thumb|upright=1.3|Les pygmées d'Afrique centrale selon Luigi Luca Cavalli-Sforza

Les Twa de la région des Grands Lacs appartiennent au peuple pygmée d'Afrique. Ils sont généralement considérés comme les habitants les plus anciens de la région. Les actuelles populations Twa se rencontrent au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, en République du Congo et dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC). Il existe d'autres populations pygmées apparentées aux Twa en RDC (dans la forêt du bassin du Congo sur le territoire des Mongos et en Ituri, (Mbuti)) ainsi qu'en Angola, Namibie, Zambie, Malawi et au Botswana.

En 2000, on estimait le nombre de Twa entre et , dispersées sur une zone d'environ . Dans tous les pays où ils sont présents, les Twa sont extrêmement minoritaires (entre 0,02 et 0,7 % de la population). Partout, ils sont marginalisés sur le plan politique et économique et peinent à remettre en cause les discriminations dont ils sont victimes. Les Twas possèdent trois sièges réservés à l'Assemblée nationale et au Sénat du Burundi.

Ethnonymie Selon les sources et le contexte, on observe notamment les formes suivantes : Abathwa, Atschoua, Ba.Twa, Bachua, Bacwa, Bakiue, Bakwa, Banyaruanda, Banyarwanda, Baroa, Bassoa, Batjva, Batshwa, Batswa, Batua, Batwa, Batwas, Bekoe, Cwa, Gwa, Pygmées Twa, Ruanda, Rutwa, Rwanda, Swa, Toa, Tshwa, Twas, Watshua, Wattua, Wottschua, Xegw, Xegwi.

Histoire thumb|upright=0.6|Un pygmée twa et un jeune kuba, 1906

Pendant des centaines d'années, à l'instar de la plupart des peuples pygmées, les Twa ont vécu dans la forêt équatoriale selon un mode de vie traditionnel de chasseurs-cueilleurs semi-nomades. Leurs sociétés étaient marquées par un très fort sens de l'égalité (lié au principe moral de partage non réciproque), y compris dans les relations hommes femmes. Leurs sociétés reposaient également sur un système de consommation dit de retour immédiat () dans lequel il n'y a aucun stockage, par opposition aux sociétés dites de retour différé () qui stockent le surplus de consommation en prévision d'éventuelles pénuries.

Peuple originaire, les Twa ont eu à subir, au moins à partir du de notre ère, la domination de peuples agriculteurs et éleveurs, puis, à partir de la fin du , celle des colonisateurs européens. L'impact de ces nouveaux arrivants sur le mode de vie des Twa a, toutefois varié selon les pays et les régions. Si l'historiographie traditionnelle décrit généralement un processus continu de marginalisation des Twa, les traditions orales renvoient souvent l'image d'une situation beaucoup plus contrastée, au moins jusqu'au .

Les Twa du Rwanda

Au Rwanda, on considère généralement que les Hutu sont arrivés dans la région entre le et le et qu'ils auraient soumis les Twa locaux. Au cours du , les populations Tutsi, au mode de vie pastoraliste auraient, à leur tour, soumis les Hutu et les Twa, créant une société organisée autour de trois groupes sociaux principaux. Cette vision des Tutsi comme étrangers au Rwanda correspond à l'idéologie hamitique, à l'origine notamment du Génocide des Tutsis et n'est plus acceptée aujourd'hui.

Souvent comparés, à tort, à des castes figées, les groupes Tutsi et Hutu s'apparentaient cependant davantage à des ordres sociaux entre lesquels existait un certain degré de coopération et de circulation. Par ailleurs, bien que situé en général au plus bas de l'échelle sociale, il semble que les Twa aient eu un rôle complexe qu'on ne peut pas réduire à celui d'une population marginalisée et méprisée. Les Twa ont été les alliés de certains clans tant Hutu que Tutsi. Quelques Twa ont reçu le titre de sous-chef et un groupe, le clan Basyeti a été anobli. Certains Twa ont même participé au gouvernement des rois Tutsi. Enfin, les Twa ont été très tôt admirés comme artistes - certains jouant même le rôle de fou à la cour des rois - et leur connaissance de la forêt, des plantes sacrées et leurs pouvoirs chamaniques supposés en ont souvent fait des personnages redoutés. vignette|Habitants du village de Kiguri, lors de la venue d'un groupe de touristes. La situation des Twa s'est dégradée au cours du . À leur arrivée au Rwanda fin , les colonisateurs allemands, puis belges ont entrepris de classifier les populations locales en fonction de leurs activités et de leur physique, ce qui eut pour résultat de créer une différenciation raciale et politique artificielle au profit des Tutsi et au détriment des Hutu et Twa. Sous la colonisation puis au cours des premières décennies suivant l'indépendance en 1961, l'irruption des modes d'échanges économiques modernes (monétaires), les politiques de déforestation, la pénurie de terres cultivables et la création de parc nationaux (Parc national des Volcans, Parc national de l'Akagera) ont eu pour résultat de restreindre l'accès des Twa aux forêts ancestrales et de déstabiliser encore un peu plus leur mode de vie traditionnelle. En 2010, on estimait que les Twa étaient au Rwanda, soit 0,41 % de la population totale.

Les Twa de l'Ouganda thumb|Twa de l'Ouganda vignette|Préparation du dîner sur un feu de bois. On considère que les Twa ont été jusqu'au les seules populations présentes dans le district de Kabale situé au sud-ouest de l'Ouganda et frontalier avec l’État pré-colonial du Rwanda. Les Twa y menaient une vie de chasseurs-cueilleurs forestiers, payaient un tribut à la cour du roi Tutsi du Rwanda sous forme d'ivoire et de peaux de bêtes et taxaient les caravanes traversant leur territoire. Au , les Twa s'allièrent aux neuf clans Kiga Hutu qui s'étaient installés dans la région afin de fuir le gouvernement Tutsi du Rwanda. Lorsque Mpama, un prince Tutsi se rendit sur place pour reprendre le contrôle de la région, des archers Twa originaires du Rwanda faisaient partie de l'expédition et ces derniers furent nombreux ensuite à rester sur place. On estime généralement que le soutien des Twa fut décisif dans la victoire du roi Tutsi sur les clans Hutu. Dans cette région de l'Ouganda, des clans Twa réussirent même à imposer le paiement de tributs à des clans Hutu et plusieurs Twa, comme Semasaka, devinrent de riches et puissants notables.

vignette|Une femme et son enfant adulte montrant leur habitation à des visiteurs, à proximité du parc national des gorilles de Mgahinga. À la fin du , un conflit éclata entre les clans Twa et les autorités Tutsi rwandaises au sujet d'une alliance matrimoniale. Dans un premier temps, les Twa infligèrent une défaite au sous-chef tutsi local et étendirent leur domination sur le district. Le prince rwandais Nyindo, demi-frère du roi Musinga ne parvint à reprendre le contrôle de la région en 1898 qu'en faisant appel aux colons belges installés au Congo qui lui fournirent des armes à feu. Entre 1896 et 1910, un autre leader twa, Basebya se distingua par une succession de raids contre les Tutsi. Il fut cependant capturé puis remis aux Allemands qui l'exécutèrent en 1911. Pendant la période coloniale britannique en Ouganda, l'expansion des surfaces cultivées et l’abattage des arbres réduisirent le territoire des forêts contrôlés par les Twa. Ces derniers devinrent de plus en plus dépendants des fermiers pour leur nourriture et l'accès à la terre. Accusés de braconnage contre les gorilles (alors même qu'ils ne consomment pas leur viande, cet animal étant tabou pour eux), ils ont été aussi fréquemment expulsés des réserves protégées comme ce fut le cas, en 1991, sans aucune compensation, des parcs de Bwindi et Mahinga.

Les Twa du Burundi

thumb|Femmes twa au Burundi Comme au Rwanda, la situation des Twa du Burundi s'est considérablement dégradée au cours du à cause de l'extension des cultures et de la déforestation. Depuis les années 1970, la chasse y est devenue illégale et la redistribution des terres qui s'est faite après l'indépendance s'est faite au détriment des Twa.

Imelde Sabushimike devient en 2020, la première Twa à entrer dans un gouvernement africain en étant nommée Ministre du Burundi..

Les Twa en RDC

Comme dans d'autres pays de la région, les Twa des provinces du Nord du Sud Kivu et du nord du Katanga ont noué des relations de clientèle avec les peuples agriculteurs et éleveurs. Un chef traditionnel (un Mwami) local qui n'avait pas de Twa à sa cour n'était ainsi pas considéré comme un chef important. L'étendue des forêts dans l'Est de la RDC a longtemps permis aux Twa de la région de mieux préserver leur mode de vie traditionnel que ceux des pays frontaliers.

Toutefois, avec la colonisation et les politiques de modernisation menées après l'indépendance, les Twa ont été progressivement expulsés des forêts. Ce fut notamment le cas, entre 1960 et 1975, pour les Twa vivant dans le Parc national de Kahuzi-Biega (entre à ) qui furent violemment expulsés par l'Institut zaïrois pour la conservation de la nature (IZCN). Aucune consultation n'eut lieu avant leur expulsion et les Twa ne bénéficièrent d'aucune mesure de compensation. On estimait, en 2000 que 50 % des Twa expulsés du parc étaient morts. Jerome Lewis rapporte le témoignage édifiant d'un Twa de Kalehe recueilli par Barume et Jackson.: .

Les Twa sont victimes de nombreuses discriminations dans l'ensemble du Congo. Que ce soit au Nord Kivu ou au Katanga, Ils sont souvent considérés comme des êtres inférieurs et traités comme des animaux. Ils n'ont quasiment aucun accès à la terre et au pouvoir coutumier.

L'impact des guerres en Afrique centrale

Les Twa sont rarement pris en compte dans l'étude des conflits qui ont opposé les Tutsi et les Hutu au Rwanda et au Burundi dans les années 1990-2000. On estime qu'ils ont payé un lourd tribut lors du génocide de 1994 au Rwanda en 1994. Sur les Twa vivant au Rwanda au début des années 1990, on estime que seraient morts pendant le génocide (et auraient dû s'exiler). Pendant le génocide, de nombreux Twa ont aussi servi aux côtés des plus forts - les miliciens Hutu - ce qui a compliqué leurs relations avec le pouvoir Tutsi de Paul Kagame au cours des années qui ont suivi. Début 2000, de nombreux Twa ont été chassés de leur terre par les autorités rwandaises afin de construire sur leurs terres des maisons au profit des survivants du génocide.

Au Burundi, les Twa se sont également retrouvés pris au piège des cycles de violence post-indépendance et de la guerre civile des années 1990-2000 qui ont opposé les Tutsi et les Hutu. Beaucoup de Twa ont dû fuir les violences et ont vécu comme déplacés dans leur propre pays. En désespoir de cause, certains Twa se sont installés à proximité d'un groupe Hutu ou Tutsi et ont servi de boucliers humains en l'échange de rations quotidiennes.

En République démocratique du Congo, les Twa ont aussi payé un lourd tribut lors de la Seconde guerre. Les forêts du Nord et Sud Kivu ont servi de refuge aux différents groupes armés qui se sont affrontés à partir de 1996 en RDC. Accusés de soutenir les mouvements Mayi-Mayi opérant dans les forêts, ils ont été victimes de plusieurs massacres et de viols. En effet, selon certaines superstitions et croyances locales, les relations sexuelles avec des femmes pygmées permettraient de guérir certaines maladies ou de rendre invincible. Par ailleurs, le viol a été utilisé, contre une arme de guerre et les femmes twa comme les femmes des autres communauté ont été particulièrement touchées.

Il n'existe pas de statistiques officielles sur la prévalence du VIH/SIDA au sein de la communauté twa mais plusieurs cas de contaminations ont été rapportés par la presse. Des enfants twa ont aussi été tués et leur chair consommée du fait de croyances locales leur prêtant des pouvoirs surnaturels .