Elise « Lise » Meitner, née le 7.. ou le 17Selon , le registre des naissances de la communauté juive de Vienne indique que Meitner est née le 17, mais tout autre document à son sujet indique le 7, date que Meitner a reconnue elle-même. à Vienne en Autriche et morte le à Cambridge, en Angleterre, est une physicienne autrichienne naturalisée suédoise.
Elle est renommée pour ses travaux sur la radioactivité et la physique nucléaire. Elle joua notamment un rôle majeur dans la découverte de la fission nucléaire, dont elle fournit avec son neveu Otto Frisch la première explication théorique. Lise Meitner est souvent citée comme l'un des cas les plus flagrants de scientifique injustement ignorée par le comité attribuant le prix Nobel .....
Biographie Enfance et études 150px|vignette|gauche|Maison de naissance de Lise Meitner. Elise (« Lise ») Meitner est née de famille juive ashkénaze nombreuse à Vienne, dans le deuxième arrondissement (Leopoldstadt). Elle est la troisième des huit enfants de Philipp Meitner et son épouse Hedwig Skovran.
Son père est l'un des premiers avocats juifs assermentés en Autriche. Le couple Meitner, aux idées libérales, élève ses enfants dans une atmosphère intellectuelle stimulante, et les encourage à poursuivre des études avancées. C'est ainsi que les cinq filles de la famille reçoivent une éducation supérieure, dans une société où l'école se termine pour l'écrasante majorité des jeunes filles de la bourgeoisie à l'âge de quatorze ans.
L'université autrichienne est ouverte aux femmes en 1897. Durant une période de transition, les jeunes femmes peuvent être admises sans être passées par le lycée (le , qui jusqu'alors leur était fermé), à condition d'être reçues à l'examen final, la Matura, en tant que candidates externes. En 1899, Lise Meitner commence une préparation accélérée de deux ans, dans un petit groupe de trois femmes, afin de se présenter à cet examen. Elle est reçue et entre à l'université de Vienne en 1901, à l'âge de vingt-deux ans.
Après la première année, au cours de laquelle Lise Meitner suit de nombreux cours en physique, chimie, mathématiques et botanique, elle se concentre sur la physique. Dès la seconde année, elle choisit de suivre tous les cours donnés par Ludwig Boltzmann ; cela témoigne de la fascination que ce grand physicien théoricien exerce sur ses étudiants, avec qui il développe des liens intellectuels mais aussi personnels..
Premiers travaux à Vienne gauche|vignette|Lise Meitner à Vienne (v. 1906). En 1905, Lise Meitner effectue son travail de doctorat sous la direction du physicien expérimentateur Franz-Serafin Exner, qui introduit à Vienne l'étude de la radioactivité, un sujet nouveau et en plein essor. Le sujet d'étude de Lise Meitner est cependant de nature différente : il s'agit de vérifier que les équations de Maxwell décrivant la conduction de l'électricité s'appliquent également au transport de la chaleur. Elle présente en son travail sur la conduction de la chaleur dans les solides inhomogènes devant un jury composé de Boltzmann et Exner, et obtient la plus haute mention (). Le diplôme de doctorat lui est attribué en .
Lise Meitner demeure à Vienne durant l'année qui suit son doctorat. En tant que femme, elle ne peut espérer une carrière académique, mais continue malgré tout la recherche. Elle rencontre Paul Ehrenfest, ancien étudiant de Boltzmann, qui attire son attention sur les articles publiés par Lord Rayleigh. L'un d'eux décrit un effet d'optique que Rayleigh ne parvient pas à expliquer. Lise Meitner trouve l'explication et en dérive de nouvelles observations : c'est son premier travail scientifique indépendant.
En parallèle, elle entreprend de s'initier aux procédures expérimentales pour l'étude de la radioactivité, auprès de , assistant à l'Institut Boltzmann. Elle étudie alors l'absorption dans les métaux des rayonnements alpha et bêta. Elle établit ensuite un dispositif destiné à mettre en évidence la diffusion des particules alpha (quelques années plus tard, le même type de recherche conduit Ernest Rutherford à la découverte du noyau atomique).
Trente ans de recherche à Berlin Carrière en Allemagne Toujours sans perspective de carrière académique, mais bénéficiant du soutien de son père, Lise Meitner part pour Berlin en 1907 afin de suivre les cours de Max Planck. L'université allemande n'est alors pas encore ouverte aux femmes, et Lise Meitner doit obtenir l'autorisation du professeur pour assister à ses cours. Planck, globalement opposé à l'éducation des femmes mais ouvert aux « exceptions », accepte Lise Meitner, pour qui il est ensuite un soutien important. La jeune physicienne est rapidement remarquée. Heinrich Rubens, professeur de physique expérimentale, lui propose de travailler dans son laboratoire. Le jeune chimiste Otto Hahn, assistant à l'institut dirigé par Emil Fischer et désireux de collaborer avec un physicien, propose également à Lise Meitner de travailler avec lui : c'est le début d'une collaboration de trente ans Ruth Lewin Sime, From Exceptional Prominence to Prominent Exception: Lise Meitner at the Kaiser Wilhelm Institute for Chemistry Ergebnisse 24, Forschungsprogramm Geschichte der Kaiser-Wilhelm-Gesellschaft im Nationalsozialismus (2005).. Otto Hahn et Lise Meitner sont de proches amis, et le restent leur vie durant malgré les événements ultérieurs..
Au début de leur collaboration, Lise Meitner et Otto Hahn se trouvent relégués dans un laboratoire du sous-sol de l'institut dirigé par Fischer, en raison des réserves de ce dernier quant à la présence d'une femme dans son institut.
La situation évolue lorsqu'est fondée, en 1911, la société Kaiser-Wilhelm pour l'Avancement des Sciences (KWG), conduisant à la création de plusieurs instituts de recherche. En 1912, est créé l'Institut Kaiser Wilhelm de Chimie (KWI-C). Otto Hann y est embauché, assurant la direction du département de radiochimie. Lise Meitner le rejoint, mais avec le statut d'invitée, sans salaire. Peu après cependant, elle obtient son premier emploi payé comme assistante de Max Planck. En 1913, après avoir reçu une proposition de poste de professeur associé à Prague, elle obtient une position au KWI-C en tant qu'associée : une décision de Fischer, probablement influencée par Planck.
Au début de la Première Guerre mondiale, Lise Meitner s'engage comme infirmière, manipulant les équipements à rayons X. En 1916, elle retourne à ses recherches à Berlin, malgré un certain sentiment de culpabilité pour l'abandon de son service d'infirmière Charlotte Kerner, Lise, Atomphysikerin. Die Lebensgeschicte der Lise Meitner. 2. Auflage, Verlag Beltz & Gelberg, Weinheim, 2006 ..
En 1917, est créé au KWI-C un département de physique, dont la direction est confiée à Lise Meitner : son statut devient alors équivalent à celui d'Otto Hahn. Leur collaboration continue jusqu'à l'exil de Lise Meitner en 1938.
Travaux scientifiques gauche|vignette|Avec Otto Hahn, dans leur laboratoire (1912). La longue collaboration entre Lise Meitner et Otto Hahn porte sur la radioactivité. Dès leur première année de travail en commun, unissant leurs compétences respectives de physicienne et de chimiste, ils découvrent plusieurs isotopes. Ils deviennent réputés pour leurs travaux, notamment pour la découverte du protactinium en 1918.300px|vignette|Lise Meitner au congrès Solvay de 1933. Indépendamment de ses travaux avec Otto Hahn, Lise Meitner mène des recherches pionnières en physique nucléaire. Elle se consacre d'abord à l'étude des spectres de rayonnements bêta et gamma. En , elle fait publier un article traitant en particulier de la transition non-radiative connue comme l'effet Auger, appelé en l'honneur de Pierre Auger, un scientifique français qui découvre indépendamment cet effet. Elle découvre également l'émission de paires électron-positron lors de la désintégration bêta plus. Elle effectue différentes mesures de la masse du neutron.
Un autre aspect important des travaux de Lise Meitner concerne l'étude des réactions nucléaires artificielles. Ainsi, en 1934, alors que ce sujet est en plein essor, elle implique les deux chimistes Otto Hahn et Fritz Strassmann dans le « projet uranium », un programme de recherche qui mène, quatre ans plus tard, à la découverte de la fission nucléaire.
Lise Meitner supervise également la construction d'un accélérateur de particules dans le département de physique qu'elle dirige ; cette tâche est achevée en 1938, peu de temps avant son départ d'Allemagne Burghard Weiss, « Lise Meitners Maschine », Kultur und Technik, mars 1992, ..
Départ d'Allemagne
Lors de l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler en 1933, les Juifs occupant un emploi de service public sont renvoyés ou contraints de démissionner. Une grande partie des scientifiques juifs quittent alors l'Allemagne, parmi lesquels Otto Frisch, le neveu de Lise Meitner.
Dans un premier temps, la situation est différente pour les membres des instituts de la Société Kaiser-Wilhelm : en tant que fondation privée, la KWG n'est pas explicitement soumise à la loi sur le service public. Cependant, en raison de la part du gouvernement et des forces conservatrices dans son financement, il y est ordonné le renvoi des Juifs, à l'exception de quelques-uns des scientifiques les plus éminents ; parmi lesquels Lise Meitner, qui reste ainsi à la tête du département de physique du KWI-C jusqu'en 1938.
En 1937, la KWG passe sous le contrôle direct du gouvernement. Lise Meitner n'est plus alors protégée que par sa nationalité autrichienne ; une protection qui prend fin lors de l'annexion de l'Autriche par le Troisième Reich (Anschluss) en . En juin, elle apprend qu'elle est prochainement renvoyée et interdite d'émigration ; elle décide alors de fuir l'Allemagne. Aidée par deux collègues néerlandais, Dirk Coster et Adriaan Fokker, elle passe la frontière des Pays-Bas en . Elle part ensuite pour la Suède, où elle poursuit son travail dans le laboratoire de Karl Manne Georg Siegbahn à Stockholm, mais avec peu de ressources. Elle continue de correspondre avec Otto Hahn et d'autres scientifiques allemands. Elle établit également une collaboration avec Niels Bohr qui voyage régulièrement entre Copenhague et Stockholm.
Découverte de la fission À la suite de la découverte du neutron par James Chadwick en 1932, l'idée se propage dans la communauté scientifique que des éléments plus lourds que l'uranium (le plus lourd des éléments rencontrés sur Terre à l'état naturel) peuvent être produits en laboratoire. C'est le départ d'une course effrénée entre les différentes équipes de physique nucléaire : les groupes d'Ernest Rutherford (Royaume-Uni), Irène Joliot-Curie (France), Enrico Fermi (Italie), Otto Hahn et Lise Meitner (Allemagne) se lancent dans la compétition. L'enjeu, tel qu'il est alors perçu, n'est autre que l'honneur d'être les premiers à produire ces éléments inconnus, et l'espoir de voir un tel résultat récompensé par un prix Nobel. Personne n'envisage à ce moment de possible application pour ces recherches.