Le mocassin d'eau (Agkistrodon piscivorus), aussi connu en français louisianais sous le nom de congo à tête plate, serpent congo ou simplement congo, est une espèce de serpents de la famille des Viperidae que l'on trouve dans le Sud-Est des États-Unis. Les adultes sont grands et capables de délivrer une morsure douloureuse et potentiellement mortelle. Lorsqu'il est dérangé, ce serpent s'enroule sur lui-même et montre ses crochets venimeux. Bien que leur dangerosité ait été exagérée, en de rares occasions les mâles territoriaux abordent les intrus de manière agressive. Il s'agit du seul crotale semi-aquatique du monde, et on le trouve généralement dans ou près de l'eau, en particulier dans des eaux au courant très faible comme les lacs peu profonds, les ruisseaux et les marais. Ce serpent est un bon nageur et peut même pénétrer dans la mer. Il a réussi à coloniser les îles au large des côtes de l'Atlantique et du Golfe du Mexique.

Le nom générique est dérivé des mots grecs ankistro (en crochet) et odon (dent), et l'épithète spécifique vient du latin piscis (poisson) et voro (manger). L'ensemble de son nom scientifique se traduit donc par « mangeur de poissons à dents en forme de crochet ». Trois sous-espèces sont actuellement reconnues. Son régime alimentaire se compose principalement de poissons et de grenouilles mais est par ailleurs très varié et, de manière unique, on l'a même vu consommer des charognes.

Description

Le mocassin d'eau est la plus grande espèce du genre Agkistrodon. Les adultes dépassent couramment de long, et les femelles sont plus petites que les mâles. La longueur totale mesurée lors d'une étude a révélé que les adultes mesuraient entre 65 et de longKardong, K. V. (1982). Comparative study of changes in prey capture behavior of the cottonmouth (Agkistrodon piscivorus) and Egyptian cobra (Naja haje). Copeia, 337-343.. La masse corporelle moyenne a été jugée à entre 292,5 et pour les mâles, et entre 201,1 et pour les femellesVincent, S. E., Herrel, A., & Irschick, D. J. (2004). Sexual dimorphism in head shape and diet in the cottonmouth snake (Agkistrodon piscivorus). Journal of Zoology, 264(1), 53-59.Rainwater, T. R., Reynolds, K. D., Cañas, J. E., Cobb, G. P., Andersonv, T. A., McMurry, S. T., & Smith, P. N. (2005). Organochlorine pesticides and mercury in cottonmouths (Agkistrodon piscivorus) from northeastern Texas, USA. Environmental toxicology and chemistry, 24(3), 665-673.. Parfois, les individus peuvent dépasser de long, en particulier dans la partie orientale de leur aire de répartitionCampbell JA, Lamar WW. 2004. The Venomous Reptiles of the Western Hemisphere. Ithaca and London: Comstock Publishing Associates. 870 pp. 1500 plates. .. Selon Gloyd et Conant (1990), le plus grand spécimen de A. p. piscivorus jamais enregistré mesurait de longConant, 1975, basé sur un spécimen capturé dans la région de Dismal Swamp et donné au zoo de Philadelphie. Il convient de noter, toutefois, que ce serpent avait apparemment été blessé pendant la capture, et est mort plusieurs jours plus tard et a été mesuré droit et complètement détenduGloyd HK, Conant R. 1990. Snakes of the Agkistrodon Complex: A Monographic Review. Society for the Study of Amphibians and Reptiles. 614 pp. 52 plates. LCCN 89-50342. .. Les grands spécimens peuvent être extrêmement volumineux, un spécimen d'environ ayant été pesé à Roark, A. W. (2003). Comparative genetic analysis in insular and mainland populations of the Florida cottonmouth, Agkistrodon piscivorus conanti (Doctoral dissertation, University of Florida)..

La tête large est distincte du cou, et le museau a un profil émoussé avec le bord du sommet de la tête légèrement vers l'avant, s'étendant plus loin que la bouche. De grandes plaques crâniennes sont présentes, et les écailles pariétales sont souvent fragmentées, en particulier vers l'arrière. Il n'y a pas d'écaille loréale. Il y a six à neuf supralabiales et de 8 à 12 infralabiales. Au milieu du corps, il y a 23 à 27 rangées d'écailles dorsales. Toutes les rangées d'écailles dorsales sont carénées, bien que celles des rangées d'écailles les plus basses soient moins marquées. Chez les mâles et les femelles, le nombre d'écailles ventrales est respectivement de 130-145 et 128-144 et celui de sous-caudales de 38-54 et 36-50.

Bien que la majorité des spécimens sont totalement noirs ou presque (à l'exception de la tête et des marques du visage), la coloration peut être constituée d'une couleur de fond brun, gris, beige, jaune-olive ou noirâtre, recouverte d'une série de 10 à 17 bandes transversales d'un brun foncé presque noir. Ces bandes transversales, qui ont généralement des bords noirs, sont parfois cassées le long de la ligne médiane dorsale pour former une série de demi-bandes en quinconce de part et d'autre du corps. Ces bandes transversales sont moins nettes dans le centre, se rapprochant de la couleur de fond, et elles présentent souvent des taches sombres irrégulières, et s'étendent vers les écailles ventrales. Le motif de bandes s'estompent avec l'âge, et les animaux les plus âgés sont presque uniformément brun-olive, gris-brun ou noir. Le ventre est blanc, blanc jaunâtre ou beige, marqué de taches sombres, et devient plus foncé vers la queue. La quantité de pigmentation foncée sur le ventre varie de quasiment rien à presque complètement noir. La tête est d'un brun plus ou moins uniforme, en particulier chez la sous-espèce nominale. Les spécimens subadultes peuvent présenter le même genre de taches pariétales sombres qu'A. contortrix, et ces marques peuvent parfois encore être visibles chez les adultes. Les populations de l'Est ont de larges bandes postoculaires foncées, bordées d'une pigmentation plus pâle dessus et dessous, qui est faible ou absente dans les populations occidentales. La face inférieure de la tête est généralement blanchâtre, crème ou beige.

Les jeunes et les spécimens subadultes ont généralement un motif de couleur plus contrastée, avec des bandes transversales sombres sur un fond plus clair. La couleur de fond est alors brun ou brun rougeâtre. Le bout de la queue est généralement jaunâtre, devenant jaune verdâtre ou verdâtre chez les jeunes adultes, puis noire chez les adultes. Sur certains jeunes, le motif en bandes peut également être vu sur la queue. Les jeunes serpents remuent le bout de leur queue de couleur vive pour attirer des proies.

Cette espèce est souvent confondue avec le A. contortrix. C'est particulièrement vrai pour les jeunes, mais il y a des différences visibles. A. piscivorus a de larges bandes sombres sur les côtés de sa tête qui se prolongent en arrière de l'œil, alors que A. contortrix ne dispose que d'une ligne sombre mince qui sépare les écailles supralabiales pâles de la couleur un peu plus sombre de la tête. Les serpents du genre Nerodia sont également ressemblants, avec leur corps épais et leur grande tête, mais ils ont les pupilles rondes, n'ont pas de dépressions au niveau du lore, présente une plaque anale unique, des écailles sous-caudales qui sont divisées en travers et un motif global de coloration distinctif.

Biologie et écologie Comportement

L'agressivité de ces serpents a été grandement exagérée. Dans les tests visant à mesurer les différentes réponses comportementales de spécimens sauvages à des rencontres avec l'Homme, de 23 à 45 serpents () ont essayé de s'échapper, tandis que 28 des 36 () ont eu recours à des postures de menaces et d'autres tactiques défensives. C'est seulement une fois attrapés avec une main mécanique qu'ils étaient susceptibles de mordreGibbons JW, Dorcas ME. 2002. Defensive Behavior of Cottonmouths (Agkistrodon piscivorus) toward Humans. SREL Reprint #2583. Summary at the Savannah River Ecology Laboratory at the University of Georgia. Consulté le 29 mai 2007..

Lorsqu'il est stressé ou menacé, ce serpent prend une posture défensive caractéristique, faisant vibrer sa queue comme le crotale et jetant sa tête en arrière avec la gueule ouverte pour afficher l'intérieur étonnamment blanc, et produisant un sifflement fort tandis que le cou et la partie avant de son corps sont mis dans une position en forme de SCarpenter CC, Gillingham JC. Ritualized Behavior in Agkistrodon and Allied Genera. 523–531. In Gloyd HK, Conant R. 1990. Snakes of the Agkistrodon Complex: A Monographic Review. Society for the Study of Amphibians and Reptiles. 614 pp. 52 plates. LCCN 89-50342. .. D'autres réponses défensives peuvent inclure l'aplatissement de son corps et la sécrétion d'un fluide odorant par les glandes anales situées à la base de la queue. Cette sécrétion peut être éjectée en jets minces si le serpent est fortement dérangé. L'odeur a été comparée à celle d'un bouc, ainsi que celle d'un genre de plantes des plaines inondables, Pluchea, également connu pour son odeur pénétrante.

Des serpents d'eau inoffensifs du genre Nerodia sont souvent confondus avec ce serpent. Ce sont aussi des serpents semi-aquatiques au corps épais avec de grandes têtes qui peuvent être agressifs quand ils sont menacés, mais ils se comportent différemment. Par exemple, les serpents Nerodia fuient habituellement rapidement dans l'eau, alors quA. piscivorus ne bouge pas de son emplacement, prenant sa posture défensive menaçante. De plus les serpents Nerodia ne font pas vibrer leur queue quand ils sont menacésConant R. 1975. A Field Guide to Reptiles and Amphibians of Eastern and Central North America. Second Edition. prénom published in 1958. Boston: Houghton Mifflin Company. xviii + 429 pp. + 48 plates. (hardcover), (paperback). (Agkistrodon piscivorus, pp. 228–230 + Plate 34 + Map 173.). A. piscivorus tient habituellement sa tête à un angle d'environ lorsqu'il se baigne ou rampe.

Brown (1973) considère leurs corps musclés lourds comme pouvant être un moyen de se protéger, notant qu'il est difficile de les tenir pour extraire leur venin en raison de leur forceBrown JH. 1973. Toxicology and Pharmacology of Venoms from Poisonous Snakes. Springfield, Illinois: Charles C. Thomas. 184 pp. LCCCN 73-229. ..

Cette espèce peut être active pendant la journée, tout comme la nuit. Cependant, durant les belles journées ensoleillées, ils restent généralement enroulés quelque part dans l'ombre. Dans la matinée et durant les journées fraîches, ils peuvent souvent être vus se dorer au soleil. Ils apparaissent souvent au coucher du soleil pour se réchauffer sur le sol chaud (comme les trottoirs, les routes) et deviennent alors très actifs tout au long de la nuit, et c'est à ce moment qu'ils sont vus nageant ou rampant. Contrairement à la croyance populaire, ils sont capables de mordre lorsqu'ils sont dans l'eau.

Dans le nord, ils hibernent pendant les mois d'hiver. Niell (1947, 1948) a observé cette espèce en Géorgie et a noté qu'ils étaient l'une des dernières espèces de reptiles à chercher un abri, étant souvent trouvés actifs jusqu'aux premières fortes gelées. À ce moment, ils déménagent vers un terrain plus en altitude et peuvent être trouvés dans des souches de pins pourries dont ils ont arraché l'écorce. Ces serpents peuvent être très actifs lorsqu'on les trouve ainsi réfugiés, et tentent alors de creuser plus profondément dans le bois tendre ou de s'échapper vers l'eau la plus proche. Dans le sud-est de la Virginie, Wood (1954) a rapporté avoir identifié un comportement migratoire fin octobre et début novembre. Pendant une période de trois ou quatre jours, jusqu'à 50 individus peuvent être vus traversant à la nage Back Bay, à partir des marais des îles barrières vers le continent. Il suggère que cela pourrait avoir quelque chose à voir avec les habitudes d'hibernation. Dans les régions du sud de son aire de répartition, l'hibernation peut être de courte durée ou même complètement absente.

Alimentation