Le soulèvement du est la révolte d'une partie des gardes nationaux et de la population parisienne en réaction à la décision du gouvernement d'Adolphe Thiers de reprendre les canons acquis par les Parisiens pendant le siège de la ville par les Prussiens. Il marque le début de la Commune de Paris, la plus importante des communes insurrectionnelles de 1870-1871 qui s'achève par les massacres de la Semaine sanglante du au .
L'opération militaire est déclenchée avant même le lever du jour mais une partie des troupes de l'armée régulière, surprises de la réaction hostile des habitants, fraternise avec la foule. Le général Lecomte est arrêté et exécuté en fin de journée à Montmartre, en même temps que le général Clément-Thomas, pourtant en civil. Entre-temps, les Fédérés prennent le contrôle des principaux lieux de la ville.
Pour certains historiens engagés, l'échec de l'opération, mal préparée ou retardée, souligne l'incapacité d'Adolphe Thiers à rétablir l'ordre dans la capitale. Le gouvernement et les troupes qui lui sont restées fidèles se replient à Versailles, abandonnant Paris aux insurgés. Le Comité central de la Garde nationale investit l'Hôtel de Ville et s'empare de l'administration municipale.
Les causes du soulèvement
Siège et capitulation de Paris
gauche|vignette|alt=Dessin montrant des soldats prussiens tirant au canon.|Bombardement de Paris par l'artillerie prussienne lors du siège de la capitale. Le , la France déclare la guerre à la Prusse. Dès le début du mois d'août, les défaites s'enchaînent et la situation est désastreuse pour l'armée française. Après la capitulation de à Sedan, les députés parisiens proclament la République le mais la guerre se poursuit et Paris est assiégé dès le . Le gouvernement de la Défense nationale ne parvient pas à rétablir la situation militaire et se résout à signer l'armistice le ..
Frappée de stupeur, la population parisienne, qui a subi les souffrances du siège, le froid de l'hiver et les bombardements prussiens, est gagnée par le ressentiment. L'Assemblée réfugiée à Bordeaux et issue des élections législatives du , majoritairement monarchiste et réactionnaire, renforce l'amertume des Parisiens.. Nombreux sont ceux qui se sentent abandonnés voire trahis par une France rurale , comme le souligne l'historien Michel Cordillot. L'opposition est totale : sur les à pourvoir dans la capitale, les Parisiens désignent qui ne peuvent empêcher l'Assemblée de ratifier le traité de paix le . La convention d'armistice, qui prévoit l'occupation partielle de la ville, exaspère d'autant plus la population que les Prussiens n'avaient pu la soumettre militairement.
vignette|alt=Dessin montrant une vue d'ensemble d'une place où se déroule une émeute.|Soulèvement du 22 janvier 1871 devant l'hôtel de ville de Paris. Pendant le siège, des éléments de la Garde nationale ont déjà manifesté leur mécontentement à propos de la conduite des opérations et leur méfiance vis-à-vis du gouvernement notamment lors des journées du et du . Le , le général Clément-Thomas, exaspéré par l'indiscipline de ses troupes, démissionne de son commandement., alors que la Fédération de la Garde nationale se met progressivement en place. Le , pour l'anniversaire de la révolution de 1848, une centaine de bataillons en armes défilent autour de la colonne de Juillet pour manifester leur attachement à la République. L'autorité du gouvernement est plus que jamais remise en cause et les troupes de l'armée régulière se retirent progressivement des quartiers populaires.
L'Assemblée contre Paris vignette|gauche|alt=Photographie montrant des pièces d'artillerie entreposées au sommet d'une colline.|Les canons de la Garde nationale sur la butte Montmartre, en . Le , conformément aux dispositions de l'armistice, les Prussiens entrent dans Paris et l'affrontement est évité de justesse par la mise en place d'un cordon sanitaire autour des beaux quartiers à l'initiative du Comité central républicain des Vingt arrondissements. La Garde nationale s'équipe en vidant les arsenaux et regroupe les canons qu'elle détient sur les hauteurs de la ville, de Montmartre à Belleville, mais également sur la place des Vosges.
La nomination à sa tête du général d'Aurelle de Paladines le est perçue comme une nouvelle provocation, et le , l'Assemblée vote deux mesures ressenties comme une humiliation par les Parisiens : la première prive une bonne partie des gardes nationaux de leurs ressources, en ne réservant la solde qu'aux seuls pouvant prouver leur indigence, la deuxième concerne le règlement immédiat des échéances commerciales, ce qui risque d'entraîner la faillite de milliers de commerçants et artisans. L'Assemblée choisit par ailleurs de s'installer à Versailles, selon l'expression de Jacques Rougerie. Toutes ces mesures entraînent la radicalisation des éléments les plus modérés cependant que la Fédération de la Garde nationale s'organise..
vignette|alt=Portrait dessiné d'un homme portant des lunettes.|Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif depuis le , veut rétablir l'ordre à Paris. Le gouvernement désormais installé à Versailles perçoit la colère des Parisiens et le général Vinoy, gouverneur de Paris, multiplie les mesures répressives (interdiction des réunions, suspension de journaux républicains) qui restent sans effet. Le maire du , Georges Clemenceau, peu enclin à approuver la Commune agit en médiateur mais les annonces du font échouer les négociations. Adolphe Thiers s'installe à Paris le pour reprendre la main. Dans le même temps, la Fédération, qui a reçu l'adhésion de sur 242 dont la garde de banlieue, adopte ses statuts définitifs et se dote d'un Comité central le . Délégué du Comité des Vingt arrondissements, Charles Beslay relate dans ses Souvenirs l'état d'excitation qui gagne la population parisienne à l'aube de l'insurrection : ..
Déroulement Préparatifs Adolphe Thiers et son gouvernement sont déterminés à rétablir l'ordre à Paris avant que l'Assemblée nationale ne commence à siéger à Versailles le . Plusieurs arrondissements du Nord et de l'Est de la capitale sont en effet en état de rébellion depuis qu'ils ont été abandonnés par les troupes régulières et passés sous le contrôle des Fédérés. Ainsi le bataillon du blanquiste Émile Eudes s'est-il rendu maître de Belleville dès le , entraînant d'autres replis. Le au soir, Adolphe Thiers réunit les membres du gouvernement et les chefs militaires pour élaborer le plan d'une offensive dont le but est de reprendre les canons conservés par les Fédérés tout en arrêtant les principaux meneurs du mouvement. Dans le même temps, il fait imprimer une affiche qui doit être placardée le lendemain matin dans la ville pour appeler les Parisiens à le soutenir.
Environ doivent être mobilisés. Les de la division du général Susbielle ont pour objectif de s'emparer des canons à Montmartre tandis que la division du général Faron, forte de , doit faire de même aux Buttes-Chaumont et à Belleville, quartiers populaires entièrement acquis aux Fédérés. La division du doit s'installer à la Bastille, tenir le faubourg Saint-Antoine et les ponts de la Seine pour isoler la rive gauche. Adolphe Thiers néglige ainsi les quartiers sud de la ville, qu'il juge trop éloignés du théâtre principal des opérations, quand bien même le est tombé lui aussi, depuis le , sous le contrôle des Fédérés.
Matinée vignette|gauche|alt=Dessin montrant des soldats à cheval tirant des canons devant une foule nombreuse.|Les troupes envoyées par Adolphe Thiers s'emparent des canons de la butte Montmartre. Le , vers du matin, les soldats se mettent en marche vers leurs objectifs qui sont atteints avant , mais les chevaux et attelages prévus sont en retard et le retrait des premiers canons prend du retard.. À Montmartre, Germain Turpin, l'un des gardes en faction près du parc d'artillerie, est grièvement blessé, cependant que le poste des gardes nationaux de la rue des Rosiers est la cible de tirs.. La population qui se réveille, et notamment de nombreuses femmes., se rassemble autour des parcs où sont groupés les canons et se fait de plus en plus pressante autour des soldats qui se retrouvent bientôt pris au piège dans ce quartier aux rues étroites. Rue Lepic, les habitants préservent les canons en coupant les traits des chevaux.
Le général Lecomte donne l'ordre de tirer sur la foule mais les du de marche qu'il commande mettent la crosse en l'air et fraternisent avec la population. Entre-temps, le Comité de vigilance de Montmartre donne l'alerte et six bataillons de la Garde nationale prennent les armes pour ériger la butte en forteresse. Arrêté, le général est contraint de signer l'ordre d'évacuation de la butte et conduit au Château-Rouge, le quartier général des bataillons montmartrois, où il est fait prisonnier.
Le même scénario se déroule ailleurs dans Paris : à Belleville, le général Faron se replie précipitamment tandis que des barricades sont dressées dans le et le faubourg Saint-Antoine. Le gouvernement ne s'attendait pas à une telle réaction de la part du peuple parisien et se retrouve d'autant plus en mauvaise posture qu'il tente, sans succès, de battre le rappel dans les quartiers bourgeois pour rallier les bataillons de la Garde encore acquis à l'ordre. Seuls 500 à répondent à cet appel, bien loin des nombreux renforts attendus par Thiers. Peu après midi, les Fédérés occupent la place de la Bastille, abandonnée par les soldats. Le général Vinoy donne l'ordre aux troupes restées fidèles de se replier vers le Champ-de-Mars.
vignette|alt=Dessin montrant des soldats poussant des canons.|Arrivée devant la mairie du 18e arrondissement des canons repris à l'armée par les Gardes nationaux.Gravure de J. Gaildrau pour L'Illustration du . Autour de Montmartre, les gardes nationaux s'activent pour se protéger d'un retour de l'armée et occupent alors des points stratégiques comme le boulevard Ornano, la rue Myrha, la rue Marcadet, la rue Doudeauville et la place Saint-Pierre, tandis que des barrages sont mis en place sur les boulevards extérieurs (Clichy, Rochechouart et la Chapelle). Des barricades sont érigées à la hâte au carrefour des rues Lepic, des Abbesses et des Dames, place Blanche, au débouché des rues Blanche et Fontaine, autour du moulin de la Galette et de la tour Solférino, place des Abbesses, rue des Martyrs, rue Gabrielle ou encore rue Germain-Pilon.
Dans la matinée, les opérations de la garde nationale demeurent strictement défensives et les rares initiatives sont dues à l'action spontanée de quelques chefs de légion comme Gabriel Ranvier, Émile Eudes ou Henri Mortier. Chaque quartier combat pour soi et les mouvements ne sont pas coordonnés. Quelques membres du Comité central de la Garde nationale se rassemblent peu à peu dans une école de la rue Basfroi pour organiser la riposte, mais la coordination est encore toute relative.
Après-midi Victoire des Fédérés et fuite du gouvernement vignette|gauche|alt=Photographie montrant des soldats en armes sur une barricade.|Barricade sur le boulevard Richard-Lenoir, le . En début d'après-midi, sur la rive gauche, le blanquiste Émile-Victor Duval mène une contre-attaque sans attendre les ordres du Comité central. À la tête de quatre bataillons de la , il occupe en moins de trois heures le Quartier latin et s'empare de la poudrière du Panthéon, avant de se rendre maître du . Il marque ensuite une pause dans sa progression et ne passe les ponts que dans la soirée pour prendre la préfecture de police. Dans le , la reconquête populaire s'achève vers avec l'occupation de la mairie, place de Montrouge. L'armée régulière retire finalement l'ensemble de ses troupes de la rive gauche, par crainte d'une fraternisation générale.