Proclus (Proclus de Lycie ou Proclus de Byzance) ou Proclos, en grec ancien / Próklos, né le 7 ou à Byzance et mort le à Athènes, surnommé « le Diadoque » (, successeur), fut un philosophe néoplatonicien de l'école néoplatonicienne d'Athènes. La forme Proclus, très fréquemment utilisée en français, est la forme latinisée.
Biographie La vie de Proclus nous est connue pour l'essentiel grâce à son successeur Marinus, qui rédigea un éloge funèbre mêlant hagiographie et témoignage directMarinus, Proclus ou sur le bonheur (486), trad. Alain-Philippe Segonds, Paris : Les Belles Lettres, 2001, CUF, 235 p..
Il naît dans une riche famille de Byzance, fils de Patricius et Marcella, deux Lyciens, probablement le 7 ou le ; la date de naissance de Proclus est calculée à partir des données astronomiques d'un horoscope cité par Marinus, mais celui-ci affirme par ailleurs que Proclus a vécu 75 ans, ce qui contredit cette date (Jones 1999).. Selon la tradition, le nom même de « Proclus » aurait été choisi en opposition délibérée à celui d'« Anticlus », héros homérique enfermé dans le cheval de Troie et réduit au silence par Ulysse : là où Anticlus se taisait, Proclus était destiné à parler et à ne jamais cesser de le faireLa tradition reliant étymologiquement Proclus à Anticlus est toutefois considérée comme apocryphe par la critique moderne ; voir .. Il est éduqué à Xanthos, en Lycie, où il manifeste dès l'enfance une mémoire prodigieuse. La déesse Athéna lui apparaît en songe et l'exhorte à se consacrer à la philosophie. À Alexandrie, il devient le disciple d'Olympiodore l'Ancien en philosophie et étudie les mathématiques auprès d'un certain Héron. Il refuse d'épouser la fille d'Olympiodore et demeurera célibataire toute sa vie, par ascèse autant que par tempérament.
À l'âge de vingt ans, il se rend à Athènes pour suivre l'enseignement des philosophes platoniciens de l'école néoplatonicienne d'Athènes. Il étudie d'abord auprès de Plutarque d'Athènes, dit Plutarque le Jeune, fondateur et chef de cette école vers 400, dont il devient l'un des élèves les plus proches ; il est alors condisciple de Hiéroclès d'Alexandrie. Il passe ensuite sous la direction de Syrianos, qui l'initie à la logique, à la morale, à la politique, à la physique, puis à la théologie. Il approfondit Aristote, Platon, les écrits orphiques et les Oracles chaldaïques. Proclus tient Plutarque d'Athènes pour son « grand-père » intellectuel et Syrianos pour son « père ». La fille de Plutarque, Asclépigénie, l'initie aux rites de la théurgie — conjurations, formules, rites magiques et maniement des instruments sacrés. Une anecdote tardive, probablement forgée à l'époque de Psellos, prétend que Proclus aurait un jour invoqué par erreur l'ombre d'Anticlus au lieu de celle d'Achille, et que le héros muet serait resté là, immobile et bouche cousue, jusqu'à l'aube, au grand embarras du théurge.
À la mort de Plutarque d'Athènes (432), Syrianos devient le deuxième scolarque de l'école néoplatonicienne d'Athènes. Lorsque Syrianos meurt à son tour (438), Proclus lui succède comme troisième scolarqueD'où le surnom de « Diadoque » (successeur) donné à Proclus ; voir Maurice Caveing, dans Euclide, Les Éléments, Volume 1, Introduction générale, Livres I à IV (introduction Caveing, traduction et commentaires de Bernard Vitrac), PUF, 1990, 35.. Il entreprend alors la plus vaste synthèse philosophique de la toute fin de l'Antiquité grecque, édifiant un système d'une architectonique vertigineuse qui influencera durablement la pensée médiévale, tant arabe que latine.. Parmi ses disciples figurent Ammonios (fils d'Hermias), qui illustrera l'école néoplatonicienne d'Alexandrie à partir de 475, et Marinos de Néapolis, qui lui succédera à la tête de l'école d'Athènes.
Son effort résolu pour contrer le christianisme alors dominant lui vaut une année d'exil en Lydie, épreuve qu'il semble avoir supportée avec une certaine sérénité stoïque.
Les cinq dernières années de sa vie, Proclus souffre d'une maladie de langueur qui réduit peu à peu son activité. Il meurt le , âgé de , à Athènes. Certaines sources apocryphes mentionnent qu'on aurait gravé sur sa stèle, en plus de son propre nom, celui d'Anticlus,- comme pour achever enfin, dans la pierre, le dialogue entre celui qui parle et celui qui se tait.( ou est la référence ?)
Il menait une vie sociale, professionnelle et politique d'une intensité remarquable.
Les archéologues ont mis au jour les vestiges de la maison de Proclus, à proximité de l'AcropoleA. Karivieri, The House of Proclus, dans Post-Herulian Athens, 119-136..
Philosophie Néoplatonisme Il est, comme son maître Syrianos, concordiste : il pense que les diverses théologies (Homère, Orphée, Platon...) s'accordentProclus, Théologie platonicienne, I, 5. H. D. Saffrey, Le néoplatonisme après Plotin, p. 143-158..
Son œuvre est principalement constituée de commentaires de Platon. Le premier est le Commentaire sur le Timée, rédigé dès 439, à 27 ans, et pythagorisant. Suivent le Commentaire sur le Premier Alcibiade, le Commentaire sur les Oracles chaldaïques (442), le Commentaire sur le Parménide, les Éléments de théologie (vers 480 ?). On ne sait pas situer chronologiquement la Théologie platonicienne et le Commentaire sur La République.
Commentaire sur le Timée Dans son Commentaire sur le Timée, Proclos admet 9 niveaux de réalité : Un, être, vie, esprit, raison, animaux, plantes, êtres animés, matière première. Il pose une hiérarchie des dieux en neuf degrés :
Commentaire sur le Parménide Le Commentaire sur le Parménide a une importance particulière, car il inaugure la tradition apophatique du néo-platonisme : l'Un est ineffable et on ne peut l'exprimer que par une dialectique négative. Proclos fait une liste de puissances négatives : dyade, infini, mouvement, altérité, dissimilitude, cycle de l'autre, devenir, matière. Ce commentaire est également important en ce qui concerne la manière dont le néoplatonisme interprète allégoriquement les dialogues de Platon.
Théologie platonicienne Proclos fut également l’auteur d’une vaste Théologie platonicienne, dont l'objet et la méthode sont ainsi décrits dans la préface (I, 2, 9 de la traduction françaiseProclus, Théologie platonicienne, t. I-III, texte établi et traduit par H. D. Saffrey et L. G. Westerink, Les Belles Lettres, Paris, 1968 pour le t. I dont cette citation est tirée.) :
L'un des enjeux principaux de la Théologie platonicienne est l'exégèse du Parménide comme présentation systématique, ordonnée, de l'ensemble de la théologie attribuée à Platon :
Éléments de théologie Les Éléments de théologie sont le premier traité de philosophie exposé selon la méthode euclidienne, à partir de théorèmes suivis de leur démonstration. Cette méthode d'exposition scientifique influencera Alain de Lille et plus tard Spinoza. Elle confère à la pensée de Proclos un ordre, une clarté, une systématicité qui faisait défaut à ses prédécesseurs. Proclos y affectionne la démonstration par l'absurde qui conclut à une hypothèse en éliminant toutes les autres, ce qui n'est pas sans analogie avec la méthode de Nagarjuna, par exemple.
Selon l'idéalisme platonicien, « un terme également présent à tous les termes d'une série ne peut les éclairer que s'il est non pas en l'un d'eux, ni en eux tous, mais avant eux tous ». Tel se présente le théorème fondamental du traité selon lequel les choses bonnes dépendent de la bonté, les choses éternelles de l'éternité, l'unité en toutes choses de l'Un. La méthode de Proclos consiste donc à construire une métaphysique à partir d'une classification des termes d'après leur généralité décroissante, en faisant de chaque terme général la cause de tous ceux qui en dépendent. Ainsi, l'Un ou unité est cause de toutes les choses dont on peut dire qu'elles sont unes.
Voici donc établi le principe de constitution des séries classées en ordre hiérarchique suivant leur degré de généralité ou de simplicité. Le sommet de toutes les séries est l'Un. Au-dessous se situe la série des unités, au-dessous celle de l'Être (puisque tout être est un), au-dessous la série de la vie, puis la série de l'âme. Chaque série ne forme pas seulement le terme d'un ordre logique, mais elle est comme un monde contenant toutes les espèces possibles d'un genre (l'Un, l'Être, la Vie) sous une forme indistincte. Chaque monde contient toutes les réalités possibles. Ce qui est contenu dans la série des hénades sous forme d'hénade est contenu dans la série de l'être sous forme d'être, etc. Le développement et la distribution de la réalité est donc commun à toutes les séries : les êtres se divisent comme les unités, les êtres vivants comme les êtres, les intelligences comme les êtres vivants, les âmes comme les intelligences. Mais, tandis que le terme général s'élève dans la hiérarchie en fonction de sa simplicité (le plus simple étant l'Un), au contraire, les êtres singuliers qui participent de son unité sont d'autant moins élevés qu'ils sont plus simples. Ainsi, les êtres sont moins élevés que les êtres vivants, les êtres vivants que les êtres intelligents, etc.
Émile Bréhier, par exemple, a pu reprocher à Proclos de figer toute la réalité dans une sorte d'ordre ou de hiérarchie immuable où chaque être a sa place définie de toute éternité et ne peut en changer, y évoluer, s'élever ou s'abaisser. Pourtant, l'âme, véhicule de lumière, en revêtant diverses enveloppes (corps primordial et éternel, corps médiant durable, corps éphémère indéfiniment renouvelable) se particularise au fur et à mesure qu'elle est destinée à agir dans le monde sous telle ou telle forme. À partir de là, on peut considérer l'hénologie proclusienne comme le déploiement d'un univers totalisé en chacune de ses parties, la manifestation d'une théophanie polycentrique, une monadologie holistique où chaque âme singulière n'en est pas moins le miroir de l'univers dans sa totalitéProclus, article de Jean Trouillard, Dictionnaire des philosophes, P.U.F., 1984, p. 2134-2135..
De l'Éternité du Monde Il publie De l'Éternité du Monde ou Dix-huit arguments sur l'Éternité du Monde, contre les chrétiens. Ce texte nous est parvenu par l'intermédiaire de Jean Philopon et par des traductions en arabe. Jean Philopon lui répondra point par point, en 529, dans son ouvrage Contre Proclus sur l’éternité du monde. Le théologien musulman al-Ach'ari le réfute aussi dans son Fî al-radd 'alâ al-falâsifah («De la réfutation des philosophes»).
Théurgie Olympiodore le Jeune oppose chez les néoplatoniciens contemplatifs et théurgistes : Olympiodore d'Alexandrie le Jeune, In Platonis Phaedonem, éd. W. Norvin, 123.3. Eric Robertson Dodds, Les Grecs et l'irrationnel, 1959, trad., Flammarion, coll. "Champs", 1977, p. 301 : en grec..
Toute sa vie il aura vécu de façon religieuse, pour ne pas dire magique. Marinus, Vie de Proclus, § 18 et 19, p. 22-23.. Il pensait être la réincarnation du néopythagoricien Nicomaque de Gerasa, mort en 196Marinus, Vie de Proclus, § 28.. Parmi les vertus, il met au sommet les vertus théurgiques.
Chez Proclos, la philosophie se double d'une théurgieH. Lewy, Chaldaean Oracles and Theurgy. Mysticism, Magic and Platonism in the Later Roman Empire, nouvelle édition, 1978.. Après avoir reçu la révélation de sa vocation de la déesse Athéna elle-même, il se proclama en tant que philosophe « le hiérophante du monde entier ». Toute l'œuvre de Proclos consiste à déployer le contenu de l'âme sous forme métaphysique et théologique, l'âme étant « le milieu et le centre de tous les êtres ». A. SheppardA. Sheppard, "Proclus' attitude to theurgy", Classical Quaterly, N. S. 32 (1982), p. 212-224. propose de distinguer trois aspects dans la théurgie proclienne : 1) pur rituel (magie blanche), 2) élévation de l'âme au degré de l'intellect et de l'intelligible, 3) union de 'l'un de l'âme' au dieu suprême.
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