard Busoni, Jean-François Guérin de Foncin, Jacques Lefebvre, Adolphe-Pierre-François Cottier, Barthélémy Guiton, Jean Charles Joachim Davillier, Honorat Lainé, Auguste-Charles-Théodore Vernes, Alexandre César de La Panouse, Henri Hentsch et Vital RouxBulletin des lois. Partie principale, Imprimerie nationale, 1819.
Le , une ordonnance. de autorise la société anonyme formée à Paris sous le nom de Caisse d'épargne et de prévoyance...
Constitution d'un réseau de proximité L'ouverture officielle de la première Caisse d'épargne a lieu le dimanche , dans le local de la Compagnie royale d'assurances, installée au 104, rue de Richelieu à Paris. Elle accueille vingt-huit déposants le premier jour. Au de la même année, elle avait ouvert pour un montant de .
La Caisse d'épargne ne rencontre pas un succès immédiat du fait de la faible capacité d'épargne des classes populaires, mais aussi d'une confiance trop faible envers l'institution. Les fondateurs demandent alors à l'État d'assurer les relais et de s'impliquer davantage. C'est ce qu'il fait en prenant en charge le placement et la garantie des fonds en fixant le plafond des livrets. La loi du reconnaît alors les Caisses d'épargne comme établissements privés d'utilité publique. Le succès du système s'amorce alors avec, dix-huit ans après la création du livret, un montant des dépôts qui atteint 147 millions de francs. Devant cette croissance, l'État, à travers la loi du , confie à la Caisse des dépôts l'administration des fonds. En 1895, les Caisses d'épargne sont tenues de passer une fois par an un contrôle de l'Inspection générale des finances. La même année, une loi donne le droit aux Caisses d'épargne, sur leurs fonds personnels, d'investir dans des projets locaux. Les Caisses d'épargne se mettent à financer la création de logements sociaux, puis des bains-douches et des jardins ouvriers. C'est alors en 1844 que la Caisse d'épargne s'installe à son actuel siège historique, l'hôtel Thoinard, situé au 19, rue du Louvre dans le arrondissement (anciennement 9, rue du Coq Héron avant le percement de la rue du Louvre en 1880)..
thumb|Les anciens bains-douches de 1913, propriété de la Caisse d'épargne jusqu'en 1953, à Pontoise.
En 1839, les Caisses d'épargne sont 284, puis 364 en 1847, 546 en 1895.. Un mouvement, ébauché vers la fin de 1907, se concrétise au tournant des années 1910 : les caisses d'épargne françaises se réunissent en groupements régionaux qui prennent le nom de « conférences ». Ainsi, on retrouve : la Conférence de la région du Nord et de l'Est ; la Conférence de la région de l'Ouest et du Sud-Ouest ( sur , la première par son importance territoriale et financière) ; la Conférence de la région du Centre ; la Conférence de la région du Centre-Est la Conférence de la région du Nord-Ouest ; la Conférence de la région du Midi et du Sud-est.
Ces conférences régionales se fédèrent elles-mêmes en en une Conférence générale des caisses d'épargne de France. D'après Le Républicain de Toulouse et du Midi, l'utilité de ces groupements est avant tout de , ainsi que de .
Cette période de forte expansion voit l'émergence d'une gouvernance locale assurée par les élites économiques régionales. À Marseille, le conseil d'administration de la Caisse d'Épargne a ainsi compté parmi ses membres des figures majeures du négoce international comme Georges Sechiari, illustrant l'étroite collaboration entre les dynasties marchandes (notamment de la diaspora grecque) et le développement des institutions financières territorialesIndicateur marseillais : annuaire du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de l'administration, éditions 1870-1880 (Listes des administrateurs de la Caisse d'Épargne)..
Période d'après-guerre : 1945-1965 En 1950, l'amélioration des conditions économiques (stabilisation des prix et revalorisation du franc) relance l'épargne. En 1951, il est accordé aux Caisses d'épargne un supplément d'intérêt : il passe de 0,25 % en 1950 à 0,50 % en 1951, ce qui participe à augmenter le nombre d'ouvertures de livrets. Le taux de diffusion du livret des Caisses d'épargne et de prévoyance atteint 29,5 %.
Cette période marque la diversification des services offerts par la Caisse d'épargne. Dans le cadre de la reconstruction d'après-guerre, le député Jean Minjoz propose une loiLoi du dite Minjoz relative au placement des fonds des caisses d'épargne, Journal Officiel de la République française du 29 juin 1950 sur Legifrance qui permet aux Caisses d'Épargne d'utiliser une partie des épargnes de leurs clients pour prêter de l'argent aux organismes publics et aux collectivités locales. En 1950, la loi Minjoz est votée. Les demandes de prêts dépassent les capacités des Caisses d'épargne et une procédure de sélection est mise en place. Elle dure trois mois et commence par la constitution d'un dossier de prêts, qui est ensuite étudié par un comité départemental qui envoie ou non le dossier à la Caisse des dépôts.
Le , un décret permet aux Caisses d'épargne de se passer d'administrateur. Affranchis de cette contrainte, de nouveaux bureaux ouvrent pour atteindre le nombre de en 1958, soit 30 % de plus qu'en 1946.
Consolidation : 1965-1981 Le décloisonnement bancaire et l'entrée dans l'ère de la concurrence L'année 1965 marque l'entrée dans la concurrence. Le système d'épargne crédit et de prévoyance exclusivement réservé aux Caisses d'épargne ainsi qu'à la Caisse postale sont remplacés par le plan épargne logement (1965) et le livret B (1966) ouverts à tous.
Les Caisses d'épargne proposent de nouveaux produits. C'est Michel Debré, ministre de l'économie et des finances de l'époque, qui lance par le décret Debré-HabererLes évolutions du système bancaire français de l'entre-deux-guerres à nos jours : Spécialisation, déspécialisation, concentration, concurrence, Jean-Marie Thiveaud, La Revue d'économie financière, 1997 (consulté le 20 février 2018 la déspécialisation du secteur bancaire. Les banques de dépôt, et donc la Caisse d'Épargne, sont maintenant autorisés à investir dans jusqu'à 20 % du capital d'une entrepriseL'histoire des banques françaises, un éternel recommencement : la loi bancaire de 1984 consacre la banque universelle, La Tribune, 21 août 2014.
Le Rapport Racine Le rapport Racine achève de développer la gamme de produits proposés par les Caisses. Écrit en , par Pierre Racine alors qu'il était au cabinet du Ministre de l'économie Michel Debré, le rapport préconise la banalisation des activités, car sans cela les Caisses d'épargne ne seraient pas en mesure de faire face à la concurrence. Il doit permettre aux Caisses de vendre des produits comme des comptes chèques ou des opérations à l'étranger.
On assiste alors à une rationalisation de la présence, de l'activité et de la gérance des Caisses d'épargne pour pouvoir faire le poids face aux autres offres concurrentes. La diversification de la Caisse d'épargne est lancée : prélèvement sur Livret 1968, placements mobiliers 1969, prêts sans épargne préalable 1971, compte chèque 1978, carte bleue 1982. Cette expansion est notamment permise par l'obligation faite par l'État de payer tous les salaires de plus de 1500 F par versement sur un livret.
Si la commission Racine autorise un enrichissement de la gamme de produits bancaires offerts par les Caisses, elle exige aussi une réorganisation des Caisses d'épargne. Pour répondre à cette volonté, l'Union nationale des Caisses d'épargne (UNCEF) est créée pour regrouper les sept unions régionales (URCE). L'union dispose de services d'information, de formation et de représentation, auxquels s'ajoute en 1972 une direction commerciale. De 1971 à 1981, 4 800 salariés y suivent des formations.
En 1974, l'union nationale préconise un regroupement autour de 150 à 200 Caisses d'épargne, pourtant cinq ans plus tard, la situation n'évolue toujours pas.
La mise en place des GREP En 1970, devant l'éparpillement et l'hétérogénéité des Caisses, l'État choisit de créer les Groupements régionaux d'épargne et de prévoyance (GREP)Décret du 11 décembre 1969 relatif au régime des caisses d'épargne, sur Legifrance, version consolidée au 20 février 2018 (consulté le 20 février 2018) pour pouvoir lancer les bons d'épargnes, et des prêts personnels. Ces groupements ont la surface financière nécessaire pour émettre des bons au niveau régional et les recycler en fonds nécessaires au financement des prêts. Ils sont au nombre de douze pour couvrir les vingt-et-un régions administratives françaises.
Mutations institutionnelles 1981-1992 : Réforme des Caisses d'épargne En , la commission Ancian rassemble quatre représentants de l'UNCEF, quatre représentants de la Caisse des dépôts et deux membres de la GREP pour faire un diagnostic des faiblesses du réseau, le but est de tirer les conclusions de l'échec de l'UNCEF. Cette fois les Caisses d'épargnes participent à la consultation du gouvernement. L'évolution des caisses d'épargne ou la deuxième vie de l'Ecureuil, Après-demain, N°331-332 Février-Mars 1991 (consulté le 20 février 2018 sur le site de la Fondation Seligmann).
Les résultats de la commission Ancian sont repris dans une proposition de loi déposée devant l'Assemblée le , pour être finalement adoptée un an plus tard les 13 et . Datée du Loi du juillet 1983 portant réforme des caisses d'épargne et de prévoyance, Article 24, sur Légifrance(consulté le 20 février 2018), la loi reconnaît aux Caisses d'épargne le statut d'établissement de crédit et introduit une réorganisation autour de trois niveaux : local, régional et national sur le modèle proposé par le rapport Ancian.
Loi bancaire de 1984