vignette|Le Concile in Trullo (691-692), Chronique illustrée d'Ivan le Terrible, .

La portée du célibat consacré ou célibat sacerdotal dépend de l'interprétation des religions au sujet du mariage et des relations sexuelles.

Judaïsme et islam Le judaïsme et l'islam valorisent la sexualité dans le mariage et ont en commun de réprouver le célibat.Elizabeth Abbott, Histoire universelle de la chasteté et du célibat, Fides, 2003, p. 244..

Christianisme Fondements scripturaires Jésus est l'unique « grand prêtre » (Heb 3, 1) au sein duquel le sacerdoce chrétien s'inscrit. Lui-même se présente comme l'époux chaste (Lc 5, 34) et Paul explique à l'Église qu'elle est comme une vierge fiancée au Christ (2 Cor 11, 2) dont les noces sont consommées dans la plénitude de la vie divine. Cependant, ni le sacerdoce de la Première Alliance, le sacerdoce lévitique, ni les premiers ministres de la Nouvelle Alliance, les apôtres, ne partageaient intégralement cette virginité. En effet, les lévites n'étaient tenus à l'abstinence sexuelle que le temps de leur service au temple, pendant lequel ils quittaient leur foyer (comme Zacharie cf. Lc 1, 23-24) ; le premier des apôtres, Pierre, de son côté, a bien une belle-mère (Mt 8, 14). Jésus décrit le célibat en vue du Royaume, comme un appel spécifique (Mt 19, 12), et qui est explicitement porté en plus grande estime que le mariage par Paul (1 Cor 7, 32-38).

Église catholique

Dans l'Église catholique, il y a divers types de célibats : - « vœu de chasteté » et « célibat sacerdotal » : l'estime chrétienne pour la continence parfaite recoupe le célibat sacerdotal mais le déborde largement, comme le démontrent toutes les formes de vies consacrées depuis les vierges des Actes des Apôtres jusqu'à la grande tradition du monachisme.

- « continence des clercs » et « ordination de célibataires » : lors des sept premiers siècles, beaucoup de clercs, évêques, prêtres et diacres, sont choisis parmi les hommes mariés. Par exemple Grégoire le Grand est l'arrière petit-fils du pape Félix III. À partir de leur ordination, il leur est demandé de garder la continence perpétuelle d'un commun accord avec leur épouse ; les premiers documents l'attestant étant du , en particulier les décrétales du Pape Sirice, l'interprétation de la pratique des quatre premiers siècles reste ouverte. Quoi qu'il en soit, ce n'est qu'après cette période de sept siècles qu'apparaîtra petit-à-petit la pratique puis la décision de ne plus admettre aux ordres que des hommes non mariés.

- le « fait » du célibat sacerdotal et sa « justification théologique » : même lorsqu'il n'est pas la norme, le célibat sacerdotal est tenu pour quelque chose d'excellent, et ainsi le Concile Quinisexte, réuni dans une atmosphère hostile à Rome, exigera la continence pour l'épiscopat (cf. canons 12 et 48). Le célibat sacerdotal est donc une réalité vécue avant que les influences de chaque époque n'amènent leur lot de justifications comme la dépréciation des relations sexuelles dans l'antiquité tardive ou la conservation des biens du clergé au Moyen Âge, justifications qui ne sont pas évangéliques et s'évaporent avec le temps, comme en témoigne l'argumentation de l'encyclique Sacerdotalis Caelibatus.

- « ordination d'hommes mariés » et « mariage des prêtres » : la tradition commune à l'Orient et l'Occident admet que l'ordination fige l'ordinand dans son état : le célibataire le restera donc, et si depuis les premiers temps de l'Église des hommes mariés ont été ordonnés, il n'a jamais été question de "mariage des prêtres" : ainsi par exemple le canon 6 du Concile Oriental in Trullo, qui permet pourtant aux diacres et prêtres de vivre avec leur épouse légitimes, c'est-à-dire d'un mariage datant d'avant l'accès aux ordres majeurs. Pour ce qui est de l'impossibilité de se marier pour un homme ordonné, il reprend une tradition déjà relatée par le recueil des Constitutions apostoliques au IVe s.

Ces distinctions s'établissent et se comprennent à la lumière de l'histoire du christianisme. Cependant, même les données historiques sont sujettes à des interprétations, et les auteurs des deux plus grandes sommes contemporaines de recherches sur le célibat sacerdotal lors des sept premiers siècles de l'Église ont une interprétation distincte des mêmes textes.

La thèse de Roger Gryson est "Le principe qui se trouve aux origines de la loi du célibat ecclésiastique, est le principe de la pureté rituelle". Il résume ainsi sa recherche :

De son côté, le prêtre jésuite Christian Cochini défend l'origine apostolique du célibat sacerdotal en montrant qu'il n'y a pas de rupture entre le dialogue de Pierre avec Jésus, jusqu'aux conciles du : à Lc 18, 28-30 « Alors Pierre lui dit : "Voici que nous-mêmes, après avoir quitté ce qui nous appartenait, nous t’avons suivi". Jésus déclara : "Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause du royaume de Dieu, une maison, une femme, des frères, des parents, des enfants, sans qu’il reçoive bien davantage en ce temps-ci et, dans le monde à venir, la vie éternelle" », répond la formulation du concile de Carthage en 390 "[…] il convient que les saints évêques et les prêtres de Dieu, ainsi que les lévites, c'est-à-dire ceux qui sont au service des sacrements divins, observent une continence parfaite, afin de pouvoir obtenir en toute simplicité ce qu'ils demandent à Dieu ; ce qu'enseignèrent les apôtres, et ce que l'Antiquité elle-même a observé, faisons en sorte, nous aussi de le garder". Aussi Christian Cochini peut-il conclure :

Du Les premières sources sont sujettes à débat. La première prescription connue estIl est difficile pour les juristes romanistes de savoir si ce canon est authentique, un apocryphe ou une interpolation. un canon du concile d'Elvire, tenu en Espagne, vers 306, dont le canon (la décision) n°43 prescrit aux membres du clergé l'abstinence sous peine d'être exclus du ministère, mais fait clairement référence aux épouses des ecclésiastiques Texte original : "Placuit in totum prohibere episcopis, presbyteris et diaconibus vel omnibus clericis positis in ministerio abstinere se a coniugibus suis et non generare filios. Quicumque vero fecerit, ab honore clericatus exterminetur."The Council of Elvira, ca. 306. Cette décision locale est étendue lors du premier concile œcuménique, le concile de Nicée, en 325 : « Le grand Concile a défendu absolument aux évêques, aux prêtres et aux diacres, et en un mot à tous les membres du clergé, d'avoir avec eux une sœur-compagne à moins que ce ne fut une mère, une sœur, une tante, ou enfin les seules personnes qui échappent à tout soupçon ». La discipline ecclésiastique a ensuite connu une évolution différente dans les Églises d'Orient et d'Occident : pour l'historienne Odette Pontal, « Le célibat ecclésiastique qui, du au , avait été en honneur sans être obligatoire, tomba du au sous le coup de lois très précises et beaucoup plus rigoureuses en Occident qu’en Orient : tout l’Occident reste en effet très ferme à proclamer que les évêques, prêtres et diacres mariés doivent s’abstenir de tous rapports conjugaux. Le mariage est interdit aux clercs déjà engagés dans les ordres »Odette Pontal, Histoire des conciles mérovingiens, Cerf, 1989, . Cependant, l'interprétation de Nicée, comme le note Cochini, reste ouverte : dès le une controverse éclate entre Bernold de Constance et le Chanoine Alboin pour savoir si les épouses légitimes font partie des femmes « qui échappent à tous soupçon » et si, dans ce cas, la continence est imposée.

À partir du Au , lors du concile de Rome en 1074, Grégoire VII rappelle l'obligation de choisir le clergé parmi les célibataires en Occident. Toutefois, cette consigne sera peu respectée jusqu'au . L'église recrute ses prêtres parmi des hommes déjà mariés et de nombreux papes comme Félix III ont des enfants. La réforme grégorienne, soucieuse de préserver le patrimoine de l'Église et de soustraire les clercs mariés à la tentation de s'enrichir pour transmettre un bon héritage à leurs enfants, impose une nouvelle législation canonique qui menace d'excommunier tous les prêtres mariés : les synodes célébrés de Léon IX à Urbain II promulguent cette législation, le pape Grégoire VII réitère le caractère obligatoire du célibat des prêtres et condamne en 1079 toutes les tentatives de justifier historiquement et théologiquement le mariage des prêtres.

Lors de la Réforme protestante, Luther et à sa suite tous les réformateurs, comme certains des opposants à la décision du Concile de Nicée, soulignent la valeur du mariage des clercs sur le plan théologique comme sur le plan moral (étant donné les constats d'inconduite de certains ecclésiastiques). Ces idées sont partagées par une partie de la chrétienté catholique, dont Niccolò Tedeschi (dit Panormitanus), Erasme, Thomas Cajetan, et les empereurs romains germaniques Charles Quint, Ferdinand I et Maximilien II, mais le Concile de Trente, dans son canon n°9, ferme la porte à toute évolution.

Le catholicisme approfondit la réflexion sur le sens du célibat sacerdotal au cours des siècles suivants. Depuis François-René de Chateaubriand dans son Génie du christianismeGénie du christianisme - Chapitre VIII jusqu'à l'encyclique tout entière consacrée par Paul VI au sujet, l'encyclique Sacerdotalis caelibatus, les regards se sont petit à petit concentrés sur le Christ prêtre. « Le dévouement qui conforme le prêtre au Christ et l’offrande exclusive de lui-même pour le Règne de Dieu trouvent une expression particulière. Le fait que le Christ lui-même, prêtre pour l’éternité, ait vécu sa mission jusqu’au Sacrifice de la croix dans l’état de virginité constitue le point de référence sûr pour recueillir le sens de la tradition de l’Église latine sur cette question. Il n’est donc pas suffisant de comprendre le célibat sacerdotal en termes purement fonctionnels. En réalité, il est une conformation particulière au style de vie du Christ lui-même », écrit Benoît XVIExhortation apostolique Sacramentum caritatis, voir le texte sur le site du Vatican..

Aujourd'hui donc, les prêtres catholiques de rite romain, le jour de leur ordination, font promesse de célibat et d'obéissance à leur évêque, tandis que les moines suivent les trois conseils évangéliques en faisant vœu d'obéissance, de pauvreté et de chasteté. Cependant, un célibat qui ne serait pas chaste inciterait à des fautes graves, et ce serait un scandale et un sacrilège : cette obligation du célibat est une conséquence de l'obligation de chasteté véritable ou continence parfaite.

Le Code de droit canonique de 1983 précise : « Can. 277 – § 1. Les clercs sont tenus par l’obligation de garder la « continence parfaite et perpétuelle » à cause du Royaume des Cieux, et sont donc astreints au célibat, don particulier de Dieu par lequel les ministres sacrés peuvent s’unir plus facilement au Christ avec un cœur sans partage et s’adonner plus librement au service de Dieu et des hommes. § 2. Les clercs se conduiront avec la prudence voulue dans leurs rapports avec les personnes qui pourraient mettre en danger leur devoir de garder la continence ou causer du scandale chez les fidèles. » Ce principe ne vaut que pour l'Église catholique « latine ».

En revanche, dans les Églises catholiques orientales, donc rattachées à Rome, les usages suivent des traditions proches des Églises orthodoxes. Ainsi il peut arriver que des évêques catholiques romains ordonnent des prêtres mariés catholiques arméniens proposés par leur communauté de fidèles.

Exceptionnellement, l'Église catholique de rite latin peut accueillir individuellement dans ses rangs des prêtres déjà mariés provenant d'autres Églises, comme cela s'est déjà produit pour des prêtres originaires de la Communion anglicane (Haute Église).

Églises orthodoxes et christianismes orientaux à partir du