, roi connu aussi sous le nom de La numérotation royale des David géorgiens est incertaine. En effet, certains historiens comme Cyrille Toumanoff font commencer la lignée des « David » avec le prince-primat , le roi des Géorgiens et le curopalate des Géorgiens (qui n'était qu'un souverain de facto de 990 à 1000). D'autres ne considèrent ni ce dernier ni d'Ibérie comme rois, ce qui donne au premier roi de Géorgie nommé le titre de second de son nom. et surnommé le Bâtisseur ou Reconstructeur (en géorgien : , « Davit' Aghmachenebeli » ; né en 1072 ou 1073 et mort à Tbilissi le ), est le cinquième roi de la Géorgie unifiée. Il règne de 1089 à sa mort, en 1125, et appartient à la dynastie des Bagrations. Il est fêté comme saint le par l'Église orthodoxe.
Arrivé sur le trône à la suite d'un changement de pouvoir imposé à son père, le faible , il parvient à restaurer le calme dans son pays en expulsant les colons dévastateurs turcs et en se libérant du joug musulman. Sur le plan intérieur, il reste célèbre pour une série de réformes qu'il entreprend avec succès, avec l'aide de son conseiller Georges de Tchqondidi, mais aussi pour avoir réduit à néant la puissance des grands nobles, jusque-là influents au sein de la cour royale. En politique étrangère, David le Reconstructeur est connu pour avoir conclu un accord avec les Qiptchaks et soumis les tribus de Ciscaucasie en 1118, tout en se déclarant indépendant de l'influence byzantine.
Commandant des troupes géorgiennes durant une série de campagnes militaires contre les occupants musulmans connues sous le nom de « croisade géorgienne », sa plus importante victoire reste la bataille de Didgori, en 1121, durant laquelle il mène une armée de croisés européens et géorgiens pour infliger aux Seldjoukides musulmans une importante défaite inaugurant l'« âge d'or » de l'histoire de la Géorgie. Roi chrétien, il est également reconnu comme saint par les Églises orthodoxe et catholique pour avoir développé la foi chrétienne dans son pays et promu d'autres travaux, dont la constitution d'une importante société académique. Enfin, le Bâtisseur est le premier monarque à avoir unifié toutes les parties de la Géorgie, constituant un royaume s'étendant de la mer Noire à la mer Caspienne et du Grand Caucase au mont Ararat.
Biographie Premières années et accession au trône David Bagration est né entre 1072 et 1073 devient en effet roi à l'âge de 16 ans en 1089.. Fils unique du roi (r. 1072 - 1089) et de son épouse, la reine Elene, il est probablement éduqué par le religieux Georges de Tchqondidi, membre de la cour royale. Le futur roi grandit en temps de guerre et de désolation, en raison des ravages des Seldjoukides et des nombreuses défaites de son père contre ces envahisseursDès 1074, les Seldjoukides ravagent le Karthli et infligent de sérieuses défaites aux Géorgiens à plusieurs reprises, avec notamment la prise de la résidence royale de Koutaïssi dans les années 1080.. Face à une telle situation, une importante opposition voit le jour contre et entraîne un changement de pouvoir au profit du jeune David ; Georges de Tchkondidi aurait fait partie de ces opposants.
La Vie de David, roi des rois ne raconte pas les détails de la passation de pouvoir entre et son fils. Nodar Assatiani qualifie l'événement de « révolution de palais » impliquant plusieurs dignitaires, en 1089. D'autres historiens parlent plutôt d'une pression sur le roi géorgien en vue de son abdication au lieu d'un coup d'État. Le chroniqueur contemporain de se limite à mentionner le changement de pouvoir comme un couronnement du jeune prince par son père, ce qui pousse certains kartvelologues comme Cyrille Toumanoff à suggérer un co-règne entre et , au moins jusqu'en 1112, tandis que des fresques retrouvées dans l'église d'Ateni de Sion le représentent en habits de moine, ce qui signifierait que son abdication aurait été forcée.. Marie-Félicité Brosset émet l'hypothèse au d'une mort immédiate de après son renversement.
L'arrivée au pouvoir de est accueillie par plusieurs factions du pays comme un signe libérateur du royaume de Géorgie, souffrant politiquement, économiquement, culturellement et même religieusement. Ainsi, des expressions tel qu'un couronnement venant de Dieu apparaissent dans les récits contemporains. Les Chroniques géorgiennes racontent : Dès lors le zéphyr de la vie commença à souffler, les nuages réparateurs à étinceler sur nos têtes. Après 12 années, remplies de cette série de fléaux, le soleil de tous les royaumes surgit du sein des ombres éternelles, dans la personne d'un prince grand par son nom, plus grand encore que ses œuvres, l'homonyme de David, père du Seigneur, de qui il était le descendant.
Les défis du nouveau roi Devenu monarque à l'âge de 16 ans, le jeune se trouve à la tête d'un royaume ayant perdu une grande partie de ses territoires initiaux de 1010. Le royaume de Géorgie, s'étendant au début du du Chirvan à la côte est de la mer Noire, se limite désormais à l'Abkhazie et au KarthliLa perte de la Kakhétie, de l'Héréthie et de la Tao-Klardjeti date du règne de (1014-1027).. Les ravages saisonniers causés par les raids des Turcs depuis les années 1080 constituent un danger économique pour le pays qui est contraint de se reconnaître vassal des Seldjoukides et de payer un tribut aux envahisseurs. À l'intérieur, les fondations de l'État géorgien, basées sur l'orthodoxie et le pouvoir central royal, sont sapées, conduisant un royaume supposé unifié au bord de la destruction. Plusieurs historiens comparent la tâche du jeune souverain à celle de et Jean Marouchidze, les princes à l'origine de la première unification du pays.
doit donc profiter de la situation internationale mais aussi de son influence et de sa force pour parvenir à restaurer la Géorgie de . Ainsi, les accomplissements de David le Reconstructeur peuvent être divisés en trois étapes : la réforme de l'État intérieur (1089-1103), la reconquête des territoires perdus (1107-1118) et l'assurance d'une sécurité extérieure (1120-1125).
La fin des ravages turcs thumb|L'Empire seldjoukide jusqu'en 1092. thumb|Royaume de Géorgie après l'expansion de La première étape entreprise par pour rétablir l'économie géorgienne est la cessation des raids turcs en Géorgie. Depuis 1080 et la prise de Koutaïssi par l'émir Ahmed, le royaume de Géorgie était contraint d'accepter la suzeraineté seldjoukide et de payer un tribut annuel. Malgré ces mesures, les musulmans n'arrêtent cependant pas leurs dévastations saisonnières et plusieurs tribus nomades turques s'établissent en Géorgie aux dépens de la population géorgienne, causant l'effondrement du système féodal local. L'historiographie contemporaine rapporte qu'à l'avènement de David le Bâtisseur, la Géorgie intérieure n'avait plus de population rurale, les habitants étant tous réfugiés dans les citadelles locales.
Pour expulser les Turcomans hors de ses territoires, le roi David commence par réorganiser une armée dont le moral est au plus bas en raison de ses nombreuses défaites ; il forme alors plusieurs petits détachements militaires composés de la petite noblesse et de paysans venant des domaines royaux .. Bientôt, des dizaines de tels détachements sont créés et une nouvelle stratégie, consistant en des attaques surprises sur les colonies musulmanes, est élaborée. En quelque temps, le monarque parvient non seulement à arrêter les incursions seldjoukides, mais attaque par la même occasion les nomades turcomans.
Un armistice est bientôt établi entre les Géorgiens et les Turcs. D'après les termes du traité, s'engage à payer honnêtement le tribut établi sous le règne de son père en échange d'un arrêt total des raids seldjoukides. Cela n'arrête pas pour autant certains Turcs, dont les troupes sont massacrées par les unités géorgiennes, tandis que les Turcomans établis dans les campagnes sont progressivement renvoyés du pays, permettant aux Géorgiens de retourner dans leurs villages. Petit à petit, les conditions de la vie sociale des locaux s'améliorent, faisant revivre l'économie nationale et augmenter la population.
Une noblesse mise au pas thumb|upright|Fresque du monastère de Chio-Mvghime (Karthli) représentant . Après avoir mis fin aux incursions turques et rétabli le traditionnel système féodal, décide de renforcer le pouvoir central avant de se lancer dans des projets plus importants. En effet, juste après le rétablissement de l'économie géorgienne, une grande partie de la noblesse, dont leristavi de Kldekari et le prince Niania Cakhaberisdze, ont fait allégeance au roi. Cet acte représente alors un changement remarquable face aux réactions de la société nobiliaire vis-à-vis des précédents rois, mais reste éphémèreLa haute noblesse géorgienne a rarement été progressiste dans l'histoire du pays. Au contraire, cette classe politique a longtemps combattu contre le pouvoir central pour se créer des domaines indépendants. La famille des ducs de Kldekari s'est, de plus, posée en ennemie des rois Bagrations depuis le règne de (r. 1010-1014)..
En 1093Quatre ans après son avènement, d'après les Chroniques géorgiennes., Orbeliani (ou son fils Jean selon certaines sourcesVersion arménienne des Chroniques géorgiennes.), possiblement converti à l'islamSamuel d'Ani, Histoire universelle., organise un complot contre David. Celui-ci en est informé et réagit en emprisonnant l'''eristavi pour en faire un « homme sage », d'après les Chroniques géorgiennes. Deux ans plus tard, il est libéré sous gage de fidélité et est réinstallé dans ses domaines de Trialeti et Kldekari. Toutefois, le noble n'abandonne pas ses plans contre son suzerain et recommence à comploter contre Koutaïssi. Ayant une nouvelle fois appris un tel événement, décide d'agir plus utilement et l'emprisonne à nouveau jusqu'en 1098, avant de l'exiler définitivement à Constantinople. Le fils de Liparit, , « homme déloyal et vrai fils de vipère », meurt en 1101, mettant ainsi fin à une branche insoumise de la maison de Baghvachi depuis le roi et permettant au monarque d'agrandir ses domaines.
Liparit n'est pas l'unique grand noble ayant subi les conséquences des projets du roi. Plusieurs autres, notamment Dzagan Abouletisdze, sont sévèrement punis de la même manière après des rébellions, et leurs domaines ajoutés aux États royaux. Ainsi, David prend d'importantes initiatives pour renforcer son pouvoir. Il limoge également les dignitaires choisis par ses prédécesseurs en raison de leurs titres et les remplace par de fidèles conseillers issus généralement de la petite noblesse.
Le retour de la Kakhétie Après avoir réduit la puissance des grands du royaume, le roi décide de compléter l'unité nationale. Pour accomplir cette tâche, il doit parvenir à réunifier la Géorgie occidentale avec le reste du pays. En effet, le royaume uni de Kakhétie-Héréthie avait déclaré son indépendance sous le règne de (r. 1014-1027), privant ainsi la Géorgie d'une importante partie de ses territoires .. Comprenant que seule la guerre pouvait alors l'aider dans son projet, le roi lance une courte attaque contre le roi (r. 1084-1102) et parvient à prendre la forteresse de Zedazadeni, au nord de Mtskheta, en 1101.
thumb|left|La déclaration des Croisades contre les Seldjoukides donne à une occasion de se libérer de la domination turque.