Filippo Antonio Pasquale de' Paoli, dit Pascal Paoli, né le à Morosaglia (Corse qui à l'époque était partie intégrante de la république de Gênes) et mort le à Londres (Royaume-Uni), est un homme politique, philosophe, chef d'état et militaire corse.
Paoli fut le principal opposant à la domination génoise au puis à la conquête française de l'île en 1769. En 1755, en pleine guerre d'indépendance corse, il fut élu général de la nation et proclame l'indépendance de l'île. La République corse fut la plus longue expérience d'indépendance et Paoli mit sur pied les bases d'un État moderne, notamment en rédigeant presque intégralement la Constitution corse. La même année, la guerre civile corse démarre entre Paolistes et Matristes. En 1757, Paoli manque d'être tué par des rebelles anti-paolistes avant d'être sauvé in extremis et son rival Marius Emmanuel Matra, est tué le même jour, mettant fin à la guerre civile.
La République corse (1755-1769) était sur le papier une démocratie représentative affirmant que la Diète des représentants corses élus n'avait pas de maître. Paoli occupait ses fonctions par élection et non par nomination. Il était ainsi commandant en chef des forces armées et premier magistrat. Le gouvernement de Paoli revendiquait la même juridiction que la République de Gênes. En termes d'exercice de fait du pouvoir, les Génois détenaient les villes côtières, qu'ils pouvaient défendre depuis leurs citadelles, mais la République corse contrôlait le reste de l'île depuis Corte, sa capitale. Toutefois, son régime était en extrême difficulté, les rapports d'espions étrangers de l'époque ont décrit la République corse comme un état en déliquescence qui tient sur une propagande médiatique de visiteurs naïfs que Paoli utilise pour dorer l'image de son état tout en contrôlant ce qu'ils peuvent voir ou non. De plus, loin d'appliquer la constitution, le régime reposait dans les faits sur un autoritarisme avec un clergé omniprésent et une armée de paysans pouvant rapidement s'effondrer.
Après la défaite des forces corses à la bataille de Ponte-Novo, il fut contraint de s'exiler pendant presque 20 ans en Grande-Bretagne où il devint une figure célèbre et eut de nombreux appuis. Il revint dans son île natale au début de la Révolution française, qu'il soutint dans un premier temps. Il rompit, certains dirent trahi, plus tard avec les révolutionnaires et contribua à la création du royaume anglo-corse, un régime sous protectorat britannique qui dura de 1794 à 1796 qui sera renversé par des Corses rebelles et l'arrivée des troupes françaises mandatées par Christophe Saliceti. Un an avant la réoccupation de l'île par la France, il s’exila de nouveau en Grande-Bretagne, où il mourut en 1807.
La figure de Paoli fut un modèle pour beaucoup, y compris pour le jeune Napoléon Bonaparte, qui fut un patriote jusqu'à la rupture de la Corse avec la Révolution à l'été 1793. Néanmoins, les partisans de Paoli ne digérèrent jamais le ralliement précoce de la famille Bonaparte au royaume de France en 1769. De son côté, Napoléon ne dépassa jamais complètement son affection pour Paoli et eut des sentiments mitigés à son égard tout au long de sa vie.
Sa personnalité et son action intéressent bien au-delà des seuls Corses ou des historiens. Son fort attachement à son île natale et à sa culture font de lui une figure inscrite dans son temps et un homme des Lumières qui a tissé des relations d'amitié ou épistolaires à travers toute l'Europe. Toutefois des historiens corses opèrent une déconstruction historiographique de Paoli et du mythe qui l'entoure en se basant sur des rapports de l'époque et sur les lettres du Général lui-même.
Origines et formation Origines familiales thumb|left|250px|Maison natale de Paoli, devenue aujourd'hui un musée. Pascal Paoli (Pasquale en italien) naquit le à Morosaglia, un petit village corse situé au nord-est de Corte dans la région de la Castagniccia, où se trouve la piève du Rostino. Il est le plus jeune des enfants de Hyacinthe Paoli (Giacinto en italien, Ghjacintu en corse), un patriote corse et militaire renommé, et de Dionisia Valentini. Les De Paoli font partie des notables insulaires grâce à sa mère, issue d'une vieille famille de caporali du quartier de Pastoreccia à Castello-di-Rostino, dont les ancêtres ont participé à la révolte de 1358, qui fut réprimée par Gênes et détruisit la seigneurie locale. En 1729, année de la rébellion dont Hyacinthe Paoli participa, les Génois étaient considérés comme défaillants dans leur tâche de gouvernement. Les principaux problèmes résidaient dans le taux élevé de meurtres dû à la pratique de la vendetta, les raids des pirates barbaresques dans les villages côtiers, les impôts exorbitants et la dépression économique.
Dès sa naissance, Pascal Paoli est plongé dans un environnement où l'amour pour son pays et le désir de liberté sont omniprésents. Mais son enfance prend rapidement une tournure difficile : en 1739, alors qu'il n'a que 14 ans, sa famille est contrainte à l'exil en Italie, en raison de l'échec de la révolte corse contre la domination génoise, jugée cruelle et tyrannique. Son père a failli être arrêté par les forces génoises, en , et n'était au départ guère partisan de la révolte de 1729. C'est le marquis de Maillebois, le chef du corps expéditionnaire français, qui a négocié le départ des chefs des insurgés avec Gênes, mais il n'a pas été sans contrainte. Plusieurs chefs ou proches des insurgés ont vu leurs biens détruits par les troupes françaises. Le départ à Naples a lieu le . Le frère aîné de Pascal, Clemente, resta au pays comme agent de liaison auprès de la diète révolutionnaire, ou assemblée du peuple.
Exil napolitain et formation L'exil en Italie n’est pas seulement un éloignement physique de sa terre natale, mais aussi une immersion dans un monde où les idées des Lumières commencent à se répandre. Le jeune Paoli, bien que privé de sa terre, s’imprègne des idées progressistes de l’époque, notamment celles prônant la liberté, l’égalité et la souveraineté des peuples. Ces années en Italie vont profondément influencer sa vision politique et nourrir son rêve d'une Corse libre.
En Italie, Hyacinthe Paoli veille à ce que son fils reçoive une éducation de qualité, qui sera la clé de son développement intellectuel et politique. Il envisage que son fils devienne prêtre. Pascal Paoli est admis à l'École militaire royale de Naples, où, entre 1745 et 1749, il étudie les sciences, la philosophie, et la littérature. Il est particulièrement influencé par les travaux des philosophes des Lumières, tels que Montesquieu et Rousseau, qui prônent la séparation des pouvoirs et les droits naturels de l'homme. La traduction italienne de De l'esprit des lois paraît en 1751. C'est également un lecteur attentif de Machiavel. Son professeur est Antonio Genovesi, l'un des intellectuels les plus en vue d'Italie à cette époque. Il est également un grand lecteur des auteurs antiques, notamment Polybe, Plutarque ou encore Tite-Live. L'exil le rapproche de son père, avec lequel les rapports étaient plus distants jusqu'alors.
Durant son adolescence, Paoli développe une grande maîtrise des langues, dont l'italien, le français, et le latin, ce qui lui permet de s’ouvrir aux pensées européennes. Cette éducation rigoureuse va forger en lui une pensée politique avancée, caractérisée par une forte aspiration à la justice sociale et à la liberté.
En 1741, il intègre le régiment Corsica, dont les officiers sont également corses. Il réside à Gaète avec son unité entre 1742 et 1743 avant de retourner à Naples. Il ne quitte pas son régiment jusqu'en 1749, mais se montre insatisfait de son évolution, même s'il est très bien noté par ses supérieurs. Lorsque son régiment est réformé en , il est transféré dans un autre régiment, le Real Farnese qui est stationné en Sicile. Là encore, beaucoup d'officiers sont originaires de Corse. Pendant un temps, Paoli songe à s'engager dans l'armée française. Mais cette envie est passagère, car Paoli ne songeait qu'à retourner dans son île natale. La mort de Jean-Pierre Gaffory, l'un des chefs insurgés corses, tué dans une embuscade en , va précipiter ce retour.
La Corse fut ensuite distraite par la guerre de Succession d'Autriche, au cours de laquelle des troupes de plusieurs pays occupèrent temporairement les villes corses. À Naples, Hyacinthe, percevant le talent de son fils, ne ménagea aucun effort ni aucune dépense pour son éducation, qui fut principalement classique. Le mouvement des Lumières dont Pasquale allait faire partie était néoclassique dans son art, son architecture et ses sentiments. Paoli aurait entendu un jour un vieil homme réciter Virgile sur la route, s'était approché de lui par derrière, lui avait donné une tape dans le dos et avait repris sa récitation là où l'autre s'était arrêté.
Les exilés corses en Italie cherchaient de l'aide pour la révolution, notamment un général compétent. En 1736, les exilés de Gênes avaient découvert Théodore de Neuhoff, un soldat de fortune qu'ils souhaitaient faire roi, mais il échoua et, en 1754, il croupit dans une prison pour dettes à Londres. Le jeune Pascal suscita l'intérêt lorsque, s'opposant à un projet visant à demander aux Chevaliers de Malte de prendre le commandement, il élabora un plan pour un gouvernement corse autochtone. Cette année-là, Hyacinthe, convaincu que Pascal était prêt à supplanter Theodor, écrivit à Vincente pour lui recommander la tenue d'élections générales. Les élections populaires convoquées par Vincente à Caccia firent de Pasquale le général en chef de Corse, commandant de toute la résistance. Clemente, le frère aîné, prépara le retour de Pascal en Corse.
À cette époque, la Corse était encore sous l'influence de clans rivaux, de sorte que seuls les clans des hautes terres avaient voté. Les habitants des plaines organisèrent alors leurs propres élections et élurent Mariu Emmanuele Matra comme commandant, Matra, pour asseoir son hégémonie, attaqua aussitôt les partisans de Paoli, déclenchant une guerre civile, la guerre paoliste-matristre.
La tâche suivante de Paoli fut de confiner les Génois dans leurs citadelles. Sa seconde mission fut d'élaborer une constitution qui, une fois ratifiée par la population en 1755, instaura une nouvelle république, une démocratie représentative. La première élection de Paoli fit de lui le président, supplantant son ancien poste.
Chef de la Corse indépendante () Pascal Paoli est une figure emblématique de l’histoire corse, reconnu pour son rôle crucial dans l’établissement d’un État corse indépendant entre 1755 et 1769. Son leadership politique et ses réformes ont jeté les bases d'une expérience unique de souveraineté insulaire en Europe, à une époque où les idées des Lumières commençaient à se diffuser.
Contexte de l'arrivée au pouvoir Au milieu du , la Corse était en proie à une lutte pour l'indépendance contre la république de Gênes, qui dominait l'île depuis plusieurs siècles. Le , après des années de résistance sporadique et de guerre civile, Pascal Paoli est élu Général de la nation corse lors de la consulte d'Orezza, après avoir battu l'autre candidat, Marius Emmanuel Matra, qui fût nommé Général de la nation par des opposants à Paoli. Paoli devint de facto le leader de l'île et entreprit de mettre en place un État indépendant.
La mise en place d'un État indépendant vignette|200px|Le drapeau de la République corse (1755-1769)
L'une des réalisations les plus remarquables de Pascal Paoli fut l'élaboration de la Constitution corse en 1755, souvent considérée comme l'une des premières constitutions démocratiques de l'époque moderne. Ce document instituait un régime républicain avec une séparation des pouvoirs, en partie inspiré par Montesquieu. Paoli souhaitait créer un État moderne, basé sur le droit et la participation populaire. Conformément à la Constitution, Paoli est nommé général en chef à vie.