L'analyse des réseaux sociaux (ou - SNA en anglais) est une approche sociologique qui élabore et mobilise une théorie des réseaux pour l'étude des relations sociales entre des entités (individus, groupes, organisations, objets) dans l'objectif de comprendre les structures et dynamiques sociales.
L'analyse des réseaux sociaux conçoit les interactions sociales en termes de nœuds et liens. Les nœuds sont habituellement les acteurs sociaux (individuel ou collectif), mais ils peuvent aussi représenter d'autres types d'entités (un article scientifique par exemple). Les liens sont les interactions ou les relations entre ces nœuds. Il existe une très grande diversité de type de liens entre les nœuds (transactions monétaires ou d'informations, relation amicale, interactions verbales, présence à un même évènement).
Il est entre autres possible par cette approche d'appréhender le capital social des acteurs sociaux.
Les origines de l'analyse des réseaux sociaux sont multiples et pluridisciplinaires : théorie des graphes, psychologie, anthropologie. Le psychologue Jacob Levy Moreno, l’anthropologue John Arundel Barnes ou encore le psychologue social Stanley Milgram sont des précurseurs de l'analyse des réseaux sociaux. Les sociologues Harrison White, Mark Granovetter ou encore Ronald Burt en sont des figures notables. En effet, il existe notamment deux théories célèbres en analyse structurale : celle de Granovetter sur la force des liens faibles, et celle de Burt sur les trous structuraux.
Introduction à l'analyse de réseaux sociaux L'analyse des réseaux sociaux se fonde sur l'idée que . L'analyse se concentre sur les dyades (deux individus et leurs liens), les triades (trois individus et leurs liens), ou des systèmes plus larges. Il s'agit donc d'analyser les relations entre les entités - appelées individus, acteurs, sommet ou nœuds - qui composent le réseaux. Les entités peuvent être : des personnes, des entreprises, des objets, des lieux, des évènements, des mots, des textes, des publications, des concepts, ou une combinaisons (publications et auteurs par exemple). Les nœuds ont des caractéristiques - appelées « attributs » - qui les distinguent les uns des autres. Il peut s'agir d'attributs dit « catégoriels », comme le fait d'être une femme ou un homme et d'avoir comme prénom Claire ou Pierre, ou d'attributs numérique, comme le fait d'être âgé de 24 ans ou 29 ans. Les relations entre les nœuds ont également des caractéristiques : ce sont des types de liens. Ainsi, les relations entre Claire (femme, 24 ans) et Pierre (homme, 29 ans) peuvent être caractérisées par le fait d'être mariés, de travailler dans la même entreprise, d'avoir des amis en commun, de se connaître depuis 3 ans, et une multitude d'autres caractéristiques relationnelles.
Définition du réseau social
Le sociologue Pierre Mercklé défini un réseau social de la manière suivanteLe sociologue Emmanuel Lazega, dans Réseaux sociaux et structures relationnelles propose la définition suivante : .Le sociologue Pierre Mercklé, dans La sociologie des réseaux sociaux, citant Siegfried Nadel, apporte une précision concernant le terme réseau : . :
Il précise que le . Ainsi, l'analyse des réseaux sociaux trouve notamment son origine dans la Théorie des graphes.
Types méthodes et de données pour l'analyse de réseaux sociaux L'analyse de réseaux peut avoir recours à différentes méthodes de production ou de recueil de données (entités et relations) : expérimentation, simulation, dépouillement d'archives, recueil de répertoires, observation ethnographique, carnet de contacts, entretien biographique, questionnaires, captation de données ; les données peuvent être centrées sur les interactions sociales, sur les échanges sociaux, sur les pratiques sociales, sur l'intensité affective, sur les rôles sociaux, sur les positions sociales, sur les contextes sociaux
Formes des réseaux sociaux
La forme du réseau social modélisé en graphe permet d'exprimer visuellement la dynamique au sein d'un réseau. Il est possible de représenter les liens et les nœuds avec des couleurs et des formes multiples, donnant ainsi davantage d'information sur le type de relation ou le poids d'un acteur dans le réseau. Ainsi, les liens peuvent avoir une flèche ou non indiquant si le lien a une orientation (une direction), ils peuvent avoir un signe (ex : + et - peuvent indiquer les relations de choix avec le signe + et de rejet avec le signe -), les nœuds peuvent avoir des tailles différentes indiquant le poids de l'acteur dans le réseau
Par exemple, un lien avec un trait épais peut indiquer un lien fort () entre deux personnes alors qu'un lien avec un trait fin en pointillé indiquera un lien faible (). Le sociologue Mark Granovetter, dans une étude célèbre, détermine la force d'un lien à partir de quatre critères : (1) la durée de la relation, (2) l'intensité émotionnelle, (3) l'intimité, et (4) les services réciproques que se rendent les partenaires.
Types d'analyses des réseaux sociaux Comme l'indique Pierre Mercklé, l'approche par l'analyse des réseaux sociaux formule une double critique à l'égard des conceptions « sur-socialisée » (comme l'approche de Talcott Parsons) et « sous-socialisée » (approches utilitariste, de l'économie classique et néo-classique, ainsi que celle de l'individualisme méthodologique). Il s'agirait alors d'une troisième voie, ni macro-sociologique, ni micro-sociologique mais méso-sociologique. Mais Pierre Mercklé souligne que les perspectives des chercheurs tendent à rejoindre l'un ou l'autre de ses pôles traditionnels de l'analyse sociologique.
L'analyse des réseaux sociaux se caractérise par son insistance sur la forme plutôt que sur le contenu du réseau. La forme renvoyant à l'idée de structure ; le contenu renvoie notamment aux attributs des individus (classe, sexe, âge). On appelle « analyse structurale » l'analyse des réseaux sociaux qui a pour objet les structures de réseau. Comme l'indiquent les sociologues Vincent Lemieux et Mathieu Ouimet :
Ainsi, l'analyse de réseaux entend se démarquer des méthodes d'analyses sociologiques traditionnelles par le fait qu'elle ne considère pas la réalité observée en termes de catégories prédéfinies. Les sociologues Alain Degenne et Michel Forsé précisent que : . L'analyse de réseaux se distingue aussi des approches plus traditionnelles en sciences sociales parce qu'elle permet l'expérimentation, comme le cas pour l'« étude du petit monde », et la mathématisation de son approche, comme l'étude du sociologue Harrison White via la technique dite des matrice par blocs. En pratique, l'analyse des réseaux sociaux combine différents niveaux d'analyse : individuel, relationnel et structural. Autrement dit, il s'agit de prendre en compte les attributs ou propriétés des acteurs, les caractéristiques des relations qu'ils ont entre eux et les caractéristiques de l'ensemble du système.
Réseaux personnels et réseaux complets Un réseau personnel, dit aussi réseaux égocentré, est un réseau est construit à partir d'un nœud nommé « ego » : les relations entre ego et ses contacts (dit « l'étoile ») et les relations entre les contacts eux-mêmes (dit « la zone »). On construit le graphe sans tenir compte des frontières entre les groupes. Cette approche a été notamment utilisé dans une étude sur la dynamique des relations sociales. Pour un acteur individuel, le réseaux peut être constitué de son conjointe ou sa conjointe, de sa famille, de ses amis, de ses collègues de travail contacts plus ou moins reliés entre eux. Autrement dit, il s'agit d'étudier les relations autour d'un individu pris au sein d'une population, ce qui permet l'étude de la solidarité sociale par exempleExemple inspiré du cours doctoral IMéRA - "Initiation à l’analyse des réseaux sociaux : apports théoriques, notions de base, exemples" du séminaire Analyse des réseaux et applications : approche interdisciplinaire organisé par Claire Bidart (Sociologue, Directrice de recherche au CNRS, Laboratoire d’Économie et de Sociologie du Travail, Aix-Marseille Univ, CNRS) & Pierre Livet (Philosophe, Directeur de recherche émérite au CNRS) le 16 octobre 2018 à l'IMéRA (Marseille). .
Un réseau complet, (whole network ou total network en anglais) est un réseau restreint au sens où les frontières sont délimitées : celles d'un groupe, d'une organisation. La complétude ici renvoie à l'idée d'une exhaustivité restreinte à des frontières délimitées. Ainsi, un réseau complet peut être : tous les élèves d'une classe d'école par exemple. Autrement dit, il s'agit d'étudier les relations d'une sélection d'individus sur un critère, ce qui permet l'étude du pouvoir ou de l'action collective par exemple.
Mentionnons également les « chaînes relationnelles » qui permet l'étude des processus de mise en contact pour l'étude d'accès aux ressources, et les « grands réseaux » pour l'étude de la connectivité et la diffusion des ressources par exemple.
Origines de l'analyse des réseaux sociaux Les origines de l'analyse des réseaux sociaux sont multiples : théorie des graphes, psychologie, anthropologie. Mentionnons quelques repères historiques notables : le psychologue Jacob L. Moreno, l’anthropologue John A. Barnes, l’anthropologue et psychanalyste Elisabeth Bott, le psychologue social Stanley Milgram, et les sociologues Harrison White, Mark Granovetter et Ronadl Burt.
Théorie des graphes L'analyse de réseaux repose aussi sur l'apport des mathématiques aux sciences sociales. Notamment la théorie des graphes.
Jacob L. Moreno Pour Stanley Wasserman et Katherine Faust, le psychologue Jacob Levy Moreno, fondateur de la sociométrie, est considéré comme un des précurseurs de l'analyse de réseau. En 1934, il publie son ouvrage de référence Who Shall Survive?. Il invente une représentation graphique, le sociogramme dit aussi « géographie psychologique » :
John A. Barnes En 1954, l’anthropologue John Arundel Barnes, dans une étude sur la stratification sociales d'une île norvégienne (), introduit dans les sciences sociales le terme de réseau social () : Le texte est traduit en français en 2013.
Elisabeth Bott En 1957, l’anthropologue et psychanalyste Elisabeth Bott publie en partant du principe que le groupe domestique est un système relationnel comportant des liens entre ses membres d'une part, et des liens avec l'extérieur. Elle fait l'hypothèse que .
Stanley Milgram
En 1967, le psychologue social Stanley Milgram met en place un dispositif expérimental, considéré comme un classique dans les recherches sur le « petit monde ». Milgram conclu que tout les individus étaient reliés les uns aux autres dans un réseau sans clôture (sans frontière) et que la distance moyenne entre deux individus quelconques était de cinq intermédiaires.
Le sociologue Michel Forsé précise :
Le sociologue Pierre Mercklé indique que : .
Harrison White Le sociologue Harrison White est reconnu pour avoir introduit l'analyse des réseaux sociaux dans la sociologie. Ses travaux ont aidé à établir les bases théoriques et méthodologiques de ce domaine, en mettant l'accent sur les structures relationnelles plutôt que sur les attributs individuels des acteurs sociaux. Son ouvrage majeur est « Identité et Contrôle : Une théorie de l'émergence des formations sociales » () publié en anglais en 1992 et remanié en 2008, grâce à Michel Grossetti, puis traduit en français en 2011. Il y développe l'idée que les identités sociales et les actions sont largement déterminées par les réseaux de relations dans lesquels les individus sont intégrés.
Mark Granovetter Le sociologue Mark Granovetter est notamment reconnu pour sa théorie sur la « force des liens faibles » () publié en 1973 et revisité en 1983 (). Mark Granovetter soutient que comme les liens faibles sont des ponts entre des ensembles d’acteurs qui autrement seraient isolés, ce sont les liens faibles qui procurent aux individus des informations qui ne sont pas disponibles dans leur cercle restreint.
Ronald Burt