Le cancer colorectal (ou colo-rectal) est une tumeur maligne de la muqueuse du côlon ou du rectum. Il peut toucher tous les segments anatomiques du gros intestin comme le caecum, le côlon ascendant, le côlon transverse, le côlon descendant, le côlon sigmoïde et le rectum mais ne concerne pas le cancer du canal anal qui est une entité distincte.
Le type histologique est un adénocarcinome lieberkühnien dans la majorité des cas. Les symptômes de la maladie dépendent de l'emplacement de la tumeur et de son stade. Initialement, le cancer est asymptomatique. Un symptôme typique du cancer colorectal est un saignement, qui peut être invisible à l’œil nu lors de la défécation ou bien être observé mélangé avec les selles. Dans le cas d'un emplacement plus en amont, le sang se dégrade, le saignement se manifeste alors par la présence de selles noires. L'anémie secondaire au saignement chronique se manifeste principalement par une faiblesse, une fatigue constante et une pâleur de la peau et des muqueuses. La douleur abdominale survenant dans le cancer colorectal est inhabituelle et dépend de l'emplacement de la tumeur. Il peut y avoir alternance de diarrhée et de constipation, ainsi qu'une perte de poids.
Un dépistage du cancer colorectal par détection du sang dans les selles est disponible dans de nombreux pays. En France, en Belgique, et au Québec il est gratuit et réalisé à partir de l'âge de .
Épidémiologie thumb|upright=1.7|Mortalité (ajustée à l'âge) par cancer colorectal pour en 2004 WHO Disease and injury country estimates (2009) World Health Organization.
C'est le second cancer, pour ce qui est de la fréquence, chez la femme (après le cancer du sein) et le troisième chez l'homme (après le cancer de la prostate et le cancer du poumon) Boyle P, Ferlay J, Cancer incidence and mortality in Europe 2004, Ann Oncol, 2005;16:481-8.
Dans le monde, son incidence est estimée à un million de nouveaux cas en 2018. Les taux d'incidence les plus élevés sont relevés en Australie, Nouvelle-Zélande, Europe et Amérique du Nord. Les plus faibles sont situés en Amérique centrale, sud de l'Asie centrale et en Afrique.
Âge Le cancer du côlon touche environ 4 % des adultes au cours de leur vie aux États-Unis, selon le National Cancer Institute, mais il est en forte augmentation depuis 2008 environ chez les jeunes adultes américains, y compris au Canada où le registre national du cancer canadien a montré une incidence qui chez les femmes de moins de a augmenté chaque année de près de 4,5 % entre 2010 et 2015. Chez les hommes canadiens de moins de , l'augmentation moyenne a été de près de 3,5 %/an entre 2006 et 2015. Ce sont pour les deux sexes les taux les plus élevés jamais enregistrés parmi les cohortes de naissance les plus récentes. En 2017, près de et près de , tous âges confondus ont reçu un diagnostic de cancer colorectal Katarina Zimmer (2019) Some experts blame our modern, sugary diet, while others think that gut microbiome changes and sedentary lifestyles may play a role. Altogether, the causes are far from clear. |The Scientist|26 aout 2019..
Aux États-Unis, il en va de même : en 2004, 10 % des diagnostics concernaient des personnes de moins de , ce taux est passé à 12 % en 2015 ; en 2019, un cancer colorectal sur trois concerne des patients âgés de explique une oncologue américaine. En Europe au Danemark, on dresse le même constat chez les moins de . De même, au Royaume-Uni lors de la décennie 2008-2018. Une autre étude montre pour 20 pays européens sur ces 10 ans une augmentation de près de 8 % par an des cas déclarés chez les 20 ans, de 5 % chez les 30 ans et de 1,6 % chez les quadragénaires. Dans l'hémisphère sud en Nouvelle-Zélande, on fait le même constat.
De plus, au moment du diagnostic, la part des stades 3 ou 4 est disproportionnée chez les jeunes adultes (sans doute car la maladie était autrefois rare chez eux, faisant que patients et médecins n’y pensent pas) ; il est donc urgent de sensibiliser à cette augmentation du risque, et de comprendre l'origine de cette augmentation régulière. Une étude des de formes précoces montre une corrélation entre l'exposition pendant l'enfance à des souches d'E.coli productrices de (un métabolite génotoxique) et la survenue d'un cancer colorectal avant 40 ans. S'il n'est pas possible d'en déduire un lien de causalité, il est en revanche établi que le phénomène concerne surtout des habitants de zones urbaines occidentalisés, ayant un régime alimentaire au détriment des fruits et légumes. Sont également incriminés les charcuteries, pâtes blanches, des boissons sucrées et le pain blanc emballé. À l'inverse, les légumes (patates douces et carottes notamment) et même les pizzas (du fait de tomates cuites riches en lycopène, un puissant antioxydant) ont un effet anti-inflammatoire.
Les formes héréditaires (transmission mendélienne) sont rares (moins de 5 % des cas) même si un antécédent familial est retrouvé dans près d'un cinquième des cas Lynch HT, de la Chapelle A, « » N Engl J Med. 2003;348:919-932.. Les formes familiales seraient de meilleur pronostic Chan JA, Meyerhardt JA, Niedzwiecki D « » JAMA. 2008;299:2515-2523.
Mortalité En France, le cancer colorectal a été diagnostiqué chez en 2018, et a été responsable de . Bien que sa mortalité soit en diminution, il représente la de décès par cancer chez l'homme, et la femme..
Dans le monde, on estime qu'il a été responsable en 2018 de plus de .
La survie nette standardisée en France métropolitaine, sur la période 2005-2010 a été estimé à 63 % à cinq ans (62 % chez l'homme contre 64 % chez la femme), et 52 % à dix ans (52 % chez l'homme contre 54 % chez la femme).
L'âge médian au décès est de pour l'homme et pour la femme.
Diagnostic vignette|Deux types de cancer colorectaux. vignette|Segment de côlon (près de l'appendice) montrant un cancer et quatre polypes. Le schéma montre en jaune la zone prédisposée au phénomènes de cancérogenèse, en rouge le cancer et les polypes/précurseurs possibles de tumeurs malignes).
Signes fonctionnels Un cancer colorectal ne manifeste pas forcément de signes. C'est pourquoi, après cinquante ans, on recommande des tests de détection.
Il peut se manifester par : du sang dans les selles (sang fécal, apparent ou occulte : en ce cas, détectable par un test) ; une constipation soudaine ou qui s'aggrave, avec possible alternance diarrhées/constipations. À l'extrême, une occlusion intestinale peut survenir, ou une perforation de la tumeur avec péritonite. La présence de signes digestifs apparus dans les mois précédant l'accident aigu orientent vers l'origine cancéreuse de la complication aigüe ; une douleur abdominale.
Les symptômes sont souvent moins spécifiques avec, par exemple : une anémie qui entraîne une fatigue persistante et un teint pâle (due aux hémorragies intestinales). Elle survient typiquement à cause d'une carence en fer (taux bas du fer sérique et de la ferritine du plasma sanguin). La recherche d'un saignement occulte, dans ce cas, conduit à un diagnostic de cancer du côlon dans environ 10 % des cas Rockey DC, Cello JP, « » N Engl J Med. 1993;329:1691-5. ; un amaigrissement inexpliqué ; tardivement, les métastases hépatiques peuvent générer un foie anormalement gros lors de la palpation.
Examen clinique Il est, en règle générale, décevant car le toucher rectal ne permet que de chercher de possibles anomalies rectales. Rapide et peu coûteux, cet examen détecte les anomalies situées aux alentours du rectum (dépistage d’environ deux tumeurs du rectum sur trois)Sébastien Antonini Étude de la véracité des articles médicaux sur Wikipédia (Doctoral dissertation, Aix Marseille Université, 2017)..
Examens complémentaires En complément de l'examen clinique, ils vont rechercher :
d'éventuelles lésions à la fois rectales et/ou coliques. Ceci se fait habituellement grâce à la coloscopie. En présence d'une sténose, le médecin utilisera le lavement baryté (si la sténose n'implique pas une rétention de baryte, s'il existe un risque de rétention le médecin prescrira probablement une IRM du pelvis. Si après détection d'une tumeur une exérèse locale ou un autre traitement local de la tumeur est envisagé, le toucher rectal est complété par une imagerie pelvienne (échographie endorectale faite au moyen d'une sonde sans endoscope, ou échoendoscopie) ; d'éventuelles métastases viscérales. Cette recherche se fait via une radiographie pulmonaire (face et profil), généralement associée à une échographie du foie, et parfois à un examen de l'abdomen au scanner.
Si un cancer est effectivement détecté et que l'état du patient le permet, une coloscopie complète est prescrite avant l'intervention pour bien décrire et localiser les lésions tumorales coliques synchrones, bénignes ou malignesSNFGE 1999 Cancer du côlon et du gros intestin, septembre 1999..
Coloscopie droite|vignette|250px|Tumeur du côlon sigmoïde (observé par endoscopie lors d'un dépistage de maladie de Crohn).
La coloscopie est l'examen de référence : une sonde (long flexible enrobé de plastique) est insérée par l'anus puis glissée peu à peu dans l'intestin (sous anesthésie générale en général). Il permet d'observer la muqueuse de l'anus jusqu'à la jonction iléo-colique, au niveau du cæcum et de l'appendice iléo-cæcal, et de faire des prélèvements. Si un polype est découvert, il est enlevé entièrement et sera analysé au laboratoire par histologie ; son exérèse diminue beaucoup le risque de cancer (voir ci-dessous le paragraphe Prévention). La sigmoïdoscopie est un examen plus rapide, mais moins complet, fait au moyen d'une courte sonde semi-rigide qui permet l'exploration du rectum et du côlon sigmoïde, mais pas du reste du côlon.
Le tissu prélevé est inclus dans un bloc de paraffine pour en extraire des coupes fines de quelques micromètres. Après coloration, ces coupes sont examinées au microscope par un médecin spécialisé en anatomopathologie (ou histologie). Cet examen permet de classer le prélèvement suivant la forme de la tumeur et le type des cellules.
On trouve le plus souvent dans l'intestin des adénomes (polypes adénomateux). Considéré comme bénin, le polype risque d'évoluer vers un cancer si on le laisse en place, s'il est gros (plus d'un centimètre de diamètre), et/ou s'il est villeux. Les petits polypes et les polypes tubulaires présentent moins de risques. On trouve aussi des polypes hyperplasiques considérés comme pratiquement sans risque. Enfin, on trouve dans les côlons des adénocarcinomes qui sont les véritables cancers, dont les cellules dysplasiques franchissent la . Ce premier stade de l'invasion peut évoluer pour s'étendre à d'autres organes et conduire à l'apparition de métastases hépatiques le plus souvent, qui provoquent la mort .
La coloscopie assistée par intelligence artificielle permettrait d'augmenter de 20 % le taux de détection de polypes "YouTube, à 1 min 48 s, Healthwatch: Artificial Intelligence Colonoscopy, 11 janvier 2019.. L'endoscope confocal"Science-directe:A Confocal Endoscope for Cellular Imaging" est un outil qui permettrait la détection des biofilms in vivo, tandis que le traitement par ultrasons permettrait la perturbation de ceux-ci "Nature:An in vitro proof-of-principle study of sonobactericide".
Le coloscanner Aujourd'hui, le diagnostic en imagerie repose sur l'utilisation de la tomodensitométrie ou scanner en s'aidant d'une technique de distension colique. Cette technique particulière justifie le terme spécifique de coloscanner. La distension peut se faire avec un lavement à l'eau ou avec une insufflation gazeuse.