Les Convènes (en latin:) sont un peuple aquitain ou proto-basque.
Leur territoire correspondait à peu près à la région du Comminges actuel (la moitié sud du département de la Haute-Garonne, la haute vallée de la Garonne, l'est du plateau de Lannemezan jusqu'à Boulogne-sur-Gesse et L'Isle-en-Dodon) plus la vallée d'Aure et le Val d'Aran.
Leur capitale aquitano-romaine de Lugdunum (nommée Lugdunum Convenarum, la Lugdunum des Convènes, pour la différencier de la ville de Lyon antique) correspond à l'actuel village de Saint-Bertrand de Comminges et sa population semble être un agrégat de proto-basques auxquels s'ajoutent des Celtes et des Romains.
Les Convènes trouvent ainsi leur place à proximité des Volques Tectosages de Toulouse, des Auscii d'Auch, et fédéreraient en partie les Consoranni du Couserans, les Garumni du val d'Aran, les Onesii de Luchon...
Étymologie « Convènes » est composé du préfixe romain con- « avec, ensemble » et de ueni « clan, famille, lignée », soit littéralement « Ceux appartenant au même clan ». Toutefois, selon Jean-Claude Dinguirard à la suite d'Henri Gavel, il s'agirait d'un jeu de mots latin à partir d'un possible nom de peuple *Kombenae, nom d'origine autochtone et non latineJean-Claude Dinguirard, « Notes Aquitaines », Via Domitia n°27, 1982. Cette hypothèse est cohérente avec l'évolution du groupe mb > m en gascon, d'où le nom Comenge (français Comminges), une telle évolution étant plus difficile à partir de nv..
La première dénomination de Κονουενοι (« Convènes ») leur est donnée dans les textes du géographe grec Strabon au dans sa Géographie. Les Κονουενοι auraient été rassemblés dans la ville de Πόλις Λούγδουνον, connue en latin comme Lugdunum Convenarum (actuelle Saint-Bertrand de Comminges)Lugdunum est issu de Lugus, dieu de la mythologie celtique, et de l'élément celtique -duno (forteresse, colline). Le nom de la ville signifie donc « forteresse (ou colline) du dieu Lugus ».. Une dénomination approchante de Convènes, Κουμουενοί, se trouve dans la Géographie de Ptolémée au .
Au , saint Jérôme, dans sa Diatribe contre VigilantiumContra Vigilantium | Patrologie romaine XXIII, 356-357, parle de son adversaire descendant d'une race constituée d'un ramassis de « brigands »D'après Jean-Luc Schenck David, le terme de Convènes aurait pour Saint Jérôme, un sens plus péjoratif encore que pour Strabon (Convènes = rassemblés, regroupés, voire ramassis ou réfugiés) que Pompée réunit « dans une seule ville fortifiée » - c'est-à-dire la ville nommée plus tard Lugdunum Convenarum - dont elle prit le nom des Convènes :
La capitale des Convènes est citée chez de nombreux autres auteursD'après Jean-Luc Schenck David,: Flavius Joseph, Antonin, Sidoine Apollinaire, Grégoire de Tours...., qui par ailleurs parlent peu des Convènes eux-mêmes. Le nom de leur capitale, Lugdunum, est un nom celte, composé étymologiquement de deux mots gaulois : Lug (dieu celte du commerce) et Dunum (fortification/colline).
Histoire Les Convènes ne préexistaient pas à la présence romaine en Aquitaine mais, au contraire, c'est aux Romains que sont attribuées la création et la structuration de ce peuple. Selon le moine chrétien du IVe siècle saint JérômeContre Vigilance, dans Migne, Patrologie latine, XXIII, 356-357., le général romain Pompée, revenant victorieux de la guerre en Espagne contre Sertorius (en -72), aurait déplacé des populations pyrénéennes et ibériques pour les installer sous le contrôle d'un oppidum. Il n'est pas clair si l'oppidum existait déjà ou fut bâti pour l'occasionToutefois, en date de 2006, les fouilles et sondages menés n'ont révélé aucun vestige d'un oppidum préromain ou de l'époque de Pompée. L'absence de confirmation archéologique permet à Shaad, Vidal ou Aupert de douter de cette source tardive et de la fondation pompéienne (Aupert, Monturet et Dieulafait, Saint Bertrand de Comminges II. Les thermes du forum, Fédération Aquitania, Études d'archéologie urbaine, Pessac, 2001, p.103 ; Schaad et Vidal, Origines et développement urbain des cités de Saint-Bertrand-de-Comminges d'Auch et d'Eauze, dans L. Maurin (dir.), Villes et agglomérations urbaines antiques du Sud-Ouest de la Gaule, Aquitania, Bordeaux, 13-15 septembre 1990, suppl. à Aquitania, Bordeaux, 1992, p. 211-221 ; Sablayrolles et Beyrie, CAG 31/2, le Comminges, pp.62-63 et pp.257-258)..
Cet établissement au débouché de la haute vallée de la Garonne (sur le site de l'actuelle Saint-Bertrand de Comminges) s'effectuait au détriment des populations autochtones (selon Raymond Lizop, les Garumni mentionnés par CésarRaymond Lizop,Le Comminges et le Couserans avant la domination romaine, Privat, 1931, p.45, cité dans Christian Rico, Pyrénées romaines, p.118 et dans Sablayrolles et Beyrie, CAG 31/2, Le Comminges, p.62. L'identification aux Garumni est aussi admise par Gabrielle Fabre, Civilisations protohistoriques de l'Aquitaine, Picard, 1952, p.169 et par Roland May, Saint-Bertrand de Comminges, Toulouse, 1986, p.31 et 41.) qui seraient ainsi passées de la domination politique des Volques Tectosages de Toulouse à celle de l'administration romaineMichel Labrousse, Toulouse antique, Paris, E. de Boccard, 1968, p. 90. cité par Christian Rico, Pyrénées romaines, p.112..
Convènes était le nom donné à cette confédération de peuples (convenae, du latin convenio, se rassembler, se réunir ; convena : étrangers venus de partout, fugitifs, aventuriersGaffiot, articles convena et convenio, p.424.), un agrégat de populations, pour une large part autochtones et de langue et de culture aquitanique (proto-basque), pour le reste déportés depuis les vallées du sud des Pyrénées, peut-être depuis le centre de l'Espagne (Vettons, Celtibères et Arévaques)Christian Rico, Pyrénées romaines, Casa de Velázquez, 1997, p.142. La fondation de la bourgade de Lugdunum aux confins occidentaux de la domination romaine était destinée à consolider l'autorité de Rome aux marges des territoires qu'elle contrôlaitChristian Rico, Pyrénées romaines, p.142.
À l'origine un petit poste frontière, la ville connaît un remarquable développement dès les premières décennies du Roland May, Saint-Bertrand de Comminges, Toulouse, 1986, p.13 ; après la réforme augustéenne, les Convènes sont séparés de la Narbonnaise pour être associés à la toute nouvelle province d'Aquitaine. Lugdunum, devenue capitale d'une civitas (cité), se dote d'importantes infrastructures et de grands édifices publics. Elle devient un foyer de romanisation pour toute cette région (Montmaurin, Valcabrère, Valentine, thermes de Luchon et du val d'Aran) et contribue à y fixer les populations gallo-romaines. Située au carrefour d'axes routiers et fluviaux, disposant d'un terroir fertile, de carrières de marbre et de calcaire, du sel de Salies-du-Salat et d'agglomérations thermales réputéesL'agglomération thermale des Onesii (Bagnères-de-Luchon) est vantée par Strabon et connue de régions lointaines de la Gaule, mais il existe aussi Aquae Convenarum (Capvern-les-Bains) et les thermes d'Arties dans le val d'Aran., la cité des Convènes prospère et devient une des plus puissantes de la Gaule AquitaineChristian Rico, Pyrénées romaines, Casa de Velázquez, 1997, pp.111-112. Lugdunum est promue au statut de colonie de droit romain avant le milieu du .
Sous Dioclétien (seconde moitié du ), la cité des Convènes est transférée dans la Novempopulanie. Les fouilles archéologiques montrent que la prospérité se maintient au et dans le Haut Moyen Âge, malgré les invasions vandales du tout début du et le siège de la ville par le roi des Burgondes Gontran en 585Le récit de la destruction de la ville que fait Grégoire de Tours est démenti par le résultat des fouilles archéologiques ()..
La religion des Convènes
De nombreux autels votifs, dédiés à des divinités indigènes, ont été retrouvés sur le territoire des Convènes. Datant du au de notre ère, ces autels sont plus nombreux le long de la haute vallée de la Garonne (depuis la plaine de Rivière en passant par Saint-Bertrand de Comminges jusqu'à Saint-Béat) et de la vallée de la Pique et du Larboust, autour de Bagnères-de-LuchonVoir schémas sur . À l'exception du dieu Abellio, que l'on vénérait sur tout le territoire des Convènes, les divinités de ce panthéon semblent avoir été révérées localement, sur des zones très restreintes. Les Convènes, comme l'indique le nom de leur capitale, avaient pour divinité principale Lug, chef du panthéon celte.
Le christianisme serait attesté dans la région à partir du et avant l'arrivée des Wisigoths au .
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Jean-Claude Dinguirard, Notes Aquitaines, Via Domitia n°27, 1982
Articles connexes Aquitains Novempopulanie Lugdunum Convenarum Gaule Lug Abellio
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