vignette|Monument fénien dans le parc de la reine à Toronto vers 1890. Les raids féniens sont une série d'attaques armées menées par la Confrérie fénienne contre l'Amérique du Nord britannique et le Canada entre 1866 et 1871. Branche de l'Irish Republican Brotherhood, la Confrérie fénienne est un groupement composé d'Irlando-Américains revendiquant l'indépendance de l'Irlande en combattant l'Empire britannique. Il y a eu cinq raids féniens.
Contexte Ces raids, également connus sous le nom d'invasion irlandaise du Canada, avaient pour but de forcer le gouvernement britannique de l'époque à se retirer de l'Irlande. Ces actions amenèrent des dissensions au sein de la communauté des Canadiens irlandais, partagés entre leur loyauté envers leur nouvelle patrie et leur sympathie envers la cause féniene. Les Irlandais de foi protestante, en majorité loyaux envers la Couronne, combattirent les féniens. Alors que les autorités américaines arrêtaient ces hommes et leur confisquaient leurs armes, il y eut une polémique avançant que plusieurs membres du gouvernement avaient fermé les yeux sur les préparatifs de l'invasion, irrités par plusieurs actions britanniques pouvant être considérées comme une assistance aux forces confédérées pendant la Guerre civile américaine.
Raid sur l'île Campobello (1866)
Ce raid se produisit sur l'île Campobello, Nouveau-Brunswick, en avril 1866. Un groupe de plus de 800 hommes armés de la confrérie des Féniens arriva sur la côte du Maine en face de l'île avec l'intention de la prendre aux Britanniques. Le gouvernement des États-Unis intervint et une force militaire dispersa les envahisseurs. Cette opération renforça l'idée de protéger le Nouveau-Brunswick en le faisant se joindre aux autres colonies britanniques d'Amérique du Nord pour former le Dominion du CanadaDallsion, Robert L. Turning back the Fenians: New Brunswick's Last Colonial Campaign Goose Lane Edition. 2006..
Raid dans la vallée du Niagara (1866)
vignette|Représentation de la bataille de Ridgeway.
En 1866, les féniens se divisèrent en deux factions. La faction d'origine, menée par le fondateur du mouvement John O'Mahony, se concentra sur la levée des fonds en Irlande. Les leaders de l'autre faction estimaient en revanche que même un succès marginal pourrait leur fournir le support escompté. Après l'échec de leur tentative d'invasion au Nouveau-Brunswick (plus précisément sur l'île Campobello), soutenue par O'Mahony, ils firent cavalier seul et préparèrent une invasion de l'Ouest canadien (maintenant le sud de l'Ontario) depuis Buffalo.
Le commandant fénien John O'Neill et ses troupes traversèrent la rivière Niagara et affrontèrent une brigade de la milice canadienne près de le . Plusieurs centaines d'autres féniens (les sources canadiennes avancent le chiffre de trois mille) restèrent aux États-Unis, empêchés dans leur tentative de traversée par l'arrivée du , navire de guerre américain.
Les 800 soldats d'O'Neill s'appelèrent eux-mêmes l'Armée républicaine irlandaise (IRA), et quelques-uns d'entre eux revêtirent des uniformes dont les boutons portaient ces initiales. Il est considéré qu'il s'agit de la première apparition de cette appellationLe tableau imaginaire ci-joint bien connu de l'affrontement à Ridgeway aux Bibliothèque et Archives Canada montre un drapeau vert portant les lettres IRA sur une harpe d'or; en fait, l'emblème fénien le plus répandu était un soleil éclatant.
Après avoir marché toute la nuit avec d'autres unités de la province qui les avaient rejoints, les Canadiens se dirigèrent à l'aube sur les féniens à Ridgeway, un petit hameau à l'ouest du fort Érié. La milice canadienne, composée de volontaires inexpérimentés n'ayant reçu qu'un entraînement sommaire et pour certains des armes qu'ils n'avaient jamais utiliséesDe nouvelles armes avaient été partiellement distribuées, mais les volontaires de la milice qui avaient reçu ces nouveaux fusils n'avaient bénéficié d'aucune formation à propos de leur nouvel équipement, était désavantagée face aux soldats féniens. En effet, ces derniers étaient en majorité des vétérans aguerris de la guerre de Sécession, équipés d'armes provenant de ce conflit.
Certains plus tard expliquèrent le comportement des forces canadiennes par leur petit nombre, leur fatigue et leur manque de vivres et commencèrent à spéculer à propos d'un armement bien supérieur à la disposition des féniens. En fait, le matériel disponible était comparable de part et d'autre. Alors que les Canadiens avaient à bâtir une défense dans la précipitation, les féniens montèrent à l'assaut rapidement sans se soucier d'un quelconque soutien. En fait, l'inexpérience et les décisions des commandants canadiens eurent plus d'influence sur le résultat de la bataille de Ridgeway. Un tribunal d'enquête, ouvert à la suite de la demande de plusieurs officiers à propos du comportement du commandement canadien durant la bataille, disculpa le lieutenant-colonel John Stoughton Dennis malgré le ressentiment des dits officiers et du président du tribunal, qui fit dissidence au moment du verdictVoir la biographie de John Stoughton Dennis dans le dictionnaire biographique Canadien en ligne pour plus de détails. De plus, le lieutenant-colonel Albert Booker, à qui incombait le commandement des volontaires canadiens, fut reconnu coupable d'avoir mal dirigé ses hommes.
Les Canadiens se retirèrent dans le désordre à l'issue de la bataille, emportant avec eux leurs morts et leurs blessés. Pendant ce temps, les féniens célébraient la première victoire irlandaise sur les troupes britanniques depuis la bataille de Fontenoy en 1745.
Après le premier affrontement, les Canadiens se retirèrent à Port Colborne, au bout du canal Welland débouchant sur le lac Érié. Au même moment, les féniens stationnaient toujours à Ridgeway, peu de temps avant de retourner au fort Érié. Une autre bataille s'ensuivit et celle-ci eut pour conclusion la reddition d'un autre petit groupe de la milice locale qui s'était positionné à l'arrière des féniens. Finalement, après avoir considéré le fait qu'aucun renfort ne pouvait traverser la rivière ainsi que l'approche de troupes importantes composées de miliciens et de soldats britanniques, les féniens restants décidèrent de retourner à Buffalo. Ils furent interceptés par le Michigan et se rendirent donc à la marine américaine.
La proclamation du président Andrew Johnson visant à renforcer les lois de neutralité arriva cinq jours après le début de l'invasion, garantissant le fait que cela ne se reproduirait plus. Les deux généraux américains Ulysses S. Grant et George G. Meade se rendirent à Buffalo pour évaluer la situation. Au même moment, des instructions de ces deux généraux visèrent à ordonner que l'on empêche quiconque de violer à nouveau la frontière. Grant se rendit alors à Saint Louis pendant que Meade, estimant que la bataille de Ridgeway était terminée et constatant l'internement des féniens à Buffalo, se rendit à Ogdensburg pour évaluer la situation dans la zone du fleuve Saint-Laurent. L'armée américaine reçut l'ordre de confisquer les armes et les munitions des féniens et de prévenir toute nouvelle tentative de franchissement de la frontière. D'autres instructions datant du ordonnèrent d'arrêter toute personne soupçonnée d'appartenir à la confrérie féniene.
Ironiquement, bien qu'ils n'aient pas fait avancer la cause de l'indépendance irlandaise, les raids de 1866 et les efforts des troupes coloniales canadiennes visant à les repousser galvanisèrent le soutien à la création de la confédération canadienne en 1867. Quelques historiens avancèrent que la débâcle ramena finalement les votes des provinces maritimes en faveur d'une sécurité collective, faisant de Ridgeway la bataille qui fit le Canada.
Durant les années qui suivirent, la défaite de Ridgeway fut oubliée et son lien possible avec la création de la confédération rarement évoqué, même dans les salles de classe. Le monument dédié aux soldats tombés durant cette bataille fut oublié et tomba en ruines, caché derrière le mur d'une bibliothèque universitaire. Il fallut attendre juin 2006 pour que l'agence du patrimoine de l'Ontario dédie une plaque commémorative lors de la célébration du de la bataille.
De nombreux membres du régiment canadien The Queen's Own Rifles of Canada, qui étaient présents à la bataille de Ridgeway, retournent sur le site de l'affrontement chaque année lors du week-end le plus proche du (date du conflit), afin de faire un tour à vélo des sites de la bataille.
Alexander Muir, immigrant écossais et auteur de l'ancien hymne canadien The Maple Leaf Forever, combattit à Ridgeway au sein de ce régiment.
Raid sur Pigeon Hill (1866)
Après l'échec de leur tentative d'envahir l'Ouest canadien, les Féniens décidèrent de se concentrer sur l'Est Canadien. Cependant, à ce moment le gouvernement américain avait commencé à entraver leurs activités en arrêtant nombre de leur leaders et ils se trouvaient en position affaiblie. Le général fénien Samuel Spear échappa à son arrestation et, le , pénétra en territoire canadien à la tête de 1 000 hommes, occupant Pigeon Hill, Frelighsburg, Saint-Armand et Stanbridge East. Jusqu'alors, le gouvernement canadien n'avait pas fait grand-chose pour défendre sa frontière, mais le des troupes canadiennes attaquèrent les Féniens, qui manquaient d'armes, de munitions et de vivres et se rendirent rapidement. Cette action mit fin au raid sur l'Est CanadienNeidhardt, W.S. Fenianism in North America The Pennsylvania State University Press. 1975..
Raid dans le comté de Missisquoi (1870) vignette|Volontaires de la Home Guard canadienne en 1870.
Ce raid se produisit le long de la frontière séparant le Québec du Vermont en 1870. Les Canadiens contrèrent l'attaque grâce aux renseignements fournis par .
Raid Pembina, Manitoba (1871)