Abydos (en grec ancien ) est une ancienne ville et diocèse de MysieGranger (1997) Allan & Neil (2003) , située sur la rive asiatique de l’Hellespont (Dardanelles), dans la région du cap Nara Burnu, près de l’actuelle Çanakkale (Turquie) et faisant face à l’ancienne cité de Sestos. À l'origine, il s'agissait d'une colonie de Milet fondée durant le deuxième quart du Sa situation géographique entre deux continents (Asie et Europe) sur un détroit qui relie la Méditerranée et la mer Noire lui donna une importance géopolitique et économique considérable faisant de la cité un objet de convoitise pour plusieurs empires. Son histoire s’étendit sur près de deux mille ans (vers 670 av. J.-C. – début du ) Hansen & Nielsen (2004), ).. Elle perdit cette importance au lorsqu’elle fut remplacée comme point de transit par celui situé à l’entrée opposée des Dardanelles entre Lampsacus (rive sud, en Troade) et Kallipolis (aujourd’hui Gallipoli, sur la rive nord)Kazhdan (1991) « Kallipolis », vol. 2, . Au début du , la ville fut abandonnée . Elle était bien connue dans le monde méditerranéen grâce à la légende de Héro et Léandre reproduite sur des pièces de monnaie durant la période romaine.
De nos jours, le site a pratiquement complètement disparu. Les ruines de ses édifices furent réutilisées au cours de la longue occupation ottomane ( – ) pour d’autres constructions. L’élargissement du détroit (Stenon tes Abydou) où la ville était située a submergé l’ancien port de la cité. Dans les derniers siècles, les environs d’Abydos furent utilisés comme base militaire et navale par la Turquie et sont par conséquent interdits d’accès ..
Périodes archaïque et classique (vers 670 av. J.-C. / 336 av. J.-C.)
thumb|left|Abydos et les villes de la région.
Dans l’Iliade d’Homère, Abydos était une ville alliée des Troyens contre les GrecsMitchell (2005) « Abydos ». Plusieurs siècles plus tard, Strabon affirme qu’après la guerre de Troie, la région fut occupée par les Bébryces de Mysie et plus tard par les Thraces.. À l’origine, la ville pourrait avoir été une colonie phénicienne puisqu’on y trouvait un temple d’Aphrodite Porné (Aphrodite prostituée)Miller (2014) Gorman (2001) . Elle fut peuplée par des colons venus de Milet vers 670 av. J.-C., en même temps que les villes de Priape (aujourd’hui Karabiga) et de la Proconnèse (ile de Marmara). Toujours selon Strabon, le roi Gigès de Lydie aurait donné son consentement à l’établissement des gens de Milet au milieu des Dardanelles (et au point le plus étroit) entre 680 et 650 av. J.-C. pour des raisons géostratégiquesBean (1976) , y voyant la possibilité d’y établir une garnison de mercenaires pour prévenir les raids thraces en Asie mineure Fine (1980) .
Pour Milet, il s’agissait plutôt d’une décision économique et la ville devint rapidement un centre d’exportation de thon, ressource halieutique particulièrement abondante dans les DardanellesRoesti (1966) . Elle couvrait une superficie imposante (environ 200-500 km2). À l’ouest, elle allait jusqu’au point séparant la vallée de la rivière Granicus des petits cours d’eau se dirigeant vers l’Hellespont. Au sud-ouest, elle s’étirait jusqu’aux mines d’or (chrysorycheia) d’Astyra qui fut intégrée dans la cité dès l’Antiquité. Ses villages (choria), petits comptoirs (emporia), ports (skalai) sont souvent mentionnés dans les sources (Hérodote, Xénophon, listes athéniennes de tributs, etc...
Dans les années 520 av. J.-C., Abydos était gouvernée par un tyran, Daphnis, favorable aux PersesHansen & Nielsen (2004) , avant d’être occupée par ces derniers en 514. devait détruire la ville après sa campagne contre les Scythes en 512Leveniotis met en doute cette affirmation en voulant comme preuve que la ville participa quelques années plus tard à la révolte de l’Ionie et continua à battre sa monnaie (.). La ville tenta de se rebeller en participant à la révolte de l'Ionie au début du av. J.-C.« Abydus » (dans) Brill Reference on line. [en ligne] https://referenceworks.brillonline.com/entries/brill-s-new-pauly/abydus-e101490. mais revint brièvement sous contrôle perse lorsque, au cours de la seconde guerre médique en 480, et son armée passèrent par Abydos, en route vers la Grèce, traversant les Dardanelles sur un pont flottant. L’invasion perse s’étant révélée un échec, Abydos devint membre de la Ligue de Délos dirigée par Athènes et fut intégrée dans le district de l’Hellespont. En théorie une alliée, Abydos n’en demeura pas moins hostile durant toute cette période à Athènes à qui elle dut verser une contribution (phoros) de 4-6 talents .. Xénophon atteste qu'Abdydos possédait alors des mines d’or à Astyra ou à Kremaste et qu’elle continua à émettre ses pièces de monnaie.
Pendant la période qui suivit la campagne perse, Abydos vécut sous un régime démocratique. La chose devait changer lorsqu’elle abandonna la ligue athénienne en 411 av. J.-C, et s’unit à Sparte contre Athènes. Une expédition commandée par Dercylidas arriva à Abydos; ce dernier fut nommé harmost (commandant et gouverneur) de la ville dont le régime devint oligarchiqueKagan (2013) Hodkinson (2005) « Dercylidas ». Les efforts des Athéniens pour reprendre la ville furent vains et Dercylidas tout comme son successeur Anaxibius demeurèrent en poste jusque vers 389/388 av. J.-C. lorsque ce dernier fut tué dans une embuscade tendue par le général athénien Iphicratès Phang et al. (2016) . À l’issue de la guerre de Corinthe qui opposa Sparte à une coalition de quatre États alliés (Thèbes, Athènes, Corinthe, et Argos) de 395 à 387 av. J.-C. Abydos fut annexée à l’Empire perse et intégrée à la satrapie de Phrygie hellespontineJacob (2011) « Achamenid satrapies ». Durant cette période, la ville fut gouvernée par des hommes forts comme Philiscus en 368Fine (1983) Maffre (2007) , Iphiadès en 360 av. J.-C. qui agirent comme « tyrans » et développèrent les relations avec les autres satrapes de la région.
Période hellénistique (336 av. J.-C. / 133 av. J.-C.)
thumb|right|Stater d’or macédonien venant des ateliers d’Abydos (323-317 ou 297 av. J.-C..
Abydos devait demeurer sous contrôle perse jusqu’à sa conquête par une armée macédonienne conduite par un général de , Parmenion, au printemps 336 av. J.-C.Ashley (2004) . L’année suivante, Abydos fut assiégée par une armée perse commandée par Memnon de Rhodes pendant que Parmenion s’était rendu assiéger la ville de Pitane. Il dut abandonner ce siège et revenir à AbydosFreely (2010) .
En 334 av. J.-C., Alexandre le Grand devait y rejoindre le corps expéditionnaire assemblé par son père pour la campagne contre les Achéménides. Il partit de là pour se rendre à Troie, puis à Percote. Alexandre devait y rétablir un gouvernement démocratique comme il le fit dans presque toutes les cités grecques d’Asie mineure . ainsi qu’une frappe des monnaies Dmitriev (2011) .
À la mort d’Alexandre le Grand en 323 av. J.-C. commença une période de guerres appelées « guerres des Diadoques » qui devait durer jusqu’en 281 av. J.-C. Abydos devint partie de la Phrygie hellespontique et échut d’abord au diadoque Léonnatos, puis après la mort de celui-ci l’année suivante pendant la guerre lamiaque, à Arrhidaeus, un autre général d’AlexandreRobert, « Leonnateus », 2007Roisman (2012) . En 302, au cours de ces guerres, Lysimaque, roi de Thrace, passa en Asie mineure pour envahir le royaume d’Antigone Magie (2015) . Contrairement aux villes voisines de Parium et Lampsacus qui capitulèrent, Abydos choisit de résister et fut assiégée, siège qui dut être levé après l’arrivée de troupes de renfort conduites par Démétrius, fils d’Antigone . Selon Polybe, au cours du la ville voisine d’Arisbe fut subordonnée à AbydosSpawforth, (2015) « Arisbe » de même, à un moment indéterminé, que la ville de DardanieMackay (1976) . Après avoir fait brièvement partie de l’Empire séleucide après 281 av. J.-C., la ville fut conquise par , en 245 av. J.-C. et devait rester sous contrôle égyptien au moins jusqu’en 241. En 200, on la retrouve intégrée au Royaume de Pergame, adversaire des Séleucides et des Antigonides, qui deviendront les alliés de Rome durant les guerres de Macédoine et la Guerre antiochique“Pergamum”, (in) Brill’s New Pauly, Antiquity volumes. Recherche 2021.07.26. [en ligne)<http://dx.doi.org/10.1163/1574-9347_bnp_e913440>. Au cours de la Deuxième guerre macédonienne (200 à 197 av. J.-C.), Abydos fut assiégée par Jacques (2007) . Au cours du siège, Marcus Aemilius Lepidus s’entendit avec Philippe V pour sommer la ville de se rendre au nom du Sénat de Rome; nombre de citoyens choisirent alors de se suicider plutôt que de se rendreMaggie (2015) Briscoe (2015) "Aemilius Lepidus, Marcus (1), Roman consul, pontifex maximus, censor, 179 BCE". Faute de secours, la ville dut se rendre. L’occupation macédonienne devait continuer jusqu’à la fin de la guerre en 196 av. J.-C., avec la paix de Flaminus; Abydos, partiellement en ruines, était à ce moment pratiquement dépeupléeGrainger (2002) .
Abydos devait revenir sous contrôle séleucide au printemps 196 av. J.-C. lorsqu’ s’empara de la ville qu’il fortifia en 192/191 av. J.-C.Magie (2015) . Cependant Antiochos se retira de la ville pendant la guerre antiochique (192-188 av. J.-C.) entre Rome et les Séleucides, donnant ainsi aux Romains la possibilité de transporter leurs troupes en Asie mineure en octobre 190 av. J.-C... Dardanie s’affranchit alors d’Abydos et par la Paix d'Apamée (188 av. J.-C.), Abydos fut rendue au Royaume de Pergame.
Périodes romaine et byzantine (133 av. J.-C. / 1304)
thumb|left| Carte de la Troade près de l'Hellespont (détroit des Dardanelles).
En 133, , dernier roi de Pergame, légua son royaume aux Romains; Abydos devint alors partie intégrante de la province d’AsieDmitriev (2005) . Elle était une des telonia (centre de perception) de la province et appartenait au district judiciaire et fiscal connu sous le nom de « conventus iuridicus Adramytteum » .. Elle était administrée par un komes ton stenon (comte des détroits) et ses subalternes (klassikoi) entre les et et par un comes Abydou à partir de (r. 527-565). Comme par le passé, on continua à y frapper diverses pièces de monnaie de façon intermittente jusqu’au milieu du ap. J.-C. : d’or (spécialement après 411 av. J.-C.), d’argent (période miletène à partir de la fin du av. J.-C. jusqu’en 460 av. J.-C.; perse entre 480 et 450 av. J.-C.) et de bronze (médailles civiques et numéraire sous Alexandre le Grand) de même que diverses pièces romaines (staters, sigloi, tetradrachmes, drachmes, …). La frappe était rendue possible à la fois par l’exploitation de mines d’or (Astyra, Kremaste, etc.) et par les revenus provenant des taxes sur les marchandises transitant par le port.La taxe connue sous le nom de « kommerkion » ou « dekaton » s’élevait à 10% de la valeur des marchandises. À la suite de l’épuisement de ces mines, les activités de frappe prirent fin vers le milieu du . Toutefois, la cité continua son rôle dans la perception des taxes de douane à l’entrée sud de la mer de Marmara Kazhdan (1991) « Abydos » vol. 1, .
En 653, le pape Martin fit halte à Abydos alors qu’il se rendait à Constantinople McCormick (2001) . À la suite des réformes administratives qui eurent lieu au , Abydos fut inclus dans le thème de l’OpsikionLampakis (2008) « Theme of Opsikion ». La fonction de kommerkiarios d’Abydos est attestée pour la première fois dans les sources au milieu du , quelques fois combinée à celle de paraphylax ou gouverneur militaire du fort, position créée au après quoi la fonction de komes ton stenon n’est plus mentionnée Nesbitt & Oikonomides 1996) .