, né le à Takahashi et mort le , est un botaniste japonais expert en écologie végétale, spécialiste des graines et de l’étude de la naturalité des forêts.
Après avoir étudié dans trois universités japonaises et en Allemagne, il a été pionnier en Asie en matière d’écologie rétrospective appliquée à la restauration des forêts. Il est un spécialiste mondial réputé de la restauration d’une végétation naturelle sur sols dégradés, industriels, urbains ou péri-urbains.
Biographie 1928 : Miyawaki naît le à Okayama (Japon) 1952 : diplômé en biologie, université d’Hiroshima. 1958-1960 : chercheur invité de l’institut allemand pour la cartographie de la végétation. 1961 : doctorat de science, Université d’Hiroshima. 1961-1962 : chercheur à l’Université nationale de Yokohama. 1962-1973 : professeur associé, à l’Université nationale de Yokohama. 1973-1993 : professeur, institut des sciences et techniques de l’environnement de l’université nationale de Yokohama. 1985-1993 : directeur de l’institut des sciences et techniques de l’environnement de Yokohama. 1993-... : professeur émérite de l’Université nationale de Yokohama. 1993-2016 : directeur du centre japonais d’études internationales en écologie ( ou JISE). 2016-... : directeur honoraire du JISE.
Les thèses de Miyawaki
Il considère que le Sommet de la Terre de Rio (1992) a échouéLa convention sur les forêts proposée à Rio par l'ONU n'a pas pu être signée faute de consensus, et elle s’est transformée en une charte non opposable. à protéger les forêts et que (hormis très localement) elles continuent à régresser ou à se dégrader.
Considérant que les forêts sont essentielles à la survie de l’humanité, par de nombreux ouvrages, expérimentations et par ses interventions dans des colloques et instances internationales, Akira Miyawaki défend depuis les années 1970 la valeur des forêts indigènes et l’urgente nécessité et la possibilité de les restaurer.
On trouve au Japon autour des temples et des cimetières traditionnels des arbres tels que Castanopsis cuspidata, des chênes dont le Quercus glauca et Quercus myrsinifolia, des châtaigniers, le (arbre de la famille des lauracées incluant des avocatiers). Miyawaki a montré qu'il s'agissait d'essences autochtones, reliques de la forêt préhistorique. Dans le même temps, il a constaté qu'au contraire, des arbres tels que le cèdre dit japonais (Cryptomeria japonica), les cyprès, le mélèze, et les pins que tous les Japonais pensaient autochtones sont en réalité des arbres progressivement introduits au Japon par les forestiers depuis des siècles pour produire du bois d'œuvre.
Miyawaki a été amené à réfléchir aux conséquences du changement de composition et parfois de structure de la plus grande partie des forêts japonaises, qui sont en fait maintenant très éloignées de la « végétation naturelle potentielle ».
Il a calculé que seulement 0,06 % des forêts contemporaines du Japon sont indigènes.
Ces forêts contemporaines, issues de principes sylvicoles, ne sont pas selon lui les plus résilientes ni les mieux adaptées aux conditions écologiques et géobioclimatiques du Japon ou aux changements climatiques.
Se référant à la « végétation potentielle naturelle » (concept qu’il a étudié en Allemagne), il a développé, testé et affiné une méthode de génie écologique aujourd'hui connue sous le nom de « méthode Miyawaki » permettant de restaurer des forêts indigènes à partir d’arbres natifs sur des sols sans humus, très dégradés ou déforestés. Utilisant les théories de l’écologie et les résultats de ses expériences, il a ainsi restauré avec succès, rapidement et parfois sur de grandes surfaces des boisements protecteurs () sur plus de au Japon et dans divers pays tropicaux, de la zone PacifiqueA. Miyawaki, 1992. Restoration of Evergreen Broad-leaved Forests in the Pacific Region. In: M.K. Wali (ed.). Ecosystem Rehabilitaiton. 2. Ecosystem Analysis and synthesis 233-245. SPB Academic Publishing, La Haye notamment, sous forme de nombreux types de bandes boisées, boisements, de microforêts ou forêts y compris en ville ou en zone industrielle ou portuaireA. Miyawaki, K. Fujiwara & E.O. Box, 1987. . Bull. Inst. Environ. Sci. technl. Yokohama Natl. Univ. 14: 67-82. Yokohama..
Cursus
Miyawaki est d’abord un botaniste spécialisé en écologie végétale et spécialiste des graines. Il a fait une thèse sur ce sujet au département de biologie de l’Université de Hiroshima.
Il a ensuite conduit des recherches de terrain dans diverses régions du Japon, tout en travaillant comme assistant chercheur à l’université nationale de Yokohama, en poursuivant sa formation à l’université de Tokyo.
Le (1899-1980) qui dirigeait alors l’Institut fédéral pour la cartographie de la végétation, l’a invité en Allemagne. Miyawaki a alors travaillé avec lui sur le concept de végétation naturelle potentielle (celle qui s’exprimerait naturellement en absence d’intervention humaine), de 1956 à 1958.
Revenu au Japon en 1960, il y a appliqué ses connaissances sur les méthodes de cartographie de la végétation naturelle potentielle ; végétation qu’il a trouvé encore présente dans les reliques de forêts anciennes entourant les temples et tombeaux (dits « Chinju no Mori »). Il a pu comparer cette flore potentielle à la végétation inventoriée sur plus de de l’ensemble du Japon, affectés par différents types d'activité humaine, y compris en zone de relief, sur les berges, dans les villages ruraux ou de montagne, et dans les zones métropolitainesA. Miyawaki & S. Okuda, 1991. . 800 p. Shibundo, Tokyo (Japanese).
À partir de ces données, il a produit des cartes de végétation existanteex : A. Miyawaki et al. 1983. , 872 p. (noms en japonais et en latin), avec carte de distribution des communautés végétales au Japon (168 p). Shibundo, Tokyo et des cartes de végétation naturelle potentielle. Ses cartes sont encore utilisées comme base pour la recherche scientifique et pour les études d’impact ou comme outil de diagnostic efficace pour analyser l’occupation du sol et la végétation terrestre ou pour la cartographie des corridors biologiques.
Ces cartes de la végétation naturelle potentielle servent de modèle pour reconstituer les habitats naturels dégradés, et l'environnement végétal indigène.
Durant 10 ans, de 1980 à 1990, en coopération avec des laboratoires de phytoécologie des universités du pays, le a fait des inventaires botaniques et phytosociologiques pour dresser des cartes de végétation dans tout le Japon, réunies dans un ouvrageA. Miyawaki, 1980-1989. . vol. 1-10 (Principale référence au Japon sur la végétation existante et naturelle potentielle du Japon) en dix volumes et plus de de commentaires. Ce travail a aussi été apprécié pour sa contribution à l’approche phytosociologique et la possibilité qu’il a offert de comparer l’architecture et les caractéristiques de la végétation de différentes zones du monde.
Origine de la méthode dite « Miyawaki »
Miyawaki a démontré que la forêt primaire naturelle japonaise tempérée devait être essentiellement constituée de feuillus, alors que les résineux dominent souvent. Ces premiers sont néanmoins encore présents autour des tombeaux et des temples dans des boisements protégés de l’exploitation pour des raisons religieuses et culturelles. Plus ses recherches avançaient, plus il constatait que la végétation forestière actuelle du Japon (24,1 millions d’hectares, soit 3,5 milliards de mètres cubes de bois sur pied sur plus de 64 % du pays) s’était éloignée de la végétation naturelle potentielle, à la suite des introductions d’essences exogènes par l’homme. Sans qu'on puisse parler d’invasion biologique, il constate que des résineux encore considérés dans les années 1970 comme autochtones par de nombreux Japonais, y compris botanistes, devenus dominants dans nombre de forêts, sont en fait introduits, ou n’étaient naturellement présents qu’à haute altitude et dans des environnements extrêmes (arêtes montagneuses, pentes raides). Ils ont été depuis des siècles plantés là pour produire plus rapidement des bois d’œuvre, et ils se sont acclimatés.
Ceci a conduit Miyawaki à penser la forêt autrement que comme source de verdure, de loisirs ou de bois et à s’intéresser à l’importance de la naturalité des zones boisées et aux fonctions de la diversité et de la complémentarité des essences.
Premières expériences
Ses premiers essais de terrain ont montré que les plantations dont la composition et la structure étaient les plus proches de ce qu’elles seraient en forêt en l’absence d’activités humaines poussaient rapidement et surtout faisaient preuve d’une très bonne résilience écologique.
A. Miyawaki a peu à peu constitué une importante « banque de graines » permanente (plus de dix millions de graines identifiées et classées en fonction de leur origine géographique et édaphique). Elles proviennent pour la plupart des restes de forêts naturelles conservées durant des générations autour des temples et des cimetières traditionnels japonais grâce à la croyance traditionnelle du « Chinju-no-mori ». Ces lieux ont permis la conservation de milliers de petites réserves d’essences autochtones et de gènes d'arbres descendants de la forêt préhistorique.
Poursuivant d’une certaine manière cette tradition de perpétuation, mais avec une logique plus écologique et économique, en se basant sur des études de terrain et d’écologie végétale, il a proposé un plan de restauration des forêts indigènes, pour la restauration de ().
Ses propositions n’ont d’abord pas rencontré d’échos favorables. Puis, au début des années 1970, la Nippon Steel Corporation, qui voulait planter des forêts sur des remblais autour de son aciérie d’Ōita, s’est intéressée aux travaux du et lui a confié une première opération après la mort des premières plantations classiques.
Ce dernier a identifié la végétation potentielle naturelle de la zone en étudiant les forêts jouxtant deux tombeaux proches (à Usa et à Yusuhara). Il a ensuite choisi diverses essences d’arbres qu’il a testées sur le substrat à boiser. Puis il a constitué une pépinière dont les plants ont été mélangés et plantés sur le site aujourd’hui boisé d’une forêt exclusivement composée d’essences indigènes.
Nippon Steel a été si satisfaite qu’elle a planté dans les suivantes des forêts avec cette méthode sur tous ses sites d’aciéries, à Nagoya, Sakai, Kamaishi, Futtsu, Hikari, Muroran et à Yawata.
Depuis, le et ses collaborateurs ou partenaires ont couvert avec succès plus de sites des forêts multistrates de protection contre les risques, entièrement composées d’essences indigènes. La méthode a été testée avec succès dans presque tout le Japon, sur des substrats parfois difficiles (plantations destinées à atténuer les effets de tsunamis sur le littoral, ou de cyclones tropicaux sur le port de Yokohama, fixation de remblais et décharges sur le littoralVoir aussi : A. Miyawaki, 1985. , 152 p. Inst. Environ. Sci. Technl. Yokohama Natl. Univ., Yokohama, d’ îles artificielles, fixation de pentes éboulées à la suite de la construction de routes (le Japon est situé sur une zone sismique active), création d’une forêt escaladant la falaise fraîchement taillée à la dynamite pour installer le surgénérateur Monju (équivalent de superphénix), etc. A. Miyawaki, A. Bogenrider, S. Okuda & I. White, 1987. Vegetation Ecology and Creation of New Environments. Proceedings of International Symp. in . 473 p. Tokai Univ. Press, Tokyo
Ses actions ont été largement appuyées par des sociétés d’assurances, des industriels, collectivités et de nombreux aménageurs (mesures conservatoires ou compensatoires) et l’État (Ministère des transports en particulier).
En zone tropicale, le Miyawaki a aussi contribué, dès 1978, à des inventaires de végétation en Thaïlande, en Indonésie, et en Malaisie.