Patrick Weil, né le à Neuilly-sur-Seine, est un politologue, directeur de recherche émérite au CNRS.

Marqué à gauche, il est spécialiste du droit des immigrés. À ce titre, il a été membre du Haut Conseil à l'intégration (1996-2002), puis de la commission Stasi (2003).

Biographie

Jeunesse et études Patrick Weil est le fils d'une mère psychologue et d'un père chef d'entreprise. Il est issu d'une famille juive..

Après un parcours scolaire au lycée parisien Janson-de-Sailly, il sort diplômé d'une licence de droit et d'une maîtrise de droit public de l'université Panthéon-Sorbonne. (1978).

Il est également diplômé de l'École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC) en 1980.

En 1988, il soutient une thèse de doctorat en sciences politiques à l'Institut d'études politiques de Paris (IEP), préparée sous la direction de Jean Leca et intitulée L'Analyse d'une politique publique : la politique française d'immigration : 1974-1988..

Il obtient son habilitation à diriger des recherches en sciences politiques en 1990 à l'IEP.

En 2007, il crée Bibliothèques sans frontières, association de collecte de livres qui, après le tremblement de terre d’Haïti en 2010, prend une dimension humanitaire en permettant aux populations dans des contextes de crise ou de fortes inégalités d’accéder à la culture et l'information.

Parcours professoral Après avoir soutenu sa thèse, il devient directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en 1994. Rattaché au Centre d'histoire sociale des mondes contemporains de l'université de Paris I, il travaille sur l'histoire de l'immigration en France.

Il est nommé maître de conférences au sein de l'IEP de Paris, où il enseigne de 1984 à 1999. Il quitte l'école du fait de désaccords avec la direction de Richard Descoings.

Depuis 2008, il intervient en qualité de Visiting Professor au sein de la Faculté de droit de YaleVoir sur sa page personnelle sur le site de la Faculté de droit de Yale..

Après la traduction en langue anglaise de Qu'est-ce qu'un Français?How to be French? Nationality in the Making since 1789, Duke University Press, 2008. et la publication de plusieurs articles dans des revues américainesPatrick Weil, « Races at the Gate: Racial Distinctions in Immigration Policy: A Comparison between France and the United States », in From Europe to North America, Migration Control in the Nineteenth Century, The Evolution of States Practices in Europe and the United States from the French Revolution to the Inter-War Period, New York & London, Berghahn Books, 2003, ; « Why the French Laïcité is Liberal », Cardozo Law Review, June 2009, Vol. 30, Number 6, 2699-2714; Patrick Weil & Son-Thierry Ly, « The Anti-racist Origins of the American Immigration Quota System » ; Social Research, Volume 77, Number 1 (Spring 2010), ; . “From Conditional to Secured and Sovereign: The New Strategic Link Between the Citizen and the Nation-State in a Globalized World”, International Journal of Constitutional Law, September 2011., il publie en 2012 une recherche sur l'histoire des dénaturalisations aux États-Unis sous le titre The Sovereign Citizen : Denaturalization and the Origins of the American RepublicPenn Press, Nov. 1, 2012..

Dans le prolongement de ses travaux sur les dénaturalisations en France, il aborde un pan peu connu de l'histoire de la nationalité aux États-Unis en éclairant, selon Nicolas Barreyre, certes un phénomène « marginal » mais en démontrant Nicolas Barreyre, « Qu’est-ce qu’un Américain ? », La vie des idées, 18 janvier 2013..

Militantisme Dans la seconde moitié des années 1970, au sein du Étudiants socialistes il anime le courant "Socialisme et Université" qui, dans le mouvement étudiant regroupe les forces militantes du Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste (CERES). À cette fin il contribue au lancement du journal Le crayon entre les dents dont la ligne éditoriale demeure alors l'exigence de l'Union de la gauche et de son programme commun selon la ligne politique revendiquée par Jean-Pierre Chevènement.. Il négocie entre 1976 et 1980, avec un succès limité, la présence d'étudiants du CERES au sein de la direction nationale de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) dirigée majoritairement par des communistes.

Parcours politique Il exerce la fonction de chef de cabinet du secrétaire d'État aux immigrés, François Autain, de 1981 à 1982Voir le fonds d'archives, qui traite de la politique d'immigration en France de 1981 à 1986 et plus particulièrement sous le ministère de Georgina Dufoix, qu'il a remis aux Archives de la Fondation nationale des sciences politiques. et est membre du Parti socialiste jusqu'en 1985Cf. Ripostes, , 9 septembre 2007.. Il intervient depuis dans le débat public sur les questions d'immigrationVoir par exemple en 1993 une intervention télévisée sur la réforme du statut des étrangers en France par Charles Pasqua, archives de l'INA..

Expertise et commissions En 1997, le Premier ministre socialiste Lionel Jospin lui confie la mission d'étudier une réforme des législations sur la nationalité et l'immigrationVoir la lettre de mission du juillet 1997 Voir sur ladocumentationfrancaise.fr.. Dans son rapport, la « mission Weil »Étaient membres de cette mission : Sandra Lagumina, auditeur au Conseil d'État ; Hélène Rauline, juge d'instance au tribunal de Pontoise ; Michel Dejaegher, secrétaire des affaires étrangères ; Laurent Dubois, doctorant en histoire à l'université du Michigan ; Alexandre Gohier Del Re, inspecteur de l'administration ; Jérôme Guedj, inspecteur des affaires sociales ; Mattias Guyomar, auditeur au Conseil d'État ; Jean-Claude Monod, agrégé de philosophie ; Thomas Piketty, économiste, chercheur au CNRS ; Nicolas Revel, conseiller référendaire à la Cour des comptes ; Rémy Schwartz, maître des requêtes au Conseil d'État ; Maryse Lescault, magistrate à la cour d'appel de Paris ; Ronny Abraham, maître des requêtes au Conseil d'État ; Yves Carcenac, inspecteur général des affaires sociales ; Stéphane Hessel, ambassadeur de France ; Bernard Hagelsteen, préfet ; Gérard Moreau, conseiller-maître à la Cour des comptes. rappelle le débat qui, au cours du , a donné naissance à la « tradition républicaine » du droit du sol et présente l'évolution de la législation de la nationalité de 1889 à 1993. Après un état des lieux critique des réformes entreprises par le gouvernement Balladur, il propose une réforme de la législation sur la nationalité et sur l'immigration.

Le gouvernement adopte par la suite la loi « Guigou » du 16 mars 1998 relative à la nationalité, et la loi « Chevènement » (ou loi RESEDA) du 11 mai 1998 relative à l'immigrationPatrick Weil, Mission d'étude des législations de la nationalité et de l'immigration : rapports au Premier ministre, La Documentation française, Collection des rapports officiels, , 176 p.Voir aussi son intervention au journal télévisé de France 2 du 31 juillet 1997, archives INA et la remise du rapport à Lionel Jospin dans un reportage du même jour..

Il a été membre du Haut Conseil à l'intégration (1996-2002), affecté à son groupe statistique (qui a préfiguré l'Observatoire des statistiques de l'immigration et de l'intégration), puis membre de la commission Stasi, composée de , et ayant débouché sur la loi portant interdiction du voile dans les établissements scolaires publics ().

Participation à des débats publics Débats éducatifs Il défend la modification du système d'accès aux filières sélectives par l'instauration d'un système de recrutement des étudiants utilisé au Texas : l'instauration d'une admission de droit dans ces filières pour les 10 % des lycéens les mieux placés dans les résultats du baccalauréat dans chaque lycéePatrick Weil, La République et sa diversité : Immigration, intégration, discrimination, Le Seuil, 2005, à 97..

En , il fonde l'association Bibliothèques sans frontières, dont il est le présidentVoir sur le site de l'association et son intervention au Grand journal de BFM TV du 23 août 2013...

Débats sur l'immigration et l'intégration Lorsque Nicolas Sarkozy annonce en 2005, lors d'une convention de l'UMP, sa volonté de fonder une « nouvelle politique de l'immigration » fondée sur la distinction entre immigration « choisie » et immigration « subie » et avec la mise en œuvre d'un système de « quotas » d'immigrés, Patrick Weil critique sévèrement ces propositions du ministre de l'Intérieur dans un entretien accordé au journal Le Monde« La méthode des quotas est la plus mauvaise qui soit », entretien réalisé par Laetitia Van Eeckhout, Le Monde, 12 juin 2005.. Le ministre de l'Intérieur répond alors publiquement à sa critique et l'échange épistolaire est publié dans Le Monde du Échange épistolaire avec Nicolas Sarkozy publié dans Le Monde du 13 juillet 2005.. S'ensuivront plusieurs échanges de lettres entre le chercheur et le ministreRéponse adressée à M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, le à un courrier du (publiée par la revue Esprit, « Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy sur sa politique d'immigration », mai 2006, ).Réponse adressée à M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, le , à un courrier du . Échange épistolaire avec Nicolas Sarkozy (-) publié sur le site du journal Sud-Ouest le : « Lettre du 31 août 2006 » et « Lettre du 11 septembre 2006 ». Voir aussi « 50 % d'immigration économique, c'est mission impossible », Le Monde, 7 juillet 2007. « Le dessous des chiffres », Le Monde, 14 janvier 2009..

Le , il démissionne des instances de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration avec sept autres chercheurs pour protester contre l'instauration par Nicolas Sarkozy du ministère de l'Immigration et de l'Identité nationaleCritique envers la politique de Nicolas Sarkozy, il indique cependant dans l'émission Ripostes du 9 septembre 2007, qu'il avait travaillé avec le cabinet de Sarkozy lorsque celui-ci était ministre de l'intérieur — il y juge notamment que Nicolas Sarkozy avait mené dans ses premières années au ministère « une politique relativement équilibrée de l'immigration »..

Alors qu'Éric Besson est devenu ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire, en remplacement de Brice Hortefeux, il initie une pétitionNaturalisations : non à l’arbitraire ! (pétition)., avec Alexis Spire et Caroline Douki pour protester contre une réforme donnant la compétence aux préfectures pour refuser les naturalisations à la place de la sous-direction de l'accès à la nationalité française du ministère, compte tenu du risque d'inégalité de traitement. À ses yeux, cette réforme constitue et un , et pourrait même favoriser une sélection des dossiers sur la base des origines ethniques« Politique d'immigration : le dessous des chiffres », Le Monde, 14 janvier 2009..

Il se montre aussi critique à l'égard des politiques menées par ce ministère, particulièrement lors du « grand débat » sur l'identité nationaleEn , il fait partie des vingt chercheurs à exiger dans un appel la suppression du ministère l'Immigration et de l'Identité nationale, (« Nous exigeons la suppression du ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration », Libération, ).Les autres signataires de cet appel sont Michel Agier, Étienne Balibar, Marie-Claude Blanc-Chaléard, Luc Boltanski, Marcel Detienne, Éric Fassin, Michel Feher, Françoise Héritier, Daniel Kunth, Laurent Mucchielli, Pap Ndiaye, Gérard Noiriel, Mathieu Potte-Bonneville, Richard Rechtman, Serge Slama, Emmanuel Terray, Tzvetan Todorov, Paul Virilio, Sophie Wahnich. ou encore le projet, annoncé lors du discours de Grenoble par Nicolas Sarkozy, de développer dans le projet de « loi Besson » les cas de déchéance de la nationalité française« Il y a toujours eu un lien entre la situation économique et les tensions sur la question de la présence des immigrés », TV5 Monde, 29 septembre 2010..