Mū est une aventure de Corto Maltese écrite et dessinée par Hugo Pratt. C'est la dernière aventure publiée par Hugo Pratt.
Avec ce récit, l’auteur donne en quelque sorte, un prolongement à Sous le signe du Capricorne et Corto toujours un peu plus loin, car nous retrouvons Levi Colombia et Tristan Bantam, en 1925, poursuivant leur recherche du continent perdu en Amérique centrale, ainsi que Bouche dorée et Soledad Lokäarth.
Personnages Dans cet album ressurgissent nombre de personnages déjà apparus dans des précédentes aventures : Corto Maltese Raspoutine : Marin russe, ami de Corto, surnommé Raspa. Tristan Bantam : Jeune professeur d'archéologie et de sciences exactes. Il est déjà apparu dans Sous le signe du Capricorne, où il partait à la recherche du continent perdu de Mū , poursuivant la quête de son défunt père. Depuis 1916, il est allé à l'Université de Cambridge, à Trinity College, où il a obtenu un diplôme scientifique et y enseigne. Jeremiah Steiner : Ancien professeur de l'université de Prague, particulièrement versé en histoire et dans tout ce qui touche l'occulte, l'hermétisme et l'ésotérisme. Ami de Corto et de Levi Columbia. Soledad Lokäarth : Évangéliste habitant les Caraïbes. Lévi Colombia (ici nommé "Levi Columbia") : Antiquaire et riche homme d'affaires sud-américain. De père espagnol et de mère indienne-colombienne. Passionné d'archéologie, il recherche ardemment des lieux mythiques, tels que l'Eldorado ou Mū . Bouche Dorée : Magicienne brésilienne vivant à Salvador de Bahia. Vivant depuis des siècles, elle se présente également comme le ju-ju le plus féroce. À cela s'en ajoutent de nouveaux :
Jesus-Maria : Indien ami de Soledad, jalousement amoureux d'elle. Dandy Roll : Chef d'une bande de pirates, érigeant un Jolly Roger à son nom. Lui et sa bande vivent sur une île produisant de la marijuana et du rhum réputés (mais ils consomment tout eux-mêmes). Il est amateur de passacaille et de Luigi Boccherini. Tracy Eberhard : Aviatrice, faisant partie d'une famille de fabricants de montres suisses. Elle a beaucoup entendu parler de Corto par sa collègue Amelia EarhartHugo Pratt fait référence à l’aviatrice américaine, Amelia Earhart, première femme ayant traversé l’Atlantique. Elle disparut en 1937, lors d'un tour du monde aérien, alors qu'elle survolait le Pacifique. (De l'autre côté de Corto, Casterman, 1996).
L’histoire
Prologue Hugo Pratt a écrit un prologue à cette histoire, sous forme de long texte intitulé Les Atlantes, présent dans certaines éditions de l'albumTrouvable par exemple dans l'édition de l'album par Casterman portant l'. :
Raspoutine, le professeur Jeremiah Steiner et Tristan Bantam sont réunis autour d'une table de Tarifa, sur la route de Cadix, en Espagne. Ils discutent à propos d'une statuette en bronze sarde achetée par Tristan représentant un guerrier, que le professeur estime dater du . Quant au Russe, il la qualifie dAtlante, se basant sur des statues similaires présentes au séminaire de Tbilissi (en Géorgie), qui portent ce nom. C'est ainsi que la conversation entre le marin et le professeur se poursuit sur l'Atlantide et sa possible existence. Le soir même, Corto Maltese les rejoint et leur annonce pressentir une bonne nouvelle, qui se concrétise le lendemain. En effet, ils reçoivent un télégramme en provenance du Venezuela, signé Levi Columbia : Les quatre hommes le rejoignent donc pour une expédition aux Caraïbes...
Récit principal Un scaphandrier remonte à la surface de l’eau. C'est Corto qui revient d’une exploration sous-marine, à la recherche de traces du légendaire continent perdu de Mū . À bord du bateau, Soledad Lokäarth, Levi Columbia, Bouche Dorée, Raspoutine, Tristan Bantam et Jesus-Maria l’entourent pour savoir s’il a trouvé ce qu’ils cherchent. À de profondeur, il a vu des peintures mayas en parfait état de conservation. Peu après, Levi Columbia étudie un vieux codex maya indiquant des informations sur ce continent.
Sur le rivage de l’île volcanique proche, le navire est espionné par le pirate Dandy Roll et ses deux acolytes. Les tambours se font entendre ; les Indiens ont aussi pris connaissance de la présence du voilier. Un vol de quetzals les a averti du retour du dieu Kukulcan, dit « Tête de soleil ».
La nuit tombée, un indien nage jusqu'au bateau et observe la blonde Soledad accoudée au bastingage. « Tête de soleil » est une femme !
Une barque approche silencieusement à son tour. À son bord : Dandy Roll et ses compagnons. « Tête de soleil » est en danger. L’Indien rebrousse chemin pour en aviser les magiciens.
Pendant ce temps, Corto et ses amis devisent sur les diverses civilisations perdues au cours des millénaires. L’irruption de Roll les menaçant d’un revolver coupe court à leur discussion. Raspoutine ne se laisse pas intimider. Rapidement maîtrisé, l’intrus révèle qu’ils ne sont pas seuls sur l’île. La tribu des indiens Ciboney occupe la cité des morts, vestiges d’une ville antique, de l’autre côté du volcan. Intrigués, ils projettent de s’y rendre dès le lendemain.
Au réveil, l’équipage constate la disparition de Soledad. Aussitôt, Corto, Raspoutine, Jesus-Maria et Tristan se rendent à terre pour la rechercher…
Dissimulés dans les feuillages, les indiens surveillent leur progression. Un hydravion survole alors l’île avec apparemment des ennuis de moteur. Ils le voient s’écraser dans la jungle. Arrivés devant l’appareil en feu, Corto se précipite pour extraire le pilote de son cockpit. Il est sain et sauf mais inconscient. Lorsqu’il lui enlève son casque, ils s’aperçoivent qu’il s’agit d’une femme. Reprenant ses esprits, elle décline son identité : Tracy Eberhard. Cette nouvelle recrue inopinée se joint à eux pour continuer les recherches.
Ils découvrent bientôt un temple. En éclaireurs, Corto et Raspoutine en gravissent les marches qui conduisent à une salle. Intrigué par les symboles de Templiers gravés sur les parois, Corto tombe par inadvertance dans les sables mouvants d’un puits…
Sorti de cette mauvaise passe, notre marin est accueilli par les hommes-jaguars qui le provoquent pour les combattre…
Après avoir surmonté ces premières épreuves, il ne sait où est passé Raspoutine. Cependant, sauver Soledad est sa priorité. Il s’engage seul dans un labyrinthe sacré où, au bout d’escaliers sans fin, l’attendent des rencontres inquiétantes ; où, derrière chaque porte se révèlent d’étranges lieux. Il traverse d'abord la mythique Aztlan des Aztèques, avant de se retrouver face aux moaïs, survivants de Mū , « ceux qui regardent les étoiles depuis des millions d'années ».
Mais Corto pourra-t-il sauver Soledad ? Retrouvera-t-il Raspoutine et ses autres compagnons ? Quelles péripéties l’attendent encore, dans son aventure la plus étrange ?
Analyse
Contexte d'écriture Après son album précédent, Les Helvétiques, qui se déroulait en Suisse, Hugo Pratt voulait . Il avait hésité entre deux idées : soit la recherche d'une ancienne cité au Guatemala, soit une suite de La Jeunesse de Corto Maltese en Indonésie. Finalement, il a opté pour une thématique sur l'Atlantide/Mū , puisque ce mythe a tant fait parler de lui qu'il avait envie d'en livrer sa propre version. D'ailleurs, il souligne que les civilisations englouties figurent dans nombre de textes : des codex mayas, l'Ancien testament, l'Épopée de Gilgamesh... Cette aventure est aussi l'occasion pour lui de prolonger Sous le signe du Capricorne, où ce thème a déjà été traité.
L'épisode a été écrit au retour de son voyage en 1988 à travers les Amériques, son dernier grand voyage. Il se rendit en Argentine, au Chili, à l’île de Pâques, au Pérou, au Mexique (où il visita notamment Tula, capitale légendaire des Toltèques), au Guatemala, au Honduras, en Floride et au Canada. Ce séjour d'un mois et demi lui a permis de réunir une documentation iconographique ayant servi de base à son récit. Il envisageait d'ailleurs depuis longtemps de se rendre sur cette île, afin de contempler le mystère de leurs statues. Il avait même une fois acheté le billet pour y partir, mais a dû y renoncer, à cause de l'installation de certains de ses enfants à Paris. Anne Frognier, qui fut sa femme, s'y rendit à sa place avec leurs enfants Giona et Silvina. Il a quand-même finit par s'y rendre en novembre 1988 avec Patrizia. Il s'agissait pour lui de se rendre à un des lieux les plus inaccessibles au monde, afin de se plonger dans un monde perdu, lié à l'Atlantide et à Mū . Il avait en tête les écrits sur les mystères de l'Océanie, des livres de Pierre Loti à ceux de Thor Heyerdahl. Mais en arrivant sur place à l'aéroport, il aperçoit des t-shirts fabriqués en Italie ou à Hong Kong. Il a même vu des légionnaires en vacances suivant une troupe de danseuses polynésiennes en tournée dans le Pacifique. Il avait alors l'impression d'arriver trop tard. Heureusement, les statues avaient été relativement préservées. Un de leurs noms anciens a pour sens "Les yeux regardent les étoiles". Donc, une nuit, avec Patrizia, il est allé voir les étoiles depuis les statues. Il a alors enfin trouvé la suggestion d'une civilisation perdue, le sentiment qu'il se trouvait au nombril d'un univers. Tel un désespéré, il a cherché l'entrée d'un tunnel conduisant à un monde souterrain, trait d'union oublié entre les continents.
Position de l'île L'île volcanique dans et sous laquelle se déroule l'aventure, nommée « île Quetzal », n'existe sans doute pas. Mais une vieille carte allemande de Lévi Colombia, présentée en introduction de certaines éditions de l'album, situe une des entrées hypothétiques de Mū près de (non loin des Îles Caïmans). L'île en question est sans doute positionnée dans le secteur. Pourtant, et ceci est révélateur du talent de Pratt à croiser des pistes, on rencontre aussi des moaï dans cette aventure et sur les doubles-pages de garde de tous les albums, Mū est situé dans le Pacifique sud, non loin de l'île de Pâques.
Allusions culturelles Dans cet épisode, Pratt mélange des références à l'Atlantide, à Mū , aux civilisations mésoaméricaines, aux théories des explorations de l'Amérique avant Christophe Colomb et à nombre d'autres allusions culturelles. Afin de mieux les comprendre, un long dossier est disponible en introduction de plusieurs éditions de l'album. Pour se documenter, le bédéiste a (re)lu de nombreux livres, comme ceux de James Churchward, qui selon lui racontait des choses intéressantes de manière farfelue.
De même qu'il a consulté la bande dessinée de science-fiction américaine Brick Bradford, créée en 1933 par le dessinateur Clarence Gray et le scénariste William Ritt, où figurent des aventures avec des civilisations précolombiennes. Cette histoire s'inscrit ainsi dans la tradition des bandes dessinées d'aventures des années 1930, avec un monde souterrain de légendes, un genre que l'on désigne sous le nom de monde perdu. Voici de quoi relèvent ces allusions:
L'Atlantide et la mythologie grecque gauche|vignette|Carte fantaisiste de l'Atlantide (1678) d’Athanasius Kircher, Mundus Subterraneus (le nord est en bas).