300 px|droite|vignette|Le sénateur texan Tom Connally fait une démonstration de tir devant des caméras couplées à des enregistreurs sonores (1938).
Le cinéma sonore (ou cinéma parlant) désigne les films permettant la vision d’s animées enregistrées et simultanément l’audition d’une bande-son enregistrée. Les films ainsi présentés sont désignés indifféremment comme des films sonores ou films parlants. Restrictivement, cette expression désigne les films d’après 1926-1927, les opposant à la période du cinéma muet (films muets).
Cette catégorie de film est nommée ainsi depuis l’avènement du son enregistré sur disque en 1926, notamment par le procédé Vitaphone.
À celui-ci succède en 1927, le premier signal sonore enregistré sur pellicule argentique négative puis dupliqué sur les copies d'exploitation louées aux salles de cinéma, par le procédé « son optique »; son sur film.
Avant le cinéma sonore gauche|thumb|Un phonographe à cylindre de cire d'Edison, équipé d’un pavillon amplificateur.
La première caméra argentique du cinéma, le kinétographe, enregistre dès 1890 les premiers films du cinéma. Le kinétoscope, destiné à les visualiser, est né en 1891 à West Orange dans le New Jersey. C'est l'inventeur William Kennedy-Laurie Dickson, sous la houlette de l'industriel et inventeur Thomas Edison, qui en est le maître d'œuvre.
Quelques années plus tard, le Français Louis Lumière invente un appareil, appelé le cinématographe, qui sert à la fois de caméra et de projecteur. La première projection publique payante mondiale a lieu le dans le Salon Indien du Grand Café, boulevard des Capucines à Paris.
Thomas Edison, inventeur du phonographe, rêvait d'immortaliser en son et en images les prestations des artistes enregistrés sur cylindres de cire (ancêtres des disques). W.K.Laurie Dickson & Antonia Dickson, préface de Thomas Alva Edison, History of the Kinetograph, Kinetoscope and Kineto-Phonograph, facsimile edition, The Museum of Modern Art, New York, 2000 . Il charge son ingénieur électricien William Dickson, de travailler sur son projet, imaginant de coupler sur le même axe de rotation, un cylindre d'enregistrement phonographique et un cylindre directement enduit de bromure d'argent, le tout enfermé dans une boîte étanche à la lumière. Un objectif se déplace sur une vis sans fin, recevant la lumière du sujet visé et la dirigeant sur le cylindre en rotation. Un obturateur à pales provoque l'enregistrement espacé des instantanés selon le procédé du stroboscope. Le cylindre est ensuite plongé dans les bains de traitement successifs et en ressort sous forme de négatif aux valeurs inversées : noir pour blanc, blanc pour noir. Pour obtenir un rétablissement de ces valeurs et permettre la manipulation des clichés, une feuille de papier photosensible est enroulée autour du cylindre que l'on éclaire de l'intérieur. Selon la technique du tirage contact, les différents photogrammes sont ainsi reportés sur cette feuille, qui peut ensuite être découpée. Ses essais sont visibles à l'œil nu, image par image, mais comme les essais à la même époque de Louis Aimé Augustin Le Prince, le procédé sur papier ne permet pas de visionner les images photographiques en mouvement, le support étant opaque et fragile. Dickson tourne ainsi trois essais : Monkeyshines, No. 1, No. 2 et No. 3.
Ces essais ne sont pas concluants d'un point de vue acoustique, d'autant plus que l'espace nécessaire à l'enregistrement des images est beaucoup plus étendu que celui nécessité par le seul enregistrement sonore; le cylindre image est en conséquence, surdimensionné. De plus, le coulissement de l'objectif tout au long de ce cylindre au cours de la prise de vues produit des images floues, écrit l'historien du cinéma Georges Sadoul.
Toutefois, Edison se procure du film souple en celluloïd (nitrate de cellulose), inventé en 1888 par John Carbutt et commercialisé par l'industriel George Eastman, sous la forme de rouleaux de de large, sans perforations. Selon les directives et croquis d'Edison, Laurie Dickson et son aide, William Heise, développent un nouveau modèle de caméra, le kinétographe, dont Edison dépose de nombreux brevets internationaux. C'est la première caméra argentique de l'histoire dont les films conservés prouvent la fonctionnalité. Elle est munie d'une seule optique et entraînée par un moteur électrique. (le cinéma, tel que nous le connaissons aujourd'hui, commença avec l'invention du kinétographe et du kinétoscope. Ces deux machines sont la première méthode réussie de prise de vues cinématographique). Le kinétographe contient un bobineau de pellicule à défilement horizontal d'environ de longueur, qui passe dans l'appareil en moins d'une minute. L'unique rangée de perforations, assurant les différents défilements est située en bas des photogrammes, à raison de six perforations par image. Les photogrammes sont circulaires, comme dans les jouets optiques (qui sont les premières applications des essais d’images animées, dont la durée est tout au plus de deux secondes) et ils ont un diamètre d’environ . Les premiers films sont ensuite visionnés grâce au kinétoscope, une machine de visionnement individuel, développée par Dickson, dont Edison dépose un brevet valable seulement aux États-Unis, la machine lui paraissant n'être qu'un premier pas vers la mise au point de son projet final : enregistrer le son et l’image simultanément et les reproduire de la même façon. .
100px|droite|thumb|Modèle de film à perforations Edison et à défilement vertical. gauche|vignette|L'intérieur du « Black Maria », avec le kinétographe et un phonographe pour un jeu en « play-back ».
Cependant, l'image du est jugée trop petite et à partir de 1893, Edison et son équipe décident de découper la bande Eastman de par son milieu, créant deux galettes au format 35 mm de large, qu'ils font défiler cette fois verticalement dans la caméra en la munissant de deux rangées de quatre perforations rectangulaires sur chacun des bords. .
Pour alimenter les Kinetoscope Parlors, ces premières salles de cinéma, qu’Edison ouvre partout aux États-Unis et en Europe, le premier studio de cinéma est construit à Orange, le "Black Maria", un bâtiment sommaire orientable en fonction du soleil. Les essais de couplage son et images avec un phonographe sont rares, les difficultés de synchroniser deux supports totalement différents sont loin d’être levées. Edison tente de lancer le kinétophone en 1895, mais le succès n’est pas à l’appel et les frères Lumière, encouragés par le succès des films Edison qui se répandent partout dans le monde, viennent en Europe de présenter une caméra plus perfectionnée que ses ancêtres américains, le cinématographe, mis au point par Louis Lumière et Jules Carpentier, qui reprend ce que le Français Émile Reynaud utilise depuis 1892 avec ses films peints directement sur la pellicule : la projection sur grand écran. Le cinématographe, imité, contrefait, comme l’avait été le kinétoscope d’Edison, balaye son concurrent qui n’offre au public qu’une visualisation individuelle au moyen d’un œilleton. Les Kinetoscope Parlors ferment et dorénavant, ce sont dans des salles de cinéma qu'aura lieu une projection des programmes, devant un public rassemblé et plongé dans l’obscurité complète.
Émile Reynaud avait compris, dès 1892, que pour accompagner les émotions du public, et même les amplifier, une bonne musique s’avérait nécessaire. Elle a aussi le pouvoir de calmer la gêne, voire l’angoisse, des spectateurs plongés à plusieurs dans l’obscurité d’une salle. Aussi, est-il le premier à commander des partitions de musique spécialement prévues pour ses films à un pianiste de ses amis, Gaston Paulin. Il expérimente même un système de déclenchement automatique de quelques bruits, entraîné par le déplacement de ses bandes et des contacts électriques judicieusement placés sur les bords de cette bande. Les bandes de Reynaud, qu’il nomme « pantomimes lumineuses », sont d’une durée exceptionnelle : de à , alors que les films Edison et les vues photographiques animées Lumière ne dépassent pas .
Car si le cinéma n’est pas encore sonore, dès les premières projections, l’ambiance d’une salle est loin d’être silencieuse. Outre les réactions du public (rires ou cris de surprise), la tradition, venue des projections de dessins lanternes magiques qu’ont connues les et , et des projections de plaques de verre photographiques de la seconde moitié du , fait que les séances sont toujours accompagnées de commentaires divers, prononcés soit par le lanterniste, soit par un bonimenteur
Comme au théâtre ou dans les opéras, le projectionniste, ou le bonimenteur, ou un bruiteur professionnel (selon le luxe de la salle), provoquent des bruits à l’aide d’accessoires astucieux, . Les vendeurs de films livrent bientôt avec la pellicule un guide qui permet à l’exploitant de la salle de prévoir les accessoires nécessaires au bruitage et donnent des indications de commentaires et de dialogues, . Le même phénomène traditionnel fait que les films seront soutenus par différentes musiques dès que les perfectionnements techniques permettront de dépasser la durée d’une seule minute qu’avaient tous les films de 1891 à 1900.
Balbutiement des procédés sonores Ce que nous appelons aujourd’hui le cinéma muet disposait ainsi de moyens divers pour meubler le silence des projections, mais ces moyens étaient à la fois hétéroclites, improvisés, aléatoires, et il fallait les renouveler d’une séance à l’autre et d’une salle à l’autre. Le but à atteindre était donc de pouvoir transporter avec la pellicule un support spécifique contenant les sons. Deux directions vont présider au développement de ce qui va s’appeler le cinéma sonore ou cinéma parlant : le son sur disque et le son sur film.
Le Synchro-Ciné de l'ingénieur Delacommune permettait de synchroniser, par une bande perforée comme celle des limonaires, les sons avec la projection. Il permettait un cinéma sonore, mais pas parlant. L'arrivée du son sur film termina précocement sa carrière, bien que de nombreuses salles fussent équipées d'orgues mécaniques, dont les Wurlitzer étaient les plus célèbres et monumentales.
Son sur disque gauche|160px|thumb|Couple kinétoscope et phonographe à cylindres de cire (Kinétophone). La première direction s’imposait par l’existence depuis déjà deux décennies d’une machine à enregistrer et à reproduire les sons : le phonographe, imaginé par Charles Cros, mais réellement mis au point, fabriqué et commercialisé par Thomas Edison. En 1895, son assistant, l’ingénieur électricien William Kennedy Laurie Dickson, enregistre simultanément l’image et le son, grâce à un couple formé par la caméra Kinétographe qu’il a conçue dès 1891 d’après les croquis d’Edison, et un phonographe dans sa configuration d’enregistrement. droite|vignette|Dickson Experimental Sound Film (1894), Laurie Dickson au violon. La bande image était conservée dans le fonds Edison de la Bibliothèque du Congrès, et un cylindre de cire gravé l’était dans la collection Edison National Historic Site. Le rapprochement des deux supports date des années 1990. L’air joué au violon est la barcarolle La Chanson du mousse (Acte I, scène 1, air ), tirée de Les Cloches de Corneville (« Va, petit mousse, le vent te pousse… »).
Ce premier film sonore est conservé sous le titre Dickson Experimental Sound Film. On y voit Dickson en personne qui . C'est le seul film réalisé pour le projet car, en mars 1895, lorsque la société Edison Manufacturing Studios met cet appareil sur le marché, les films joints sont des films muets figurant déjà dans le catalogue Edison, et les exploitants doivent se contenter de choisir parmi une gamme de cylindres celui qui leur convient pour offrit un semblant de rythme avec l'image. Par exemple, trois cylindres différents sont proposés pour accompagner Carmencita : Valse Santiago, La Paloma et Alma-Danza Spagnola.