René Vautier, né le à Camaret-sur-Mer (Finistère) et mort le à Saint-Malo, est un réalisateur et scénariste français, communiste, anticolonialiste, particulièrement connu par son film Avoir vingt ans dans les Aurès.

Biographie Jeunesse et formation Il naît le à Camaret-sur-Mer.

Son père est gérant d’usine et sa mère est institutrice.

René Vautier est boursier du lycée de la Tour d’Auvergne à Quimper.

René Vautier est membre des Éclaireurs de France.

Seconde Guerre mondiale Il fait partie du groupe de la Résistance appelé clan René Madec.

René Vautier passe à Paris, en 1946, le concours de l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) en 1948, premier de sa promotion en section réalisation-productionGérard Alle, « Le fellagha de Camaret, René Vautier l’indomptable », ArMen, , avril 1999, , lire en ligne..

Étudiant, René Vautier participe à la mobilisation contre les accords Blum-Byrnes qui favorisent la diffusion du cinéma américain et comme stagiaire à la réalisation de La grande lutte des mineurs.

Il adhère ensuite au Parti communiste français.

Afrique 50 En , il part de Marseille et débarque à Dakar, pour réaliser une exposition et un film sur la réalité des villages africains pour la Ligue française de l'enseignement.

Indigné par ce qu'il voit sur place, René Vautier filme la réalité de l'Afrique colonisée. La police saisit les négatifs du film et lui-même est cité à comparaître pour .

Avec Raymond Vogel, René Vautier quitte le groupe à Bamako pour poursuivre un travail d’enquêtes sur les exactions et crimes coloniaux, avec le soutien actif du Rassemblement démocratique africain.

Il réalise en 1950 le film Afrique 50, qui est diffusé clandestinement. L'une des toutes premières projections eut lieu à Quimper, en . Ce documentaire lui valut plusieurs poursuites judiciaires et inculpations, dont une pour non respect du décret « Pierre Laval » (11 mars 1934), relatif au tournage dans les colonies. Ce film lui vaut treize inculpations et une condamnation à une année de prisonMarie-José Sirach & Olivier Azam. René Vautier « le cinéaste français le plus censuré ». L'Humanité Magazine, , 12 mai 2022, . Il est expulsé de Dakar, en .

En , il filme l’enterrement d'Édouard Mazé, tué par des CRS.

En 1955, René Vautier est secrétaire administratif de la Fédération du Spectacle CGT.

L'Algérie (1956-1965) Engagé en Afrique dans divers tournages, il rejoint clandestinement l'Algérie par les maquis en 1956. Il participe à la lutte pour l'indépendance de l'Algérie avec le FLN. Il tourne dans les Aurès, les Némentchas, ainsi qu'à la frontière tunisienne, filmant les maquisards de l'ALNRené Vautier, Caméra citoyenne, Mémoires, Éditions Apogée, .Catherine Simon, Algérie, les années pieds-rouges, La Découverte, ..

Au printemps 1958, il se rend au Caire pour réaliser le documentaire Algérie en flammes sur l'ALN. Sur place, il doit rencontrer Abane Ramdane, l'un des cinq membres du comité exécutif du FLN. Il ignore que ce dernier a été assassiné au Maroc en 1957 par ordre de Krim BelkacemKhalfa Mameri, Abane Ramdane. Héros de la guerre d'Algérie, Édition L'Harmattan, 1988 ..

René Vautier est alors victime des conflits internes du maquis algérien. Dans son livre Caméra citoyenne, il raconte qu’il lui fut reproché par des chefs du FLN, une séquence où des combattants pleuraient leurs morts. Il aurait alors été accusé d'avoir détourné des sommes qui auraient servi à payer les travaux de laboratoire en Allemagne de l'Est et de tentative de . Il est arrêté en et emprisonné jusqu’en . Pendant sa détention, René Vautier a fait deux grèves de la faim.

Après sa libération et l’indépendance de l’Algérie, il participe au développement du cinéma algérien. Il est co-directeur du Centre audiovisuel d’Alger (jusqu’en 1965) et secrétaire général des « Cinés pops’ », les cinémas populaires qui organisent des projections itinérantes.

Ne gardant pas rancune de cet épisode aux indépendantistes algériens, il s'installe à l'indépendance à AlgerCatherine Simon, Algérie, les années pieds-rouges, La Découverte.. Il est nommé directeur du Centre audiovisuel d’Alger (1962-1965). Il y est aussi secrétaire général des Cinémas populairesLa Guerre d Algérie filmée par René Vautier, Les Films de Mars.. Il filme les premiers jours de l'Indépendance algérienne et tente de créer un dialogue, grâce à la vidéo, entre les peuples français et algérien. Il coécrit le documentaire L'Aube des damnés d'Ahmed Rachedi, sorti en 1965.

Après le coup d’État de Boumediene (1965) et vers 1968, René Vautier opère un retour progressif en France.

La Bretagne et la France Il participe au groupe Medvedkine.

Une partie de son œuvre est liée à la Bretagne. René Vautier est, entre autres, considéré comme un cinéaste breton. Il fait partie en 2000 des récipiendaires de l'Ordre de l'Hermine qui "récompense les personnes pour la contribution qu'elles ont apportée au rayonnement de la Bretagne".

En 1970, il fonde l'Unité de production cinématographique Bretagne (UPCB), avec Nicole Le Garrec et Félix Le Garrec, dans la perspective de « filmer au pays » et pour « promouvoir un cinéma breton indépendant avec ses propres moyens techniques et humains ».

Durant ces années-là, il participe aux actions de l'association Radio-Tele Brezhoneg (RTB), qui exigeait des émissions en langue bretonne à la télévision. René Vautier décide notamment de ne plus payer la redevance télé. Dans une lettre au chanteur Youenn Gwernig, fondateur de Radio-Télé Brezhoneg, il affirmait la nécessité d'émissions en langue bretonne :"Ami Youenn, avec toi de tout cœur. Tu as raison de dire que, à l’heure actuelle, la télévision est aux mains de nos ennemis, de gens dont le pouvoir se sert pour brider l’expression, l’expression en breton. Dangereux de vouloir parler breton lorsque Raymond Barre veut transformer tous les chômeurs en pigeons voyageurs. Allez chercher du travail là où vous n’avez aucune attache mais où vos bras peuvent encore augmenter un peu le profit des capitalistes ; dangereux de parler des problèmes bretons."

En 1972, il sollicite en tant que distributeur du film un visa d'exploitation pour le documentaire de Jacques Panijel, Octobre à Paris, consacré au massacre des Algériens à Paris le par les forces de police sous les ordres de Maurice PaponJean-Luc Einaudi. La Bataille de Paris — 17 octobre 1961, éditions du Seuil, 1991.. Le visa est refusé. Aussi, le , il commence une grève de la faim, exigeant .

En 1974, René Vautier joue son propre rôle de résistant dans Quatre journées d'un partisan d'Alain AubertLa Revue du cinéma, image et son, numéros 343 à 345, Ligue française de l'enseignement et de l'éducation permanente, 1979, ..

En 1984, il fonde une société de production indépendante : Images sans chaînes.

René Vautier déclare s'être toujours efforcé de mettre Comme Jean-Luc Godard, qu'il rencontre en 2002, René Vautier cherche à développer une théorie en acte de l’imageRené Vautier avec Jean-Luc Godard, « Échange sur le cinéma politique », in Jean-Luc Godard. Documents, Centre Georges Pompidou, Paris, 2006 ..

Cité comme témoin au procès de Roger Garaudy , le cinéaste a néanmoins assuré qu'il ne partageait pas ses thèses négationnistes et antisémitesVoir sur avocats.fr..

Il meurt à l'âge de 86 ans le à Saint-Malo, ville où il est crémé le Dans nos coeurs.

Distinctions (1945) Hommage spécial du jury du Film antiraciste pour l’ensemble de son œuvre (1974) Grand prix de la Société civile des auteurs multimédia (SCAM) pour l’ensemble de son œuvre (1998) Ordre de l'Hermine (2000) Prix du Public de la Cinémathèque Française (2001)

Filmographie

Les libertés en France Le film, "D'autres sont seuls au monde", de Raymond Vogel et René Vautier, sorti en 1953, qui raconte le mouvement de soutien à Henri Martin via la pièce Drame à ToulonCiné Archives . Le capitalisme Un homme est mort

Les Anneaux d'or, avec Claudia Cardinale dans son premier rôle Classe de lutte, 1969, avec les ouvriers du Groupe Medvedkine et Chris Marker. Transmission d'expérience ouvrière, 1973

Quand tu disais Valéry, 1975

Le colonialisme et particulièrement la guerre d’Algérie Afrique 50, 1950 Une nation, l'Algérie, 1954 Algérie en flammes, 1958 J'ai huit ans, 1961, réalisé avec Olga Baïdar-Poliakoff et Yann Le Masson. Un court-métrage montrant le témoignage d'enfants de huit ans lors de la guerre d'Algérie. Un peuple en marche, 1963 Avoir vingt ans dans les AurèsVoir sur le site du film., avec Alexandre Arcady, Yves Branellec, Philippe Léotard. Déjà le sang de mai ensemençait novembre, 1982. Le Cinéma des premiers pas, 1985

Le racisme en France Les Trois Cousins Les Ajoncs, 1971 Le Remords, 1974 Vous avez dit : Français ?, 1986

L’apartheid en Afrique du Sud Le Glas, Frontline,

La pollution L'homme et l'eau, 1965 (producteur) de Jean-Pierre Bastid Marée noire, colère rouge, 1978 Mission pacifique, 1988 Hirochirac, 1995

L’extrême droite française À propos de… l'autre détail, 1984 Châteaubriant, mémoire vivante, 1985

Le mouvement féministe Quand les femmes ont pris la colère, coréalisation avec Soazig Chappedelaine-Vautier, 1977

La Bretagne Mourir pour des images, 1971 La Folle de Toujane, fiction, coréalisation avec Nicole Le Garrec, 1974 Le poisson commande

Vacances en Giscardie, 1980 Histoires d'images, Images d'Histoire, documentaire, coréalisation avec Moïra Chappedelaine-Vautier, 2014

Publications Caméra citoyenne - Mémoires, Rennes, Apogée, 1998 Ils ont filmé la guerre avec les Algériens, dossier dans les Cahiers du cinéma , Avec Jean-Luc Godard, Échange sur le cinéma politique, in Jean-Luc Godard. Documents, Centre Georges Pompidou, Paris, 2006

Édition de films Afrique 50 et De sable et de sang, Les Mutins de Pangée, Paris, 2013 Coffret de quatre DVD réunissant l'ensemble des films réalisés en Algérie, Les Mutins de Pangée, Paris, 2014 Une grande partie de son œuvre a été retrouvée, reconstituée et restaurée et maintenant disponible sur CinéMutins

Notes et références

Voir aussi Films sur René Vautier Le dur désir de dire d'Alain d'Aix, 1981 René Vautier l’indomptable de Jacques Royer, 1996 René Vautier, l’homme de paix d'Ahcene Osmani, 1999 René Vautier, cinéaste franc-tireur de Sabrina Malek et Arnaud Soulier, 2002 Le Petit Blanc à la caméra rouge : Afrique 50, de René Vautier de Richard Hamon, 2007 Algérie Tours/Détours d'Oriane Brun-Moschetti et Leïla Morouche, 2008 Algérie, images d'un combat de Jérôme Laffont, 2009

Bibliographie François Bovier et Cédric Fluckiger (dir.), René Vautier, Décadrages, , printemps 2015, 250 p., en ligne Alain Weber, « Un film que nous ne verrons plus jamais, Un homme est mort » dans Jeune, pure et dure !, une histoire du cinéma d’avant-garde et expérimental en France, La Cinémathèque française, 2001 « Afrique 50 » (commentaires sur le film), Les Cahiers de Paris Expérimental, 3, 2001 Kris et Étienne Davodeau, Un homme est mort (bande dessinée et dossier documentaire), Futuropolis, 2006 Félix et Nicole Le Garrec, Vivre et lutter pour des images, Spézet, Coop Breizh, 2011 (2 volumes)

Gilles Ollivier, Bretagne 1958. La Bretagne des années 50-60 au miroir des écrans, plus particulièrement « René Vautier en Algérie », en ligne René Vautier, Caméra citoyenne, Mémoires, Rennes, Éditions Apogée, 1998, 240 p. Philippe Chapleau, Des enfants dans la Résistance (1939-1945), Rennes, Ouest France, 2010 , qui comprend un témoignage de René Vautier

Bibliographie traduite En breton :

Kris et Étienne Davodeau, Un den zo marvet [Un homme est mort] (bande dessinée et dossier documentaire), Nadoz-Vor Embannadurioù, 2021.

Articles connexes Cinéma de guérilla

Liens externes

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